Les fêtes du centenaire
Les fêtes du centenaire
Le Réveil économique, 3 octobre 1928, p. 2
Le Centenaire des Établissements Agache Fils, de Pérenchies (Nord)
Notre correspondant de Lille nous fait parvenir l'article suivant, à l'occasion du centenaire d'un important établissement du Nord. Le Réveil Économique est persuadé que tout événement qui favorise une entreprise commerciale ou industrielle privée concourt en définitive à la prospérité générale. C'est pourquoi nous sommes heureux de publier les lignes de notre collaborateur, et de faire ainsi connaître à nos lecteurs les origines et le développement d'une grande maison française.
Les Établissements Agache Fils, de Pérenchies, près Lille, viennent de célébrer le centenaire de leur fondation. Cette importante firme représente le type même de la grande affaire textile moderne ; on y traite presque toutes les fibres connues (lin, chanvre, jute, coton, soie artificielle), depuis la matière brute, jusqu'aux tissus entièrement finis, teinture comprise.
Les commencements en furent cependant bien modestes : en 1828, M. Donat Agache, jusqu'alors simple négociant en lins et fils, installa à Lille une petite filature de lin où les métiers étaient mus par un manège à deux chevaux. Un peu plus tard, associé à M. F. Droulers, il monta une filature de coton, mue par une machine à vapeur. En 1847, la filature de lin comptait 6.000 broches, et en 1849, 12.000 broches. Cette année-là, les associés créèrent une usine à Pérenchies, qui comptait, en 1865, 16.000 broches.
À la mort de M. F. Droulers, M. Édouard Agache, fils de M. Donat Agache, prit la direction de la filature de Pérenchies, désormais séparée de celle de Lille, restée aux héritiers Droulers. En 1872, il construisit à la Madeleine-lez-Lille une nouvelle filature de 4.000 broches. Par suite d'agrandissements successifs, les deux usines, en 1887, mettaient en œuvre 23.000 broches. À ce moment, se constitua la Société anonyme des Établissements Agache Fils, au capital de 4.000.000 de francs.
De 1887 à la guerre, le développement fut continu ; en juillet 1914, les deux usines comptaient 55.000 broches ; le tissage, 320 métiers. La production annuelle s'élevait à 300.000 paquets de fil et à 24.000 pièces de toile. Le nombre des ouvriers était de 3.500.
De ces importants Établissements, la grande guerre ne laissa subsister que des ruines. Les usines de Pérenchies n'étaient plus qu'un tas de décombres ; la filature de la Madeleine, complètement délabrée, abritait des tas de ferrailles, débris du matériel enlevé par les Allemands.
Ce n'est qu'au milieu de 1919 qu'on put aborder l'œuvre de reconstruction. Un millier d'ouvriers furent employés aux travaux de déblaiement et de réfection. Le 1er octobre, on pouvait recommencer la fabrication. Il fallut encore cinq ans pour que l'usine de Pérenchies retrouve sa capacité de production.
En 1920, furent achetées une nouvelle filature de lin à la Madeleine et deux autres à Seclin. En 1921, fut loué un tissage à Armentières, avec usine de crémage et de blanchissage à Houplines.
M. Édouard Agache qui, depuis plus de quarante ans, présidait aux destinées des Établissements, put ainsi, avant de mourir, voir renaître, plus importante que jamais, la firme à laquelle il avait consacré toutes ses forces. Son fils, M. Donat Agache, lui succéda.
Aujourd'hui, les Établissements Agache Fils disposent de 63.500 broches à filer le lin, 28.600 à filer le coton et 550 métiers à tisser. Ils emploient 4.500 ouvriers et produisent annuellement 300.000 paquets de fil de lin et coton, 1.800.000 kilos de coton et 45.000 pièces de toile. Avec le concours d'une firme italienne, ils ont construit une filature de chanvre de 3.500 broches, et avec des établissements français, ils ont établi une société pour la fabrication de la soie artificielle.
Les Établissements Agache Fils se sont toujours préoccupés de l'amélioration du sort de leur personnel. Ils ont bâti pour lui 850 maisons ouvrières saines et coquettes ; ils ont créé mille jardins ouvriers, un institut ménager, une crèche-garderie, des sociétés de musique, de foot-ball et de gymnastique, une œuvre de vacances à la mer, une maison de retraite, etc.
Conseil d'administration
Président : M. Donat Agache
Administrateurs : MM. Auguste Agache, Edmond Agache, Charles Bernhard, Jean Delemer, Emmanuel Descamps, Frédéric Descamps, Maxime Descamps, René Descamps, Robert Galoppe, André Saint-Léger, Claude Saint-Léger
Comité de direction
Président : M. Donat Agache
Membres : MM. André Saint-Léger, René Descamps, Maxime Descamps, Claude Saint-Léger, Henri Bouchery
Secrétaire : M. Jean Delemer
Les fêtes du centenaire ont eu un éclat particulier. Elles ont débuté par une messe pour les fondateurs et les membres décédés de la famille Agache, qui fut suivie d'une visite au Monument aux morts de la guerre.
Les membres du Conseil d'administration sont ensuite reçus par M. Bouchery, maire de Pérenchies et directeur général des Établissements Agache. Alors, eut lieu l'inauguration du buste de M. Édouard Agache, élevé par souscription publique sur une des places de la ville.
M. Lamblin, adjoint et président du Comité d'érection, confie au maire ce monument, hommage de la cité florissante à son créateur. M. Bouchery est touché de cet honneur qui lui incombe.
D'autres discours furent prononcés par M. Claude Saint-Léger, administrateur, et Arnold, directeur de l'usine de Pérenchies. Les Sociétés de sport et de gymnastique des Établissements défilèrent alors aux sons de l'Harmonie des Établissements.
Dans la splendide salle des fêtes de l'usine, abondamment décorée de faisceaux de drapeaux, eut lieu ensuite un banquet de six cents couverts.
M. Auguste Agache, présidant, à la table d'honneur, avaient pris place, à côté des administrateurs, MM. Désiré Delevallée et Henri Longuepée, présents depuis plus de soixante ans dans les Établissements.
Parmi les convives, se trouvaient les directeurs, contremaitres, employés, ouvriers et ouvrières ayant plus de trente ans de présence dans les usines de la Société.
Au champagne, M. Donat Agache, en termes exquis et délicats, remercia tous les membres de sa famille, ses dévoués collaborateurs du Conseil d'administration, les directeurs et tout le personnel. Il termina en demandant à ses collaborateurs de continuer les traditions familiales, dans la concorde et la paix sociale, gages de la prospérité des Établissements.
M. Bouchery, après un émouvant historique, assure la direction de l'attachement du personnel. M. Delevallée, le doyen de l'usine, apporte le témoignage ému au Conseil d'administration. M. Donat Agache le remercie et lui donne en souvenir ainsi qu'à M. Longuepée le diplôme de soixante ans de présence à l'usine Agache. Puis, salué d'une salve d'applaudissements, il annonce que le Conseil d'administration a fait don à la ville d'un grand terrain, où il édifiera un kiosque, et aux sociétés de l'usine, d'une somme de 100.000 francs.
Un grandiose vivat est chanté en l'honneur du président du Conseil d'administration, et l'Harmonie attaque La Marseillaise. C'est le signal du départ, la fête du centenaire étant terminée. Cependant, pour la population de Pérenchies, elle continua par un bal qui a lieu sur la grand'place, jusqu'à 19 h. 30. À 20 h. 30, ce fut l'apothéose d'un feu d'artifice.
Source : Le Réveil économique, 3 octobre 1928, p. 2 —
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Transcription : famille Saint-Léger, 2026.