Borvisk Française
Borvisk Française
Le Petit Bleu de Paris, 25 avril 1929, p. 5Guide du Capitaliste
Un changement de dénomination est insuffisant pour rendre bonne une société dont le public n'a jamais eu à se louer, au contraire.
Les deux assemblées tenues le 19 avril par les actionnaires de la Borvisk Française présentaient un vif intérêt : c'est d'ailleurs le seul intérêt dont il s'agisse ici, puisqu'il a été décidé que le solde, avant amortissement, s'élevant à 1.022.146 francs, serait affecté à divers amortissements. « Nous aurons ainsi, dit-à ce propos le rapport du gérant, pratiqué, pour la première fois depuis la constitution de l'affaire, un amortissement normal. »
En définitive, le bilan ne fait apparaître, pour 1928, ni bénéfice ni perte ; mais les pertes antérieures à 1927 figurent, à l'actif, pour 1.182.238 fr., ce qui montre que la Société n'a guère tenu les belles promesses à la faveur desquelles le titre fut répandu dans le public, sous les auspices de la Banque Oustric, dans le courant de 1926, et bien que la situation délabrée de la Borvisk Suisse fût de nature, dans le même temps à inciter à mettre une sourdine aux dithyrambes d'usage !
Le rapport du gérant signale les difficultés de recrutement de la main-d'œuvre dans la région de Nevers, où la Société a son usine. Cette main-d'œuvre est instable et de qualité plutôt inférieure à la moyenne pour le côte hommes ; le côté femmes se présente dans des conditions meilleures.
La Société a pu augmenter ses débouchés et doubler sa production, grâce à l'appui pécuniaire du groupe de la Société des Textiles Chimiques du Nord et de l'Est.
Enfin, il rappelle que les fonctions des administrateurs ont cessé en février 1928 à la suite de la transformation de la Société anonyme en commandite par actions.
À la seconde assemblée, tenue à titre extraordinaire, le gérant a rappelé, dans son rapport, que le 6 février 1928 des circonstances particulières nées du désaccord entre la majorité des actionnaires et le groupe des porteurs d'actions à vote plural avaient amené le Conseil d'administration à demander la transformation de la Société anonyme Borvisk Française en société en commandite par actions et que cette transformation avait été adoptée par 195.584 voix contre 14.010 voix et 300 abstentions.
La nomination de la Société des Textiles Chimiques du Nord et de l'Est, comme gérant statutaire, avait été également adoptée.
À l'heure actuelle, le gérant a trouvé un terrain d'entente avec le groupe porteur des actions à vote plural. Il n'y a donc plus lieu de maintenir plus longtemps la société « sous la forme un peu désuète de société en commandite par actions ». Aussi a-t-il proposé le retour à la forme de société anonyme ; ce qui a été adopté.
Le gérant proposait, d'autre part, que la société s'appelât désormais Société Textiles Chimiques du Centre.
L'assemblée a nommé administrateurs les sept membres du Conseil de surveillance de la société en commandite par actions : M. Donat Agache, Raymond Berr, André Goulin, Frédéric Ledoux, Robert Neveux, Claude Saint-Léger, Ernest Thierry-Mieg, et, de plus M. Henri Aguilhon, actuellement délégué par la Société des Textiles Chimiques du Nord et de l'Est à la gérance de la Borvisk.
Le Conseil, qui est nanti de l'autorisation de porter le capital de 25 jusqu'à 40 millions, a déclaré qu'il n'est pas question, quant à présent, que de porter le capital de 25 à 30 millions. Les actionnaires pourront souscrire, d'abord, à titre irrévocable : une action nouvelle pour 5 anciennes ; puis, à titre réductible. Le taux d'émission serait de 125 francs.
Rappelons, à ce propos, que le cours pratique sur l'action a été, en 1928, de 360 fr. Par contre, le cours, renseigné au marché libre « à titre indicatif », n'est plus actuellement que de 256 francs.
Maintenant, certes, la Société a une nouvelle dénomination ; elle va même faire un nouvel appel au crédit qui sera suivi d'autres, naturellement, puisqu'ils sont dès à présent prévus.
Cela suffira-t-il à faire de la Borvisk une société travaillant dans de bonnes conditions et gagnant assez pour rémunérer honorablement les capitaux qui lui ont été ou lui seront encore confiés ?
C'est ce que l'avenir apprendra. Mais le présent n'est pas encore très dégagé et le passé a de quoi donner à penser même aux plus hardis.
Tout compte fait, il conviendrait d'attendre que cette société ait donné des résultats tangibles avant de la suivre dans ses augmentations de capital et d'échanger son argent contre un papier qui ne saurait être encore présentement mis sans réserve en portefeuille.
Sources :Le Petit Bleu de Paris, 25 avril 1929, p. 5 — RetroNews (BnF)