1919-09-08 Lettre de Madame Barrois
1919-09-08 Lettre de Madame Barrois
Transcription du fichier 1919-09-08_Lettre_de_Monsieur_Barrois_archive.pdf — lettre autographe d'une correspondante de la famille Barrois, de Marquillies, à Claude. Main très lisible, lecture sûre. Orthographe d'origine conservée ; passages incertains suivis de (?). NB : la lettre est signée d'une femme (le nom de fichier porte « Monsieur Barrois »).
Marquillies, le 8 septembre 1919
Excuse-moi mon cher Claude si je ne t'ai pas dit plus tôt combien j'avais été sensible à la sympathie que tu m'as témoignée au moment de la mort de mon pauvre beau-père.
Tu savais l'affection et l'intimité qui nous unissaient. Cette mort s'ajoutant à tant de chagrins déjà laisse un vide immense ! Que veux-tu que je te dise de plus, tout disparaît devant ce nouvel effondrement. Les nouvelles charges qui nous incombent sont bien lourdes, pourvu que nous puissions les remplir. Heureusement que nous avons nos bons amis Beghin, sans eux que serions-nous devenus ?!
Ma belle-mère va bien. Tu devines si elle a de la besogne, ce qui malgré tout est une excellente diversion. Et puis, tu sais, on a du courage. Si sa vie et la mienne sont terminées, nous avons celle de Max pour frère, celles de mes filles pour moi à préparer. Je veux qu'elles soient heureuses. Et quand je me sens découragée je me tourne vers elles et… j'oublie ! J'accepte toutes mes peines si elles peuvent payer le bonheur de ceux que j'aime : si ce vœu se réalise sois assuré que tu seras parmi les heureux.
La vie n'est pas toujours triste et quand elle est belle je t'assure qu'elle est bonne à vivre : tu as payé ton tribut aux ennuis, l'avenir s'ouvre devant toi et je souhaite de tout mon cœur qu'il soit pour toi aussi doux qu'ont été pour moi les quelques années de mon mariage, mais qu'il soit pour toi aussi long qu'il a pour moi été court !
Mes petites vont bien, tu les as gâtées. Elles sont toujours aussi gourmandes et tes chocolats ont été accueillis avec des cris enthousiastes. Elles ont passé de bonnes vacances avec les cousins Wallaert. Leur institutrice les refait travailler depuis hier, ce dont elles se passeraient volontiers.
Ta sœur est chez moi. Il est près de midi, je crois qu'elle dort encore profondément. Elle s'arrondit heureusement : vois-tu qu'elle t'amène deux neveux au lieu d'un. Gilbert est reparti à Paris hier avec Max et de Bonville (?), ces derniers allant chercher la Delage de l'oncle Jean, la 8 cyl. Ford étant définitivement en panne, il nous fallait une voiture pour la remplacer.
L'usine se monte, on espère qu'elle tournera dans 5 ou 6 semaines. La cheminée fume depuis huit jours, mon pauvre beau-père n'a même pas eu la joie de voir cela.
Dimanche il y a eu une petite ouverture à La Vallée, on a tué 70 perdreaux. Pour ne pas en perdre l'habitude je suis rentrée bredouille, au désespoir de mes filles qui y mettent beaucoup plus d'amour-propre que moi.
Mais je ne te demande pas de tes nouvelles. Comment te sens-tu ? La souplesse revient-elle un peu ? Peux-tu te promener ? Tu sais que tu as besoin de te remettre au vert avant la mauvaise saison. Ta chambre t'attend toujours ici. Je souhaite que le temps soit meilleur, alors. Nous avons eu un été déplorable.
Allons je te laisse. Je n'ose entreprendre une troisième feuille. Envoie-moi encore de tes nouvelles et crois à ma fidèle affection.
Vivienne Barrois (?)
Notes de transcription
Expéditrice. Une femme de la famille Barrois, installée à Marquillies, récemment endeuillée (mort de son beau-père), veuve depuis peu semble-t-il (« les quelques années de mon mariage… aussi court »), mère de plusieurs filles, chasseresse. Elle s'adresse à Claude avec une affection quasi maternelle. Le prénom de la signature est incertain (Vivienne ? Yvonne ?). Sa relation exacte avec la famille Saint-Léger reste à établir.
« Ta sœur ». La sœur de Claude séjourne chez l'expéditrice à Marquillies et est enceinte (« elle s'arrondit », « deux neveux au lieu d'un » : attente de jumeaux). À recouper avec la lettre de Claude du 29 janvier 1919, qui demandait si Annie comptait « s'installer bientôt à Marquillies ». Identité et lien matrimonial à confirmer à la relecture.
Prosopographie à vérifier : les amis Béghin, les cousins Wallaert, Max (vraisemblablement Max Descamps), Gilbert, « de Bonville » (?), « l'oncle Jean » (et sa Delage ; la Ford 8 cylindres « définitivement en panne »).
Contexte de reconstruction. Une usine se remonte ; la cheminée fume depuis huit jours ; on espère une remise en marche sous cinq à six semaines. Recoupe le thème de la reprise industrielle du Nord en 1919.
Santé de Claude. L'expéditrice s'enquiert de son état physique (« La souplesse revient-elle ? Peux-tu te promener ? Tu as besoin de te remettre au vert »). Élément factuel à conserver pour la relecture, sans interprétation à ce stade.