Autorisation de circulation de la Mission Huguet, 21 septembre 1915

Autorisation de circulation de la Mission Huguet, 21 septembre 1915

1915-09-21 Autorisation de circulation de la Mission Huguet

Pour situer ces pièces

Ces deux plis partent le même jour du même bureau et ne sont adressés ni l’un ni l’autre à Claude Saint-Léger (1897-1944), qui n’y est nommé que « M. Saint Léger », sans prénom. Ils sont écrits par le général Victor Huguet, chef de la Mission militaire française attachée à l’armée britannique, à J. Barrois, de Versailles, qui avait signalé neuf jours plus tôt les renseignements rapportés de Lille par « un de ses amis échappé ». Claude a dix-huit ans, il est civil, il est sorti de la ville occupée le 23 août et vient d’arriver à Paris. La lettre invite, l’autorisation ouvre la porte : c’est le moment où ce qu’il avait mémorisé dans Lille devient une affaire d’état-major.

Le contexte

Le grand quartier général britannique siège à Saint-Omer d’octobre 1914 à mars 1916. C’est là que travaille la Mission militaire française attachée à l’armée britannique, créée en 1914 et dirigée par le général Huguet, ancien attaché militaire à Londres : elle est le canal obligé entre les deux armées, et entre les autorités civiles françaises et le commandement britannique. Une information venue d’un particulier ne remonte pas autrement.

Les plis sont écrits quatre jours avant l’offensive de Loos, que la 1re Armée britannique déclenche le 25 septembre 1915 au sud de Lille, en même temps que l’offensive française de Champagne. Les renseignements que Claude rapporte, et dont l’ordre du régiment n° 118 dira en 1917 qu’ils portaient sur les tranchées et l’emplacement des batteries allemandes devant Lille, tombent au moment précis où ils intéressent le plus l’état-major auquel ils sont proposés. L’enveloppe porte la mention « Pli urgent à distribuer par exprès ».

Faire venir un civil de dix-huit ans dans la zone des armées ne va pas de soi en 1915. Il y faut trois choses, et les deux pièces montrent qui délivre quoi. La Mission fournit l’autorisation de circuler en chemin de fer, nominative, avec une destination portée sur la pièce, Saint-Omer, et l’obligation de la présenter à l’officier adjoint à la Commission de gare à l’entrée dans la zone de l’armée britannique. Elle ne peut pas délivrer le sauf-conduit, qui relève du maire ou du commissaire de police, et en laisse la charge à l’intéressé : un sauf-conduit daté du lendemain figure au fonds. Reste enfin le contrôle lui-même, dont l’autorisation garde la trace sous la forme d’un cachet du Commissaire militaire de Calais, apposé au passage. Trois jours plus tard, un laissez-passer de la section de renseignement du G.Q.G. britannique, valable la seule journée du 24 septembre, conduit Claude non plus à Saint-Omer mais à Hinges, quartier général avancé de la 1re Armée, la veille de l’attaque. Il s’engagera au 32e régiment de dragons le 20 octobre suivant : à la date de ces pièces, il n’est encore rien d’autre qu’un civil évadé des régions envahies.

Dates repères, septembre 1915


Du général Huguet, chef de la Mission militaire française attachée à l’armée britannique, à J. Barrois, à Versailles. Expédiée du quartier général.

Mission militaire française attachée à l'armée britannique. Q.G., le 21 septembre 1915. N° 6620.

Le général Huguet, chef de la Mission militaire française attachée à l'armée britannique, à Monsieur J. Barrois, 4 rue Jacques Boyceau, Versailles.

« Monsieur,

Dans une lettre datée du 12 septembre, vous avez donné quelques renseignements intéressants rapportés par un de vos amis échappé de Lille.

L'État-Major anglais serait désireux de demander des indications complémentaires à M. Saint Léger, si celui-ci voulait venir à Saint-Omer ; ses frais de voyage lui seraient naturellement remboursés.

Ci-joint une autorisation spéciale pour circuler en chemin de fer. M. Saint Léger aura à se munir, d'autre part, d'un sauf-conduit du Maire ou du Commissaire de police.

Agréez, Monsieur, l'assurance de ma considération distinguée. »

P.O. Le Colonel, [signature]. (NDLR : les deux plis partent sous le nom du général Huguet mais sont signés par ordre par un colonel, dont la signature n’est pas déchiffrée.)


Pièce jointe au pli précédent. Titre de circulation nominatif pour l’entrée dans la zone de l’armée britannique. (NDLR : D. E. S. vaut Direction des étapes et services.)

[Enveloppe : « Pli urgent à distribuer par exprès. Urgent. » Expéditeur : le général Huguet, chef de la Mission militaire française attachée à l'armée britannique. Destinataire : Monsieur J. Barrois, 4 rue Jacques Boyceau, Versailles.]

Mission militaire française attachée à l'armée britannique. Q.G., le 21 septembre 1915. N° 6232 D.E.S.

« Le général Huguet, chef de la Mission militaire française attachée à l'armée britannique, autorise Monsieur Saint-Léger, chez Monsieur J. Barrois, 4 rue Jean Boyceau à Versailles, à se rendre à Saint-Omer. Cette autorisation devra être présentée à l'Officier adjoint à la Commission de gare, à l'entrée dans la zone de l'armée britannique. » (NDLR : la rue est écrite Jean Boyceau sur cette pièce et Jacques Boyceau sur le pli n° 6620 comme sur l’enveloppe ; la rue de Versailles porte le nom du jardinier Jacques Boyceau.)

P.O. Le Colonel, [signature]. [Cachet : Commissaire militaire, Calais.] (NDLR : un cachet de commissaire militaire de gare s’appose au passage et non à la délivrance ; il atteste que la pièce a servi et que l’entrée dans la zone britannique s’est faite par Calais.)


Sources