Metz, 20 août 1919

Metz, 20 août 1919

[Annotation du destinataire : « Rép. 15 sept. 19 ».]

Mon cher Aspirant,

Vraiment, que devez-vous penser de moi, de ce trop long silence dû, je l'avoue, à ma négligence ! Dois-je espérer être excusé ?

Je reçois à l'instant votre charmante lettre et vous remercie bien sincèrement de l'intérêt que vous me portez et croyez, je vous prie, à toute ma reconnaissance.

Je suis en effet papa d'un joli petit garçon depuis le 11 mai. Il s'appelle Henri et se porte, ainsi que sa maman, aussi bien qu'on peut le désirer. Je m'étais pourtant bien promis de vous faire savoir cet événement, mais comme je vous le disais tout à l'heure, grâce à ma négligence et à force de remettre au lendemain, j'ai trouvé le moyen de vous le laisser apprendre par d'autres.

J'avais, à cette occasion, obtenu une permission de trois jours. En rentrant, on m'expédie comme secrétaire à la Sous-Intendance de la 28e D.I. (?). Je croyais presque y rester jusqu'à la fin de mon service, mais malheureusement cela n'était que provisoirement et j'y suis resté vingt jours seulement. En rentrant, je repars en permission de détente et je me trouve chez moi avec mon frère, alors encore mobilisé et ex-congé (sic) comme moi. Or, pendant ces déplacements continuels, tous les jours je disais : il faut que j'écrive à l'Aspirant ; et tous les jours je remettais au lendemain. Aussi je vous demande pardon de tout mon cœur.

Quant à ma nomination, ce qui est beaucoup moins important, elle date du 6 de ce mois. Le plus intéressant, c'est que je continue à travailler au bureau de la Cie sous les ordres de notre ami Bogard, maintenant Sergent-fourrier faisant fonction de Sergent-Major. Enfin c'est un léger avantage qui me permettra peut-être de finir le temps qui me reste à faire plus agréablement. Comme vous le savez, je suis de la classe 1918 et n'aperçois que très loin encore le moment heureux où je serai enfin libre.

Comme nouvelles, pas beaucoup qui puissent vous intéresser. Les effectifs diminuent rapidement et d'ici un mois le Bataillon ne sera plus qu'un fantôme. Aussi ceux que vous avez connu ici sont les briscards (?) maintenant. Ce qui est plus grave, c'est que le régime du temps de paix se fait de plus en plus sentir et sous toutes ses formes. Pour nous qui sommes au bureau, ce qui nous touche le plus, c'est la nourriture qui va plutôt en diminuant. Nous ne touchons plus qu'un quart de vin par jour.

Enfin, mon Aspirant, je vous remercie bien des fois au nom de ma femme et de mon cher petit pour votre générosité.

Bogard et les camarades qui vous ont connu me chargent de vous transmettre leur bon souvenir ; avec le mien, recevez, mon cher Aspirant, l'assurance de mon amitié bien respectueuse.

Un de vos anciens mitrailleurs bien reconnaissant.
Landais

Voici mon adresse civile : Landais à Bû (Eure-et-Loir).

P.S. Je ne sais qui avait fait courir le bruit, il y a plusieurs jours, que vous reveniez nous voir à Metz. Aurions-nous ce grand plaisir ???