Demande de libération de Claude, mars 1941

Demande de libération de Claude, mars 1941

Pour situer ce document

Cette lettre du 22 mars 1941 est adressée par Agnès Saint-Léger, épouse de Claude, au Dr C.F. Albert, à Berlin. Claude, lieutenant, est prisonnier en Allemagne depuis sa capture de juin 1940. Un dossier de demande de libération, enregistré sous le numéro OKW 61, a été transmis par les autorités depuis Paris, et Agnès sollicite l'intervention personnelle du docteur Albert pour qu'il aboutisse. Elle y présente les arguments retenus par l'administration allemande pour ces libérations : la situation de père de famille nombreuse, la fonction civile occupée et l'absence de service dans une unité vraiment combattante. La lettre s'inscrit dans un ensemble de démarches qui se conclura par la libération effective de Claude, le 21 octobre suivant.

Le contexte

Au printemps 1941, la libération des prisonniers de guerre français répond, du côté allemand, à des critères précis : pères de familles nombreuses, anciens combattants de 1914-1918, ou personnels jugés utiles à la reprise de l'activité économique dans les régions occupées. C'est ce triple registre qu'Agnès mobilise dans sa lettre, en insistant sur les cinq enfants du couple, sur le service de Claude dans les Chasseurs à pied durant la Première Guerre mondiale, et sur son rôle chez les Établissements Agache, l'une des grandes sociétés textiles du Nord, dont les usines avaient repris leur activité pour répondre aux besoins des autorités d'occupation. Faute de circuit officiel rapide, les familles cherchaient des relais personnels dans l'administration allemande elle-même, quitte à passer par des intermédiaires résidant à Berlin : c'est ce que fait ici Agnès en s'adressant directement au Dr Albert, en doublon d'un premier dossier déjà égaré dans les circuits administratifs.


D'Agnès Saint-Léger à Dr C.F. Albert, Bellevuestrasse 16, Portal 5, Berlin W. 9. Dossier de libération OKW 61.

Cher Dr. Albert,

Je viens vous demander de bien vouloir professionnellement intervenir en faveur du frère d’un de mes meilleurs amis.

Il s’agit du Lieutenant Claude Saint-Léger, actuellement prisonnier en Allemagne et qui remplit, m’assure t’on les conditions voulues pour être libéré. Le dossier le concernant est parti de Paris pour Berlin le 7 Mars dernier, sous le numéro O K W 61, et je désirerais avoir votre appui pour que ce dossier ne se perde pas dans les administrations et qu’il puisse être examiné le plus tôt possible afin qu’on puisse lui donner les suites qu’il comporte.

Afin que vous puissiez agir en toute connaissance de cause, je vous envoie ci-inclus une copie des documents principaux constituant le dossier. Vous noterez qu’il est père de cinq enfants. A ce propos je ne sais s’il a inclus le certificat de vie des ses enfants, mais son frère vient de me donner l’assurance formelle qu’ils sont encore tous vivants. L’on m’a indiqué ici que c’est sur la base de sa situation familiale qu’il doit être éventuellement libéré.

Vous verrez, en outre, par les documents, qu’il occupe une situation importante, étant administrateur délégué des Etablissements AGACHE Fils, l’une des plus anciennes et des plus importantes sociétés de textile du Nord. Il s’occupe plus particulièrement des questions administratives et sociales et sa présence est très nécessaire car ses usines ont repris leur activité – pour la majeur partie d’ailleurs, afin de satisfaire aux besoins des autorités allemandes.

Un premier dossier avait été constitué mais s’est évidemment égaré en route, et je serais tout particulièrement reconnaissant si, grâce à vos bons efforts, le dossier OKW 61 que je vous signale, puisse aboutir le plus tôt possible à la libération de Claude Saint-Léger.

Vous noterez également qu’il ne faisait pas partie d’une formation militaire vraiment combattante, ayant été mobilisé sur place à Lille et ayant été affecté à la défense aérienne de Lille qui était son domicile. Il a fait la guerre 1914-1918 dans les Chasseurs à pied et est maintenant âgé de 44 ans.

En vous remerciant d’avance de ce que vous pourrez faire pour lui, je vous prie de croire, cher Dr. Albert, à mes sentiments les meilleurs.

Fm/mp