Document de libération du 15 octobre 1941, à Amiens
Document de libération du 15 octobre 1941, à Amiens
Pour situer ce document
Claude Saint-Léger, lieutenant de réserve né en 1897, est capturé à Mardyck le 20 juin 1940, au lendemain de la reddition des troupes alliées à Dunkerque. Interné à l'Oflag VIII-A, à Kreuzburg en Silésie, il y reste jusqu'à l'automne 1941. Ce document, délivré le 15 octobre 1941 par la Kommandantur du Front-Stalag 204, atteste sa libération au titre d'ancien combattant de la guerre 1914-1918 et vaut, dans le même temps, laissez-passer pour un unique voyage vers la zone interdite, où se trouve Lille, sa ville natale et celle de sa famille. Il y rentre et y est démobilisé le 21 octobre suivant.
Le contexte
Le Front-Stalag 204 appartient au réseau des camps de transit ouverts par la Wehrmacht dans la Somme et l'Oise après la campagne de mai-juin 1940, pour trier et acheminer vers l'Allemagne les centaines de milliers de prisonniers français capturés lors de la débâcle. Distincts des camps permanents installés outre-Rhin, comme l'Oflag VIII-A où Claude Saint-Léger a été interné, ces établissements ont connu une numérotation instable et de fréquents déplacements au fil de 1940 et 1941.
Le Nord et le Pas-de-Calais, où se trouve Lille, forment depuis juin 1940 une zone rattachée au commandement militaire allemand de Bruxelles, séparée administrativement du reste de la France occupée : on y entre et on en sort muni d'un laissez-passer, par des points de passage désignés. Ce document en tient lieu pour un aller unique.
La libération elle-même s'inscrit dans la mission confiée par le maréchal Pétain, le 31 juillet 1940, à Georges Scapini, avocat aveuglé et mutilé de la Grande Guerre, chargé de négocier avec l'Allemagne le sort des prisonniers français. Elle obtient, dès 1940 et 1941, la libération de certaines catégories de captifs, dont les anciens combattants de 1914-1918 de nouveau faits prisonniers en 1940, en application d'un ordre du Haut Commandement de la Wehrmacht du 29 mai 1941 que la pièce cite explicitement. Engagé volontaire en 1915, Claude Saint-Léger appartient à cette catégorie.
Kommandantur du Front-Stalag 204, à Amiens (Somme). Document de libération et laissez-passer pour la zone interdite, matricule de captivité VIII/A. 25190.
Kommandantur. Front-Stalag 204
Document de libération (valable pour la zone interdite)
Le prisonnier de guerre français, matricule n° VIII/A. 25190
Lieutenant Saint-Léger Claude né le 24/03/1897 à Lille (Nord), qui se trouvait jusqu’à ce jour en captivité allemande, est renvoyé dans sa patrie, à Lille (Nord).
Suivant la décision du Führer, solicité par les demandes de M. Scapini, Ambasadeur de France, concernant les anciens combattants de la guerre mondiale. L’entrée dans la zone interdite se fait exclusivement en transport officiel.
Dès l’arrivée à son domicile, le renvoyé est obligé de se présenter aussitôt dans un délai de 24 heures au bureau du maire de sa commune pour être démobilisé. Ce document reste entre les mains du renvoyé et sert de papier documentaire concernant a libération de la captivité et, en même temps, de laisser-passer donnant droit à un seul voyage à la zone interdite (Befehl OKW.AZ.2f 12a Kgf.I Nr 3231/41 vom 29.5.41).
Le prisonnier de guerre ci-dessus désigne a franchi aujourd’hui la ligne militaire interdite.
Der Kommandant A.B. Hauptmann
Sources
- Document de libération du Front-Stalag 204, 15 octobre 1941, fonds Saint-Léger.
- Pour le contexte : mission diplomatique des prisonniers de guerre confiée à Georges Scapini par le maréchal Pétain (31 juillet 1940) ; organisation des Frontstalags dans la Somme et l'Oise après juin 1940.