Activité d’officier de liaison avec la population civile, Alger, septembre-novembre 1943

Activité d’officier de liaison avec la population civile, Alger, septembre-novembre 1943

1943-11 Activite officier de liaison population civile Alger

Pour situer ce document

Quatre pages autographes de Claude Saint-Léger (1897-1944), sans date, sans en-tête et sans destinataire. Ce n’est ni une lettre ni une étude : c’est un relevé de démarches, tenu au jour le jour et rédigé à la première personne, sur sa candidature et ses premiers pas comme officier de liaison avec la population civile. Industriel du Nord, administrateur délégué des Établissements Agache, libéré d’Oflag en octobre 1941, passé en Algérie fin 1942, Claude a quitté ses fonctions civiles algériennes en août 1943 pour s’engager. Le manuscrit couvre les trois mois où cet engagement prend forme, entre un examen de septembre et une inscription pour Londres. Il part pour l’Angleterre le 30 janvier 1944.

Le contexte

Aucune année ne figure sur ces pages. Elle s’établit par recoupement. Claude est « inscrit pour Londres » : il n’y est donc pas encore. Henri Queuille, qu’il rencontre le 29 octobre, est alors président de la commission du débarquement, chargée depuis le printemps 1943 de préparer les mesures à prendre dès la Libération ; Claude note qu’il devient « peu de jours après » commissaire sans portefeuille, ce qui correspond à son entrée au Comité français de la Libération nationale lors du remaniement du 9 novembre 1943. Le cours de dix-huit jours suivi « au début d’octobre » succède de peu au décret du 2 octobre 1943, qui servira de fondement juridique à son assimilation au grade d’officier de liaison administrative en juin 1944. La pièce est donc d’Alger, et se situe entre le 3 septembre et le 19 novembre 1943.

Ce que le document montre est moins un parcours administratif qu’une campagne d’influence. En quatre semaines, Claude porte les mêmes propositions devant trois interlocuteurs : le Commissariat au Travail, le service des liaisons non militaires, la commission du débarquement. Deux thèmes reviennent, et ce sont ceux d’un industriel des régions envahies. Le sort des maires de la zone interdite, ce Nord et ce Pas-de-Calais détachés du reste du pays et rattachés au commandement allemand de Bruxelles, dont il voudrait épargner la réquisition civile. Et la remise en route des usines, qu’il ne veut pas voir retardée par des mutations d’hommes et de structures décidées de loin. La première demande échoue. La seconde entre, en partie, dans les consignes officielles de liaison avec la population civile.

Dates repères, septembre-novembre 1943


Activité d’officier de liaison avec la population civile.

- Passé l’examen le 3 ou 4 Septembre.

- Cours de 18 jours au début d’Octobre.

- Inscrit pour Londres avec 50 autres officiers vers le 20 Octobre.

- Envoyé en stage au travail le 20 Octobre.

- L’entrevue avec Monsieur André Hauch le 21 Octobre. (NDLR : probablement Henry Hauck, 1902-1967, directeur du travail de la France libre et auteur des émissions ouvrières de la B.B.C., en poste au commissariat d’Alger depuis le 1er août 1943. Le prénom lu sur le manuscrit ne concorde pas.) (Monsieur Hauch (secrétaire général du Commissariat au travail) est le speaker de la B.B.C.

L’accueil est réservé.

Je lui donne exactement ma situation mes tenants et aboutissants. Situation René. (NDLR : probablement René Descamps, cousin de Claude et dirigeant des Établissements Agache, resté en France occupée. Non explicité dans le manuscrit.) Mon point de vue sur rôle de défense joué par les Com. d’Organis. (NDLR : comités d’organisation.) etc.

- Nouvelle entrevue avec lui le Mardi 26 Octobre où je lui expose les réformes qui me paraissent indispenables dans le projet d’instruction aux organismes de liaison. Il est d’accord sur l’ensemble et me demande une note (qui est ci-jointe)


Le 27 Oct. L’entrevue avec le Commandant Lyon - Chef de toutes les liaisons non absolument militaire. (NDLR : graphie du manuscrit. Peut-être le lieutenant-colonel P. Lion, chef de la mission française de liaison auprès de la IIe armée britannique en 1944. Identification non établie.)

Je lui expose les mêmes réformes, plus nettement politique, qui concerne les maires de tout la Zone interdite (éviter leur réquisition-civile)

Une réunion est projetée avec M. Queuille, président de la commission de débarquement.

Quant à ma mission au travail, le Commandant Lyon m’expose combien la situation est délicate avec le Commissariat au Travail, et les raisons pour lesquelles il m’y a envoyé.

29 Oct. L’entrevue avec M. Queuille avec son secrétaire M. Jais et à la fin avec le colonel Tixier. (lecture probable : Tixier ; le mot colonel est ajouté en interligne. S’il s’agit d’Adrien Tixier, commissaire au Travail et à la Prévoyance sociale, le grade est une erreur.)

Concernant la réquisition-civile des maires : pas de succès.

Par contre il est très intéressé par les autres propositions de correction ; il me demande de lui communiquer le double de ce que j’ai remis au travail ; car il les défendra lui-même à la commission de débarquement.


Il me demande de revenir le revoir ultérieurement.

Peu de jours après il devient commissaire sans portefeuille à la coordination des services et les questions de débarquement.

19 Nov. Plusieurs entrevues avec M. Jais.

Compte rendu de la séance de la Commission de débarquement où M. Queuille « a proposé les suggestions d’un officier de liaison ». Elles seront en partie incluses de l’édition corrigée, qui paraîtra ultérieurement des consignes à la liaison avec population civile.

Vu également un autre projet de la production concernant réorganisation de l’industrie et des syndicats et comité d’org. en France.

Insisté sur les questions de répartition des produits industriels, car il n’est question que ou des anciens grp.es d’achat à l’étranger ou des répartitions de produits finis ; (NDLR : groupements d’achat ; abréviation à double barre dans le manuscrit.) Insister également pour que sauf impossibilité tout


soit laissé en place, si on ne veut pas ralentir la remise en route indispensable des usines.

On semble s’orienter, comme je l’avais demandé, vers un pool de matières premières, pour la main d’œuvre inemployée.


Sources