Étude sur la forme future de l'orientation et de la direction de l'industrie

Étude sur la forme future de l'orientation et de la direction de l'industrie

1944-01-24 Etude forme-future-orientation-direction-industrie Alger

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Ce document est une étude dactylographiée de deux pages, agrafées, rédigée et signée de sa main par Claude Saint-Léger le 24 janvier 1944. Il y expose une réflexion sur l'organisation future de l'industrie française après la guerre, écartant à la fois la gestion étatique totale de l'économie et la liberté totale des industriels, au profit d'un système intermédiaire fondé sur des « orienteurs arbitres » désignés par grand secteur économique. Le texte s'inscrit dans une série de travaux voisins que Claude Saint-Léger rédige à cette période, alors qu'il exerce des fonctions administratives et économiques à Alger. Il y mobilise vraisemblablement l'expérience de direction industrielle acquise avant-guerre dans le Nord.

Le contexte

Alger devient à l'automne 1943 la capitale provisoire de la France combattante, siège du Comité français de Libération nationale, où se croisent militaires, diplomates et experts civils mobilisés pour préparer l'administration du pays après la Libération. Parmi les chantiers ouverts figure l'organisation économique de l'après-guerre : comment articuler l'intervention nécessaire de l'Etat, après des années de pénurie et de contrôle des prix, avec le maintien d'une économie de libre entreprise, sans reconduire ni l'étatisme intégral ni un simple retour au libéralisme d'avant 1939. Le débat oppose alors les partisans d'une planification centralisée à ceux d'une organisation professionnelle plus décentralisée, héritée en partie des comités d'organisation créés sous l'Occupation, dont certains souhaitent conserver la structure tout en écartant l'esprit dirigiste. Claude Saint-Léger, qui avait dirigé avant-guerre des établissements industriels dans le Nord, apporte à cette réflexion une expérience de terrain. Ces préoccupations ne resteront pas seulement théoriques : de retour dans le Nord après la Libération, il sera chargé, à l'automne 1944, d'établir un rapport sur l'industrie textile régionale, dans un contexte de reconstruction où les questions de matières premières, de main-d'oeuvre et de répartition de la production, déjà esquissées dans ses études d'Alger, redeviennent concrètes.

Dates repères


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Dans ce cas, si nous ne voulons pas tomber dans la gestion par l'Etat de l'ensemble de l'industrie et du commerce français, c'est-à dire dans le totalitarisme économique, qui amène infailliblement la dictature, il faut que nous concilions entre elles plusieurs nécessités économiques de la France d'après guerre

- 1°) Orienter efficacement les professions dans le sens de l'intérêt national

- 2°) Conserver avec leurs pleines responsabilités et leur risque personnel total, à nos industriels, le maximum de liberté d'initiative, d'esprit d'entreprise et de recherche

- 3°) Il faut aussi que l'intérêt de la profession, dans le cadre de l'intérêt du pays triomphe, et que nous ne voyons plus des mesures d'intérêt général d'une industrie impossible à réaliser parce que, 10, 20 ou 30 % du potentiel de production veulent bien bénéficier de mesures d'assainissement, mais se refusent à en faire les frais.

Ceci exposé :

On pourrait imaginer avoir par groupe d'industrie, un orienteur arbitre choisi après accord entre les professions intéressées et l'Etat, et pris totalement en dehors des gens du métier.

Pilote d'un grand secteur de notre économie, sa tâche consisterait à orienter les professions dépendant de lui dans le sens de l'intérêt général et de l'intérêt professionnel.

Ses pouvoirs seraient les suivants :

1°) Il contrôlerait par des statistiques très poussées toutes les professions.

2°) Il serait le représentant officiel des professions de son secteur auprès des services publics; aucune intervention d'un syndicat ou d'un industriel, concernant les questions douanières, forme de marché etc... ne pouvant se faire sans son assentiment.

3°) Il aurait la faculté de rendre obligatoire à l'ensemble d'une profession les mesures votées à la fois par 51 % des moyens de production de cette profession et 51 % du nombre de ses adhérents.

4°) Il aurait la faculté de proposer aux syndicats professionnels des mesures qu'il juge opportune.

5°) Les membres des professions qu'il oriente ainsi que les clients ou fournisseurs de ces professions pourraient faire appel à lui s'ils étaient victimes d'abus.

6°) Il défendrait les intérêts des professions de son secteur auprès les orienteurs des professions des autres secteurs.

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- I -

Les orienteurs qui devraient être peu nombreux (environ 10 à 15) seraient groupés en un collège qui seraient en liaison constante avec le Ministre de l'économie dont il suivrait les grandes directives.

Les réformes sociales forment un tout qu'il n'est pas possible d'aborder partiellement dans cette étude, mais il est facile d'imaginer différentes modalités qui permettraient de doubler l'orientation économique d'une orientation sociale, dans le cadre de cette formule.

24 Janvier 1944

[signature manuscrite : Claude Saint-Léger]


Sources