Une visite à la fonderie Mackie de Belfast qui n'aura pas lieu (1944)

Une visite à la fonderie Mackie de Belfast qui n'aura pas lieu (1944)

1944-02-18 Permission pour visiter Albert foundry

Pour situer ce dossier

Entre février et mai 1944, Claude Saint-Léger, officier de liaison à la Mission Militaire de Liaison Administrative (MMLA) à Londres, cherche à obtenir une permission pour se rendre à Belfast, en Irlande du Nord, afin de visiter la fonderie Mackie (Albert Foundry), l'un des plus grands employeurs de la ville et un fournisseur majeur de l'armée britannique en obus antiaériens Bofors. Le dossier réunit le laissez-passer délivré le 18 février 1944 et cinq lettres échangées avec Sir Ernest Cooper, représentant du gouvernement d'Irlande du Nord à Londres, et avec la famille Mackie. Le voyage, retardé puis refusé par les autorités britanniques, n'aura finalement pas lieu. Une sixième lettre, du 23 novembre 1944, montre que la relation survit à cet échec : Jim, de la fonderie, y interroge Claude, rentré en France et en poste à Amiens, sur le sort de Marc Droulers (1904-1966), dit Marco, cousin germain de sa femme Agnès Wattinne, arrivé à Alger en mai 1941.

Le contexte

Depuis l'Emergency Powers Act de 1939, tout déplacement entre la Grande-Bretagne et l'Irlande, y compris vers l'Irlande du Nord, est soumis à un régime de laissez-passer distinct du reste du territoire britannique. La mesure vise officiellement à contrôler le passage d'indésirables depuis l'Eire, restée neutre, mais elle sert aussi à protéger les sites industriels sensibles de la province. La fonderie Mackie, sur Springfield Road à Belfast, en fait partie : rééquipée en 1938 avec des machines américaines, elle fabrique en temps de guerre des obus antiaériens Bofors, des pièces de fuselage de bombardiers Stirling et d'autres éléments de production militaire, ce qui explique le délai de quatorze jours que le War Office impose pour instruire chaque demande de permis. C'est dans ce cadre que s'inscrit la démarche de Claude, appuyée par une relation personnelle avec la famille Mackie et transmise par l'intermédiaire de Sir Ernest Cooper. Les lettres montrent aussi les adresses successives de Claude à Londres, sa proximité avec le commandant de Boislambert et le commandant Clemençon à la Mission Militaire, et une question posée en passant par Jack Mackie sur un lien entre un contact d'affaires alsacien et les maisons Agache et Kuhlmann, dans l'industrie textile d'avant-guerre.

Dates repères, 1944


: Laissez-passer, premier exemplaire

Forces Françaises Libres. Permission de la Mission Militaire de Liaison Administrative pour le lieutenant Saint-Léger Claude.

Corps et Unité : Mission Militaire de Liaison Administrative

Grade, Nom, Prénoms du Bénéficiaire : Lieutenant Saint-Léger Claude

Nom et adresse complets de la personne chez qui se rend le permissionnaire : Centre d'Accueil Pembroke Lodge, Londres. Has permission to travel to NORTHERN IRELAND to visit Mackies Foundry BELFAST (NDLR : tampon Mission Militaire de Liaison Administrative, 3e Bureau)

Durée : 15 Jours

Le bénéficiaire devra rejoindre son unité avant le : (NDLR : "27 février 1944" rayé, remplacé à la main par) Je dis 4 Mars 1944 à 24h

Transport par : à titre gratuit (permissions trimestrielles)

EN CAS D'HOSTILITE TERRESTRE EN GRANDE BRETAGNE, le bénéficiaire devra rejoindre immédiatement son unité.

Fait à Londres le 18-2-44

Grade et Nom de l'officier signataire : (NDLR : tampon Mission Militaire de Liaison Administrative, Le Directeur du Personnel)


: Laissez-passer, second exemplaire, copie certifiée conforme

Second exemplaire du même laissez-passer, portant le tampon de certification de la Sûreté Nationale de Lille.

Corps et Unité : Mission Militaire de Liaison Administrative.

Grade, Nom, Prénoms du Bénéficiaire : Lieutenant Saint-Léger Claude.

Nom et adresse complets de la personne chez qui se rend le permissionnaire : Centre d'Accueil Pembroke Lodge, Londres. Has permission to travel to northern IRELAND to visit Mackies Foundry BELFAST.

Durée : 15 jours.

Le bénéficiaire devra rejoindre son unité avant le : Je dis 4 mars 1944 at à 24 heures

Transport par : à titre gratuit (permissions trimestrielles).

EN CAS D'HOSTILITE TERRESTRE EN GRANDE BRETAGNE, le bénéficiaire devra rejoindre immédiatement son unité.

Fait à Londres le 18-2-44

Grade et nom de l'officier signataire : Le Directeur du Personnel de la Mission Militaire de Liaison Administrative.

(NDLR : tampon de certification, Sûreté Nationale, République Française, Lille, "Certifiée conforme", le Commissaire de Police, copie conforme)


: Lettre de Sir Ernest H. Cooper, gouvernement d'Irlande du Nord

De Sir Ernest H. Cooper, directeur des services d'information, à Claude Saint-Léger, chez Mrs Vane, 6 Cresswell Gardens, Kensington, Londres. Texte anglais original puis traduction française, toutes deux jointes au dossier.

Dear Saint Leger,

I understand you are waiting to hear from us as to whether you could acquire an immediate permit to go to Belfast. We have made diligent enquiries and have pressed the matter but it is impossible to vary the rule. The War Office must have 14 days in which to investigate each case before a permit is granted. We are therefore not pressing on with the application at the present juncture in view of the fact that your leave expires so soon and if we were to obtain a permit in 14 days' time you would not be able to take advantage of it.

The only plan to pursue in connection with your visit to Belfast is to give us, say, three weeks time to secure the permit and then arrange for your leave at a date that would enable you to take advantage of it.

I was speaking to Mr. Jack Mackie on the phone this morning and he has asked me to do myself the honour of making your acquaintance and I should like to meet you. Unfortunately I must go to my own factory tomorrow for lunch but will probably be at the above address from 10 a.m. to 12.30 a.m. If you can either call or telephone at that hour I would very much appreciate it.

Sincerely yours, Ernest H. Cooper, Director of Information Services


Cher Saint Leger,

J'ai bien compris que vous attendiez de nos nouvelles pour savoir si vous pouviez obtenir une autorisation immédiate pour vous rendre à Belfast. Nous avons fait des démarches approfondies et avons insisté sur le sujet, mais il est impossible de déroger à la règle. Le Ministère de la Guerre (War Office) doit disposer de 14 jours pour examiner chaque dossier avant d'accorder une autorisation. Par conséquent, nous ne poursuivons pas la demande pour le moment, compte tenu du fait que votre congé expire très prochainement et que si nous obtenions une autorisation dans un délai de 14 jours, vous ne seriez pas en mesure d'en profiter.

La seule stratégie à adopter concernant votre visite à Belfast est de nous laisser, disons, un délai de trois semaines pour obtenir l'autorisation, puis de planifier votre congé à une date qui vous permettrait d'en profiter.

Je me suis entretenu au téléphone ce matin avec M. Jack Mackie, qui m'a demandé de me faire l'honneur de faire votre connaissance, et j'aimerais vous rencontrer. Malheureusement, je dois me rendre à ma propre usine demain pour le déjeuner, mais je serai probablement à l'adresse ci-dessus de 10 h 00 à 12 h 30. Si vous pouviez passer ou m'appeler à cette heure-là, je vous en serais très reconnaissant.

Sincèrement vôtre, Ernest H. Cooper, Directeur des Services d'Information


: Lettre d'Albert Foundry, Belfast

Adressée à Lt. Claude St. Leger, chez Mrs Vane, 6 Cresswell Gardens, Kensington, Londres.

Mon cher Claude,

Mes remerciments pour ta lettre du 28 Février adressée à Jim qui est encore dans une clinique ; il se porte considérablement mieux et pense pouvoir rentrer chez lui aujourd'hui. Je ne pense pas que nous le verrons entièrement remis et a son travail avant quelques semaines.

Il avait une mauvaise dose de "fibrositis", qui est, on me dit, une bactérie qui attaques les nerfs musculaires, particulièrement aux articulations, causant des enflures et rendant tout mouvement très douloureux. Jim a reçu diverses formes de traitement, mais je pense que les dernières injections et le repos au lit lui ont fait le plus de bien.

J'apprends de Monsieur Ernest Cooper qu'il a écrit au Commandant de Boislambert à la Mission Militaire Française concernant la possibilite de t'accorder une permission avec assez de préavi pour te permettre de venir à Belfast, et Monsieur Cooper t'a envoye une copie de la reponse reçu du Commandant Clemencon, indiquant qu'une permission te sera accordée des que possible et que tu en sera informé à l'avance pour te permettre d'obtenir le permit de voyage pour le Nord d'Irlande.

Nous avons tous hâte de te revoir après si longtemps, et d'après ta lettre tu devrais finir ton cours fin avril, de sorte que nous devrions avoir l'occasion de te voir ici environ vers le milieu du mois de mai.

J'envoie ta lettre à Jim qui t'écrira certainement.

Bien cordialement à toi


: Lettre de Jack P. Mackie, Albert Foundry

Adressée à Lt. Claude St. Leger, chez Mrs Vane, 6 Cresswell Gardens, Kensington, Londres.

Mon cher Claude,

Sir Ernest Cooper m'a envoye une copie de la lettre qu'il t'a adressée le 14 Mars, t'avisant que dans les circonstances actuelles des permits pour se rendre dans le Nord d'Irlande ne peuvent pas être accordés. C'est une position tres regrettable, mais nous ne voyons pas de solution pour le moment.

Par hasard, un de nos Directeurs, John T. Gailey, tu le connait sans doute, sera au Savoy Hotel, Londres les 28 et 29 Mars et probablement jusqu'a 15 heures le 30 Mars, date a laquelle il retournera a Belfast. Si tu pouvais te trouver à Londres tu pourrais lui faire savoir pour qu'il fixe un rendez-vous avec toi.

Entretemps, je te présente mes très sincères amitiés.

Ton, Jack P. Mackie

Jim est meilleur mais pas "au Foundry"


: Lettre d'Albert Foundry, Belfast

Adressée à Lieut. Claude St. Leger, Southlands, Parkside, Wimbledon, Londres SW19.

Mon cher Claude,

J'ai bien reçu ta lettre du 29 avril adresseé à Jim qui se trouve maintenant en convalescence à Rostrevor, environ 50 miles de Belfast. Je suis heureux de dire que sa santé est beaucoup améliorée mais il faudra encore quelque temps avant qu'il puisse revenir au travail.

Il m'a chargé de te dire que c'est peu probable qu'il puisse venir à Londres au cours de ce mois, mais s'il trouve que ça peut se faire il t'ecrira ou te télégraphira avant, pour arranger un rendez-vous à Wimbledon ou à Londres comme proposé.

Je suis heureux d'apprendre que tu vas bien et j'espère avoir l'occasion de te voir dans un temps pas trop éloigné.

Amities sincères de tous.

et bien à toi


: Lettre d'Albert Foundry, Belfast

Adressée à Lieutenant Claude St. Leger, Southlands, Parkside, Wimbledon, Londres SW19.

Mon cher Claude,

Comme Lavens t'a informé, je ne me pouvais venir en Angleterre, et avec les restrictions actuelles, il semble peu probable que je puisse entreprendre le voyage, même si je me portais assez bien pour voyager.

Dans mon courrier de ce matin j'ai reçu une lettre adressée à toi aux soins de moi-même et je me demande maintenant si je dois en conclure que tu vas venir ici. Lors de mon sejour de vacances il ya quelques jours, j'ai rencontré un de tes compatriotes qui est attaché à l'Armée Americaine dans une capacité similaire à la tienne et si tu pouvais être attaché à une unité ici ça serait idéal.

L'Officier en question vient d'Alsace et il m'a dit qu'un de ses amis travaillant ici était Dolfus Migg. N'est-ce pas les gens dans l'industrie de la soie qui étaient en rapport avec Agache et Kuhlman avant la guerre ?

Mon cher Claude,

bien à toi


: Lettre de Jim, Albert Foundry, Belfast

Adressée au commandant Claude Saint Leger, Préfecture de la Somme, Amiens. Lettre dactylographiée en anglais : Jim demande à Claude s’il sait ce qu’est devenu Marc Droulers, cousin germain d’Agnès Wattinne, qui avait télégraphié d’Alger le 13 mai 1941 son arrivée avec Xavier.

ALBERT FOUNDRY BELFAST

23rd November,1944.

Dear Claude,

I have been wondering what happened to Marc Droulers. On the 13th May 1941, he sent Lavens a telegram from Algiers saying that he had just arrived there with Xavier. Lavens replied by telegram but since then we have not heard from Marc.

It has occurred to me that you may know something of his whereabouts.

With kindest regards,

Yours sincerely,

Jim

Commandant Claude Saint Leger, Prefecture de La Somme, AMIENS.

JAM/MC.


Sources