Compte rendu de la conférence du colonel de Boislambert, 7 juin 1944

Compte rendu de la conférence du colonel de Boislambert, 7 juin 1944

1944-06-07 Compte rendu conference Boislambert

Pour situer ce document

Le 7 juin 1944, au lendemain du débarquement, Claude Saint-Léger (1897-1944) note sur deux pages ce qu’il retient d’une conférence donnée le jour même par le colonel Claude Hettier de Boislambert (1906-1986), chef de la Mission militaire de liaison administrative. Officier de liaison de cette mission, sélectionné en septembre 1943 et formé en Grande-Bretagne pendant l’hiver, il fait partie des officiers français appelés à accompagner les unités alliées en France. Il écrit vite, articles supprimés et verbes rares : ce sont des notes de séance, non un compte rendu officiel. Le titre qu’il leur donne dit d’ailleurs ce qu’il cherche à retenir, l’esprit de la conférence plutôt que la lettre des consignes. Ces deux pages lui tiendront lieu de doctrine d’emploi pendant les six mois qui lui restent à vivre.

Le contexte

Depuis l’été 1943, la question qui domine les relations entre le général de Gaulle et ses alliés n’est pas militaire mais administrative : qui gouvernera la France au fur et à mesure de sa libération. Les états-majors américain et britannique avaient prévu d’y appliquer le régime dit AMGOT, gouvernement militaire allié des territoires occupés, avec sa monnaie propre et ses officiers investis de pouvoirs d’autorité. La Mission militaire de liaison administrative, créée à Londres en août 1943 et confiée à Boislambert, est l’instrument construit pour rendre ce régime inutile : des officiers français connaissant le pays, insérés auprès des unités alliées dès les premières heures, chargés de remettre en marche les administrations françaises avant que d’autres ne s’en chargent.

Au 7 juin 1944, la partie est gagnée dans son principe, mais aucun accord n’a été signé entre les gouvernements. Les officiers partent donc sans statut négocié, et c’est ce qui explique la première ligne des notes : détachés à titre uniquement militaire, sans attribution administrative et sans pouvoir propre. Chacune des consignes qui suivent découle de cette position fragile. Reconnaître un maire, c’est engager une autorité qui n’est pas encore reconnue : le Comité français de la Libération nationale a pris le 3 juin le nom de Gouvernement provisoire de la République française, que les alliés n’admettront officiellement qu’en octobre. L’ordonnance du 21 avril 1944 avait tranché la question des municipalités en maintenant ou rétablissant les conseils élus avant le 1er septembre 1939 et en révoquant les élus ayant favorisé l’ennemi ou Vichy : la formule notée par Claude en est le résumé exact. Quant aux billets américains, ce sont les coupures en francs imprimées aux États-Unis et distribuées aux troupes du débarquement, que de Gaulle tenait pour de la fausse monnaie. Y toucher, même pour un achat personnel, revenait à valider une émission que la France refusait.

Dates repères


Notes de séance de Claude Saint-Léger. Deux pages manuscrites. Lieu non précisé.

Compte rendu de l’esprit de la conférence du Colonel de Bois Lambert le Mercredi 7 Juin 1944

20 officiers détachés auprès alliés à titre uniquement militaire, pas administratifs du tout et d’ailleurs aucun pouvoir.

But aider les alliés et renseigner commandement français sur situation et moral population civile.

S’abstenir d’entrer en contact avec maires ayant agi d’une manière inadmissible, nous risquerions de faire croire qu’ils sont reconnus par Comité français et de créer ainsi des soulèvements ; par ex. si le maire a agi contre résistance etc.

Se dire que quand nous voyons un maire, nous homologuons quelque peu sa personne, malgré les réserves que nous devons faire. (Maire de 1939 en principe seul n’est pas provisoire en principe) à condition de s’être honnêtement comporté. (NDLR : les mots barrés le sont dans le manuscrit.)

Question argent, autant que possible ne pas toucher aux billets américains personnellement.


Sources