CARVILLE le 29 août 1944
MISSION MILITAIRE DE LIAISON ADMINISTRATIVE
C.A. Det. 223
NOTE
pour l’Officier de Liaison Administrative, 3 Sub area L of C
OBJET : Situation dans les Cantons de : AUNAY sur ODON, CONDE sur NOIREAU, VASSY, BENY Le BOCAGE et les Communes de ROULLOURS, VAUDRY et VIESSOIX, du Canton de VIRE.
1.- RAVITAILLEMENT.
Les autorités Françaises ont accepté la responsabilité de pourvoir au ravitaillement des populations dans le secteur ci-dessus, à compter du 24 août. (Ref. 8 Corps Message No 356 C. 196 du 23/8/44.).
La Sous-Préfecture de VIRE s’efforce en ce moment de réorganiser le R.G. (NDLR : le Ravitaillement général.) dans l’arrondissement, mais ne semble pas disposer des moyens ni des stocks nécessaires.
Les communes du Canton de BENY - BOCAGE avaient jusqu’à ces derniers temps été ravitaillées dans une certaine mesure par les services de BAYEUX. Depuis plusieurs jours les maires de l’arrondissement de VIRE ont été avisés qu’il ne leur serait plus délivré de denrées par BAYEUX et qu’ils devaient s’adresser à VIRE. Il en résulte que les populations sont livrées à elles-mêmes.
(NDLR : changement de feuillet.)
Le Major De GRAVES, Commandant 223 Det. et les Officiers de ce détachement ont fait et continuent à faire leur possible pour remédier à cet état de choses en continuant à fournir des Hard Rations (NDLR : les rations de combat britanniques.) aux populations intéressées. Ceci est cependant difficile étant donné les moyens disponibles pour une zone aussi étendue, et de nombreuses petites communes ne sont pas ravitaillées. De l’essence a été distribuée à plusieurs reprises pour permettre de battre du blé et ainsi assurer le ravitaillement en farines.
2.- REFUGIES.
La politique adoptée par ce détachement jusqu’à ces derniers jours était de permettre aux réfugiés de regagner leurs domiciles dès que les opérations le permettaient. Il a fallu reconsidérer cette question en raison a) des destructions d’habitations très élevées dans certains secteurs. b) du danger pour les civils à regagner des régions minées ou infestées de munitions abandonnées par l’ennemi et que l’avance rapide des Alliés n’a pas permis d’enlever.
Un centre d’accueil fonctionne à VASSY. Les réfugiés y sont hébergés puis dirigés sur leurs domiciles ou bien répartis dans des zones moins éprouvées.
Le Maire de BENY-BOCAGE me signale qu’un Inspecteur des Finances a donné l’ordre au percepteur de cette localité de suspendre les paiements d’allocations aux réfugiés. Il y a lieu d’étudier cette décision qui risque d’avoir des conséquences très graves.
3.- ADMINISTRATION.
Pas de problème grave. Les Maires de ce secteur jouissent en général de la confiance de leurs administrés. A BENY-BOCAGE, cependant, il semble que le rétablissement dans ses fonctions de l’ancien Maire, démis et arrêté par les Allemands serait bien accueilli par la population. Le Maire actuel est nouveau, mais n’a rien fait qui le rende indigne de ses fonctions. Il a proposé de se désister en faveur du rétablissement de l’ancien Maire. Le Sous-Préfet de BAYEUX lui aurait répondu qu’il ne pouvait prendre de décision à ce sujet sans enquête préalable. L’ancien maire semble disposé à reprendre ses fonctions malgré qu’il soit très âgé.
4.- GENDARMERIE.
Les diverses Brigades de ce secteur continuent à assurer leur service. A CONDE sur NOIREAU le gendarme TOUCAN a été arrêté par la Field Security Britannique (43 Div) et il ressort de l’enquête menée (NDLR : la phrase est coupée par le changement de feuillet, elle est ici rétablie. Le feuillet suivant porte le numéro 2.) par nous que tous les membres de la Brigade de CONDE sur NOIREAU devraient être déplacés en attendant une enquête des autorités Françaises permettant de statuer définitivement sur leur sort. (Voir rapports de ce Detachement.). Pour l’instant il est jugé qu’à part TOUCAN ces gendarmes ne présentent pas un danger pour la sécurité des troupes alliées, mais à ma connaissance ils sont toujours astreints aux restrictions du couvre-feu, de la circulation etc... et ne sont donc pas en mesure d’assurer leurs fonctions d’une manière effective. A noter que l’opinion publique locale est nettement contraire à leur maintien en fonctions, ceci en raison de leur conduite durant l’occupation Allemande.
5.- MUNITIONS ABANDONNEES, MINES, CADAVRES D’ANIMAUX ET D’ENNEMIS.
De grandes quantités de munitions sont déseminées dans ce secteur. Elles n’ont pu être enlevées pour les raisons données plus haut (para 2.) et sont un danger pour les populations civiles. De nombreux rapports à ce sujet n’ont à ce jour donné aucun résultat. Il en est de même pour les cadavres de soldats ennemis et d’animaux dont l’ensevelissement incombe à une population civile déjà très durement éprouvée qui ne dispose d’ailleurs pas des moyens de faire ce travail de façon satisfaisante.
Le S/Lt. LE ROY
Officier de Liaison prés 223 C.A. Det.
HLeRoy
DESTINATAIRE : Capitaine BERNARD
COPIES : Cdt. St. LEGER
Archives.