Lettres envoyées à Claude - Année 1915

Lettres envoyées à Claude - Année 1915

1915 Lettres a Claude

Pour situer ces lettres

Cette page réunit les lettres reçues par Claude Saint-Léger entre septembre et décembre 1915, dans les mois qui suivent son évasion de Lille occupée, le 23 août, et son arrivée à Paris, le 10 septembre. Camarades d’école, cousins, oncles, relations de la famille : tous répondent d’abord à la nouvelle de sa sortie de la zone envahie, puis accompagnent son engagement au 32e régiment de Dragons, le 20 octobre, et ses premières semaines de caserne à Versailles. Trois pièces viennent de Lille même, écrites par sa mère et passées clandestinement par Cannes et par la Suisse. Deux autres sont adressées non à Claude mais à des tiers, et conservées ici pour ce qu’elles apportent à la datation de l’évasion. On y suit la dispersion d’une famille que la guerre a éclatée entre Lille, Paris, Versailles, Pau, l’Ardèche, le Maroc et la Suisse.

Le contexte

L’automne 1915 est celui des grandes offensives manquées. Celle de Champagne et d’Artois, lancée le 25 septembre, s’épuise en quelques semaines sans percer le front, et plusieurs correspondants la commentent, les uns pour s’en réjouir, les autres pour en compter les pertes. À l’est de Reims, les Allemands contre-attaquent en octobre après avoir lancé d’épaisses nappes de gaz : les 19 et 20 octobre, dans le secteur de Sillery, une attaque au chlore met plus de mille hommes hors de combat dans les régiments territoriaux qui tiennent le secteur. L’oncle par alliance de Claude, Joseph Charé de Lavalette, y commande un bataillon, et sa femme fait à Claude, fin décembre, le récit chiffré de cette journée.

Pour les Lillois de l’intérieur, l’essentiel est ailleurs. Beaucoup sont sans nouvelles des leurs depuis un an, et un jeune homme qui vient de sortir de la ville occupée devient aussitôt un bureau de renseignements. Une dizaine de correspondants lui demandent, en quatre mois, des nouvelles d’un père, d’une mère, d’une usine, d’un logement. L’armée s’y met à son tour : après les Britanniques en septembre, le deuxième bureau d’un corps d’armée français lui fait parvenir en décembre un questionnaire de quinze questions sur les garnisons, les hôpitaux et les batteries de Lille. D’autres évasions suivent la sienne, celle de Patrick Le Blan parti le 8 septembre, celle d’Hubert Prouvost à l’automne, et chacune fait courir dans Paris des bruits sur ceux qui les auraient organisées, jusqu’à mettre en cause la mère de Claude.

Trois lettres vont en sens inverse. Marguerite Delemer, restée à Lille avec son mari, écrit à ses enfants dispersés en passant par un parent installé à Cannes, puis par une chaîne suisse dont elle donne le mode d’emploi. Elle y appelle Claude Nicolas, Patrick Le Blan Blaise, son cadet Philippe Lélé, et signe Guitte. Elle recommande l’école d’artillerie et un engagement de cinq ans, transmet des commissions pour des familles lilloises séparées, décrit la typhoïde qui ravage la ville, et prescrit la prudence : tout revient à Lille plus vite qu’on ne pense.

Dates repères, 1915


De Monod, ami de la famille, carte postale adressée à l’Hôtel Majestic, Paris.

Carte Postale

Monsieur Claude St Léger

Hotel Majestic

Avenue Kléber

Paris

Mon cher Claude.

Quel bonheur de te savoir à Paris et me tarde d'avoir plus de détails sur son retour. J'espère beaucoup te voir d'ici peu, tâche de venir à Cannes.

Amitiés pour toi, Annie, Philip, Marcelle, Ernest etc etc - - Ton copain Monod


De Lucien Descamps, pilote-aviateur, depuis le camp d’Avord (Cher).

Carte-Lettre

Monsieur Claude St Leger

Hôtel Majestic, Paris

de Monsieur Lucien Descamps

Pilote-aviateur

Camp d'Avor(lecture incertaine : Avord ?). 14/9/15

Mon cher Claude,

Je viens vous remercier des bonnes nouvelles que vous m'avez apportées de mieux. — Vous deviez savoir quel plaisir j'ai obtenu de rares nouvelles — me demandant chaque jour quand finira cette longue et dure épreuve. Je vous félicite d'avoir ainsi réussi votre évasion, ce qui dénote de votre part un rare courage. — D'après ce que l'on m'a dit quitter Lille


De A. M. Versey, depuis la villa Le Rayronnais, à Houlgate (Calvados).

Le Rayronnais
Houlgate

Mon cher Claude,

Comment te remercier de ton aimable carte reçue hier. Il ne me suffit de te dire que nous étions sans nouvelles de Père et Mère depuis le 4 juillet pour que tu te doutes de notre joie. Lily et moi nous t'en remercions mille fois.

On nous dit qu'Annie retourne à Lille avec Mr Guérin, si cela est exact, veux-tu lui demander de donner de nos nouvelles à Père et Mère.

Sais-tu que Pierre est au régiment : il est au 15e d'Artillerie enchante de son métier.

A l'occasion donne nous encore de tes nouvelles, Sily et moi nous t'envoyons nos meilleures amitiés — Merci encore

A. M. Versey


De J. Monot, ami d’école du Paraclet, mobilisé comme ravitailleur en Belgique.

Mon très cher ami,

Comment vous dire la joie profonde que me cause votre lettre. Il me semble que si vous étiez là, devant moi, je vous embrasserais. — J'ai si souvent peur de vous savoir rentré le long silence de vous savoir, — je vous devinais déjà tout enfermé à Lille. — Barrois m'avait écrit qu'on l'avait appris à l'école votre succès au bachot, mais tout cela était si vague — je ne sais pas pour vous les camps de concentration etc etc — Quand j'évoquais la Quiche et notre groupe de Vandeuvre, je ressentais alors vivement la peine de ne pas savoir où vous chercher —

Et voici cette bonne lettre de ce soir qui me dit que vous êtes sain et sauf après une extraordinaire odyssée.

Vous rappelez-vous ce dimanche où nous sommes partis ensemble du Paraclet — déjà inquiets par le bruit de guerre — nous tâchions de nous représenter les uns aux autres tous les horreurs qui allaient se produire ? Il y avait là, Barrois, vous et Chenest — dont je ne sais rien depuis un an. Et comme la réalité a dépassé toutes nos imaginations. — Qui nous eût dit que chacun de nous serait aussi mis à la torture, et que la guerre viendrait bouleverser nos vies. Je pense à surtout à vous, mon cher ami — qui avez plus souffert qu'aucun de nous, et qui avez fait cette chose héroïque de risquer votre vie pour venir rejoindre votre classe. Je vous félicite avec toute mon affection, me rappelant combien nous avons lutté à l'école non pas l'un contre l'autre, mais l'un avec l'autre. Comme je suis fier pour vous ! — Quand vous me dites que vous vous sentez transformé, je comprends ce que vous voulez dire, je devine surtout votre longue épreuve ! Tout cela vous aura forgé une âme solide, et vous saurez sans doute désormais dans quel sens orienter votre vie —

France, et surtout les hommes du front, d'après ce que vous voyez à Paris — Vous voyez bien qu'il y a des milliers et des milliers de gens qui souffrent avec vous, qui savent ce qu'est l'endurance dans les régions envahies ; et pour qui "l'attente" et a cause de vous plus pleine d'angoisse". Ne vous découragez pas, Paris est une exception, surtout le quartier de Paris où vous logez. Dites-vous aussi qu'il faut que certains oublient pour que d'autres luttent, s'ils n'oubliaient pas, ils n'auraient pas la force de résister, et que toute notre espérance est dans cette capacité de résistance. Ici nous tenons, et nous tiendrons avec obstination, et tous

Borde, je n'ai jamais pu avoir de nouvelles directes, je leur ai écrit à Vannes mais ma lettre n'a pu leur parvenir.

Je vous parlerai un peu de moi et de me faits et gestes depuis 13 mois que je suis en campagne, d'être un très humble soldat de 2e cl. — Je fais métier de ravitailleur et je pédale beaucoup sur les routes de Belgique — depuis novembre nous n'avons jamais été très loin de Lille — — Auparavant à la fin d'octobre 1914, nous avons été en Lorraine, fait la retraite, assisté à la bataille de la Marne. Puis fin octobre, l'Yser, misère, hiver ! — — Il faut que vous me m'écriviez souvent. J'ai peur que loin des nôtres vous ne vous sentiez très seul, que vous ne trouviez pas assez de sympathie après tant d'épreuves accumulées. Rappelez-vous donc le Paraclet, Normand — nos bons rapports d'autrefois, et tenez-nous bien au courant de tout ce qui vous concerne. — Comment vous, arrivant bien, trouverez-vous "stupide" ce que vous m'écrivez.

Votre très fidèlement affectueux

J. Monot

Peut-être serai-je à Paris à la fin d'octobre — j'ai droit à une permission ayant 13 mois 1/2 de front.


Du sous-lieutenant Scalbert à Madame Jacques Barrois, carte à faire suivre via Bergues.

Carte-Lettre

Madame Jacques Barrois

4 Rue Jacques Boyceau, Versailles

du Sous-Lieutenant Scalbert, 5° ___, 15° Compagnie

Bergues, faire suivre

Madame,

Permettez-moi de vous dire d'abord combien je me réjouis de savoir votre époux en meilleure santé et de savoir également votre ménage heureusement réuni alors que tant d'autres souffrent encore de la séparation. J'ai appris par une carte de mon beau-frère Émile Wallaert que le fils aîné de Madame André Saint Léger était sorti de Lille le 23 août et était votre hôte.

Auriez-vous l'obligeance de demander à ce jeune homme s'il a souvenance que Madame Scalbert voyait sa mère et lui confiait du courrier. Je vous serais obligé, s'il avait quelque indication à me fournir sur les miens, ou sur Lille, de s'obtenir qu'il m'envoie un mot même très bref. La dernière lettre de mon épouse date du 10 juin ! c'est long ! Veuillez partager avec Jacques mes meilleures amitiés.

Sous-Lieutenant M Scalbert


Fragment sans en-tête, relayant le texte d’un télégramme reçu au sujet de Claude.

Je vais retarder mon engagement :

Voici le texte :

Avons été heureux d'apprendre le 16/9/15 la guérison de Claude. L'embrassons tendrement, lui recommandons prudence et le félicitons de son courage. Tout va bien ici, son ami Blaise

de l'offre est formel ___ sur tout le front. On dit aussi qu'il y a beaucoup de troupes en Alsace.

L'ordre du jour de French fait après la première off. du 25 sept. va aussi promettre une suite aux efforts commencés. Cependant les allemands semblent abandonner la Russie et revenir par ici, et cette lettre de Frédéric !!!


De Philippe Le Blan, sous-lieutenant au 110e régiment d’infanterie, secteur 137.

Mon cher Claude,

Ma Tante Duval m'a appris que tu avais fluit Lille et pour ton voyage. J'en ai été fort heureusement surpris. J'en suis très content pour toi.

Mon cher Claude, je viens de demander quelques "tuyaux" sur la vie là-bas et plus particulièrement sur ma famille. Tu voyais, je crois, Patrick très souvent.

Pourquoi n'est-il pas lui aussi parti ? Sa classe 1917 va bientôt passer le Conseil de Révision.

Écris moi donc un mot, mon vieux Claude ; tu en comprends facilement l'importance pour moi.

Cordialement à toi.

Philippe Le Blan

S/Lt P. Le Blan, 110e R.t d'Infanterie, Secteur 137


D’Annie Saint-Léger, depuis l’Hôtel Majestic, Paris.

Hôtel Majestic

Av Kléber, place de l'étoire, Paris

MAJESTIC - PARIS

Mon vieux chéri

J'ai écrit au bureau mais n'est pas envoyé ma lettre car mon oncle Lucien dit que comme il n'y a pas de dates tu peux te présenter quand tu voudras. J'ai vu Mr Guérin ce matin il a été très aimable

Max D. est venu me dire au revoir, il passe son conseil de révision cette après-midi.

Excuse cette sale écriture mais je suis très pressé.

Au revoir mon Claude chéri, écris nous souvent

J'arriverai à Lille, sans avis contraire, le 1er Octobre ce sera long.

Mille derniers baisers

Annie Saint-Léger (je crois)


De Léon Delemer, oncle de Claude, depuis Tanger.

Mon cher Claude,

Je viens de recevoir votre lettre du 12, et c'est un vrai bonheur pour moi de recevoir des nouvelles de vous, de votre maman et de tous à Lille ; quel bonheur que vous ayez pu vous échapper ainsi et revenir en France ! C'est une prouesse périlleuse que vous avez faite là et qui vous fait grand honneur, elle fait présager les actes courageux et utiles que vous saurez faire sous les drapeaux où vous allez être juste appelé dès votre arrivée.

Vous comptez, dites-vous, vous engager dans l'artillerie, je souhaite que vous y réussissiez, mais je croyais que pour les classes 1915 et 1916 on avait mis tout le monde dans l'infanterie, pour la classe 1917 c'est peut-être différent, je suis trop loin de la France pour être renseigné, et je regrette vivement de ne pouvoir vous être utile à ce sujet, mais mes camarades ne sont que capitaines et ils doivent être sur le front. Quel que soit l'endroit où vous serez placé vous y ferez toujours tout votre devoir envers votre pays comme nous le faisons tous en ce moment. Je serai content d'avoir souvent de vos nouvelles, je suis encore pour un mois à l'« Hôtel de Ville de France » à Tanger, ensuite je rentre à Casablanca. Ne vous gênez pour m'écrire si vous avez besoin de quelque chose, et si c'est quelque chose de pressant, par exemple besoin d'argent, écrivez à ma femme qui est encore pour un mois et demi chez Mr Dumas à Mousquety(lecture incertaine) par L'Isle-sur-Sorgue (Vaucluse).

Je vous embrasse de tout cœur en vous souhaitant bonne santé et bonne chance,

Votre oncle qui vous aime
Léon Delemer


Carte postale d’Annie Saint-Léger, depuis Berne (Suisse).

Carte postale

Monsieur Saint Léger
Chez Madame J. Delemer
Rue Thiers, St Germain-en-Laye, prés Paris

d'Annie Saint Léger, Berne

Mon petit Claude chéri mon dîner d'hier s'est très bien passé, le général en chef de l'armée suisse dînait dans le même hôtel que nous c'est un gros joufflu qui n'a pas l'air de se faire beaucoup de bile... Nous partons pour Bâle à 10h45 cet aprèz-midi pour Bâle, et nous y serons 2h30 plus tard

Nous y passerons un jour et deux nuits puis nous y serons 2h30 plus tard puis nous irons rejoindre le capitaine casque à pointe après après demain

Mille bonsdd baisers pour toi et mille autres pour ma tante et tous ceux qui sont avec toi

Ta soeur qui t'aime. Annie Saint-Léger


Carte postale de M. Marquebey, depuis Berne (Suisse).

Carte postale

Monsieur Saint Léger

Aux soins de M. Delemer

St Germain en Laye, France, près Paris

Cher Monsieur

J'ai beaucoup regretté de ne pouvoir vous serrer la main avant mon départ, j'avais envie de vous dire tout mon admiration pour votre acte de courage patriotique.

Votre sœur va à merveille et est une charmante compagne de voyage.

Meilleurs souvenirs

Berne, M. Marquebey


De Rubline Treshide, blessé, depuis l’hôpital de Ballan (Indre-et-Loire).

Carte-Lettre

Expédié par : Mme Delmer

17 Rue Thiers, St Germain-en-Laye, Seine & Oise

Monsieur Claude Saint Léger
Hôtel Majestic, Avenue Kléber, place de l'Étoile, Paris

Monsieur Claude Saint Léger -

Monsieur Claude ce jour seulement je reçois un petit mot de Mlle Annie me disant qu'a la datte du 23 Aout ma famille allait bien.

Blessé dans la nuit du 21 Aout, je fut soigné dans un ambulance du front pendant 20 jours a (Fismes) et de la j'ai été évacué ici pour y achever de me guérrir Je vas d'ailleur de mieux en mieux et ce n'est plus qu'une question temps

Monsieur Claude dans le cas ou vous recevriez cette lettre que je vous adresse, a tout hazard si vous pourriez m'adresser un petit mot donnant de plus grands renseignements sur ma femme et mes enfants. Travaillent ils chez Mme Saint Léger ? enfin comment font ils pour vivrent ? Mon habitation a-t-elle été pillée ? Monsieur Claude vous comprendrez dans quel état d'inquiétude j'ai vécu depuis 1 an, n'osant jamais quitté le front depuis le commencement. Jusqu'à la date de ma blessure et toujours sans nouvelles de mes pauvres chéris, merci M. Claude bonne chance, bonne santé et mes respectueuses salutations. - Rubline Treshide

Hopital Brandon Salvador a Ballan, Indre et Loire


De Crique, depuis Esclauzels par Jussac (Cantal).

Esclauzels par Jussac (Cantal)

Mon cher Claude,

Je te remercie beaucoup de m'avoir écrit pour m'annoncer ton arrivée et me donner des nouvelles de Germaine mais tu ne me dis rien de toi, de ta famille et je voudrais bien savoir comment tu as pu quitter Lille. Pourquoi Annie y est retournée, où est Philip ? etc. ?

Tu me dis que tu m'écriras bientôt plus longuement, fais-le vite car tu penses combien je suis impatiente de savoir. -

Mère et Germaine devaient aller à Chauny, me dis-tu ; sais-tu si elles devaient annoncer leur malheur à ton oncle et ta tante ? Oui, mon petit Claude, c'est affreux de penser que

notre cher Marcel est tombé et je t'assure que notre chagrin est toujours le même, nous l'aimions tous tellement ! Et pour ses parents c'est épouvantable d'être dans les tristes conditions où ils se trouvent pour apprendre une chose pareille.

Nous avons reçu samedi une dépêche de Berne signée Saint Léger demandant d'envoyer à ce nom des photos de Marcel

au Schweizerhof à Bâle ? A qui était-ce ? J'en ai envoyé 2 aussitôt, j'espère qu'elles seront bien arrivées. -

Où es-tu ? Que fais-tu ? J'attends bien vite une très longue lettre avec tous les détails possibles mon cher Claude et je t'envoie ma meilleure affection en t'embrassant de tout cœur.

Crique


Carte postale d’Annie Saint-Léger, depuis Bâle (Suisse), adressée chez Madame Delemer à Viroflay.

Carte-postale

Monsieur C. Saint Léger

Chez Mme Delemer
Rue de Villiers
Viroflay
Seine et Oise
près Paris
France

Mon Claude chéri, Je suis arrivée à Bâle cet après-midi à 4h et en repartir demain à 2h. Nous sommes à 8 km à peine de la frontière Allemande, car Bâle est moitié suisse moitié en Allemagne. Je ne sais si demain je pourrai t'écrire encore ou du moins un mot car il y a ici des musées très intéressants et j'irai les visiter demain avec M. Guerin il y a surtout un musée historique épatant. Claude, mon petit Claude, nous allons pour être très longtemps, si je te dis ne fais pas d'imprudence tiens-toi sur tes gardes quand tu seras au front tu me diras que je suis ridicule, J'espère que tu seras de l'artillerie et à Versailles, je t'embrasse mon cher cher

Et comme je t'aime, c'est à dire, pas un peu mais beaucoup, mille bons baisers à tous ceux qui sont avec toi.

Et encore je t'aime

je t'embrasse comme je t'aime

ta sœur qui t'aime tendrement

Anne.


D’Hélène Delemer, épouse Charé de Lavalette, tante et marraine de Claude, signant Mme de Lavalette.

Mon cher Claude

Votre lettre m'a fait très grand plaisir et je vous aurais écrit si j'avais su où vous trouver. Je n'ai pas reçu la première lettre dont vous me parlez. Peut-être au hasard des investigations de l'autorité militaire a-t-elle été ouverte et supprimée, car en voici deux que je reçois de vos oncles Joseph et Léon décachetées avec mention : ouverte par l'autorité militaire.

Je suis contente de vos nouvelles et de celles de vos parents. Que cet hiver a été long, et combien nous vous avons tous plaints. Votre oncle Joseph m'écrit dans le même esprit que vous ; cette offensive a été très brillante et victorieuse — peut-être la libération du territoire va-t-elle enfin se faire rapidement, ajoute-t-il.

Il est commandant le 3e B'on 118e territorial, 155e secteur.

Il est à Verzenay, comme cantonnement, et aux premières lignes de cette région Sillery, la ferme d'Alger, etc..

D'après ce que je comprends, vous vous êtes engagé ! vous ne faites que devancer de peu l'appel de votre classe et vous suivez le mouvement d'enthousiasme de toute la jeunesse française ; il s'y ajoute chez vous l'intensité du deuil que vous devez avoir de voir vos parents libérés et Lille redevenue française.

Vous savez, j'ai un peu et même beaucoup de ce sentiment que je suis d'ailleurs à peu près seule à ressentir dans ces pays-ci où l'on a si peu à souffrir de l'occupation et de la guerre : alors que je me rappelle les récits faits de 70 et que je pense à Rouen, Lille et vous tous. Mais certains, la mère de tante Angèle par exemple, qui a vu les deux guerres et subi l'envahissement et tout dernier dit celle-ci bien plus effroyable que 70.

Pensez vous partir bien ? J'aimerais bien vous voir avant votre départ ; ne viendriez-vous pas lorsque les scarlatines seront finies ? Si cela vous est impossible ; je dois aller à Lyon avec les garçons vers le 23.. Dites-moi ce que vous pourriez faire : venir soit ici soit à Lyon ? Ce serait un très grand plaisir pour moi de vous voir. Je suis entièrement loin de tout et vous me parliez un peu des uns et des autres.

Dites-moi aussi si vous avez des nouvelles de l'arrivée d'Annie ?

Vos cousins vont aussi bien que possible, Vincent est guéri, Geneviève s'achemine vers le même résultat, mais elle est encore convalescente et je pourrais en avoir pour une dizaine de jours encore. Je pense. Ne m'oubliez pas auprès de Tante ___ : tous nous vous embrassons très affectueusement, mon grand filleul.

Mme de Lavalette


De Monod, ambulance 7, secteur postal 131, carte en franchise militaire réexpédiée de Saint-Germain-en-Laye à l’Hôtel Majestic.

CORRESPONDANCE DES ARMÉES DE LA RÉPUBLIQUE
CARTE EN FRANCHISE
IMPR. NAT. — Modèle A1 pour les troupes en opérations.

EXPÉDITEUR :
Nom et prénoms : Monod
Régiment ou Service : Amb 7 / 131
Secteur postal n° : 131

Adresse :
C.F.M. Delmer
S/Lt Germain en Laye
Seine-et-Oise
Hôtel Majestic
Avenue Kléber
Paris

Mon cher ami, je n'ai pu vous écrire ce jour vous devinez pourquoi. Les lettre ___ que par un grand retard — J'ai cependant reçu la vôtre et y répondrai le plus vite possible ___ est simplement pour vous souhaiter bon courage au moment de vos débuts militaires — Tout ce que vous m'écrirez m'intéresse vivement — Ne vous arrêtez pas — Votre très affectionné
C. Monod

Je songe aussi à notre anxiété pour Lille pendant ces lents et ___ batailles.


D’Hélène Delemer, dite tante Hélène, depuis l’Ardèche.

Mon cher Claude,

Je me demandais si ma lettre vous était arrivée, et je reçois votre dépêche. J'espère que ma réponse vous arrivera à temps. Le Dr trouvait le temps trop froid pour que j'emmène à Lyon le petit Vincent. Le voyage ne sera guère retardé que de 8 ou 10 jours. J'espère que vous pourrez remettre le vôtre ?

Je serais si contente de vous revoir, et vous avez été gentil de répondre ainsi à mon désir. Je vous préviendrai de mes projets, s'il y a peu de jours.

Avez-vous des nouvelles de votre mère ? J'ai eu une carte d'Aimé de passage en Suisse. Mais, rien eu de personne.

L'oncle Joseph va fort bien, il est resté garde vigilant des premières lignes de Sillery ou environs. Cette offensive a bien réussi : mais que de temps encore pour retrouver nos frontières. Que dit-on des événements Balkaniques ?

Vos cousins vont bien, mais Geneviève est encore en quarantaine, bien prolongée, il y a plus de 50 jours qu'elle est dans sa chambre.

Ne m'oubliez pas auprès de votre Tante ___ : où est son mari ? à Lille ? Et ne faites que remettre à quelques jours le voyage à Lyon dont la perspective me fait si grand plaisir. Meilleurs embrassements de tous, mon petit Claude

Tante Hélène


De Monod, depuis une ambulance divisionnaire. La transcription réunit un billet bref, en partie illisible, et la longue lettre qu’il annonçait.

[Illisible ...]

Moi vite — Bon courage — Pour ces débuts, toujours difficiles — Regardez-moi à perdre quelques illusions — Vois bien — Affectueusement — Monod

Mon cher ami,

Je ne vous ai écrit qu'un mot, l'autre jour, vous promettant une lettre : la voici. J'ai un peu plus de temps en ce moment. Je dispose d'une table, même d'un lit, et c'est assez nouveau pour moi —

La dernière fois que vous m'avez écrit vous me parliez de vos projets d'avenir, et détail fort intéressant — ne dites pas que vous forgez des chimères, que vous oubliez la réalité et vous préparez des déceptions — Je crois, qu'il faut à un moment donné faire l'emploi du temps de son existence, et faire cela de ton point de vue personnel avec tes goûts, et si possible avec son enthousiasme (Gide dirait : avec sa « ferveur ») —

Aux Rochers, ni vous ni vos camarades ne vous placiez à ce point de vue. Vous me paraisssiez tous devoir calquer vos résultat sur Lille de vos pères — Vous avez raison raison de penser à l'action ___. Il est certain que vous avez couru les plus grands dangers du fait ___confié nous de ____ entre les mains de gens peu intelligents, par son ____, ignorants de leur rôle. Il est certain aussi qu'en France, et particulièrement dans le Nord, les gens les plus compétents en matière économique et sociale vivent en dehors de la politique et ne poursuivent que leurs affaires

Mais nous à quoi pensons-nous ? Que ne nous demande pas notre programme, mais plutôt à qui nous sent dans la politique et l'action que vous voudriez exercer !

Dans votre prochaine lettre parlez-moi de tout cela.

Vous vous plaignez que cela ne vous donne pas assez de détails sur moi même. Je n'ai rien à vous dire d'interessant. Le hasard des affectations m'a placé dans une ambulance divisionnaire où ce ne suis certes pas heureus. Mais je pen pourrais pas en sortir sans ____ ou m'enpressait à l'intéreiur et je pensais qu'on doit y périr désespéremment du morale. C'est la vie du front aec des infirmiers. Quelques risques, des expériences uniques. Mon rève serait de devenir infirmier ré___, mais pour desd pose pas le m___

D'ailleurs je suis fort peu infirmier — Vapeur maître de la formation, je pédale depuis 14 mois de telles en telles tâtonnements au Quartier Général de la Division et je ne vois pas pas mal de choses — Quant à la vie matérielle proprement dite elle n'a avec la civilisation que des rapports lointains — mais cela importe peu : toute la jeunesse est absorbée par le formidable drame — qui nous tient sans cesse en haleine et modifie nos vies, nos idées, nos caractères. Je viens, par exemple, de relire votre lettre, combien vous êtes aujourd'hui différent du Saint Léger d'autrefois, et il me tarde de vous revoir — Ceci va bien vous trouver à la caserne. Artik

Monod


De Philippe Le Blan, sous-lieutenant au 110e régiment d’infanterie, secteur 137, frère aîné de Patrick.

Mon cher Claude —

Je te remercie de ta carte du 9 Octobre dans laquelle tu m'annonces le départ probable de Pat. Si le 19-9 il était déjà parti comme l'annonçait la lettre de ta Mère, il ne saurait guère tarder maintenant, et nous le verrons bientôt s'il ne lui est pas arrivé d'anicroches.

« Blaise » est-ce bien son nom conventionnel ?

Si tu apprends quoique ce soit d'intéressant, je te serais très obligé, mon cher Claude, de m'en faire part.

As-tu passé le conseil de Révision ? Dans quelle arme es-tu versé ? Pat voudra probablement partir avec toi.

Encore merci.

Cordialement à toi.

Philippe Le Blan

S/Lt P. Le Blan
110e R. Infanterie, Secteur 137


De Daniel Liénard, expert comptable à la Société Agache, au dépôt du 27e régiment d’artillerie à Thiviers (Dordogne). Lettre adressée non à Claude mais à une dame non nommée.

Chère Madame,

Un monsieur de Lille m'apprend que Monsieur Claude Saint Léger a dû quitter Lille par la Hollande avec son cousin Monsieur Descamps et qu'il doit être à Paris.

Si ce n'est pas un bruit fantaisiste comme il en court tant actuellement, je vous serais reconnaissant de bien vouloir lui donner mon adresse afin que je puisse avoir des nouvelles de mon père et de Monsieur André, dont je n'ai entendu causer depuis plus d'un an que j'ai quitté la filature de La Madeleine.

Je vous remercie, et vous présente Madame, mes respectueuses salutations.

Daniel Liénard

expert comptable à la Sté Agache

27e Artillerie, 64e Brie 5e Pièce
Dépôt de Thiviers (Dordogne)
où je suis incorporé depuis Avril
autrefois réfugié à Brest


De Philippe Sérier, élève de la classe de philosophie à l’École des Roches, près de Verneuil (Eure).

ÉCOLE DES ROCHES
Près Verneuil (Eure)

Mon cher ami .

Ton départ m'a laissé bien triste. J'aurais tant voulu te garder quelques jours de plus. Mais tu as voulu accomplir un devoir beaucoup plus beau. Je n'ai donc rien a dire.

Je veux seulement que tu saches mon admiration pour toi et que tu te rappelles que je ne t'en aime que plus. Ma pensée sera toujours avec toi ! surtout si tu dois partir un jour au front.

J'ai vu l'autre jour le soldat Lillois du Coteau, c'est un excellent homme, tailleur de sa profession ; il n'est pas blessé, mais ne peut à peine marcher à cause de rhumatismes

Si tu pouvais lui rendre ce service d'écrire chez lui et d'avoir des nouvelles de sa famille, il serait bien content. Pauvre homme ! comme tant d'autres, il n'a pas eu de nouvelles depuis le début de la guerre.

Voici son adresse :

Félicien Revez, 11 Place St Martin Lille. Ne l'oublie pas dans ta prochaine lettre à Lille.

Ici, tout est normal. La classe de philo continue à être très intéressante. Je vais tous les mardis déjeuner chez Mr Montessut (je suis délivré pour un moment du « petit jaune » et du « ___ ecclésiastique ») et je passe avec lui quelques heures delicieuses . Il n'a pas son pareil pour vous donner des conseils judicieux . Je sens qu'il me fera un bien énorme et je regrette que tu n'ais pu faire plus longuement sa connaissance .

Sur ce, crois moi toujours ton ami dévoué
Philippe Sérier

P.S. Baron t'écrira bientôt. Pour le moment il a "d'autres chats à fouetter" (authentique) .
Bien des choses de la part de Mercado .


De Léon Delemer, oncle maternel de Claude, capitaine, depuis Tanger.

Mon cher Claude ,

J'ai été bien content de recevoir votre bonne lettre qui m'a vivement intéressé avec le récit que vous me faites de l'offensive de Champagne, écrivez-moi souvent de cette façon en me donnant des renseignements sur votre vie et sur ce que vous faites, cela me fera un grand plaisir car j'ai de la peine à avoir été envoyé au Maroc si loin de cette grande guerre. J'espère que vous aurez pu réussir à entrer dans l'artillerie comme vous le désiriez. Il paraît que pour entrer dans l'artillerie il faut le dire à ton recrutement et là on vous répond en vous disant les places qui restent disponibles dans telle ou telle formation d'artillerie ; Mais si vous n'avez pas de préférence pour tel ou tel recrutement on vous indique à votre recrutement les autres recrutements de France où il y a des places dans l'artillerie. Pour vous ce sera probablement plus facile encore si vous n'êtes pas inscrit à aucun recrutement .

Philippe a l'air très content à Pau d'après ce que m'écrit ma femme, de ce côté vous pouvez être sûr qu'on s'occupera bien de lui. Votre tante Marie-Lucie le verra peut-être cet hiver si elle va dans le Sud Ouest ?

Pour vous si vous avez quelque chose d'urgent à me faire savoir ou à me demander ne vous gênez pas pour me télégraphier car je suis très loin au ___. Je reste encore quelques jours Villa de France à Tanger. J'ai une lettre de Mme ____ qui habite Exelauzel par Jussac, Cantal. Les dernières nouvelles qu'elle a de ___ sont de fin Août, ,elles sont bonnes, elle les a par Albert Ternynck. Expliquez moi ce que vous saviez avant de quitter Lille, sur ___ Chauny et leur pillage ! Je vous embrasse de tout coeur, mes amitiés à Marie-Lucie

Votre oncle, affectueusement, Léon Delemer


De Patrick Le Blan, ami d’enfance lillois, depuis La Herse à Saint-Ay (Loiret).

La Herse - St Ay, Loiret

Mon cher Claude,

Je suis enfin bien arrivé. Mais quel voyage ! Parti de Lille le 8 Septembre j'ai pris presque deux mois a arriver. Enfin le principal c'est que Max et toi soyez bien arrivés ainsi que moi. C'est un succès complet.

Je t'envoie quelques conseils de Madame Saint-Léger au sujet de Philippe ton frère. S'il ne va pas ou plutôt si le climat de Cannes ne lui réussit pas, Madame Saint-Léger désirerait qu'il retourne au Collège en Angleterre

Ces conseils sont tardifs évidemment puisque Madame Saint-Léger a dû déjà te les transmettre mais enfin je fais la commission.

Quand te verrai-je et que fais tu ?
J'irai a Paris du vendredi soir au samedi a 2 heures
9 Rue Louis David .

Au revoir Mon cher Claude
Dis bonjour de ma part a Max et bien affectueusement a toi
Blaise, autrement dit
Patrick


De Madeleine Thyébaut, cousine de Claude, veuve de guerre, depuis Chaumont (Haute-Marne).

Mon cher Claude,

Augustine me donne votre adresse, et je viens vous dire toute mon admiration pour votre évasion. Quel courage et quelle énergie pour venir vous aussi prendre les armes pour délivrer notre pauvre France si éprouvée. Je viens vous demander de me parler de vos Parents. De la vie à Lille avec les allemands et aussi de me dire comment votre Mère a pu aller à Chauny, comment vont mes parents, Pierre et Suzanne. Ils n'ont ils pas trop à souffrir de la domination des envahisseurs.

Ils savaient la mort de mon frère Jean. Se doutaient ils de celle de mon cher mari.

Ont ils encore un hôpital chez eux, l'usine est elle toute pillée comme on me l'a dit. Mon pauvre Papa n'est il pas trop vieilli et découragé.

Annie est parait il arrivée à Lille, je me demande s'il ne me serait pas possible d'aller à Chauny avec M. Ermant chargé du ravitaillement, mais pourrais je revenir ?

Vous me ferez grand plaisir mon cher Claude, si vous pouvez me donner des nouvelles et des détails de toute notre famille.

Monsieur l'abbé Dervutteau qui est à Chaumont demande si vous ne pourriez lui donner des nouvelles de sa famille. Son père est notaire à Lille.

Croyez mon cher Claude aux souvenirs bien affectueux de votre cousine.

Madeleine Thyébaut

1 Avenue Carnot, Chaumont


D’Hélène Demolins, depuis l’École des Roches, près de Verneuil (Eure).

ÉCOLE DES ROCHES
Près Verneuil (Eure)

Mon cher Saint-Léger,

Peut-être pensez-vous que je vous ai complètement oublié, mais voilà déjà plusieurs jours que cette photo est sur mon bureau faute de temps pour vous l'envoyer.

Je suis en train de vous tricoter une paire de chaussettes ; soyez aussi plein de patience, j'espère que vous l'aurez avant la fin de l'hiver quoi qu'en dise de Baudeli.

Vous avez dû rencontrer au régiment Christian de Vautibault un des beaux-frères de Jules. On lui a parlé de vous dernièrement lorsqu'il est allé en permission. C'est un gentil et loyal garçon et je crois que cela vous ferait du bien de le voir un peu ; c'est toujours bon de connaître des gens dont on peut se rapprocher un peu. Je suis contente de votre opinion du régiment il faut mieux le trouver moins mal qu'on ne pensait que moins bien ; dans un cas cela monte dans l'autre cela descend. Ne vous illusionnez pas, soyez plein de courage et si vous voulez votre droit prenez un idéal et tâchez de le suivre. Suivre l'exemple de notre brave Palot.

Venez nous voir un jour avec Christian de Vautibault.

Je vous envoie mon meilleur souvenir et mes amitiés.

Hélène Demolins


De Monod, ambulance 7, secteur postal 131, carte en franchise adressée au peloton des élèves brigadiers, à Versailles.

Correspondance des Armées de la République - Carte en franchise

Expéditeur : Monod - Amb. 7 - Secteur postal n° 131

Adresse : Monsieur Claude Saint Léger, Peloton des Elèves Brigadiers, 32e Dragons, Versailles

Mon cher ami,

Par l'intermédiaire de M. Barrois je vous ai adressé une carte, vous signalant ma prochaine permission qui je l'espère sera à Paris — Je vous demandais si vous ne pourriez pas vous libérer un instant. Juste le 12 et le 17 pour nous revoir à Paris.

Écrivez moi le plus tôt au 17 rue de Téhéran, Paris.

Merci pour votre lettre. Si je ne vous vois pas prochainement, je répondrai longuement.

Bien affectueusement,

Monod


De Patrick Le Blan, en partance pour Paris.

Mon cher Claude,

Je pars à 2 heures aujourd'hui pour Paris ; j'y reste jusqu'à la fin de la semaine. Jérôme m'accompagne. Quand faut-il aller à Versailles ?

J'espère voir Gaston Delesalle qui si on veut bien le reprendre au régiment, me propose d'aller avec lui.

À bientôt mon vieux Claude. Amitiés à Max et pour toi « a vigorous shake-hands »

Patrick


D’Antoine Jacquemet, cousin, adjudant au 103e régiment d’artillerie, 21e batterie, secteur postal 95, près d’Amiens.

Mon cher Claude

je reçois à l'instant une lettre de Madelaine qui me communique la lettre du 6.

Je suis bien heureux d'avoir ainsi quelques nouvelles sur la vie de mes pauvres parents, mais sans les détails que l'on peut donner dans une lettre ne voulant pas qu'ils quittent leur conversation et je viens te demander s'il ne te serait pas possible de venir me voir.

Je suis en ce moment avec ma batterie à une trentaine de kilomètres d'Amiens où je puis aller très facilement.

Ne pourrais-tu pas demander une permission pour venir y passer quelques heures.

Le commandant de ton dépôt comprendra j'en suis persuadé le plaisir que j'aurais de pouvoir parler avec toi de tous les miens dont tu peux me donner des nouvelles récentes.

Si tu obtiens cette permission écris-moi trois ou quatre jours à l'avance en me fixant un lieu et un heure de rendez-vous à Amiens.

j'ai échangé deux ou trois lettres avec ta sœur Annie lorsqu'elle était en Angleterre, mais il y a bien long temps que je n'ai eu de ses nouvelles.

Écris-moi mon cher Claude tu me feras plaisir et dis-moi ce que tu fais.

Reçois les plus affectueux souvenirs de ton cousin

Antoine Jacquemet

adjudant, 103ème régiment d'artillerie, 21ème Batterie, secteur postal 95


De Daniel Liénard, au bureau du matériel du dépôt de Thiviers (Dordogne).

Cher Monsieur Claude,

C'est avec beaucoup de plaisir que j'apprends par votre lettre que votre famille ainsi que la mienne, étant en bonne santé. Je n'avais reçu qu'une seule lettre en Avril (par la Hollande) et depuis j'étais bien anxieux !

Savez-vous si mon père a quelque fois reçu de mes nouvelles par l'entremise de M. A. Leroy de Bexhill ?

Sait-il que je suis au régiment ? et ignore-t-il toujours la mort de mon pauvre frère tombé au champ d'honneur voici bientôt 14 mois !!

Monsieur votre père, ne vous a-t-il pas confié des cotons achetés au Havre quelques mois avant la guerre en prévision de l'année 1915 ? Il y a eu au début une très forte baisse, mais les cours se sont relevés peu à peu & au bon moment M. Dubois a liquidé les 1000 balles qui laisseront un bénéfice qu'on peut évaluer grosso modo à 33/35.000 francs. Je crois qu'il sera satisfait de cette combinaison.

Pour garantir la filature d'une baisse probable sur 100 balles restées au Havre & que nous avions achetées avant la guerre à un prix élevé, j'ai fait vendre 100 balles de terme éloigné, toujours sur les conseils de M. Dubois ; c'est une sage précaution et la certitude que la filature ne perdra rien sur ces 100 balles.

J'espère & souhaite que vous vous habituiez bien au dur métier d'élève brigadier & vous crois toujours en bonne santé.

De mon côté, la santé est excellente ; classé auxiliaire, j'ai actuellement un poste tranquille de secrétaire au Bureau du Matériel.

Il me reste à vous remercier de l'offre généreuse que vous voulez bien me faire ; je n'ai rien besoin pour le moment ayant travaillé avant mon incorporation & fait quelques petites économies pas encore entièrement épuisées.

Ce sera toujours avec beaucoup de plaisir que je recevrai de vos nouvelles de temps en temps et je vous prie de me croire votre bien dévoué

Daniel Liénard

27e S'Artillerie
Bureau du Matériel
Dépôt de Thiviers
(Dordogne)


De Monod, en permission à Paris, 17 rue de Téhéran.

Mon cher ami,

Vous désirez que je puisse aller à Versailles, malgré le plaisir que j'en aurais — Mon temps est très pris — j'ai mille choses à régler après 11 mois d'absence — Si par hasard cependant je réussissais à me libérer lundi ou mardi soir, je viendrais passer quelques instants avec vous— Mais cela ne dépend pas de moi —

Dès mon retour dans les boues flamandes, je répondrai à votre lettre d'octobre — Vous voyez les choses trop en noir et vous exigez trop des hommes ; le tout est de pouvoir être faible, & qu'il faut beaucoup d'effort pour se hisser à quelque noblesse, & à cette puissance de sympathie que vous réclamez d'eux.

Pascal — que vous lisiez — vous en dira long à ce sujet.

J'aime à me représenter que dans un chambre de Dragon, vous méditez sur les Pensées de Pascal.

— Au Revoir— Avez-vous des relations à V. ?

Avez-vous rencontré René d'Haussenelle, artilleur ?

Bien affectueusement à vous

C. Monod


De Madeleine Thyébaut, depuis Chaumont, en réponse à une longue lettre de Claude.

Chaumont 14 Novembre 15

Mon cher Claude,

Votre bonne et longue lettre m'a fait bien plaisir, tout en m'attristant profondément. Je l'ai envoyée à André, qui vous écrira probablement aussi. Savez vous si en Septembre votre Mère devait dire à mes Parents la mort de mon pauvre mari.

Le jardinier de Chauny prisonnier m'écrit de temps à autre que mes Parents demandent de vos nouvelles et surtout de Jacques. J'ai dit qu'il était blessé et je n'ose dire sa mort de peur d'enlever à mon pauvre Père le courage dont il a si grand besoin. D'un autre côté sachant mon malheur cela lui ferait sentir que j'ai tant besoin de lui et mes enfants aussi. Ce que vous me dites de ___ me navre.

A-t-on souffert de la faim à Chauny ? Et à Lille, n'avez vous pas été trop privés et trop malheureux. Votre Mère va-t-elle toujours dans les hôpitaux comme infirmière. Pouvez vous lui écrire, et ne pourriez vous à l'occasion lui envoyer un petit mot de moi.

Il se peut que j'aille à Paris d'ici quelques semaines, dans ce cas, je vous écrirais de façon à pouvoir vous voir et parler un peu ensemble de vos Parents et de tous les nôtres qui souffrent là bas.

Croyez mon cher Claude à la sincère affection de votre cousine.

Madeleine Thybaut


De Patrick Le Blan, depuis La Herse à Saint-Ay (Loiret), au retour du 32e régiment de Dragons.

Mon cher Claude,

J'arrive du 32 ième ...

J'ai passé mon conseil de révision ce matin, accepté. T'es-tu engagé pour quatre ans ? J'arriverai dans quelques jours.

Réponds moi, par dépêche, si tu peux, pour me dire si tu t'es engagé pour 4 ans ainsi que Max.

A Bientôt. J'ai de bonnes nouvelles de Lille datant du 10 Octobre.

Aurevoir mon cher Claude, amitiés à Max et pour toi la même chose.

Patrick


D’Hubert Prouvost, récemment sorti de Lille, depuis le 30 rue de Naples à Paris.

Cher Monsieur

Votre lettre ne me surprend que peu, car j'ai déjà pu me rendre compte depuis quelques jours de ce que l'imagination et l'exagération des gens du Nord arrivent à faire admettre les moindres faits, les plus insignifiants, que j'ai pu exposer à quelques uns de mes amis depuis mon arrivée à Paris.

Les personnes qui ont pu vous dire que votre mère m'avait aidé dans mon départ de Lille n'ont pas exagéré ou fait preuve de peu de discrétion, elles ont tout simplement inventé. La meilleure preuve en est que votre mère ignore absolument comment et par où je suis parti et qu'elle n'a été pour rien dans l'organisation de ce voyage. Connaissant sa discrétion et ayant une confiance absolue dans son jugement, je l'ai mise au courant de mon intention de partir et c'est une des seules que j'ai averties, et je lui ai recommandé ma femme au cas où celle-ci pourrait avoir des ennuis au sujet de mon départ. C'est à cette occasion que votre mère m'a chargé de bien des choses pour vous, entre autres de vous dire qu'elle espérait bien que vous entriez dans l'artillerie.

Je n'ai pas eu l'occasion de vous voir ni le temps de vous écrire et j'ai dit à Versailles, que j'avais vu votre mère avant mon départ et j'ai prié qu'on vous transmit ce dont elle m'avait chargé. On en a conclu que c'était elle qui s'était occupée de ce départ, et je vous le répète, c'est absolument faux. Je n'ai dit de mon voyage à qui que ce soit que ce que j'ai bien voulu en dire et avec le souci de ne compromettre absolument personne. Je sais comment il faut être prudent à ce sujet.

Vous voilà donc renseigné et en mesure de démentir tous ceux qui voudraient encore mêler le nom de votre mère aux circonstances de mon départ.

J'espère, moi aussi, vous voir bientôt à Versailles et vous prie de croire à mes meilleurs sentiments.

Hubert Prouvost

30 rue de Naples, Paris


De Marguerite Delemer, mère de Claude, depuis Lille occupée, signée M. Saint Léger et acheminée par Lucien Delesalle à Cannes.

M. Lucien Delesalle
Hôtel Gonnet Cannes
A. M.

Mon cher Nicolas, je compte sur mon oncle Lucien pour vous faire parvenir cette lettre si possible, je m'ennuie de ne pas connaître votre adresse, ni l'adresse exacte de Lélé et Tine, et je pense que Cannes est le plus sûr chemin pour vous trouver. Mon oncle Lucien y laissera je pense toujours son adresse, et restera en correspondance avec vous deux. Si vous déménagez l'un ou l'autre, il vous fera toujours parvenir de nos nouvelles ! Nous nous ennuyons terriblement de vous.

Vous le devinez facilement, je voudrais savoir ce que vous faites, et ce que vous avez décidé, on a dû vous dire nos désirs, et père vous verrait sans regret vous engager pour 5 ans. Il pense que la guerre sera longue, et que même quand elle sera finie, vous aurez encore à passer bien longtemps loin de nous ! Enfin faites pour le mieux, et mon affection vous suit chaque jour avec un grand regret de vous sentir si livré à vous même au moment de prendre des décisions sérieuses, je sais que vous serez courageuse, c'est une consolation pour moi, vous savez ma manière de voir à ce sujet, et combien j'ai toujours cherché à vous rendre responsable de vos actions, je vous recommande donc seulement de réfléchir sérieusement avant de prendre des décisions; j'espère que vous trouverez autour de vous quelques bonnes affections qui remplaceront les conseils que je pourrais vous donner ! Je vous recommande très spécialement le cousin de votre ami Blaise qui verra son oncle Alexandre D. Ce jeune homme va se trouver très seul et sans ami, faites ce que vous pourrez pour lui. Je suis heureuse de savoir Lélé à Pau et j'espère qu'il va bien, et se fortifie, je l'embrasse tendrement ainsi que Tine. Embrassez de ma part (paragraphe reconstitué, coupé ici dans la transcription) Tante Pauline et dites lui que Germaine et ses petites filles vont très bien et embrassent beaucoup Albert. Nous trouvons le temps de plus en plus long et nous ennuyons beaucoup, nous ne pensons plus à la délivrance, et nous demandons quand nous verrons la fin de nos chagrins. Plus de visites, de temps en temps un mot de vive voix ou par Br ! Tra. P. fait ce qu'elle peut, mais tout va mal ! Mille bons baisers de tous ici et je vous envoie tout particulièrement les miens. Mon cher enfant, soyez prudent dans ce que vous dites. Bien tendrement à vous.
M. Saint Léger


Du docteur Jules Lemaire, médecin à l’état-major d’un quartier général de corps d’armée, secteur 162. Pièce non datée, signée Jules Delemer dans la transcription. Le renvoi à une permission attendue le 1er décembre la situe en novembre.

Dr Jules Lemaire

Etat Major G.Q.G. du C.A.

Secteur 162

Franchise militaire

Mon cher Claude,

J'ai su votre retour à Paris par Augustine. J'ai votre adresse aujourd'hui et je viens vous demander de m'écrire une longue lettre pour me dire:

1°) Comment vont votre Papa et votre maman.

2°) Comment vous avez fait pour partir de Lille et à quelle date.

3°) De me dire tout ce que vous savez de Rouez et Villequier. Si vous savez quelque chose sur votre tante Pauline Lemaire et votre tante Jeanne Lemaire.

Dites le moi. Vous savez que je suis sans nouvelles d'elles, je n'ai eu que 3 lettres, l'une m'a appris que mes grands parents étaient morts J'ai su qu'ils avaient été tués Dites moi tout ce que vous savez sur elles quoi que ce soit.

4°) Etiez vous ennuyés et maltraités à Lille ?

5°) Savez vous si à Villeneuve on peut travailler et si on peut manger à son appétit ? Ils doivent tous manquer de tout et commencer à ne plus avoir d'argent.

6°) Connaissez vous un moyen pour leur faire parvenir de l'argent

7°) Y a t il beaucoup de troupes à Lille et y a t on fait beaucoup de travaux de défense

Écrivez moi tout cela le plus tôt possible car je crois que je vais aller en permission le 1er Décembre pour 8 jours et je voudrais avoir votre lettre avant mon départ.

J'ai bien pensé à vous mon cher Claude croyez le ; mais il faut avoir en vous beaucoup de patience et de courage car ce sera très certainement encore long.

En tous cas donnez moi de vos nouvelles et donnez moi votre adresse si vous en changez

Je vous envoie mes meilleures amitiés affectueuses

Votre vieil oncle Jules Delemer


Du docteur Jules Lemaire, avec le questionnaire du deuxième bureau du 37e corps d’armée.

adresse Dr Jules Lemaire
E.M. 9 g. C.A Sect 162

Mon cher Claude,

J'ai reçu votre lettre. Elle m'a fait plaisir puisqu'elle me donne de vos nouvelles, de celles de vos parents et me fait espérer qu'à Lille comme à Villequier on n'est pas trop malheureux et qu'on a vraiment à souffrir que de la séparation qui est pénible et durera encore longtemps.

J'ai fait lire votre lettre à l'état-major. Vous savez peut-être que je suis médecin dans un quartier général de corps d'armée et que chacun s'efforce d'obtenir des renseignements. Aussi le général m'a fait demander par le 2e Bureau de vous poser tout un questionnaire que vous trouverez ci-joint.

Vous avez tout le temps pour répondre parce que je pars en permission demain et rentrerai le 9. Peut-être d'ailleurs serez-vous, comme la plupart des arrivants de provinces envahies, déjà interrogé par le ministère. En tous cas tout le monde a trouvé très chic que vous vous soyez évadé pour venir vous engager. Croyez mon cher Claude que si je puis dans le militaire vous servir à quelque chose je le ferai volontiers. Donnez-moi le nom de vos chefs. Si quelqu'un ici est en connexion avec eux à votre sujet. Ayez bon courage et faites le nécessaire. Donnez-moi de vos nouvelles cela me fera toujours plaisir et vous me répondrez pour mon retour.

Je suis toujours très affectueusement à vous.

Jules Lemaire

Questionnaire posé par le 2e Bureau du 37e C.A.

1°) Moyens employés pour quitter Lille. Passé par où ?

2°) Quelles sont les troupes en garnison à Lille : infanterie, cavalerie, convois à chevaux ou à autos.

3°) Donner des numéros de régiments, de corps d'armée, indiquer les dates de séjour. Y avait-il des changements fréquents ?

4°) Quel est le grade de l'officier le plus élevé en grade

5°) Y a-t-il des avions ou des Zeppelins dans la région

6°) Qui fait la police de la ville et à la gare

7°) Entre-t-on facilement à Lille ? Peut-on voyager, dans quelles directions ?, à quelles conditions ?

8°) Les militaires sont-ils nombreux ? Jeunes ! Vieux ? Y a-t-il des dépôts de recrues ? Peut-on leur parler ? D'où sont-ils.

9° Y a-t-il beaucoup de wagons vides ou pleins à Lille ? Les employés sont-ils militaires ou civils ! Il y a-t-il beaucoup d'officiers à la gare ?

10°) Y a-t-il beaucoup d'autres militaires ? A-t-on réquisitionné autos avec civils ? Trouve-t-on de l'essence et des pneus facilement ? A quel prix ?

11°) Y a-t-il beaucoup d'hôpitaux ? Où sont-ils installés ? Qui s'en occupe ? Y avait-il beaucoup de malades

12°) Voit-on des canons passer à Lille ? Nombre, calibre ? Sont-ils en parc ou en batterie ? Positions des batteries, à quel endroit ?

13°) Est-il exact que M Delesalle le maire soit mort au début de septembre

14°) Quel est l'état d'esprit des troupes. Croient-elles à la victoire ? Que pensent-elles de la durée de la guerre

15°) Quel est l'état d'esprit de la population civile. Que pense-t-elle de la durée de la guerre.

P.S Envoyez-moi mon questionnaire et répondez avec détails à tout ce que vous pourrez répondre.


D’Hélène Demolins, depuis La Guiche.

Mon cher Saint-Léger,

Je conçois exactement l'état moral dans lequel vous vous trouvez et si cela peut vous aider je vous dirais que notre pauvre Palot a aussi beaucoup souffert de la promiscuité du régiment, mais comme lui, n'est-ce pas vous vous remonterez et vous reprendrez le dessus. Cela est dur, je le sais, mais je vous sais aussi capable de le faire. Vous avez des goûts trop délicats et vous deviez avoir un idéal trop élevé pour vous laisser abaisser. Vous avez des amis qui pensent à vous et qui seraient trop peinés de ne pas vous voir lutter et pour eux en même temps que pour vous-même vous ne deviendrez ni égoïste ni hypocrite et vous ne ferez pas comme les autres. Tâchez de faire un petit groupe à part avec deux ou trois autres dont je vous recommande Christian de Vautibault. Je sais qu'au dépôt le soldat se montre sous son plus mauvais jour mais ce même soldat se fait pardonner ses défauts lorsqu'on le voit au front ou à l'hôpital et je vous assure qu'il est capable de sentiments élevés. Pensez aussi que vous êtes avec des gens fatigués. Or vous n'ignorez pas à quel point le physique agit sur le moral et pour vous-même ne laissez pas faiblir votre moral sous l'influence d'un état physique affaibli ou fatigué.

Je compte sur vous, n'est-ce pas, mon cher Saint-Léger, et donnez-moi de vos nouvelles le plus tôt possible et au fur et à mesure des progrès que vous ferez sur vous-même.

Je pense à vous et prie pour vous.

Hélène Demolins


De Monod, ambulance 7, secteur postal 131, carte adressée au peloton des élèves brigadiers. Transcription interrompue.

Monod, ambulance 7. SP 131

Monsieur Claude Saint Léger

Peloton des Elèves Brigadiers

32e Dragons

- Versailles -

Mon cher ami, il y a bien du temps où sur des feuilles de bloc-notes vous m'envoyiez de vos nouvelles, du fond de votre chambre — Remettez-vous à l'exercice — Vous me ferez grand plaisir — Parlez-moi de la caserne, de ce que vous y découvrez, etc. Parlez-moi surtout de la guerre — Sans doute, elle traîne, et cela traînera encore de longues semaines — Mais je conserve la foi — Altérer la puissance militaire de l'Allemagne n'est pas une affaire de quelques mois — Les journaux parlent d'une prochaine offensive boche contre notre front belge. Il est probable que si c'était vrai, on n'en parlerait pas —


D’Hélène Demolins, depuis l’École des Roches.

ECOLE DES ROCHES

PRÈS VERNEUIL (EURE)

Téléph et Télégr. : ROCHES VERNEUIL-SUR-AVRE

Gare ; VERNEUIL (OUEST-ETAT)

Omnibus à la Gare : 3 KILOMÈTRES

Mon cher Saint Léger,

Vous me dites la peine que vous avez à écrire, je ne désirerais pourtant que peu de mots : "Mon moral remonte". Vous ne savez pas comme ces trois mots me feraient plaisir. Je saurais à l'avance que vous auriez des difficultés à ce point de vue et ne vous en avais-je pas parlé ? J'ai pensé à vous hier et j'ai prié pour vous.

Je ne vous demanderai qu'une chose : promettez-moi de réagir, vous savez bien qu'on influe en sois-même son moral. - J'attends avec d'impatience un mot de vous dans lequel vous me direz l'état dans lequel vous êtes.

Je vais aller à Paris du 8 au 13 Janvier environ. Pouvez-vous avoir une demi-journée le dimanche que je vous revois un peu. Tâchez de l'obtenir, cela nous fera une détente.

Ayez du courage et envoyez-moi un mot. - Je vous envoie mes meilleurs amitiés.

Hélène Demolins


De Léon Delemer, depuis la Villa de France à Tanger.

Mon cher Claude,

Je n'ai plus de vos nouvelles depuis longtemps et j'espère que vous penserez à m'en donner pour le jour de l'an ? allez-vous bien à votre régiment, est-ce que votre métier vous va et avez-vous de bons camarades ? Vous devez être bien entouré puisque les Barrois sont à Versailles et que notre tante Marie-Lucie est à Saint-Germain, j'en suis bien content pour vous. Augustine m'a écrit qu'elle n'a pas de nouvelles de Lille, mais s'il vient me voir je compte bien que vous nous en donnerez.

Je vous rappelle que je suis toujours à votre disposition pour vous donner de l'argent : je crois que c'est M. Agache qui vous en a avancé ?

Je vous envoie cent francs pour vos étrennes et je vous souhaite un bon nouvel an.

Je fais le même souhait pour vos parents à Lille et j'espère que l'année prochaine nous amènera bientôt le soulagement de les revoir !

Faites nos amitiés à votre oncle Jean Delemer, ma femme se joint à moi pour vous embrasser de tout cœur, Votre oncle qui vous aime

Léon Delemer (Capitaine Delemer Villa de France, Tanger)


D’Hélène Delemer, dite tante Hélène, avec les horaires du rendez-vous manqué de Lyon.

Mon cher Claude,

Je n'ai pas de nouvelles de vous. Cette grippe est-elle guérie ? Je pense que vous n'avez pu venir le 27 comme ma dépêche vous le disait. J'espère que vous aurez votre permission à un autre moment. Je serai à Lyon le 6, à 12 h 38 dans la salle du Buffet du Terminus de Perrache, et je rentrerai le soir même ici; partant de Lyon à 17 h 35, passant à St Rambert une heure plus tard; changerai de train pour Annonay, puis être ici d'Annonay en auto vers 9 heures du soir.

Le voyage est très fatigable. Vous avez à St Rambert des express auxquels on arrive par Annonay. Ainsi: je pars d'ici à 9 h 1/4 du matin pour être à Lyon à 12 h 38. De même, le soir; 17 h 3 d'Annonay prend à St Rambert 18 h qui est à Lyon à 19 h et à Paris à 7 heures du matin.

Je regrette que vous n'ayez pu venir. Votre oncle Joseph vient de passer ici une semaine. Il est rentré dans son patelin ; mais il a quitté Prunay pour Reims, paraît-il. Il va bien, mais n'est pas très encourageant quant à la durée de la guerre. Puis ce sont ces gaz asphyxiants qui l'ont frappé au plus haut point par leurs effets.

Écoutez, dans son régiment, 300 hommes tués, 10 officiers, 1000 évacués et le lendemain, en face d'eux, contre cela, 2 cadavres de Boches. Cette attaque inutile du 20 Octobre. Le nuage de gaz avait 15 mètres de haut! Il serait grand temps que nous leur rendions la pareille.

Adieu, mon cher Claude, nous vous embrassons tous bien affectueusement. Encore un bien triste 1er Janvier pour tous. Et je pense à vos parents, a ce que cette guerre a fait de tous ceux que nous connaissions et aimons !

Tante Hélène


De Patrick Le Blan, en instance de convalescence à Orléans, avec des commissions à faire au quartier.

Mon vieux Claude,

J'ai pensé qu'un petit mot de moi pourrait te faire plaisir, surtout que comprenant ce que c'est que l'existence là-bas; j'ai l'espoir que tu pourras m'accompagner là où j'irai lorsque je changerai de régiment, je te l'ai promis, je ferai tout mon possible pour toi. Quant à moi tout paraît devoir s'arranger admirablement bien. J'ai été voir les majors d'Orléans qui ont constaté une "profonde anémie" et qui sont tout disposés à m'accorder une convalescence de longue durée. J'aurai au moins un mois. Je passe demain le conseil de convalescence et j'espère que tout se passera bien. Je compte alors passer quelques jours à la Herse puis probablement j'irai à Paris 3 ou 4 jours avec Philippe. J'ai la ferme intention de m'en aller. Car dès maintenant je vais m'occuper de ce que je ferai après avec lui. Je t'écrirai dès que j'aurai vu Philippe et Jérôme ensemble.

Comme je ne rentre pas au quartier peux tu, si cela ne t'embête pas :

1°/ vider ma caisse. Prends-y ce qu'il te faut.

2°/ Voir l'infirmier, et sans autre explication demande lui mon treillis et mon quart, gamelle, cuiller, fourchette, bonnet de police et tricot de laine.

3°/ Réclamer et prendre l'argent que me doit de Barrij.

Tu serai bien gentil de faire cela et je t'en remercie à l'avance.

Écris moi quand tu auras le temps. L'époque de ta commission et ce que tu comptes faire.

J'ai écrit à Lille ce matin. Et j'ai envoyé des nouvelles en même temps.

M. De Riou me réclame pour la chambre. Veux-tu lui payer la somme que je dois pour la chambre. Elle doit monter dans les 50 francs. Je lui enverrai d'ailleurs un petit mot à ce sujet.

À bientôt, mon vieux Claude, embête-toi le moins possible, espérons que d'ici peu nous allons trouver le "bon filon" et que le métier militaire nous paraîtra moins bête.

Mon bon souvenir à la famille Barrois, que je remercie encore de m'avoir si gentiment reçu. Et pour toi, mon vieux Claude, une bonne poignée de main.

Patrick Le Blan

La Herse Saint Ay, Loiret.

Peux-tu régler ma culotte au tailleur militaire Tertgen ?


De Lille occupée, signée M. Guitte. La lettre s’adresse à Claude comme à un neveu, alors que la même signature identifie ailleurs sa mère.

Mon cher neveu Nicolas, J'ai vu Philip avec grand plaisir mais son écriture ressemble si fort à celle de son frère que j'en étais impressionnée. Je serais heureuse d'avoir des nouvelles de cet évadé; il a fait un coup de tête et je souhaite qu'il soit plus heureux que nous! Nous n'avons entendu parler de rien jusqu'ici, et vivons dans la monotonie la plus complète. Vous avez dû avoir de nos nouvelles à tous par Germaine et tous les voyageurs, ici la typhoïde fait de grands ravages et la ville est lamentablement triste avec les affiches qui ornent les maisons des malades. Remerciez Joffre et ayez confiance en lui. Nous vous envoyons mille bons baisers et merci à votre entourage. M. Guitte

Prévenir tante Marguerite
V de W vu maman. J qui vont très bien


De Marguerite Delemer, depuis Lille occupée, adressée à Lucien Delesalle à charge d’en faire parvenir copie à chacun de ses enfants.

Mr. Lucien Delesalle, Hotel Gormet, Bd. Croisette, C a n n e s.

Mon cher Lucien, Veuillez faire parvenir une copie de cette lettre à chacun de mes enfants. Mes chers petits, inutile de vous étendre sur le chagrin de cette interminable séparation dont nous n'envisageons plus la durée, je n'ai même pas vos adresses exactes, je suis heureuse de sentir mon Lili (ndlr : Philippe) à Pau, je l'espère bien portant et je remercie Tine de me le soigner, qu'elle m'en fasse un garçon bien portant et courageux, il en aura besoin dans l'avenir. Je pense qu'il est chez Tante Madeleine et je la remercie de ce qu'elle fait pour lui. Merci à Tante Adeline qui a été si bonne à Paris. Que notre Lili prenne bien l'air, joue au Golf et avec des camarades et soit le plus possible traité comme les garçons de son âge, travaille, et joue, avec d'autres. Mon cher Nicolas, toutes nos pensées vous suivent, nous serions heureux de vous savoir dans une école d'artillerie afin d'être si possible officier, au besoin engagez-vous pour 5 ans, surtout ne parlez pas de nous, méfiez-vous des gens qui pourraient vous questionner, tout revient ici plus vite qu'on ne pense. Quelle joie pour vous de votre réunion avec Blaise !!! Il a été bien longtemps malade, nous le félicitons de sa guérison! Bonne maman vous demande d'aller voir Tante Sabine lui dire que tous ici vont très bien. Louboute a été opérée de l'appendicite il y a trois semaines, elle est complètement guérie.- Pour nous écrire employez tous les moyens, nous sommes peu gâtés en ce moment, mais cela peut reprendre d'un jour à l'autre, continuez à rester en relations avec Sponagel, entendez-vous avec elle ou avec Mlle Marie Iten, 3 Römerstrasse Baden Suisse, leur demander des cartes postales suisses, les leur envoyer sous enveloppes après les avoir entièrement remplies de la même main y compris expéditeurs et detinataires. Comme expéditeur vous mettrez votre nom de Baptême Nicolas, Augustine ou Lucien et vous y joindrez Iten ou Sponagel avec leur adresse. Comme destinataire Mr. Ch. de Smeth, 67, R. Defacqz Bruxelles. l'intermédiaire devra être toujours en relation avec vous pour savoir vos adresses et Nicols Iten ou Sp. devra vous parvenir etc. Il vaudrait peut-être mieux que Nicolas écrive tous les 8 jours à mon oncle Lucien ou Tine qui me donneraient les nouvelles. Ecrire les cartes très simples et très lisibles. Mlle Iten pourrait-elle essayer de m'envoyer vos nouvelles en allemand, je lui ferai dire si je les reçois mieux. Nous trouvons le temps triste et bien long et vivons dans une déception de plus en plus grande, aussi le moral baisse, et mes gosses me manquent affreusement, ils savent combien je les aime, et ma pensée est à eux tout entière. Tout est en ordre chez Mr. P. Th., il peut être tranquille. Mme. Gallet aussi retrouvera sa maison en ordre. Bravo pour le baron Ernest ! Tout se passe bien ici et il peut compter sur moi... Prière de dire à Marie Louise Masse que sa concierge Emilie supplie qu'on lui donne des nouvelles de son fils. Mlle Govin en voudrait de sa famille (Dumaine 13 rue Jéhan Véron Dieppe. Le père de Carlier remercie et va très bien. J'embrasse tendrement Simone. Mes bons baisers à Tante Hélène et ses enfants. Mille amitiés à vos fils mon cher Lucien à Adeline ........... quand auront nous la joie de nous revoir.

M. Guitte

Mme André Saint-Léger

Née Marguerite Delemer


Sources

Autres années

1914 Lettres a Claude
1915 Lettres de Claude