Lettres envoyées à Claude - Année 1915
Lettres envoyées à Claude - Année 1915
03 mars 1915
Carte-Lettre
Cavalier de Longueserve 32e Dragons Escadron de l'E.S.M. de St-Cyr
Monsieur Claude Saint-Léger
32e Dragons
Peloton des Élèves Brigadiers
Versailles
Saint-Cyr 3 Mars 1915
Mon cher ami
Si invraisemblable que cela paraisse, il n'en est pas moins vrai qu'à l'heure actuelle nous ne savons pas encore les résultats de l'examen d'aptitude physique passé Mardi dernier. Certains ont été priés de repasser leur examen de cheval le lendemain comme « douteux » et le fait de n'en avoir pas été semblerait pour moi d'assez bon augure : enfin attendons la fin, d'aucuns affirment que l'Officiel nous fixera aujourd'hui même. Puissé-je demeurer dans ce paradis de délices ! où l'on jouit d'une paix royale : pas de corvées, bien logés, bienveillamment nourris, une camaraderie exquise, pas de Lingoine sur votre dos, surtout pas de pansage ! (oh ! le pansage !!!). Combien je regrette que tu ne partages pas avec moi cette vie enchanteresse !
J'irai en tous cas Dimanche matin au quartier me renseigner ceux qui peut-être s'intéressent à mon sort parmi mes anciens camarades de douleur ; espérons que tu auras pu décrocher ta permission de vingt-quatre heures. Au revoir, mon cher Saint-Léger, je t'envoie toutes mes amitiés
13 septembre 1915
Carte Postale
Monsieur Claude St Léger
Hotel Majestic
348 Avenue Kléber
Paris
Mon cher Claude.
Quel bonheur de te savoir à Paris et me tarde d'avoir plus de détails sur son retour. J'espère beaucoup te voir d'ici peu, tâche de venir à Cannes.
Amitiés pour toi, Annie, Philip, Marcelle, Ernest etc etc - - Ton copain Monnod
14 septembre 1915
Carte-Lettre
Monsieur Claude St Leger
Hôtel Majestic, Paris
de Monsieur Lucien Descamps
Pilote-aviateur
Camp d'Avor. 14/9/15
Mon cher Claude,
Je viens vous remercier des bonnes nouvelles que vous m'avez apportées de mieux. — Vous deviez savoir quel plaisir j'ai obtenu de rares nouvelles — me demandant chaque jour quand finira cette longue et dure épreuve. Je vous félicite d'avoir ainsi réussi votre évasion, ce qui dénote de votre part un rare courage. — D'après ce que l'on m'a dit quitter Lille
15 septembre 1915
Le Rayronnais
Houlgate
Mon cher Claude,
Comment te remercier de ton aimable carte reçue hier. Il ne me suffit de te dire que nous étions sans nouvelles de Père et Mère depuis le 4 juillet pour que tu te doutes de notre joie. Lily et moi nous t'en remercions mille fois.
On nous dit qu'Annie retourne à Lille avec Mr Guérin, si cela est exact, veux-tu lui demander de donner de nos nouvelles à Père et Mère.
Sais-tu que Pierre est au régiment : il est au 15e d'Artillerie enchante de son métier.
A l'occasion donne nous encore de tes nouvelles, Sily et moi nous t'envoyons nos meilleures amitiés — Merci encore
A. M. Versey
----16 septembre 1915
Mon très cher ami,
Comment vous dire la joie profonde que me cause votre lettre. Il me semble que si vous étiez là, devant moi, je vous embrasserais. — J'ai si souvent peur de vous savoir rentré le long silence de vous savoir, — je vous devinais déjà tout enfermé à Lille. — Barrois m'avait écrit qu'on l'avait appris à l'école votre succès au bachot, mais tout cela était si vague — je ne sais pas pour vous les camps de concentration etc etc — Quand j'évoquais la Quiche et notre groupe de Vandeuvre, je ressentais alors vivement la peine de ne pas savoir où vous chercher —
Et voici cette bonne lettre de ce soir qui me dit que vous êtes sain et sauf après une extraordinaire odyssée.
Vous rappelez-vous ce dimanche où nous sommes partis ensemble du Paraclet — déjà inquiets par le bruit de guerre — nous tâchions de nous représenter les uns aux autres tous les horreurs qui allaient se produire ? Il y avait là, Barrois, vous et Chenest — dont je ne sais rien depuis un an. Et comme la réalité a dépassé toutes nos imaginations. — Qui nous eût dit que chacun de nous serait aussi mis à la torture, et que la guerre viendrait bouleverser nos vies. Je pense à surtout à vous, mon cher ami — qui avez plus souffert qu'aucun de nous, et qui avez fait cette chose héroïque de risquer votre vie pour venir rejoindre votre classe. Je vous félicite avec toute mon affection, me rappelant combien nous avons lutté à l'école non pas l'un contre l'autre, mais l'un avec l'autre. Comme je suis fier pour vous ! — Quand vous me dites que vous vous sentez transformé, je comprends ce que vous voulez dire, je devine surtout votre longue épreuve ! Tout cela vous aura forgé une âme solide, et vous saurez sans doute désormais dans quel sens orienter votre vie —
France, et surtout les hommes du front, d'après ce que vous voyez à Paris — Vous voyez bien qu'il y a des milliers et des milliers de gens qui souffrent avec vous, qui savent ce qu'est l'endurance dans les régions envahies ; et pour qui "l'attente" et a cause de vous plus pleine d'angoisse". Ne vous découragez pas, Paris est une exception, surtout le quartier de Paris où vous logez. Dites-vous aussi qu'il faut que certains oublient pour que d'autres luttent, s'ils n'oubliaient pas, ils n'auraient pas la force de résister, et que toute notre espérance est dans cette capacité de résistance. Ici nous tenons, et nous tiendrons avec obstination, et tous
Borde, je n'ai jamais pu avoir de nouvelles directes, je leur ai écrit à Vannes mais ma lettre n'a pu leur parvenir.
Je vous parlerai un peu de moi et de me faits et gestes depuis 13 mois que je suis en campagne, d'être un très humble soldat de 2e cl. — Je fais métier de ravitailleur et je pédale beaucoup sur les routes de Belgique — depuis novembre nous n'avons jamais été très loin de Lille — — Auparavant à la fin d'octobre 1914, nous avons été en Lorraine, fait la retraite, assisté à la bataille de la Marne. Puis fin octobre, l'Yser, misère, hiver ! — — Il faut que vous me m'écriviez souvent. J'ai peur que loin des nôtres vous ne vous sentiez très seul, que vous ne trouviez pas assez de sympathie après tant d'épreuves accumulées. Rappelez-vous donc le Paraclet, Normand — nos bons rapports d'autrefois, et tenez-nous bien au courant de tout ce qui vous concerne. — Comment vous, arrivant bien, trouverez-vous "stupide" ce que vous m'écrivez.
Votre très fidèlement affectueux
J. Monot
Peut-être serai-je à Paris à la fin d'octobre — j'ai droit à une permission ayant 13 mois 1/2 de front.
18 septembre 1915
Carte-Lettre
Madame Jacques Barrois
4 Rue Jacques Boyceau, Versailles
du Sous-Lieutenant Scalbert, 5° ___, 15° Compagnie
Bergues, faire suivre
Madame,
Permettez-moi de vous dire d'abord combien je me réjouis de savoir votre époux en meilleure santé et de savoir également votre ménage heureusement réuni alors que tant d'autres souffrent encore de la séparation. J'ai appris par une carte de mon beau-frère Émile Wallaert que le fils aîné de Madame André Saint Léger était sorti de Lille le 23 août et était votre hôte.
Auriez-vous l'obligeance de demander à ce jeune homme s'il a souvenance que Madame Scalbert voyait sa mère et lui confiait du courrier. Je vous serais obligé, s'il avait quelque indication à me fournir sur les miens, ou sur Lille, de s'obtenir qu'il m'envoie un mot même très bref. La dernière lettre de mon épouse date du 10 juin ! c'est long ! Veuillez partager avec Jacques mes meilleures amitiés.
Sous-Lieutenant M Scalbert
19 septembre 1915
Je vais retarder mon engagement :
Voici le texte :
Avons été heureux d'apprendre le 16/9/15 la guérison de Claude. L'embrassons tendrement, lui recommandons prudence et le félicitons de son courage. Tout va bien ici, son ami Blaise
de l'offre est formel ___ sur tout le front. On dit aussi qu'il y a beaucoup de troupes en Alsace.
L'ordre du jour de French fait après la première off. du 25 sept. va aussi promettre une suite aux efforts commencés. Cependant les allemands semblent abandonner la Russie et revenir par ici, et cette lettre de Frédéric !!!
19 septembre 1915
Mon cher Claude,
Ma Tante Duval m'a appris que tu avais fluit Lille et pour ton voyage. J'en ai été fort heureusement surpris. J'en suis très content pour toi.
Mon cher Claude, je viens de demander quelques "tuyaux" sur la vie là-bas et plus particulièrement sur ma famille. Tu voyais, je crois, Patrick très souvent.
Pourquoi n'est-il pas lui aussi parti ? Sa classe 1917 va bientôt passer le Conseil de Révision.
Écris moi donc un mot, mon vieux Claude ; tu en comprends facilement l'importance pour moi.
Cordialement à toi.
Philippe LeBlay
S/Lt P. LeBlay, 110e R.t d'Infanterie, Secteur 137
23 septembre 1915
Hôtel Majestic
Av Kléber, place de l'étoire, Paris
MAJESTIC - PARIS
Mon vieux chéri
J'ai écrit au bureau mais n'est pas envoyé ma lettre car mon oncle Lucien dit que comme il n'y a pas de dates tu peux te présenter quand tu voudras. J'ai vu Mr Guérin ce matin il a été très aimable
Max D. est venu me dire au revoir, il passe son conseil de révision cette après-midi.
Excuse cette sale écriture mais je suis très pressé.
Au revoir mon Claude chéri, écris nous souvent
J'arriverai à Lille, sans avis contraire, le 1er Octobre ce sera long.
Mille derniers baisers
Annie Saint-Léger (je crois)
Tanger, 23 septembre 1915
Mon cher Claude,
Je viens de recevoir votre lettre du 12, et c'est un vrai bonheur pour moi de recevoir des nouvelles de vous, de votre maman et de tous à Lille ; quel bonheur que vous ayez pu vous échapper ainsi et revenir en France ! C'est une prouesse périlleuse que vous avez faite là et qui vous fait grand honneur, elle fait présager les actes courageux et utiles que vous saurez faire sous les drapeaux où vous allez être juste appelé dès votre arrivée.
Vous comptez, dites-vous, vous engager dans l'artillerie, je souhaite que vous y réussissiez, mais je croyais que pour les classes 1915 et 1916 on avait mis tout le monde dans l'infanterie, pour la classe 1917 c'est peut-être différent, je suis trop loin de la France pour être renseigné, et je regrette vivement de ne pouvoir vous être utile à ce sujet, mais mes camarades ne sont que capitaines et ils doivent être sur le front. Quel que soit l'endroit où vous serez placé vous y ferez toujours tout votre devoir envers votre pays comme nous le faisons tous en ce moment. Je serai content d'avoir souvent de vos nouvelles, je suis encore pour un mois à l'« Hôtel de Ville de France » à Tanger, ensuite je rentre à Casablanca. Ne vous gênez pour m'écrire si vous avez besoin de quelque chose, et si c'est quelque chose de pressant, par exemple besoin d'argent, écrivez à ma femme qui est encore pour un mois et demi chez Mr Dumas à Mousquety par L'Isle-sur-Sorgue (Vaucluse).
Je vous embrasse de tout cœur en vous souhaitant bonne santé et bonne chance,
Votre oncle qui vous aime
Léon Delemer
26 septembre 1915
Carte postale
Monsieur Saint Léger
Chez Madame J. Delemer
Rue Thiers, S.t Germain-en-Laye, prés Paris
d'Annie Saint Léger, Berne
Mon petit Claude chéri mon dîner d'hier s'est très bien passé, le général en chef de l'armée suisse dînait dans le même hôtel que nous c'est un gros joufflu qui n'a pas l'air de se faire beaucoup de bile... Nous partons pour Bâle à 10h45 cet aprèz-midi pour Bâle, et nous y serons 2h30 plus tard
Nous y passerons un jour et deux nuits puis nous y serons 2h30 plus tard puis nous irons rejoindre le capitaine casque à pointe après après demain
Mille bonsdd baisers pour toi et mille autres pour ma tante et tous ceux qui sont avec toi
Ta soeur qui t'aime. Annie Saint-Léger
26 septembre 1915
Carte postale
Monsieur Saint Léger
Aux soins de M. Delemer
St Germain en Laye, France, près Paris
Cher Monsieur
J'ai beaucoup regretté de ne pouvoir vous serrer la main avant mon départ, j'avais envie de vous dire tout mon admiration pour votre acte de courage patriotique.
Votre sœur va à merveille et est une charmante compagne de voyage.
Meilleurs souvenirs
Berne, M. Marquebey
29 septembre 1915
Carte-Lettre
Expédié par : Mme Delmer
17 Rue Thiers, St Germain-en-Laye, Seine & Oise
Monsieur Claude Saint Léger
Hôtel Majestic, Avenue Kléber, place de l'Étoile, Paris
Monsieur Claude Saint Léger -
Monsieur Claude ce jour seulement je reçois un petit mot de Mlle Annie me disant qu'a la datte du 23 Aout ma famille allait bien.
Blessé dans la nuit du 21 Aout, je fut soigné dans un ambulance du front pendant 20 jours a (Fismes) et de la j'ai été évacué ici pour y achever de me guérrir Je vas d'ailleur de mieux en mieux et ce n'est plus qu'une question temps
Monsieur Claude dans le cas ou vous recevriez cette lettre que je vous adresse, a tout hazard si vous pourriez m'adresser un petit mot donnant de plus grands renseignements sur ma femme et mes enfants. Travaillent ils chez Mme Saint Léger ? enfin comment font ils pour vivrent ? Mon habitation a-t-elle été pillée ? Monsieur Claude vous comprendrez dans quel état d'inquiétude j'ai vécu depuis 1 an, n'osant jamais quitté le front depuis le commencement. Jusqu'à la date de ma blessure et toujours sans nouvelles de mes pauvres chéris, merci M. Claude bonne chance, bonne santé et mes respectueuses salutations. - Rubline Treshide
Hopital Brandon Salvador a Ballan, Indre et Loire
29 septembre 1915
Esclauzels par Jussac (Cantal)
Mon cher Claude,
Je te remercie beaucoup de m'avoir écrit pour m'annoncer ton arrivée et me donner des nouvelles de Germaine mais tu ne me dis rien de toi, de ta famille et je voudrais bien savoir comment tu as pu quitter Lille. Pourquoi Annie y est retournée, où est Philip ? etc. ?
Tu me dis que tu m'écriras bientôt plus longuement, fais-le vite car tu penses combien je suis impatiente de savoir. -
Mère et Germaine devaient aller à Chauny, me dis-tu ; sais-tu si elles devaient annoncer leur malheur à ton oncle et ta tante ? Oui, mon petit Claude, c'est affreux de penser que
notre cher Marcel est tombé et je t'assure que notre chagrin est toujours le même, nous l'aimions tous tellement ! Et pour ses parents c'est épouvantable d'être dans les tristes conditions où ils se trouvent pour apprendre une chose pareille.
Nous avons reçu samedi une dépêche de Berne signée Saint Léger demandant d'envoyer à ce nom des photos de Marcel
au Schweizerhof à Bâle ? A qui était-ce ? J'en ai envoyé 2 aussitôt, j'espère qu'elles seront bien arrivées. -
Où es-tu ? Que fais-tu ? J'attends bien vite une très longue lettre avec tous les détails possibles mon cher Claude et je t'envoie ma meilleure affection en t'embrassant de tout cœur.
Crique