Claude Saint-Léger (1897-1944) a dix-neuf ans en 1916. Évadé de Lille occupée le 23 août 1915, engagé le 20 octobre au 32e régiment de dragons, il quitte le dépôt de Versailles pour le front le 21 mai. Ses parents, André Saint-Léger et Marguerite Delemer, sont restés à Lille avec sa sœur Annie ; son frère Philippe, douze ans, est à Pau. Cette page réunit dans l’ordre des dates les trente et une lettres qu’il écrit, à sa tante et marraine Hélène de Lavalette, à son frère, à Simonne Barrois qui l’a logé à Versailles, à Patrick Le Blan et à M. Corneille, et les cent deux pièces qu’il reçoit ou qui ont été conservées avec elles : de Patrick, de sa tante, de Monod, ancien des Roches passé aux zouaves, de cousins, des intermédiaires suisses du courrier de Lille. De Claude, une seule lettre est conservée avant le 18 mai : le premier semestre se lit surtout dans les réponses.
Le contexte
1916 est l’année de Verdun, ouverte le 21 février, et de la Somme, à partir du 1er juillet. Les deux batailles traversent ces lettres sans en être le sujet : Monod écrit d’un abri de la cote 304, Hélène de Lavalette suit les communiqués depuis l’Ardèche, Léon Delemer depuis le service des routes de l’armée britannique, à Hazebrouck. L’espoir monte en juin avec les victoires russes et retombe à l’automne avec l’écrasement de la Roumanie.
L’année de Claude se coupe en deux. Jusqu’au 21 mai, il est au dépôt, dans une cavalerie que la guerre de tranchées laisse sans emploi, et la correspondance du printemps tourne autour d’une question : comment en sortir. Aviation, artillerie, infanterie, auto-mitrailleuses, tout est envisagé avec Patrick Le Blan, et chaque adulte de la famille écrit pour le dissuader. Au front, la cavalerie laisse ses chevaux au cantonnement et monte à pied aux tranchées. Claude devient fusilier-mitrailleur en juin, bivouaque le long de la Somme en septembre, tient les postes d’écoute de Tracy-le-Val en novembre. Il sert désormais sous le nom de la Valette.
L’autre moitié des lettres vient du Nord ou en parle. Lille, occupée depuis octobre 1914, connaît en 1916 l’explosion des Dix-Huit Ponts, les évacuations forcées de Pâques, la levée de jeunes gens pour le travail, puis en novembre la déportation de notables à Holzminden. Les nouvelles sortent par la Suisse et la Belgique, sous des noms convenus et avec deux mois de retard, ou avec les convois d’évacués qui arrivent à Annemasse. Une lettre d’André Saint-Léger à Donat Agache, écrite de Lille en octobre, montre ce que deviennent les usines dont il a la charge.
Dates repères, 1916
11 janvier : explosion du dépôt de munitions des Dix-Huit Ponts à Lille, une centaine de morts civils (Archives du Nord). Les évadés n’en lisent d’abord que le communiqué allemand reproduit par la presse suisse (lettre du 20 janvier).
Début février : examen d’élève officier de réserve, nommé par trois correspondants (lettres). Le 11, permission de quarante-huit heures à Paris, attestée par un sauf-conduit de la place de Paris (pièce).
21 février : début de la bataille de Verdun.
Avril : évacuations forcées de Pâques dans l’agglomération lilloise (Archives du Nord). Philippe Le Blan, frère aîné de Pat, est tué au front ; ses parents doivent l’apprendre le 5 mai (lettres).
Fin avril : Claude est renversé par ses chevaux au dépôt et hospitalisé le 1er mai (lettres).
21 mai : départ du dépôt de Versailles et arrivée au corps (état des services, carnet de route). Débarquement le 22 près de Gournay-en-Bray (lettre).
31 mai et 1er juin : bataille du Jutland. 4 juin : début de l’offensive Broussilov.
12 juin : désigné fusilier-mitrailleur à la suite d’un concours de tir ; le 13, il décrit le fusil-mitrailleur Chauchat (lettres).
20 au 26 juin : camp de Crèvecœur (carnet de route), plus de quarante kilomètres par jour à cheval (lettre).
1er juillet : début de l’offensive de la Somme.
Juillet : levée de deux mille jeunes gens pour le travail en Allemagne, la « mauvaise épidémie » des cartes de Lille (lettre du 8 juillet).
25 juillet : Claude annonce les faux noms destinés aux évadés (lettre).
27 août : la Roumanie entre en guerre. Bucarest tombe le 6 décembre.
17 septembre au 8 octobre : bivouac le long de la Somme (carnet de route). Le 19 septembre, Claude écrit qu’il a pris le nom de sa tante, qui l’approuve le 27 (lettres).
20 octobre : André Saint-Léger écrit de Lille à Donat Agache sur l’état des usines (lettre, post-scriptum du 5 novembre).
22 octobre : Madeleine Delemer sort de Lille et donne des nouvelles directes des parents (lettre du 23).
29 octobre : Pat, reçu élève pilote, quitte le 32e dragons pour l’aviation (lettre).
Novembre : déportation de notables du Nord au camp de Holzminden, dont Jean Delemer (Archives du Nord ; lettres des 19 et 25 novembre).
17 novembre au 14 décembre : premier séjour aux tranchées de Tracy-le-Val, dans l’Oise (carnet de route). Bombardement de torpilles au poste d’écoute le 22 novembre (lettre).
Décembre : arrivée à Paris d’évacués de Lille, dont Mme Dolez (lettres).
18 au 26 décembre : permission à Pau (carnet de route).
31 décembre : dissolution du tiers des régiments de cavalerie ; Claude passe du 2e au 3e peloton (lettre).
Augustine, dite Tine, à Claude, pour son frère Philippe. Lieu non indiqué.
4 Janvier
Mon cher Claude
J'écris pour Philip qui vous remercie de votre lettre, il a beaucoup à faire ces jours-ci, il faut donc lui pardonner s'il n'écrit pas. Il a repris ses habitudes et toutes ses répétitions de sorte qu'il n'a plus le temps de penser à son chagrin. J'ai reçu les 100 f. de Simone. J'ai vos 40 f. d'étrennes de tante Hélène et les 5 f. que vous avez avancé pour les photos puisque c'est tante Hélène qui les paie, j'ai donc 45 f. à vous, je viens de recevoir vos lunettes que je garde jusqu'au jour où vous les demanderez. J'envoie le pull de Philip à Mme Descamps.
Vous n'avez nullement à me remercier de ce que j'ai fait pour vous, je n'ai fait que mon devoir en faisant de mon mieux pour vous recevoir. Je n'ai pas encore eu de nouvelle de tante Madeleine. Je vous dirai si elle revient ici.
Il fait bien froid ici. Ce doit être autre chose pour vous. Couvrez-vous bien quand vous irez aux tranchées, l'on parle d'une offensive prochainement, est-ce vrai ? En tout cas faites votre devoir, mais soyez prudent, il faut penser à père et à mère, ils en ont assez pour leur part sans commettre d'imprudence qui ne changera en rien la situation actuelle.
Philip et moi vous embrassons bien fort.
Tine
C. Monod à Claude, au dépôt de Versailles. Carte-lettre, ambulance 7/38, secteur postal 131.
Carte-Lettre
Fm. Monod. Amb. 7/38 - S.P. 131
Monsieur Claude Saint-Léger, Peloton des Élèves-Brigadiers, 32e Dragons, Versailles
Mon cher ami —
Je suis très ennuyé de ne recevoir vos nouvelles —
Êtes vous malade, fâché ?
Expliquez-vous —
Je rentres à Paris au début de Février —
Il ne faudra pas se manquer cette fois-ci —
Si vous êtes très occupé, je me contenterai d'une carte.
Très affectueusement à vous
C. Monod
Patrick Le Blan à Claude, depuis La Herse, à Saint-Ay dans le Loiret.
La Herse, le 10 Janvier 1916
Saint Ay Loiret
Mon cher Claude,
J'espère que ta fin de permission s'est passée pour le mieux et que la rentrée au quartier n'a pas été trop pénible.
As-tu enfin retrouvé ta culotte ? Et es-tu enfin arrivé à Saint Germain.
Je compte sur toi, quoique très ennuyeux je suis, pour tout ce que j'ai demandé.
Bien à toi
Patrick
Patrick Le Blan à Claude, depuis La Herse.
La Herse le 13 Janvier 1916
Mon cher Claude,
Je suis inquiet de la longueur de ton silence. Quel affolement cela a dû être pour que tu ne puisses pas encore m'écrire.
Ton cheval est-il en piste ?... ou est-ce tout simplement ton bouchon ?
J'attends avec impatience une lettre de toi me donnant des détails sur mes affaires qui je sais sont très ennuyeuses mais qui m'intéressent tu le comprends pas mal. Outre tout ce que je t'ai demandé, d'occuper de mon mandataire etc, pourrais-tu demander au maréchal des logis Cobbak ou quelqu'un d'autre de bien renseigné, de m'inscrire aux E. O. R. ou de voir ce qu'il faut que je fasse pour cela. J'attache une grande importance à cette chose et j'espère que tu t'en occuperas pour que j'ai la réponse d'ici très peu de temps. Je serai à Paris Samedi soir pour voir Jérôme qui vient en permission.
Je regrette encore une fois de te donner tout le mal mais je ne peux malheureusement pas le faire moi-même.
En attendant de vos nouvelles, etc.
Au revoir mon vieux Claude,
je t'embrasse / Ton pardon
Une cordiale poignée de main
Blaise Pat
Hélène Demolins à Claude, depuis la Guichardière, à l’École des Roches.
La Guichardière (une maison de l'Ecole des Roches)
Le 14 Janvier 1916
Mon cher Saint Léger.
Avez-vous reçu le télégramme que je vous ai envoyé il y a huit jours? J'ai été très contrariée de ne pas vous voir et je suis ennuyée de ne pas avoir de vos nouvelles. Que s'est-il passé? Etant à Paris je n'avais pas votre adresse à Saint Germain et je vous ai envoyé un télégramme faire suivre chez Monsieur Banais.
Je vous en prie, envoyez moi un mot me disant ce qui s'est passé et surtout ce que vous devenez. Votre carte était venu me trouver à Paris ce qui explique mon retard.
Pourquoi changez-vous de régiment ? Je sens qu'il y a quelque chose qui ne va pas. Je sens que votre cœur déborde de quelque chose et je voudrais que vous laissiez déborder ce trop plein. Vous savez bien que cela vous fera du bien. N'avez vous pas confiance en moi !! Vous n'êtes pas le seul à avoir de ces difficultés; vous savez ce que je vous demande.
Je vous envoie ma très sympathique amitié.
H. Demolins
Patrick Le Blan à Claude, depuis l’hôtel Chatham à Paris.
HOTEL CHATHAM, PARIS
Patrick Le Blan
Je revois ___ pour Sarlat
Paris, le 16 Janvier 1916
Mon cher Claude,
J'ai reçu les deux lettres me disant toutes les dernières nouvelles. Elles sont plutôt embêtantes. Je t'avoue que je suis assez perplexe. J'ai vu Jérôme le Pous de Sarlat avec qui j'en ai parlé. Aviation ? Il y en a tellement
Je t'avoue que pour mon compte (je ne ferai rien sans toi) j'irai volontiers dans l'infanterie, (110) par exemple où il y a de bons types et où nous sommes connus. Ce sont des gens du nord très simples. Enfin c'est le bon moyen pour partir en Serbie. Il y a des départs continuellement.
Écris moi ce que tu en penses.
Merci beaucoup pour tout ce que tu as fait pour mes affaires et leçons. Mon vieux Claude, mes meilleures amitiés.
Je repars ce soir pour la Herse
Patrick
Patrick Le Blan à Claude. Lieu non indiqué.
Le 20 Janvier 1916
Mon cher Claude
Juste un petit mot pour te demander un petit service.
Peux tu payer ma note chez le Tailleur civil. Je te rendrai de suite l'argent.
J'ai reçu une note du tailleur me "sommant" de lui payer.
Je t'enverrai un mandat.
Merci mon cher Claude
Amitiés
Patrick
Patrick Le Blan à Claude, depuis La Herse.
Mon cher Claude,
J'ai reçu ta lettre et comme tu peuxt'en douter, elle ne m'a guère éclairci.
C'est évidemment assez embêtant. Je vais y réfléchir sérieusement et d'ici 8 jours j'espère pouvoir prendre une décision. Je te la communiquerai. Comment est la vie au 32 Dragons. Quel Brigadier ? Quel changement.
Cette histoire de front au bout de deux mois et demie est-elle fondée. Je crains que non ? C'est fait pour faire prendre patience probablement.
Reste deux choses
1°) Passer dans l'infanterie (j'attends quelques renseignements)
2°) Rester au 32 Dragons.
et s'y embêter (avec des chevaux etc).
N'oublie pas, de me tenir au courant de tout ce qui de passe. Je te remercie beaucoup de toutes les lettres et surtout du mal que tu as dû te donner pour mes petites affaires. Note bien ce que je te dois en argent.
Nouvelle sensationnelle (passionnante) Tu la connais peut être déjà. J'ai acheté le "Journal de Genève" aujourd'hui et j'y ai lu ceci dans le communiqué allemand. --- "Les Anglais ont bombardé l'intérieur de la ville de Lille. On n'a constaté jusqu'à présent que de légers dégâts causés par un incendie" ---
Charmant Mr les Anglais.
Au revoir mon cher Claude. Mille amitiés
Patrick Le Blan
Au sujet de la lettre de l'infirmerie dis lui que je me rappelle bien la lettre. J'ai dû la mettre à la poste. Je l'ai recherché si je ne l'avais pas quelque part je n'ai rien retrouvé bien entendu. L'ai-je perdue ? c'est plus que probable. Annonce le lui gentiment.
merci
Hélène de Lavalette, tante et marraine de Claude, à son filleul.
Mon cher Claude,
J'ai été fort impressionné de recevoir la photographie de vos parents. Je vous remercie de me l'avoir envoyée. Quand donc les reverra-t-on ? Avez vous eu des renseignements sur cette explosion qui m'a vivement inquiété. Dans quel quartier, à votre avis, cela a-t-il pu se produire ?
Que devenez-vous ? J'imagine que vous avez peu de temps pour écrire. Allez-vous bien? Et cette permission ?
J'ai de bonnes nouvelles de votre oncle. Mais, il entrevoit une guerre d'une durée encore fort longue. Vous avez vu, n'est-ce pas, qu'en s'installant à Marseille, les Anglais ont loué leurs locaux ou terrains pour 3 ans ou à même dit à taux de 3. 6 etc.
Il a gelé, puis plut, les tranchées s'éboulent et l'inaction pèse.
L'oncle Léon va bien aussi il vient d'être nommé Ing. en chef. peut être de ce fait va-t-il être promu Commandant.
Il est très content de cet avancement, il est encore jeune pour ce grade qui équivaut, dans sa partie, aux 4 galons dans l'armée.
Au revoir, mon cher Claude et merci ! Nous tous vous embrassons très affectueusement
Hélène de Lavalette
André Huet, cousin de Claude, depuis le camp de la Braconne en Charente.
Mon cher Claude.
Il y a longtemps que ton style n'est pas venu me divertir, ce jeune poilu, sale, boueux, crasseux, mais tout plein de courage, que je suis devenu dans ce doux pays de La Braconne. Si tu veux voir un pays plein de boue et sans distractions, viens ici, et en retournant à Versailles tu seras certes l'Homme le plus Heureux du monde.
Tu es vraiment difficile, de te plaindre lorsque tu es à Versailles, avec de bons copains, et un bon régiment, à deux pas de Paris, et je suis sur que les permissions abondent.
Ici, peu d'ouvrage pour le moment ; on vient de vacciner contre la Typho tous les bleus de la classe 17, et ils sont tous malades, l'ayant déjà été, je suis rentré mais pas à l'abri des nombreux corvées qui tombent sur l'Homme de chambre et l'Homme de jus.
Pour parler sérieusement, je vais faire une permission de 24 Heures pour Paris, Dimanche en 8, c.a.d. le 6 Février, et il est possible que je l'obtienne, et si oui je serais enchanté de te retrouver pour déjeuner. Avec ces permissions, nous arrivons à Paris le Samedi soir vers 8 heures et en repartons le Dimanche vers 10 heures du soir.
Je trouve que cela vaut la peine de se changer un peu les idées. D'autant plus que je retrouverai à Paris, frère, Marcelle et peut être Ernest, ainsi que ma marraine que j'espère pouvoir aller voir. Je reçois de temps en temps des charmantes lettres d'elle, et je suis un "lucky beggar" de l'avoir décroché pour marraine.
Si tu vas au Majestic, fais lui mes amitiés. Comment vont les Descamps, et ont ils passés la fameuse soirée du 6 Janvier, que nous étions si précipités.
Je ne cherche plus de coiffeur, car celui du régiment a fait son œuvre, il ne me reste plus un traître poil sur la tête, tu parles d'une taille !! Marcel et Gaston m'ont écrit, ce sont tous les deux des veinards.
Ici, tous mes chefs sont très gentils et j'ai aussi de bons copains, je ne me présente pas pour l'E.O.R. ayant trop de chances d'être recalé. Je me contenterai donc de suivre le peloton quand il commencera.
Nous commençons à regarder les chevaux de plus près, et allons même jusqu'à mettre notre derrière dessus.
Je te quitte pour répondre à Louis Ternynck qui m'a écrit dernièrement une lettre charmante et pleine de bons conseils.
Tu sais que tes nouvelles me feront grand plaisir, et écris moi si tu peux être à Paris le 6 Février, si oui, je serai probablement au Majestic.
Partage toutes mes meilleures amitiés avec les Descamps.
Ton vieux copain André Huet (un cousin)
P.S Est ce que Patrick Le Blan est rentré au 32ème ?
Marie Iten à Claude, depuis Baden en Suisse.
Cher Monsieur,
J'ai bien reçu votre lettre du 16 Janvier avec la carte annexée pour votre oncle, carte que j'ai mis à la poste ici comme convenu entre Monsieur Saint-Léger et mon frère. Je serai heureuse de pouvoir servir d'intermédiaire pour l'échange de la correspondance entre Madame votre mère et sa famille et je suis volontier prête à traduire en allemand les lettres ou cartes que vous m'enverrez, avant de les ré-expédier à Mr. de Smeth à Bruxelles. Je voudrais seulement vous prier - pour éviter toute confusion - de vouloir bien mettre comme expéditeur: Mlle Marie Iten (pour Nicolas), ou mieux encore : Nicolas Iten, p à, Mlle Marie Iten, afin que Madame votre mère se serve de cette adresse pour les missives qu'elle me transmettra pour vous. Ceci seulement, pour que le facteur qui distribue les lettres à la Roemerstrasse 3, où je demeure seulement provisoirement, n'ait pas de doute qu'il pourra me délivrer les lettres et cartes pour Nicolas Iten.
J'ai donc remis votre carte postale en original à Mr. de Smeth, ainsi qu'une seconde carte avec les mêmes nouvelles traduites en allemand. On verra laquelle de ces cartes arrive la première, afin qu'on puisse s'arranger pour l'avenir suivant les expériences faites cette fois-ci et dont Madame votre mère ne me manquera sans doute pas de me tenir au courant.
Dans l'attente de vos nouvelles ultérieures, recevez, Monsieur, l'expression de ma parfaite considération.
Marie Iten Römerstr. 3, Baden.
Patrick Le Blan à Claude, depuis La Herse.
Mon vieux Claude,
Merci beaucoup de ta longue lettre me donnant de si interessantes nouvelles.
Ce bouleversement au 32 me réjouit plutôt, car d'après ce que tu me dis il nous sera assez facile de changer d'armes. Ce qui est l'essentiel!
Jérôme a eu une permission pour Paris afin de s'occuper de son passage dans l'aviation. J'attends de ses nouvelles.
De plus André Duval est actuellement et encore pour longtemps pilote instructeur à Cazaux. École de Tir Aérien. On habiterait dans sa villa etc. Epatant. Si nous passons dans l'aviation, je crois qu'avec un léger coup de piston, nous pourrions aller là.
Je compte m'occuper à fond de cette histoire là. Et si Jérôme peut y aller ça sera parfait.
Les procédés "Cousins" de René D. ne m'étonnent pas du tout. C'est vraiment dégoûtant de sa part.
Il n'y a que l'abrutissement qui puisse l'excuser et encore. Enfin c'est ce qu'on appelle avoir "l'esprit militaire" Médaille militaire au bout de 15 annuités.
Quant à l'histoire du Bo___ absolument charmante. Si le très Len. Trou. Dot. foutaient le camp cela ne serait pas un mal pour vous.
J'achète les journaux Suisses. Les Anglais bombardent Lens avec furie (comm. Allemand) et tuent des civils. Je te tiendrai au courant à chaque "nouvelle". Et je compte et j'espère faire vite. Si jamais tu avais une idée, communique la moi.
Merci beaucoup de payer De Mois. Règle aussi mon Tailleur, c'est ce qui presse le plus. Merci beaucoup, mon vieux Claude, et bien sincèrement
ton Patrick Le Blan
Patrick Le Blan à Claude. Lieu non indiqué.
Mon cher Claude,
Je viens de recevoir une carte de Lille du 23 Janvier (23) qui donne de bonnes nouvelles de tes parents et des miens. Cette carte donne des nouvelles d'autres personnes, et laisse entrevoir qu'il y a eu un peu de casse à Lille (soit explosion soit bombardement).
Ai reçu des nouvelles de Jérôme qui compte passer dans l'aviation. Il me dit de ne rien faire pour le moment. Qu'il nous fera venir avec lui. Enfin, comme je lui ai dit, il faut agir vite. Si de ton côté tu as un projet, écris le moi, j'attends une lettre de toi.
J'espère que le métier n'empire pas, embêtant, mon vieux Claude, et que tu ne te fais pas trop de bile.
Je vais envoyer de tes nouvelles à M. et Mme Saint-Léger.
Nous avons des moyens épatants. Aller et retour en quelques jours, sont des moyens que tu connais d'ailleurs. Suisse ! etc.
Peux tu demander à De Nion ce qu'il a fait de mes lettres qui étaient dans l'armoire de ma chambre. Dis lui de te les donner. Peux tu me les garder.
Au revoir, mon vieux Claude, à bientôt.
Ton vieux camarade d'infortune
Patrick Le Blan
Germaine Ternynck à Claude, avant son départ pour Cannes.
20bis rue Daru, Paris Villa Luna Nuova route d'Antibes - Cannes
Mon cher Claude,
Je pars vendredi soir pour Cannes chez les Huet et je regrette beaucoup de ne pas t'avoir reçu avant mon départ mais j'ai eu beaucoup de choses à faire et suis aller passer quelques jours près d'Albert ce qui m'a fait un bien immense plaisir comme tu peux le penser. Je voulais toujours aller jusqu'à Versailles mais n'en ai vraiment pas eu le temps
J'aurais été bien heureuse de parler avec toi plus longuement qu'au Majestic de tes Parents et de tous ceux que nous avons laissé là-bas ! Sais-tu que j'ai eu des nouvelles de mes Parents du 9 Janvier par des personnes revenues comme moi par des train d'évacués. Ils allaient aussi bien que possible à Chauny, leur vie toujours très lamentable mais c'est plutôt améliorée depuis que nous y avons été. Ta Mère et moi j'ai appris beaucoup de détails sur eux tous car les personnes en question ont vécues beaucoup près d'eux étant des anciens amis de Père et de mon oncle Paul. Les santés étaient bonnes pour tous. Nadi et René étaient toujours là, avaient engraissés et bonne mine, on était tranquille pour eux, les Allemands ne pensant plus a prendre des prisonniers, mais sait-on jamais avec d'aussi sales gens ? Je te dis ces détails sachant combien tu t'intéresses à mes pauvres frères, mon cher Claude, et je suis sure que tu partageras ma joie. Mais quand pourrons nous les revoir tous ceux que nous aimons et qui sont si loin
Je suis stupéfaite du moral de tous ceux que je vois ici et les envie de voir tout en si beau. Écris-moi souvent mon petit Claude et dis moi ce que tu deviens, tu sais la grande affection que j'ai pour tes Parents et pour toi, je compte bien avoir très souvent de tes nouvelles ; je me mets entièrement à ta disposition pour tout ce que tu pense désirer et espère que tu en profiteras et ne te gèneras jamais avec moi. Veux tu que je t'envoie les photos que j'ai de tes Parents ou veux tu que je les envoie a Philipp dont j'ai de bonnes nouvelles. Mes meilleures amitiés mon cher Claude et bien a toi.
Ta vieille Germaine.
Patrick Le Blan à Claude, depuis La Herse.
Mon cher Claude,
J'ai reçu ta lettre du 27 Janvier et t'en remercie beaucoup.
Voilà ce que je fais :
1° J'ai écrit au Lieut. Devilder de manière à ce qu'il s'assure que je puisse quitter le 32 Dragon au bout de 3 semaines de classes etc. Comme je lui écris, les classes dans l'aviation étant toutes nouvelles, je ne crois pas qu'il puisse y avoir d'inconvénients a cela.
2° Je lui demande quand et à qui il faut que je fasse ma demande pour l'aviation ?
Ces questions que je lui pose je te les pose aussi. Mais sachant combien on est occupé, je les lui ai demandé aussi.
Dans le cas où tout marche bien, nous faisons notre demande le plus vite possible, et un petit coup de piston pour Cazeaux.
Je vais à Paris cette semaine écris moi donc 9 Rue Louis David. La semaine prochaine, j'irais à Cazeaux avec mon Oncle.
J'écris aujourd'hui à André pour lui demander des détails. Cazeaux est une école de tirs aériens et d'hydroplanes.
Dans le cas ou l'aviation ne marcherait pas, Jérôme qui est venu hier à La Herse, va s'occuper de nous au 110, afin que si nous y allions nous soyons dans de bonnes compagnie, etc. Jérôme va t'écrire.
Mais je suis d'avis de n'aller dans l'infanterie qu'au dernier moment, je veux dire, si rien d'autre ne marche, car quand on y est c'est difficile d'en sortir.
J'ai reçu une carte de Lille, me disant que l'explosion a produite des dégâts considérables. Toutes les usines de notre quartier, (Porte de Douai) sont endommagées, mais les dégâts sont réparables. Pas de victimes chez nos connaissances.
Au revoir, mon vieux Claude. Espérons un peu. Bien cordialement à toi.
Patrick
Hélène de Lavalette à Claude, son filleul.
Mon cher Claude
J'ai été très contente de recevoir votre lettre. Mais je suis aussi embarrassée pour vous donner exactement l'adresse de votre oncle Léon. Il devait rentrer à Casablanca depuis quelque temps déjà. Voici deux fois que je lui adresse mes lettres dans cette ville : Capitaine Delene (NDLR : lire Capitaine Delemer), Officier du génie, Casablanca Maroc. Au début, mes lettres lui arrivaient très bien ainsi. Mais je n'ai pas de nouvelles de lui depuis quelque temps déjà : Si ce n'est la première lettre de Manci, mais comme nouvelles ou détails, c'est absolument négatif. Avez-vous des nouvelles de Lille ? Madeleine Thibaut m'en envoyait l'autre jour, de Chauny, apportées par les Fabre. J'aurais bien voulu d'une façon quelconque communiquer avec les Vaguette pour les engager à se faire évacuer à Rosière. A leur âge, ils doivent souffrir, et à quoi leur servira de sauvegarder ou d'essayer, leur petite maison, s'ils y meurent faute de soins ou d'autre manière. Cette guerre est une calamité. Vous comprenez le raisonnement que je fais quant aux Vaguette qui sont âgés et sans enfants, etc.
Votre oncle Joseph va très bien. Je vais à Lyon la semaine prochaine, le Jeudi et le Vendredi : vous savez que vous avez de bons trains pour pouvoir y passer 24 h ? Je suis Grand Nouvel Hôtel rue Grolée : j'aurai Geneviève le Jeudi après-midi.
Nous allons tous très bien et vous embrassons tous très affectueusement mon grand filleul.
Hélène
Patrick Le Blan à Claude, depuis Paris, 9 rue Louis David.
9, RUE LOUIS DAVID
TÉLÉPH. 674.79
Mon cher Claude
J'ai reçu ta lettre et t'en remercie beaucoup. Je repars à la Herse ce soir et je ne pourrais malheureusement pas te voir lundi.
J'ai écrit à Devilder au 32, ou il a certainement du faire suivre la lettre. Merci beaucoup de tout ce que tu fais pour mes affaires. Tâches si tu peux de savoir si je peux faire ma demande. En tout cas j'attends avec calme la rentrée au Régiment. Je suis résolu à avoir l'esprit militaire (genre R. Desef) c'est te dire combien je suis résolu.
En tout cas je t'assure que si je rentre au 32 ce ne sera que pour quelques jours car je continue à vouloir m'occuper le plus activement possible de notre changement.
Patrick
Je n'ai pas pu trouver d'enveloppe plus en deuil
Patrick Le Blan à Claude, depuis La Herse.
Mon cher Claude,
J'attends avec impatience de tes nouvelles. As-tu passer les E.O.R. ?
J'ai reçu une lettre de Devilder presque insignifiante. Il me conseille de rester quelque temps encore au 32 Dragons. Ce sera plus facile après. J'attends ce que tu me diras là-dessus.
Enfin je suis décidé s'il le faut à rentrer au 32 Dragons. J'y rentre avec une ardeur endiablée. Je te l'ai déjà écrit.
Donne moi quelques nouvelles des Brigadiers Lemoine et Troutron. Sont-ils toujours là ?
J'arriverai à Versailles le 28 Février ou 1 Mars pour rentrer au quartier le 2 au soir.
J'ai reçu une lettre de Philippe hier qui va venir passer probablement quelques jours à la Herse.
Quant à Jérôme il est à Sarlat attendant toujours l'aviation.
A bientôt mon vieux Claude.
Bien à toi
Patrick
André Huet à Claude, depuis le camp de la Braconne.
Mon cher Claude,
Tu sais comme moi, que le temps, manque à la caserne, pour cela tu m'excuseras donc de ne pas encore t'avoir répondu. J'avais un cafard beuf quand j'ai su que je n'avais pas de perm, Dimanche dernier, mais maintenant le cafard est passé on n'en parle plus.
Je suis très heureux de savoir si tu as réussi ton examen d'E.O.R. et vois en toi un futur officier de cavalerie ! Tous mes vœux t'accompagnent, mais pour ma part, j'ai refusé d'essayer, n'ayant pas à beaucoup près l'étoffe d'un aspirant d'artillerie. Je me contente d'attendre que le peloton d'élève brigadier commence, pour gagner une sardine !
Je me vois pour la fin de mon séjour dans ce camp boueux, mais j'ai beaucoup de patience. J'ose penser que j'aurai une perm de 24 heures le Dimanche 27 Février, tâche de venir à Paris ce jour là, arrange toi avec frère pour qu'on déjeune ensemble. Tu sais que le bureau est 42 rue des Jeuneurs, tu n'auras qu'à lui téléphoner ou le voir.
Qu'y a-t-il de neuf à Versailles ? Comment vont les Descamps ?
Nous commençons à faire de la presse avec beaucoup de zèle.
Mère m'annonce l'arrivée de Germaine à Cannes, je regrette bien de ne plus être là-bas, mais ce n'est plus le bon temps du civil et quand reviendra ton Pélissier de 2ème classe plutôt que ___ Conducteur de 2ème classe !
Les types se battent ds la chambrée, je te quitte donc ds un abrutissement complet. J'espère te lire bientôt.
Bien à toi
A___
À Pat, c’est-à-dire Jean Le Blan, dit Patrick, ami lillois évadé comme lui et cavalier au même régiment. Sur papier à en-tête d’hôtel.
GRAND HÔTEL
12. Boulevard des Capucines
PARIS
Adresse Télégraphique : GRANOTEL-PARIS
Téléph. Central 35-48 / 35-49 - 35-50
Mon cher Pat,
Je suis encore à Paris ; permission de 48 heures pour "me reposer des fatigues de l'examen".
Pourrais-tu me dire exactement où en sont tes démarches. Y a-t-il quelque chose de fait dans le sens de l'aviation ?
J'ai tous les tuyaux sur les moyens de faire une demande pour changer d'arme. Mais le piston est-il à point.
Il y a 2 moyens.
L'un consiste (grd piston) à se faire demander au corps par le ministère de la guerre :
Un beau jour, il arrive au corps l'ordre suivant : « Le soldat un tel passe de tel régiment à tel autre par décret du & etc » Alors tu sembles ignorer, puisque tu n'as pas suivi la voie hiérarchique, mais t'es efforcé d'obéir.
L'autre moyen (régulier mais il vaut mieux qu'il soit un peu appuyé) :
Voie hiérarchique :
Margis, lieutenant, commandant ;
Ici, tu n'as qu'à écrire au lieutenant.
Et dans les 2 cas, la visite sanitaire est passée par le major ; c'est solide.
Pour l'infanterie, il y a un autre moyen que je t'indiquerai plus tard.
Bien cordialement à toi.
Renvoie-moi de tes nouvelles.
Claude
Patrick Le Blan à Claude, depuis La Herse.
Mon cher Claude,
Je te remercie beaucoup de ta bonne lettre et je suis heureux de savoir que tu as passé quatre bonnes journées à Paris.
Ce que tu me dis au sujet de la facilité des E. O. R. ne m'étonne nullement. Quant à la vie au 32 Dragons d'après ce que tu m'en dis et d'après ce que m'a écrit Max (car j'ai reçu une lettre de lui hier) elle doit être toujours aussi lamentable. Je le sais que c'est une vie idiote et je ferais tout pour changer et aller soit dans l'aviation soit dans l'infanterie mais en tout cas je crois qu'il est nécessaire et que je ne peux pas faire autrement que de rentrer au 32 au moins pour quelque temps.
Max me dit dans sa lettre qu'il a grand envie de faire sa demande pour l'aviation et comme il sait que j'ai la même intention, il me demande de lui en parler.
J'ai reçu une lettre d'André Duval qui n'a rien de délicieux.
Pour aller à Cazeaux il faudrait être du service non armé ou bien avoir fait déjà un stage dans un centre d'aviation quelconque. Donc rien à faire pour nous.
Ce que tu me dis au sujet de Barry ne m'étonne nullement. Il doit être en effet tout ce qu'il y a de gentil.
combien de temps de temps généralement faut-il pour passer d'une arme dans une autre. Le sais tu approximativement ?
J'ai d'excellentes nouvelles de nos parents du 4 février.
Je te donne une nouvelle sous toutes réserves qui vient de Mme Van de Weghe.
Il y aurait à Lille suite de l'explosion et du bombardement. 500 maisons de démolies. La rue de la Basse détruite. La tour Sainte Catherine démolie. (sous toutes toutes réserves)
Peux tu me donner des nouvelles de Lily Wallaert qui se parait il est très malade à Bailleul mon vieux Claude
Mille amitiés de Patrick
Robert Saint-Léger, cousin germain de Claude, depuis Brest.
HÔTEL DES VOYAGEURS
LOMBARD Propriétaire
CHAUFFAGE CENTRAL EAU COURANTE CHAUDE ET FROIDE
ASCENSEUR ÉLECTRICITÉ BAINS
TÉLÉPHONE 0.23
Robert Saint Léger 1er Canonnier Servant 3e d'Artill. à pied 39e Batterie Caserne du Château (Finistère) Brest
Mon cher Claude,
Maman qui est venue me dire bonjour ici à Brest m'a dit avoir appris par ma tante Calary que tu n'étais pas très heureux dans ton régiment. J'ai donc pensé que si tu t'y ennuyais trop, il te serait, je crois, facile de d'obtenir ton changement de corps et de passer au 3e d'artillerie à Pied (Fraction de Brest). En effet, ici il n'y a qu'un très petit dépôt où on est aussi bien et tranquille que possible et où on ne fait rien. Je serais d'autre part comme tu le penses, ravi de t'avoir ici avec moi.
Si tu désires cette mutation, préviens moi aussitôt qu'elle sera faite, mais seulement alors, et je m'arrangerai pour que ta demande soit bien accueillie ici.
As-tu de bonnes nouvelles de Lille et particulièrement de Mon oncle et de Ma tante ? J'espère qu'ils ne sont pas trop tracassés par les Allemands. Ici, je ne fais presque rien et le service est très doux (aucune garde, pas de corvées etc). C'est dommage qu'en revenant de Lille tu n'aies pas reçu le télégramme par lequel je te disais de t'engager ici.
Au revoir, mon cher Claude, de toutes façons, je serais très content d'avoir de tes nouvelles et de plus j'espère pouvoir te retrouver un jour ici. Ton cousin
Robert Saint Léger
P. s. Ignorant ton adresse, j'ai prié tante Calary de bien vouloir te transmettre cette lettre.
Germaine Ternynck à Claude, depuis Cannes.
Villa Luna Nuova route d'Antibes - Cannes
Mon cher Claude,
J'ai vu ton oncle Delsalle aujourd'hui qui m'a dit tes projets, je ne puis, ni ne veux t'influencer mais te dire seulement de bien réfléchir encore, ton sentiment est très chic mon cher Claude mais rappelle toi le grand désir que tes Parents avaient de te savoir dans la cavalerie ou l'artillerie, mets toi a leur place quand ils te sauront dans l'infanterie les angoisses et les tourments qu'ils vont avoir eux déjà si malheureuse ! Tu m'en voudras peut être de tacher de te dissuader mais ta pauvre Mère t'avais aussi un peu recommander à moi quand je l'ai quitté et c'est la pensée de ses angoisses qui me fait t'écrire. Attends au moins qu'ils soient débloqués pour avoir leur conseil et avis ou propose toi seulement si on demande des jeunes gens de bonne volonté pour passer dans l'infanterie. Je comprends ta grande hâte de faire quelque chose et le bonheur que tu aurais à venger par toi même tous tes bons et braves amis que nous pleurons ! Mon petit Claude tu sais la grande affection et je viens te parler un peu en grande sœur si tu le permets, je suis fière de tes sentiments pas beaucoup les ont, mais tu en a vu plus que beaucoup, prends encore patience pendant quelques mois, si tu savais le bonheur que j'aurais de savoir que tu remets encore un peu, ton beau geste !
Je regrette beaucoup de ne pas t'avoir revu, et parler un peu ensemble car nous avons une autre manière de voir les choses que ceux qui ont toujours été ici sans rien voir, je n'ai pas encore oublié les mauvais jours et tous les moments affreux par lesquels tu as passé et trouve que tu as déjà rempli plus que ton devoir en revenant ici. Je sais que ta Mère est très courageuse et énergique et t'approuverait peut être mais attends encore leur approbation. Je sais que ce n'est pas ma lettre qui te fera changer et je ne puis te dire qu'une chose : pense aux chagrins et aux angoisses que ton Père et ta Mère vont avoir. Je sais ce que c'est que de toujours trembler pour un être cher. Rappelles toi nos angoisses pour notre cher Marcel et si tu pars comme lui je sais que tu penseras à lui et suivra le belle exemple qu'il a donné mais tu as encore le temps d'aller dans les tranchées car je crains que ce soit encore si long. Une bonne réponse mon petit Claude me ferait bien plaisir. Rappelle toi qu'en moi tu trouveras toujours une vieille amie qui t'aime beaucoup et qui t'est très dévouée.
Tiens moi au courant et reçois les meilleures amitiés de ta vieille Germaine.
Excuse ces griffonnage c'est Arlette qui a mis ses mains sur ma lettre
Patrick Le Blan à Claude. Lieu non indiqué.
Mon cher Claude,
Je te remercie beaucoup de toutes les tuyaux que tu me donnes au sujet de notre changement. Je suis décidé à demander à passer dans l'aviation, puis si cela ne va pas j'irai peut-être dans l'artillerie. J'ai vu Philippe qui est ici et qui me dit surtout de ne pas aller dans l'infanterie. J'avoue que lorsqu'on y est c'est terriblement difficile d'en sortir. Je t'ai déjà écrit qu'il n'y avait rien à faire avec André Duval quand au piston malheureusement il n'a encore rien pu faire pour Jérôme. Alors tu vois.
Tu dois probablement savoir où on est envoyé lorsqu'on passe dans l'aviation. Quant à l'artillerie Philippe qui en est très partisan, il me dit que dans les régiments d'art. du 1er Corps, nous serons très bien. Je ne demande pas mieux que de faire de suite ma demande en écrivant au Lieutenant mais il faut que nous soyons d'accord quant à l'arme où nous voulons aller.
L'ennuyeux est que nous soyons éloignés l'un de l'autre. Dans une dizaine de jours j'arriverai à Versailles et j'espère que tout s'arrangera mieux alors.
À bientôt mon vieux Claude. Toi qui es près du milieu écris moi ce que tu fais.
Agis par toi même. Je ferai ce que tu feras. Car ici je suis dans un trou éloigné de tout cela et malheureusement mon Oncle n'est pas du tout à la question.
À bientôt mon vieux Claude j'attends de tes nouvelles
Bien cordialement
Patrick Le Blan
Lucien Delesalle à Claude, depuis Cannes.
Mon cher Claude
Je te remercie de ta lettre du 11 Ct et de la confiance que tu me témoignages, j'espère que dans l'avenir il en sera toujours de même et tu me trouveras toujours à ton entier dévouement. Je dois t'avouer que ta décision me fait un peu peur car en l'absence de tes chers parents je ressens une certaine responsabilité dans ta décision et que dans toutes les lettres reçues de Lille, l'on recommandait que tu t'engages dans l'artillerie, ceci pour éliminer l'infanterie. Ce n'est pas tant le danger des tranchées que je crains pour toi, mais bien les fatigues et privations que supportent nos malheureux fantassins. Il est regrettable que tu n'aies pas attendu tes galons de maréchal des logis pour penser à ta permutation car alors tu aurais pu par ce changement gagner ceux de sous lieutenant dans l'infanterie, comme l'ont fait Philip et Gaston. Te rends-tu bien compte de ce qu'est la vie monotone de nos poilus au fond de leurs trous ? Certes je ne puis qu'admirer les beaux sentiments qui t'inspirent et qui manquent à bien d'autres, mais encore faut-il que chacun en fasse suivant ses aptitudes et l'on peut remplir son devoir dans toutes les armes.
Je doute que les portes de l'aviation te soient ouvertes, car je crois que la vue est un des premiers appoints requis pour les élèves pilotes ; mon opinion sur cette arme est que l'apprentissage est amusant et pas bien dangereux, tandis que les vols effectués sur le front sont fortement exposés à toutes sortes d'accidents toujours graves.
Enfin mon cher Claude, je ne puis que te dire ce que j'ai dit il y a un an à Gaston : tu es assez grand et assez raisonnable pour juger toi-même de ce que tu dois faire pour toi, pour la France et pour tes parents.
Je viens d'écrire à ta mère par l'entremise de Guérin et je ne lui ai pas fait d'allusion à tes projets, mais je ne suis pas d'avis de lui cacher longtemps la vérité car cela se saura vite et je ne voudrais pas qu'elle l'apprenne par d'autres que par nous ; je lui ai promis de ne rien lui cacher ni sur toi ni sur Philip et je ne voudrais pas qu'elle pense un jour me reprocher ce manque de confiance.
Je compte que tu me tiendras au courant de ce que tu feras et quoiqu'il arrive, tu me trouveras toujours prêt si je puis te rendre service.
Bien cordialement à toi
Lucien Delesalle
Patrick Le Blan à Claude. Lieu non indiqué.
Mon vieux Claude,
Je viens de recevoir ta lettre m'annonçant que ma lettre s'est égarée. Tu as probablement déjà dû recevoir une nouvelle lettre te donnant quelques nouvelles d'ailleurs fort peu intéressantes.
C'est à toi de me renseigner maintenant et surtout de prendre une décision. Aviation. Artillerie ou infanterie ?
J'attends avec impatience une lettre de toi. Elles me font toujours grand plaisir, mon cher Claude tes lettres. et je t'en remercie beaucoup, car je sais par expérience que ce n'est pas aisé d'écrire souvent.
Je serais désolé de te quitter, et il faut absolument que nous nous arrangions. Je t'assure et j'y pense souvent que grâce à toi au 32 Dragons nous avons eu quelques petits moments pas trop durs et embêtants. J'étais heureux d'avoir avec moi quelqu'un de pas abruti ni de trop militaire.
Je viens de recevoir une lettre du tailleur me demandant de lui régler ma note. Ne t'en occupe plus maintenant car je lui ai écrit que je le réglerai en revenant.
Au revoir, mon vieux Claude.
À bientôt.
Bien cordialement à toi
Patrick Le Blan
C. Monod à Claude, au retour d’une permission.
Mon cher ami
Je vous envoie Epictète. Il refait les muscles et les nerfs, les jours de cafard —
Bon Courage, et surtout patience, malgré la platitude des jours & des gens. — Il ne faut pas que les petits accidents de nos existences entament notre foi dans la victoire complète.
Cette fois, il faut la pousser, l'ancrer dans l'esprit des autres, car le pays a tant souffert que ce serait l'achever que s'arrêter en chemin —
Je repars. Je suis bien content de vous avoir revu — Les événements vous ont mûri ; tous vous dé formes. C'est beaucoup — Écrivez-moi un peu plus souvent. Et ne recommencez pas vos lettres. Je vous connais : nos relations peuvent être très simples. Au Revoir. Ne quittez pas le 32. Vous ne serez pas mieux ailleurs — Tâchez d'avoir du galon — Votre bien affectionné
C. Monod
C. Monod à Claude, depuis le front.
Mon cher ami,
Je trouve en rentrant de permission votre petit mot si affectueux. Vous avez été heureux de ne pas me voir trop changé ? J'ai eu la même impression à votre sujet : nous reprenons nos relations sur nos vrais bases, comme de vieux camarades — car nous le sommes plus que jamais maintenant — J'en dis parfois que notre génération est heureuse, à sa manière. Nous cherchions autrefois l'emploi de nos forces, car la vie était si facile que notre désir de mieux ne trouvait pas à le satisfaire.
Nous voici maintenant en pleine lutte : nous savons ce que vaut le système et les soucis qui rongent, comme aussi la lassitude, le découragement, l'exaspération contre les sottises & les vulgarités. Il faut nous maintenir calmes, ne pas donner prise à ce qui diminuerait notre force, et chercher à faire simplement notre devoir d'homme — Cette destinée de notre génération est belle, et nous n'avons pas le droit comme certains, de la maudire.
Vous allez croire que j'ironise, car devine le vide, l'ennui mortel, le vôtre de ce dépôt — mais non : vous êtes là où vous devez être encore en ce moment. Je comprends si bien votre désir de passer dans l'infanterie — car je suis moi-même aux prises avec les mêmes incertitudes.
Votre cas est spécial : vous n'êtes pas majeur — vos parents de Versailles, de Neuilly, de Paris ont vis à vis de votre a L. une responsabilité. Plus tard on pourrait bien reprocher de vous avoir laissé faire cette mutation. Il faut que vous teniez compte de cela —
Je comprends que vous rêviez d'aller au front : mais dites-vous bien que vous ne disposez pas de votre vie. Celle-ci est autant à vous qu'aux vôtres. Vous ne sacrifiez pas que vous et il faut avoir cette pensée présente quand on veut (comme vous maintenant) prendre l'initiative de forcer le destin — Enfin n'allez vous pas tomber de Charybde en Scylla ? — Il est si facile à vos parents de Paris, de Versailles, de demander que vous, engagé de la classe 17, si utile à la famille et au pays envahi — ne soyez pas envoyé trop tôt au front.
Vous échangeriez une vie de dépôt pour une autre, plus morne encore, sans cheval.
Au 32 vous aurez plutôt du galon que dans n'importe quel régiment, on vous aura d'abord à vous faire connaître. Vous pourrez y préparer votre examen d'E.O.R., et passer plus vite par Saint-Cyr. Alors, n'ayant pas tous ___ les événements vous disposerez de vous-même et en rejoignant le front vous rendrez beaucoup plus de services que comme poilu de 2e classe —
Voilà des raisons. Pensez-y — Le devoir est une chose terriblement complexe — et il ne faut pas prendre des désirs, des impatiences pour des obligations morales — Celles-ci sont souvent mornes, obscures — Le courage est de leur obéir —
Je ne peux pas me mettre à votre place, et vous ______ ferais si j'étais vous — Je vous indique simplement que vous pourriez oublier. Mais votre impatience de mener une vie plus active. Je ne fais que vous inviter à réfléchir — Votre parti, quel qu'il soit, sera bon si vous le prenez de sang-froid et avec calme.
Au revoir mon cher ami — Bon courage — J'attends bientôt de vos nouvelles
Votre très affectionné Monod
Je voulais envoyer Epictète au 32 — Vous me donnez maintenant comme adresse 192. Manteuil. Que vaut-il mieux que je fasse ?
André Huet à Claude, depuis le camp de la Braconne.
A. Huet. 101e Régiment d'artillerie lourde - 70e Batterie - Classe 17. Camp de la Braconne (Charente)
Claude Saint Léger. 32ème Dragons (Engagé Classe 17) Versailles S. O.
(NDLR : la transcription coupait ici la lettre en deux, un filet de séparation ayant été inséré entre l'en-tête du papier et le corps du texte. Le passage est reconstitué.)
Mon cher Claude
Ce petit mot t'arrivera sans doute trop tard, mais comme je t'ai écrit précédemment, mère venant à Paris ds le courant de Mars, je réserve ma perm. de 24 heures pour pouvoir l'y rencontrer. Je ne vais donc pas à Paris le 27 et regrette beaucoup de ne pas pouvoir te voir. Je viens de recevoir ta lettre adressée rue des Jeuneurs, je vois que tu taches de combattre l'abrutissement, tu auras de la misère ! Je vois même que c'est impossible. Pour ma part je n'agirai plus tard étant trop occupé par l'astignage ! Nous commençons ds qq. jours le peloton et ça va barder. Dis moi le résultat de ton examen.
Amitiés aux Descamps Bernard. Bien à toi
Patrick Le Blan à Claude, depuis La Herse.
Mon cher Claude,
Je te remercie beaucoup de ta longue lettre qui m'a fait grand plaisir. Tu recevras cette lettre fort peu de temps avant mon arrivée, et ce jour là nous pourrons parler de tout cela longuement. Je n'ai pas perdu tout mon patriotisme mon vieux Claude, non plus, et ce sentiment n'a jamais été ébranlé que fort superficiellement chez moi.
En tout cas, il est certainement plus sincère que celui de tous ces jeunes 32e Dragons qui se piquent de patriotisme. Comme tu le dis très bien, la plupart de ces jeunes gens sont fort peu intéressants et presque tous déjà de jeunes "embarqués".
Plus j'y réfléchis et plus je me dis : si nous nous sommes lancés c'est pour faire quelque chose de bien, ce n'était pas la peine de risquer ce que nous avons fait.
Philippe s'oppose tout à fait à mon passage dans l'infanterie. Mais comme je suis à peu près libre de mes décisions, je verrais à faire avec toi à Versailles. Si comme tu me le dis, la vie là bas est toujours aussi idiote. Nul doute que je ne ferai une demande pour changer d'arme.
Je ne pense presque plus à l'aviation, je compte peut-être essayer aspirant d'artillerie le 25 Mars, si je le peux et puis ma foi, après, je passerais dans l'infanterie.
J'ai un tuyau assez amusant qui n'est peut-être pas très "distingué"
Contre espionnage. Ce serait assez rigolo, et facile à y arriver. Je te donne ce tuyau à titre tout simplement amusant. Donc je verrais à décider dans quelques jours, avec toi.
J'arriverais à Versailles le 29 après midi. 5 h quartier. Et je rentrerai au quartier, le 2 au matin.
Au revoir, mon cher Claude, à Mardi prochain.
Ton copain
Patrick
Le cavalier de Longueau à Claude, depuis l’escadron de l’École spéciale militaire de Saint-Cyr.
Carte-Lettre
Cavalier de Longueau, 32e Dragons, Escadron de l'E.S.M. de Saint-Cyr
Monsieur Claude Saint-Léger, 32e Dragons, Peloton des Élèves Brigadiers, Versailles
Mon cher ami
Si invraisemblable que cela paraisse, il n'en est pas moins vrai qu'à l'heure actuelle nous ne savons encore les résultats de l'Examen d'aptitude physique passé Mardi dernier. Certains ont été priés de repasser leur examen de cheval le lendemain comme « douteux » et le fait de n'en avoir pas été semblerait pour moi d'assez bon augure ; enfin attendons la fin, d'aucuns affirment que l'Officiel nous fixera aujourd'hui même.
Puissé-je demeurer dans ce paradis de délices ! où l'on jouit d'une paix royale : pas de corvées, bien logés, très veilleusement nourris, une camaraderie exquise, pas de Langorne sur votre dos, surtout pas de pansage ! (oh ! le pansage !!!). Combien je regrette que tu ne partages pas avec moi cette vie enchanteresse !
J'irai en tous cas Dimanche matin au quartier renseigner ceux qui peut-être s'intéressent à mon sort parmi mes anciens camarades de douleur ; espérons que tu auras pu décrocher ta permission de vingt-quatre heures. Au revoir, mon cher Saint-Léger, je t'envoie toutes mes amitiés
Aristide Rubline, automobiliste, à Claude, depuis le front.
Monsieur Claude Saint Léger
Monsieur Claude le lendemain que je vous avait vu je partais pour le front, je m'y attendait d'ailleurs par la neige et le froid par ici ce n'est pas fameux comme début de ma deuxième campagne, j'espère quand même qu'elle me sera plus favorable que ma première et que j'aurai la chance de rapporter tout mes abatis mais c'est égale couché sur la dure et le ventre toujours un peu creux, il me faudra un certain temps pour me remettre, cependant j'aurai un rude cauchemar de moins, puisque je pourrai correspondre avec ma petite famille, par ici ça chauffe dur et il y en a pour tout les services, il arrive chaque jour au parc, 10 a 11 voitures démolies soit accidentellement, soit par les balles ou les obus, et même des ambulances criblées de balles, les salauds ils tirent aussi sur les ambulances, j'ai une voiture neuve assez bonne, une limousine, je crois qu'elle va être envoyée dans un état major quelconque car aujourd'hui je reviens au Parc, et j'espère être le mieux dans mon rôle, soit à la liaison ou, a une D. E. S. quelconque enfin il faut espérer des jours meilleurs, et qu'enfin nous auront le dessus, d'après ___ jours ca ne va pas trop mal.
Je vous serre la main et vous salue respectueusement
Rubline Aristide
Automobiliste
171- T. M. par B. C. M. Paris
Augustine, dite Tine, à Claude, au sujet de Philippe.
Mon cher Claude
Merci pour votre lettre. Je suis étonnée de ne pas avoir reçu les autres. Je suis fixée sur les Roches et n'y pense plus. Pour aller à Esclauzel je crains que Philip s'y ennuie en y allant dès maintenant, travailler seul (pas un enfant) pour jouer ce sera bien monotone pour lui.
Voilà ce que je pense faire, vous me donnerez votre avis je l'ai écrit ce matin à mère. D'après le temps et la santé de Philip je pensais rester ici pour finir les classes c'est à dire jusqu'au moment où tante Hélène jugerait bon de nous recevoir. Mais si le printemps était trop chaud nous irions peut être à Versailles en attendant les grandes vacances.
Si nous ne pouvons aller à Rosières de l'été nous irions passer les vacances à Esclauzel ou avec tante Madeleine dans les Pyrénées. Je vais demander conseil à tante Adeline comme mère le demande. C'est cette question de printemps et de travail qui est ennuyeuse, et maintenant que Philip va bien il aime se trouver avec d'autres pour jouer.
J'ai reçu cette lettre de mère aujourd'hui je vous l'envoie veuillez me la renvoyer dès que vous en aurez pris connaissance
Tous les deux nous vous embrassons tendrement
Tine
(NDLR : note postérieure, portée à la suite de la lettre par un enfant de Claude : « Tine est entrée dans la famille à 14 ans ½ à la naissance de mon père en 1897. Elle est restée chez l’oncle Philippe jusqu’à 1980 ».)
Hélène de Lavalette à Claude, au retour de Lyon.
Sommes parties toutes deux Dimanche à 9 h 1/2 du matin, arrivées à 1 h 1/2 à Lyon. Nous avons fait le bagage, vu la Supérieure, nous sommes occupées du ___. Port et Annie a du partir ce soir à 5 heures. Je l'ai laissée à Lyon ce matin. Nous avons ___ et couché ensemble, et nous sommes quittées en excellents termes. J'appréhendais beaucoup ces événements, notre explication s'est bien passé, Annie a été très triste. Pas trop révoltée, très affectueuse avec moi : et elle est contente, parce que différentes personnes avaient eu l'occasion de lui faire un très grand éloge des Ursulines. Puis elle pourra poursuivre la préparation au brevet et va être entre bonnes mains. Car elle est acceptée, ce qu'elle est, on va s'en occuper de façon très spéciale et pousser beaucoup le brevet auquel ... Annie tient maintenant mordicus. D'ailleurs mère lui écrit avec presque attendrissement en lui parlant de son travail et de son espoir de réussite. Je suis désolée que Mlle Roussel soit si malade, car elle l'eut absolument, installée dans une clinique, car elle avait une grande influence sur Annie qui m'a tenu des raisonnements infiniment plus mûrs et moins jouisseurs. Elle est partie en excellent état d'esprit et cela m'a fait par surcroît grand bien, car j'étais ces jours ci angoissée et préoccupée à son sujet au possible. Vous pouvez impliquer ce changement par le départ de Mlle Roussel et par le peu de sympathie existant entre Annie et la nouvelle directrice. Je l'expliquerai dans ce genre à mère, mais je voudrais que cette dernière comprit qu'elle devait revenir. Car, voici six mois assurés, mais après ? Enfin à chaque jour suffit sa peine !
... des ennuis partout. Je lui ai rappelé que vous lui aviez dit, elle a répondu n'avoir été renvoyé de nulle part.
Tante Hélène
Surtout, renvoyez moi la lettre
Jean-Charles Fels à Claude, depuis Le Bourget, en route vers le front.
Carte-Lettre
Monsieur St Léger, élève-brigadier
32e Dragons - Versailles -
Le Bourget 5 Avril 8 h 10 matin
St Léger -
Après le départ à 4h, nsous avons échoué au Bourget à 7 h 1/2 - nous y avons passé la nuit empilés dans des compartiments de ancien style - J'ai très vaguement dormi - Le matin nous avons eu du café abondant - mais mauvais, j'ai pu me laver et me faire les ongles - Pas de ___ hélas ! On dit que nous partirons seulement à 5 h ce soir. Nous avons des vivres pour 5 jours - j'ai mangé du singe hier, il n'est pas mauvais - Nous sommes servi par la Croix Rouge dans les gares - Je t'envoie mon adresse
Bien à toi, meilleur souvenir à Le Blan
JC Fels
Germaine Ternynck à Claude, depuis Cannes.
Mon cher Claude,
Je voudrais bien savoir ce que tu deviens et désirerais beaucoup avoir une lettre de toi. Où en sont les choses dont tu m'as parlé as tu de l'espoir ? Tu sais combien je m'intéresse à toi aussi ta dernière lettre m'avait elle fait beaucoup de plaisir. Je n'en ai parlé à personne comme tu me l'avais demandé.
J'ai appris hier que des évacués allaient encore arrivés j'espère donc savoir quelque chose de là bas si je pouvais encore avoir des nouvelles de mes Parents cela me ferait bien plaisir car le temps me semble long sans rien.
As-tu appris que Louis Ternynck avait été descendu de sa saucisse, il a eu une veine inouïe de ne rien n'avoir et de ne pas avoir été fait prisonnier ayant tombé tout près des boches !
Je compte passer quelques jours à Paris vers la fin du mois avant d'aller m'installer pour tout l'été à Deauville villa "Les Cigales" où j'ai loué avec les Huet. Nous avons toujours de bonnes nouvelles d'André quoi que la vie dans ce camp de la Braconne ne soit pas drôle, je crois qu'il aura une permission pour Pâques. Et toi ?
J'attend une bonne lettre de toi mon petit Claude en attendant reçois mes meilleures et bien affectueuses amitiés.
Ta vieille Germaine
Villa Sana Nuova route d'Antibes Cannes
Max Descamps à Claude. Carte-lettre, 32e dragons, 2e escadron, secteur postal 4.
Carte-Lettre
Expéditeur : Descamps Max, 32e Dragons, 2e Escadron, 3e Peloton, Secteur postal 4
M. Claude Saint Leger, cavalier au 32e Régiment de Dragons, peloton des E. B., Versailles, Seine et Oise
Mon cher Claude
Après 35 heures de chemin de fer, et 15 km à pied nous avons fini par arriver au cantonnement. On nous a tout de suite repartis dans tous les pelotons du régiment. Je suis dans le même cantonnement que René, installé dans une ferme. Nous travaillons beaucoup : le matin service en campagne, nous sautons beaucoup. L'après-midi "classe à pied" (courses, sauts-voltige etc...). Dans les temps libres "astiquage" à mort, je t'assure qu'on est plus servi qu'au dépôt. Tout cela serait très bien si on avait les boches en face de soi !... J'espère que nous irons bientôt aux tranchées. Fait toutes mes amitiés aux copains du peloton, mon bon souvenir au Bl.m Lemoine. Je te serre cordialement la main, ainsi qu'à Patrick.
Max
Patrick Le Blan à Claude, depuis l’hôpital militaire de Versailles.
Carte-Lettre
Cavalier Saint Leger
1 Peloton, 12 Escadron, 32 Dragons Versailles
(Je t'écrirai longtemps demain. Peux tu voir le ___ avoir fait de mes lettres Peux tu me les faire suivre)
Mon cher Claude
Je t'envoie ce mot pour te dire que j'ai la rubéole 8 jours à l'hôpital. Et j'espère que je partirai en 4 jours. Envoie moi mon argent dans enveloppe. Hôpital Militaire Rubéole - Si j'ai un conseil à te donner ne viens jamais à cet hôpital
Patrick
Patrick Le Blan à Claude, depuis l’hôpital militaire.
Carte-Lettre
Cavalier Saint Léger
1 Peloton, 12 Escadron, Versailles 32 Dragons
Mon vieux Claude
Pas de lettre de toi ni de personne - Sais tu si on me les envoie du quartier ?
Du fond de mon "hôpital Prison", je pense toujours à du Barry et aux 20 frs. qu'il me doit - Il faut qu'il me les rende - Tu n'as qu'à en parler au Brigadier (y compris mes chaussures) A lundi ou mardi - j'espère bien à bientôt
Patrick
Jean-Charles Fels à Claude, depuis le front. Carte-lettre, 3e escadron, secteur 4.
Carte-Lettre
Exp : JC Fels, 3° Esc, 32° Div, Sect 4
Monsieur St Léger
Élève Brigadier 32 e Dragons Versailles
Monsieur St Léger
J'ai reçu tes deux lettres
Je te remercie mais je crois que tu veux me faire regretter le grand Hélas ! Je n'ai pas besoin que tu m'envoies du La Fontaine — Il y a eu un départ pour les tranchées Dimanche — Je suis resté ici, heureusement, car le temps est terrible. On les prend du côté de Lassigny parait-il. — Ce sera peut-être mon tour dans 15 jours — Ta première lettre m'a un peu réconforté "Super nebula stella" "ce n'est pas la victoire mais c'est la vie civile qui est pour moi "Stella" — il faut alors absolument que j'écrive à Monod
La joie du front est plus agréable sauf les tranchées et les bains que celle du dépôt
Mais c'est toujours l'armée. J'ai une tampon. Je peux un peu lire et écrire. Il y a ici de bons types et intellectuels, mais aussi des brutes. On a pas mal de liberté
Bien à toi.
JC Fels
3° Esc, 4° Peloton, 32° Div, Sect 4
Le Maréchal des Logis est en permission les brigadiers font le service du maréchal des logis en ce moment c'est assommant
Toujours de l'ennui. On a un bien petit cœur — quand des types et des types sont au feu — C'est du reste un peu de lâcheté —
Tu es tellement plus fort que moi. Je t'en félicite. Je t'embrasse.
(NDLR : les lignes qui précèdent forment dans la transcription un fragment détaché, encadré de points d'interrogation. Leur appartenance à cette carte-lettre n'est pas établie.)
Patrick Le Blan à Claude, depuis La Herse, en permission.
Mon vieux Claude,
Me voilà à La Herse avec une permission qui se termine Lundi soir. Je suis bien heureux d'être sorti de ce charmant "hôpital" où il y a d'ailleurs un major tout à fait bien.
J'espère que ta permission s'est bien passée mon cher Claude et je ne regrette qu'une chose c'est que nous n'ayons pas pu prendre notre permission ensemble.
J'ai la guigne. — Que veux-tu...
J'ai repris déjà un petit air de quartier Lundi matin. Et j'ai pu parfaitement constater que De Bullier s'était adjugé mon lit métallique. Je te prie de mettre les choses au point. —
Je serai probablement à Paris Dimanche. Y aura-t-il moyen que tu viennes me voir ? Nous pourrions passer une excellente demi-journée.
Envoie-moi un petit mot pour me dire comment s'est effectuée ton retour —
Au revoir mon vieux Claude.
À bientôt — Bien cordialement à toi
Patrik
J'ai été voir La ___, Soigne la bien
Patrick Le Blan à Claude, depuis La Herse.
Mon cher Claude,
Merci beaucoup de ton mot si gentil.
Tu peux t'imaginer la douleur que la mort de ce pauvre cher Philippe m'a faite.
Je ne veux pas croire que ce grand Philippe si gai, si heureux de vivre, qui nous aimait tant est disparu à jamais.
Vois-tu, mon cher petit Claude, il avait trop de qualités.
Il a fallu qu'il disparaisse à jamais.
Il y a des moments, mon pauvre Claude, où je perds courage.
Loin de mes parents qui vont avoir un chagrin si terrible.
À jamais fini ce bon Philippe, sa gaieté et toutes ses qualités.
Loin de Jérôme qui est si exposé.
Pauvre petit Philippe, il est mort en brave. Je me console un peu en pensant que lorsqu'on parlera de Philippe. Je pourrais être fier de Philippe. Je sais qu'il souffrait dans les tranchées mais je sais qu'il faisait volontiers le sacrifice de sa vie pour la patrie.
Puisse cela être une petite consolation pour Papa et Maman. J'ai été heureux d'apprendre que Jean Leblan avait pu prier sur sa tombe. Pauvre Philippe. Comme je voudrais pouvoir aller le voir et lui dire une dernière fois combien je l'aimais et combien je le pleure.
Au revoir, mon cher Claude. Je ne sens pas la force de continuer ma lettre. À lundi après midi. Je viendrai te chercher au quartier. J'ai écrit aux Barrois pour leur dire que je dînerai chez eux.
Fais tout ce que tu peux pour me faire inscrire aux mitrailleurs.
À bientôt.
Bien à toi.
Patrik
Hélène de Lavalette à Claude. Lettre datée du seul mois.
Mon cher Claude
Je vous écris en hâte au retour de Lyon. Je viens de faire une grave exécution, mais qui s'est déroulée à souhait. Prenez connaissance de la lettre ci-jointe et vous comprendrez. Je vous avais parlé des Ursulines de ___ (la maison mère de la pension où est Geneviève), j'ai de suite télégraphié pour assurer le 3e trimestre d'Annie. J'ai reçu la réponse favorable samedi à 4 heures, la Supérieure devait quitter Lyon ce matin. Nous vous embrassons tous bien affectueusement. Ne donnez pas trop d'importance à la chose, mais ___ même faites lui remarquer qu'il doit bien y avoir de sa faute
Tante Hélène
Patrick Le Blan à Claude, hospitalisé à Versailles.
Le Lundi Soir
Mon cher Claude,
J'ai appris avec peine ton accident, et j'espère de haut cœur que ce n'est pas grave. J'ai voulu te voir ce soir à l'hôpital. On m'a refusé. Je me suis demené, il n'y a pas eu moyen.
Je vais être bien seul sans toi mon cher Claude. Je me sens si seul ce soir et avec ça, malade de découragement et pas encore remis.
Au revoir mon vieux Claude. Je vais dîner chez les Barrois et m'occuperai de toi.
Bien à toi
Patrik
Patrick Le Blan à Claude.
Le jeudi soir
Mon cher Claude,
Merci de ton petit mot. Je suis bien heureux de savoir que tu n'as rien de fracturé. Et j'espère de haut cœur que tu seras vite rétabli.
Quant à moi, je pars en permission de 8 jours, accordée par le Capitaine qui a été épatant. Je lui ai parlé des mitrailleurs et de Cazeaux. Il m'a dit de faire ma demande quand je reviendrai et surtout m'a-t-il dit, faites-vous appuyer. C'est aussi ce que m'a dit le Lieutenant avec qui j'ai eu une conversation insignifiante.
Je t'écrirai mes faits et gestes, j'irai peut-être à Cazeaux.
Au revoir, mon vieux Claude, je pense bien à toi.
Bien à toi
Patrick
Je n'ai pas entendu parler de départ au front. Mais au bureau on m'a annoncé de nouveaux bouleversements quels seront ... (suite manquante)
Patrick Le Blan à Claude, depuis Saint-Ay.
Saint Ay. le vendredi
Mon cher Claude,
Je t'écris ce petit mot pour te dire que ma permission a été réduite de 8 jours à 5 jours par le Commandant afin que je rentre avec les permissionnaires de la classe 16.
Ma tante ayant demandé une messe pour Philippe le jeudi je vais demander une prolongation de 48 heures.
J'irai dans ce cas à Cazeaux du lundi au mercredi. André Duval s'occupant assez activement de moi, j'espère arriver à un résultat. Enfin !
Et toi, mon vieux Claude, comment vas-tu ? Guéris-toi le plus rapidement possible pour que nous puissions être ensemble pour le moment.
Hier j'ai parlé dans le bureau du capitaine avec son secrétaire qui m'a dit qu'on allait mettre tout le 32 dans le groupe à pied. Il m'a engagé à me débiner.
Je te répète que le capitaine a été charmant.
Je vais mieux, mon cher Claude, et regrette.
C'est aujourd'hui, mon cher Claude, que l'on doit annoncer à mes pauvres parents la mort de ce cher Philippe. Je pense bien à eux et j'attends avec angoisse de leurs nouvelles.
Bien à toi
Patrick
Max Descamps à Claude. Carte postale militaire, secteur postal 4.
Carte Postale Militaire
Descamps Max - 32e Dragons, 2e Escadron, 3° Peloton, Secteur postal 4
M. Claude Saint Léger - Cavalier au 32e Dragons - E. V. - 12e Escadron - Versailles
Mon cher Claude
Nous sommes enfin arrivés vraiment sur le front, depuis deux jours du petit village où nous sommes en réserve nous contemplons les bombardements variés des lignes ennemies qui sont situées sur un plateau juste en face de nous.
J'espère que dans quelques jours nous irons occuper les tranchées.
Et toi que deviens-tu ? Es-tu parti à Vincennes je l'espère pour toi car ce doit être intéressant.
Mes amitiés à Patrick et à tous les copains.
Max
Hélène de Lavalette à Claude, depuis Rosières, à Saint-Félicien en Ardèche.
Mon cher Claude,
Nous avons été fort peinés, en un sens, de votre accident car vous avez dû souffrir beaucoup de cette fracture douloureuse et très longue à soigner etant donné sa mauvaise position.
Je pense comme vous le dites à Philip, que vous en avez pour quelque temps. Car j'ai eu un accident dans une partie du pied : d'après la radiographie, écartement des os du métatarse et peut-être fracture de l'astragale. J'en ai eu pour des mois. Mais j'étais de quelques années moins jeune que vous.
Enfin, vous allez bien vous ennuyer ! Et je pense que vous aurez tout le loisir de préparer, si le cœur vous en dit ! ! des examens d'aspirant.
Je suis allée, cette semaine, conduire vos cousins en pension. Voilà Kiki en cage. Je vous assure que j'ai hâte de savoir l'impression de ce gros père !
Puis, j'ai emmené le jeune professeur, qui est très grand et a l'air fort, jeune et très gentil. Nos deux garçons en ont l'air très contents, ils travaillent avec beaucoup de plaisir et Philip s'est mis au latin ; comme Bernard n'est pas fort ils vont pouvoir le faire ensemble, de même que l'histoire, mais pas l'histoire parce que leurs livres ne sont pas les mêmes, l'ordre des histoires étudiées est interverti. Ils ont pris en Géog. l'Australie ensemble. Et ils luttent de zèle dans leurs dictées où ils me semblent se valoir dans une moyenne qui ne se révèle pas très brillante. Mais ils y mettent tant d'ardeur que, pour peu que cela continue, cela s'améliorera certainement.
Votre oncle pense arriver demain soir, et comme nous sommes toujours dans les mêmes difficultés d'auto, Pietia va le chercher avec la bébé Peugeot d'un autre de nos Docteurs mobilisé.
Donnez-nous de vos nouvelles, vous devez en avoir le temps, mon pauvre grand !
N'avez-vous pas trouvé l'Oncle Léon bien maigre ! Il paraît enchanté de son affectation.
Nous nous réunissons tous pour vous embrasser très affectueusement. J'ai été fort contente de vous revoir, vous savez, et vous avez été un charmant neveu de nous consacrer cette bonne permission. Excusez mon style, maintenant que vous savez que j'ai eu pas mal à faire ces jours-ci.
Affectueusement à vous.
Hélène
Patrick Le Blan à Claude.
Mon cher Claude
J'ai reçu ta lettre du 7 m'annonçant le mariage de Gaston. Triste coïncidence. Mais j'en suis bien heureux pour ce brave Gaston. Je ne suis guère avancé mon cher Claude, dans mes démarches et suis malheureusement très mal entouré pour cela. Jeudi je serai à Paris et j'irai probablement voir quelques bonnets. On me propose d'être auto mitrailleur, je t'en parlerai longuement, surtout si ce poste peut nous permettre d'aller dans l'aviation.
À jeudi mon vieux Claude ou vendredi.
Bien à toi. Patrick
Jean-Charles Fels à Claude, depuis le front.
Mon cher St Léger,
Quosque tandem 32e Dragons, abutere patientia nostra ? ? ?
J'ai des poux et suis le plus malheureux des hommes - Embusquez-vous ! Embusquez-vous !
Meilleur souvenir à Le Blan, de Bong etc.
Tout à toi
JC. Fels 32e Dragon, 3e Escadron 4e Peloton, Sect. 4 -
Embusquez-vous ! Embusquez-vous !
Volupté, volupté qui fut jadis maîtresse
- etc -
Max Descamps à Claude. Carte-lettre, correspondance militaire.
Carte-Lettre - Correspondance Militaire
Expéditeur : Descamps Max, 32e Dragon, 2e E, 3e P, secteur 4
Destinataire : M. Claude Saint Léger, cavalier au 32e Dragons, 12e Escadron, Versailles
Mon cher Claude
J'ai fait connaissance, là dernièrement, avec les tranchées. Après avoir parcouru des kilomètres de boyaux nous sommes arrivés en première ligne. Nous devions arranger le parapet. Pendant 1 heures nous avons travaillé entre la tranchée et les fils de fer. De temps en temps une fusée venait ___ notre présence. Il fallait alors s'aplatir sur le sol et faire le mort. Quelques balles sifflaient et l'obscurité revenue, on reprenait le travail. Je crois que c'était ___ que nous relevons les poilus qui sont en ce moment en première ligne. Ici c'est un secteur calme mais ___ assez intéressant. On tire beaucoup. Les boches envoient beaucoup de torpilles aériennes.
Est ce bien à Vincennes en ce moment. J'attends de tes nouvelles.
Amitiés. Max Descamps
Hélène de Lavalette à Claude, depuis Rosières.
Gardez, je vous prie toutes les lettres que je vous renvoie
Mon cher Claude,
J'ai tardé à vous répondre, assez tenue, vous le comprenez, par la visite de l'Oncle Joseph. Nous avons arpenté en tous sens la propriété, vu beaucoup de choses ensemble, et les six jours sont passés, bien vite. Votre oncle est reparti ce matin ; nous avons vu Louis et Geneviève en passant, où je suis allée avec lui jusqu'à Villefranche où se trouve Louis ; puis je suis rentrée tout à l'heure. L'oncle doit être à Épernay maintenant, et à son cantonnement ce soir. Je ne sais pas s'il n'est pas au repos à Rilly la Montagne ayant comme secteurs Sillery, les Marquises, la ferme d'Alger, la Pompelle etc. Il va fort bien, mais se prépare le moral à un troisième hiver de tranchées. Il a l'impression, gardez-ceci pour vous, que nous sommes bien peu actifs en face de l'activité continuelle et intense déployée par les boches. Il voudrait au moins un peu plus de harcelage et moins de tranquillité dans nos tranchées. L'état d'esprit de ses hommes est excellent et figurez-vous qu'ayant à installer des fils de fer électrisants, en avant de la 1ère ligne, il a demandé des volontaires, qui se sont offerts avec la spontanéité de l'enthousiasme de la jeunesse ! Mais quand cela finira-t-il ?
Je suis très contente des nouvelles que vous me donnez de votre pied. Dites-moi où il en est ? marchez-vous ? n'y a-t-il plus d'enflure ? C'est une bonne affaire qu'une radiographie ne vous ait rien détecté de trop démoli.
Louis s'habitue, mais il manque un peu de célérité, de sorte qu'il est souvent en retard, mais il s'estime apte à suivre la classe Institution de Mongré, Villefranche s/Saône (Rhône).
Philip travaille avec beaucoup de goût, il a débuté en latin ; il me semble qu'il arrivera vite à s'en tirer.
M. l'instituteur insiste beaucoup sur le français. Philip travaille facilement, apprend ses leçons sans difficulté. Il va bien et il est très gentil. C'est une bonne chance pour Bernard d'avoir ce camarade.
Avez-vous revu l'oncle Léon ?
Adieu, mon grand Claude, nous nous réunissons tous pour vous embrasser très affectueusement. Donnez-nous de vos nouvelles.
Hélène de Lavalette
À sa tante. Au dépôt du 32e dragons, à Versailles.
Ma chère Tante,
On a légèrement retardé notre départ, si bien que je me trouve encore au dépôt ; il se peut même que j'y reste encore une huitaine de jours, aussi Philippe, dont je n'ai pas vu l'écriture depuis mon départ de Rozières, peut essayer de m'écrire un mot.
Il m'arrive à l'instant une lettre de vous, m'annonçant la visite de l'oncle Joseph et son départ de Rozières.
Je suis tout à fait de son avis, comme je vous l'ai déjà dit, pour un troisième hiver de tranchées, cependant autour de moi, tout le monde se berce de l'illusion que la guerre se terminera en automne, après une offensive foudroyante. Je crois que tous ces gens n'osent pas regarder la situation en face.
Je suis persuadé que, pour ma part, si je reste dans la cavalerie, je ferai actuellement, pour m'offrir environ un an de tranchées de faveur (cavalerie).
Mon pied encore un peu enflé, s'améliore tous les jours et je ne boite presque plus.
Je suis enchanté que tout se passe bien avec Philippe.
Pour que vous soyez avertie d'une façon sûre de mon départ, je vous enverrai une carte de la première gare où nous passerons.
Le voyage va manquer quelque peu de charmes ; nous voyageons : 30 hommes et 60 chevaux, wagons à bestiaux ; si nous ne restons que 3 ou 4 jours en route nous nous jugerons très satisfaits.
Je suivrai là-bas un cours de mitrailleurs, et j'espère faire après des choses plus intéressantes ; probablement mitrailleur en avion ; Pat et moi nous partons ensemble, et nous pouvons avoir du piston dans cette voie.
Les nouvelles de Lille sont assez tristes, car le ravitaillement y est très difficile : rarement de la viande etc.
Je n'ai pas revu mon oncle Léon, qui m'a paru aussi très maigre.
Vous ai-je dit que nos tranchées sont entre Roye et Lassigny ; mais nous partons d'abord pour Gournay en Bray (Normandie) c'est là que le 25e régiment laisse ses chevaux, pendant les périodes de tranchées d'ailleurs assez peu fréquentes.
Je suis enchanté que Kiki soit satisfait.
Je vous embrasse de tout cœur ainsi que Bernard, Philippe et tous là-bas.
Votre neveu
Claude
Simonne Barrois à Claude, depuis Versailles.
Merci de ta lettre mon vieux Claude, qui m'a fait bien plaisir.
Alfred est heureusement sain et sauf.
Luco aussi. Leur régiment s'est couvert de gloire. Luco est proposé pour être sous lieutenant ! Inutile de te dire qu'ils ne savent pas comment ils en sont revenus. Je les ai vus ils sont à Crépy en Valois.
Je t'envoie aujourd'hui et les jours suivants les conserves que tu me demandes
Bons baisers en hâte
Simonne
Hélène de Lavalette à Claude, à la veille de son départ pour le front.
Mon cher Claude,
Votre lettre m'a fait plaisir. Je regrettais de vous voir parti sans vous avoir vu de nouveau. Je pense que ce départ un peu précipité étant donné l'accident que vous avez eu, est dicté par votre désir de ne pas quitter votre ami Le Blan. Sans quoi, je vous dirais que cela n'est pas très raisonnable. Enfin, je pense que vous avez encore quelques jours devant vous avant d'arriver à vos tranchées, ce qui donnera à votre pied le temps de se remettre complètement. Il paraît qu'il est fort intéressant de tâcher de ne pas être isolé. Autant pour P. Le Blan que pour vous, il vaut mieux que vous vous suiviez. Mais, mes amis, pensez un peu à vos parents ; en faisant votre devoir, et tâchez de ne pas trop leur démolir leurs fils.
Oui, donnez-nous de vos nouvelles au passage dans les gares, écrivez-nous
L'on vous enverra du chocolat.
Nous avons un temps d'été, chaud, très beau. Philip mord bien au latin, il va très bien, c'est un aimable camarade. Tous nous nous réunissons pour vous embrasser très affectueusement
Tante Hélène
À sa tante. En gare d’Achères, dans le train qui monte au front.
Ma chère tante,
Je vous ai écrit à 9 h. en gare d'Achères ; nous y sommes toujours.
Actuellement nous sommes couchés dans un wagon à bestiaux, sur des paquetages, des sabres, du pain, tout cela mélangé.
De plus il fait une chaleur bête, nous sommes littéralement en ébullition, et de plus en plus sales.
Pas de papier à lettre évidemment, aussi j'ai déchiré quelques feuilles d'un carnet pour vous écrire.
Quand se terminera ce voyage, nous n'en savons rien ; depuis 5 h du matin nous avons fait environ 20 km. Si cela continue comme cela, ça va bien !!!
Nous voyageons avec 40 chevaux, qui passent leur temps à se flanquer des coups de pied, à s'étrangler, etc.
Si cela continue ainsi, il n'y en aura plus un seul de disponible en arrivant.
Pour compléter les charmes de cette gare, toutes les 20 minutes on fait avancer ou reculer le train de 300 mètres.
Le brusque choc du départ réveille ceux qui ont essayé de s'endormir, et en même temps, les pains, les sacs d'avoine et les paquetages et les sabres s'écroulent par terre.
Au premier arrêt on les rétablit pour recommencer 20 minutes après.
De guerre las, nous les avons laissé par terre.
Cependant nous sommes tous enchantés d'avoir quitté le dépôt pour le front.
Nous savons que nous partons d'abord pour Gournay en Bray ; mais notre but le plus proche, à quelques km d'ici, et où nous allons changer de train, c'est Creil.
Il est inutile de vous décrire les changements de train, où nous avons à transporter toutes nos affaires.
De plus, ma gourde fuit d'en haut, aussi je suis tour à tour douché de jus ou de pinard, dont nous ne nous laissons pas manquer.
Nous sommes évidemment en bleu horizon. Et avec mes lunettes, je suis sous le casque de tranchées, d'un grotesque achevé.
Je vous embrasse ma chère tante bien tendrement et je vous tiendrai au courant de ce "petit voyage".
Bons baisers à tous.
Claude
P.S. Tournier, merci de me garder les lettres qui me rappelleront tant de souvenirs.
À sa tante. Au cantonnement, à une dizaine de kilomètres de Gournay-en-Bray.
2e Peloton, 4er Escadron<, 32e Dragons, P.T. 4
Ma chère tante
Nous sommes enfin arrivés au régiment où je suis installé depuis bientôt 24 h.
Notre voyage s'est passé beaucoup plus rapidement que nous ne le pensions ; Nous avons quitté Achères à 3 h. ; nous étions à Creil à 6 h. 1/2.
Là nous avons mangé dans notre wagon à bestiaux qu'il nous était défendu de quitter
A 10 h. je me suis lavé debout sur un wagon de matériel, avec un de mes camarades, pdt. que le train faisait des aller et venue ; nous étions tous 2 nus jusqu'à la ceinture, et cela faisait vraiment un drôle d'effet dans cette gare où je passe si souvent en temps de paix. Il est vrai qu'étant dans la Zone des Armées il n'y avait que des militaires dans la gare.
Nous avons quitté Creil à 11 h. du soir, et nous avons voyagé jusqu'à 5 h du matin, endormi sur des sacs dans le wagon à bestiaux, c'était plutôt dur.
Enfin à 5 h. nous étions en gare de G… de là nous sommes partis à cheval jusqu'au cantonnement qui se trouve à 10 km de la gare. Nous sommes arrivés ici à 11 h.
Malheureusement on ne nous a pas versé aux Mitrailleurs, mais nous sommes répartis dans tous les Escadrons ; je suis séparé de Pat, ce qui me fait beaucoup de peine.
À part cela, je suis aussi bien qu'il est possible. Le hasard a voulu que j'aie le cheval qui est tombé avec moi il y a trois semaines ; mon pied n'est d'ailleurs pas encore remis ; je marche avec difficulté et je boite pas mal ; il est encore assez enflé.
Voici à peu près notre emploi du temps d'aujourd'hui :
Levé à 6 h.
À cheval 7 à 9
Ensuite pansage et corvée : 9–11
Repos 11 à 14
Corvée et pansage 14 à 17 h
En général on est plutôt plus occupé ; ainsi demain nous montons deux fois à cheval ; Nous couchons dans une grange où on a installé au rez de chaussée nos chevaux ; évidemment c'est une écurie improvisée et qui n'a rien de commun avec les autres ; Nous couchons sous le toit au premier étage, dans de la paille (peu de paille malheureusement) ; j'ai pour camarade de lit un coiffeur de village (le mot "camarade de lit" est plutôt ironique).
Nous mangeons d'une façon à peu près acceptable : ce matin du singe, ce soir du hareng. Il paraît que ce n'est pas varié. Le bruit court que nous quitterons ce cantonnement d'ici 15 jours.
Tous les 15 jours, il y a un départ pour les tranchées ; On désigne alors des hommes de tous les pelotons qui vont en remplacer d'autres ; c'est un roulement de 15 en 15 jours et nous prenons les tranchées où nous le pouvons c.à.d. aussi près qu'il est possible de chez bonne-maman.
Les 15 j. sont assez calmes, quoique ce secteur n'ait plus le calme qu'il avait auparavant, aussi, dit-on, que nous allons être remplacés par de l'Infanterie.
C'est en somme à part ces quelques jours de tranchées (très calmes d'ailleurs) une vie qui pour la guerre est bien calme ; je compte essayer de changer d'ici quelques temps.
Ici tout le monde se figure que nous allons donner bientôt ; je ne le pense pas.
Enfin, je compte vous tenir très au courant de mes faits et gestes ;
Je vous embrasse bien fort ainsi que tous et Lélé, et j'espère que tous se portent bien.
Je vous prierai de garder toutes les lettres que je vous enverrai ; car je compte garder beaucoup de lettres de la guerre.
J'ai déjà toutes celles reçues jusqu'ici ; Mettez les de côté ; je les trierai plus tard.
Bons baisers encore
Claude
C. Monod à Claude, depuis le front.
Mon cher ami
Je suis ennuyé de ne rien savoir de vous, depuis si longtemps ! presque deux mois ! Êtes-vous malade, ou si absorbé, ou si lassé de notre ___ que vous ne puissiez écrire ? — Ceci n'est certes pas un reproche : je sais trop la peine que l'on a en ce moment à se décider.
Je voudrais avoir aussi l'adresse de Fels. Je ne me rappelle plus à quel escadron il appartenait étant à Versailles. Il ne m'a pas écrit du front —
- J'ai d'ailleurs moi aussi délaissé presque complètement ma correspondance pendant Mars & Avril : travail intense et abrutissant.
Depuis le 20 Avril, nous voyageons par routes, chemins de fer etc. Lundi dernier j'ai pu voir ma mère car nous ne sommes pas éloignés de Paris — Nous avons visité ensemble une de nos grandes cathédrales, le plus merveilleux effort et le plus lamentable échec de l'art gothique — vous voyez ce que je veux dire — de l'École, j'ai très peu de nouvelles, — pas par ma faute car j'écris fort peu, fatigué de voir que les lettres les plus insignifiantes ont une destinée tout en fait disproportionnée, sous prétexte qu'elles viennent du front. Quand tout le monde rentrera on verra que seuls les combattants des tranchées sont "au front" et que toutes les formations qui n'approchent pas les lignes où l'on se bat et se tue sont "de l'arrière" —
— Je pense vous envoyer bientôt une nouvelle adresse. Car je suis en instance de permutation avec un infirmier du bataillon des 4es Zouaves — Je ne sais ce qui adviendra de ma demande partie hier matin.
Et vous ? Avez-vous trouvé quelques camarades avec qui échanger des impressions ? Avez-vous des nouvelles des vôtres ? etc.
Écrivez-moi vite, dès réception de ceci, et n'importe quoi, comme je vous écris aujourd'hui — N'est-ce pas que cette défense de Verdun est splendide ? Les criailleries des roquets de la presse et de la politique nous empêchent parfois de sentir tout l'héroïque de notre époque — Il faut vivre surtout dans la constante pensée des souffrances de l'infanterie.
Au revoir. Je vous envoie ma bien fidèle et chaude affection.
C. Monod
À sa tante. Au cantonnement.
Ma chère Tante
Tout continue à se passer très normalement ici ; je fais connaissance avec une existence toute neuve où on est obligé de faire tout soi-même ; hier j'ai recousu mes boutons de culotte, et je suis vraiment très maladroit ; ce matin j'ai dépouillé un lapin avec un autre type et je viens de me raser avec un rasoir non mécanique pour la première fois, ce qui me vaut quelques balafres dans toute la figure.
Je vais aider à cuire cet après-après-midi le lapin en question qui doit faire les délices de notre soirée.
On arrive, en somme à se tenir à peu près propre ; je me lave à grande eau tous les matins avec une brosse et du savon. J'ai en plus des autres une brosse à dent, luxe inconnu ici, que je porte toujours dans ma poche.
Les mains sont évidemment presque toujours sales, cependant, en se coupant les ongles très courts et en se les lavant souvent, on arrive à un certain résultat.
Je vais vous envoyer probablement un tricot, qui semble ne devoir servir à rien actuellement et qui me sera au contraire très utile en hiver.
Il faut que j'ai vraiment bien peu de choses intéressantes à vous dire pour vous entretenir de tous ces petits détails de toilette.
Mais la vie est ici d'une monotonie vraiment triste.
On est tellement occupé que on n'a pas le temps d'y penser.
Mon pied est toujours dans le même état, et je crains qu'en continuant à ne pas m'en occuper je boite pendant longtemps.
D'un autre côté, si je me fais porter malade on m'évacuera dans une ambulance ce que je veux absolument éviter étant seulement depuis 3 jours ici.
Je vous embrasse ma chère tante ainsi que Lélé Bernard, bébé et Line
Votre neveu
Claude
Simonne Barrois à Claude, qui vient d’arriver au front.
Mon vieux Claude
Nous avons reçu ta carte hier soir : et maintenant que j'ai ton adresse je te fais suivre ton courrier.
Oui voici les nouvelles depuis ton départ :
I° Geno doit rentrer aujourd'hui à Epernay.
II° Josué passe dans un groupe léger. Son régiment étant dissout. Ceci n'a encore rien d'officiel aussi garde le pour toi (ne l'écris pas à Lille surtout).
III° Roger Masse a fait une chute de cheval je ne sais pas si tu l'as su : il est resté 12 heures sans connaissance mais il va bien maintenant il souffre néanmoins beaucoup ayant la figure scalpée depuis le front jusqu'au nez.
IV° Je compte partir dans une dizaine de jours pour Dinard, où je passerai deux mois environ. Surtout pendant mon départ promets moi d'écrire à M. Cornaille pour lui demander de t'envoyer tout ce dont tu as besoin.
V° J'ai reçu tes pistons. M. Cornaille les a.
VI° Il y a une dame qui est arrivée de Lille tout dernièrement et les nouvelles de là bas, au point de vue ravitaillement, ne sont pas fameuses. Guérin va revenir bientôt paraît il pour s'occuper de cela.
Ce matin nous avons entendu le canon du front d'une façon fantastique. Hier il y avait grande effervescence dans l'aviation. Je ne serais pas étonnée qu'il y ait du grabuge du côté de Compiègne.
Affectueusement à toi
Simonne
À sa tante. Commencée le dimanche, terminée le lundi 29 mai.
Ma chère Tante
Je viens de recevoir une lettre de vous qui était passée par le dépôt, à part cela, encore rien ; d'ailleurs ceci ne m'étonne pas, car mon adresse a dû vous arriver tout récemment.
J'ai reçu un mot de Lucien Delesalle, par le dépôt aussi, il dit qu'il a des nouvelles de mère du 5 Mai.
D'ailleurs je vous joins sa lettre que vous aurez la bonté de rajouter au petit dossier que vous faites de toutes les lettres que je vous envoie.
Il y a aujourd'hui une semaine (7 nuits) que je ne me suis pas déshabillé pour dormir ; j'avoue que c'est bien désagréable, sur tout que je ne suis pas encore du nombre de ceux qui dorment dans la paille, comme dans leur lit ; j'ai toujours beaucoup de mal à m'endormir, et je m'éveille toujours plusieurs fois, à cause du froid, car nous n'avons qu'une mince couche de paille sur le plancher, pas assez pour se couvrir avec elle. Enfin j'espère que cela viendra comme le reste.
Les 2 journées avant elle ont d'ailleurs été vraiment lamentables, il m'est en effet arrivé un accident qui aurait pu être grave ;
Jeudi à 1 h. j'attachais mes 2 chevaux à une grande porte roulante qui ferme notre hangar.
Mes chevaux se mettent à tirer au renard ; je me précipite pour les arrêter, c'est en vain, ils entraînent la porte qui sort de ses gonds me tombe sur la tête ; et la porte, que les chevaux tirent encore, me passe au dessus de tout le corps me rabotant la tête et le dos, enfin les rênes de mes chevaux se cassent et les chevaux partent en piste.
On me relève, plutôt meurtri, on rattrape les chevaux, on remet la porte, on fait réparer les rênes ; enfin c'était un succès.
J'avais la tête un peu écorchée et surtout des bosses et des bleus de tous les côtés. Pendant deux jours, j'ai vraiment été complètement abruti, avec un grand mal de tête ; et cela m'a donné un peu le cafard.
Aujourd'hui c'est heureusement complètement terminé et je me sens dans un état absolument normal.
Mon pied va tous les jours un peu mieux.
Lundi
Je n'ai pu vous envoyer ma lettre hier aussi j'espère qu'elle partira demain à 8 h. ; nous n'avons en effet par jour qu'une levée à 8 h.
Toujours rien de neuf.
J'irai probablement aux tranchées d'ici 15 jours pendant 15 jours ; jusque là je ne manque absolument de rien ; ne vous donnez pas la peine de m'envoyer quelque chose.
Je suis enchanté que le Latin de Philippe marche bien ; j'espère qu'il continuera à s'y appliquer, et qu'il ne retardera pas Bernard.
Je vous embrasse de tout mon cœur ma chère Tante ainsi que Tous
Votre neveu qui t'aime
Claude
P.S. Pour vous prouver que mon pied va beaucoup mieux : J'ai fait du trot anglais pour la première fois depuis mon accident (4 semaines) et je n'ai ce soir qu'une légère courbature.
À Simonne, Simone Barrois, à Versailles. Première lettre depuis son arrivée au régiment.
Ma chère Simonne
Je viens de recevoir ta lettre qui m'a fait un très vif plaisir; c'est la première que je reçois depuis mon arrivée ici.
Je profite de cette première lettre que je t'écris pour te dire, combien je te suis reconnaissant de tout ce que tu as fait pour moi : cette chambre qui pendant 6 mois t'a continuellement dérangée,
ces repas tous les soirs pour Tot comme pour moi, toutes ces petites commissions vraiment rasantes que je te demandais tantôt à l'un tantôt à l'autre, je t'avoue que la chose qui m'a encore certainement le plus touché, c'est le soin qui était pris de mon linge et de mes affaires, toujours lavés, par exemple mes cravates tous les jours repassées, etc. ; ce sont de bien petits détails et cependant en revenant du quartier et en trouvant en bel ordre tout
ce que j'avais laissé n'importe comment, j'avais vraiment la sensation d'être à la maison, et comme si mère et tine étaient venues mettre le "terrible" ordre dans mes affaires.
Je passe toutes les affections que vous m'avez tous témoignées pendant ces 7 mois loin de père et mère et où j'avais quelquefois au quartier la sensation d'être bien seul et bien éloigné de tout conseil, d'autant plus que je n'aime pas demander un conseil;
j'aime qu'on me le donne en causant, je suis si personnel; il faut en quelque sorte qu'on m'incorpore un conseil;
et quand je revenais du quartier, que j'entrais dans ta maison de la rue Mansard, le spleen disparaissait complètement et je me croyais véritablement dans le sein d'une nouvelle famille, surtout avec tes 2 gentilles Fanny et Jacqueline;
Je t'assure que le
Simonne Barrois, née Masse, épouse de Jacques Barrois, à Claude. Papier à en-tête du Conseil général du Nord. (NDLR : la lettre parle de Simonne à la troisième personne alors qu’elle en porte la signature)
CONSEIL GÉNÉRAL DU NORD
Mon cher Claude,
Ta carte nous a fait grand plaisir, et je me hâte d'y répondre pour te dire combien nous avons tous été désolés de vous voir partir, Gabriel et toi, et combien tous nous formons des vœux sincères pour que vous reveniez en bonne santé auprès de nous et auprès de vos familles.
Vous étiez en effet un rayon de soleil dans notre pauvre milieu si assombri, et si nous n'avons pas pu vous donner de gaieté et de plaisir, soyez certain que vous avez acquis notre affection et notre dévouement.
Mais allez-vous fort bien en ce moment ? Marc qui nous avait donné des inquiétudes, sort tous les jours et il est hors d'affaire. Il lui faut reprendre des forces que l'épuisement de la maladie lui ont enlevées.
Simonne et ses filles partent pour Dinard dans une huitaine de jours, j'espère que cela fera bien aux enfants, et que ce petit séjour auprès de ses cousines distraira un peu Simonne.
Ici rien de nouveau à t'annoncer, si ce n'est que Mme Solant est rentrée de Douai après avoir passé quelques jours à Lille. Elle ne me rapporte rien de nouveau si ce n'est que la situation n'a pas changé à Lille. Elle insiste cependant sur le ravitaillement toujours très difficile, surtout pendant 15 jours ou trois semaines.
Alfred écrit à Simonne qu'il va quitter son cheval, et il en est désolé. Il entre, dit-il, dans la légère, je ne comprends pas. Je crains qu'il ne soit versé dans l'infanterie.
Tu dis que tu es séparé de Gabriel ; vous êtes ensemble mais pas dans le même peloton ou plutôt le même escadron. Quelle est son adresse, dis-lui de nous donner de temps en temps de ses nouvelles.
Je ne puis que te répéter ce que je te disais à ton départ ; fais bien ton devoir (cela je n'en doute pas) mais surtout ne fais pas de folies, ni de choses inutiles. Du courage, mais pas de témérité exagérée.
Je t'embrasse bien tendrement
Simonne Barrois-Masse
Hélène de Lavalette à Claude, depuis Rosières.
Mon cher Claude,
Je reçois vos lettres qui me font très grand plaisir et nous intéressent tous. Que n'appuyez-vous vos impressions de q.q. photos ? L'autre soir dans la gare de Creil un votre « wagon toilette » ne devait pas manquer de charme. Avez-vous un Pochon ? Avez-vous retrouvé q.q. camarade pouvant, non remplacer, mais au moins remplir un peu le vide laissé par le départ de Patrick ? Est-il près de vous ? pouvez-vous vous retrouver ? Votre camarade de lit, sur un lit de paille si mince, doit moins vous gêner ? Enfin je suis contente de savoir ce pied en si bonne voie de guérison, que le trot anglais va ultérieurement achever, formant une réelle application mécanothérapique. Tine vient de recevoir des nouvelles de mère, mais, par la poste, elles sont donc insignifiantes mais bonnes.
Philip a un petit accroc du côté, toujours des intestins, mais pas de température et bonne mine, q. q. jours de régime rétabliront n'y paraîtra plus.
Tante Madeleine me dit que l'oncle Léon est très content, voici son adresse : écrivez-lui, il sera fort content d'avoir de vos nouvelles :
Commandant Delemer 29 rue du Rivage Hazebrouck
Je suis allée à Lyon Dimanche et rentrée Mardi soir. J'ai vu Louis et Guige, qui vont bien, mais l'acclimatation de Louis est un peu dure.
Bonnes nouvelles de l'oncle Joseph, de plus en plus enthousiasmé que 1916 ne verra pas la fin de la guerre.
Quand vous serez aux tranchées alors, nous vous enverrons q. q. provisions. Vous demanderez ce qui vous fera plaisir !
Ici, nous avons presque froid ce soir.
Le Tri. de Ph. et de Bernard est repris dans les ajournés de la classe 17. J'espère, pour nos garçons, qu'il restera au moins jusqu'à la mi-Juillet !
Adieu, mon cher Claude, tous, nous vous embrassons bien affectueusement. Sachez de ne plus vous faire démolir par vos chevaux ! En dehors du coup reçu, avez-vous dû recevoir q. q. compliments...
Affectueusement à vous
Tante Hélène
Patrick Le Blan à Claude, depuis le front.
Mon vieux Claude,
J'ai reçu ton petit mot et je suis heureux de te savoir bien au 4 BRE.
Ici tout va très bien.
Malheureusement comme toi je trouve la vie un peu monotone et surtout très inactive.
De Barry (qui a des histoires d'argent et est déjà mal vu de haut) et Ducrouchoux sommes dans le même peloton.
Ils sont d'ailleurs partis aux tranchées. J'y serai dans 15 jours.
Donne moi de tes nouvelles de temps à autre mon vieux Claude.
Je te tiendrai au courant de ce que je fais.
Bien cordialement à toi.
Patrick
Simonne Barrois à Claude. Papier à en-tête, 28 rue du Rempart à Versailles.
Mme JACQUES BARROIS
28 RUE DU REMPART - VERSAILLES
Mon vieux Claude
Mon oncle Alfred Masse est au 10 bis de la rue Anatole de la Forge.
Je t'admire mon cher Claude de trouver que ton métier de cavalier ne te suffit pas, mais réfléchis bien avant de changer : fais ton devoir mais ne sois pas téméraire, pense à ta famille
Je serais bien étonné que tu reviennes ds le camp retranché de S. Ces parents désiraient pour toi l'artillerie ou la cavalerie, on t'oublie pas : Si on vous fait bouger ce serait, je crois, pour vous envoyer plus au nord, on en parle beaucoup.
Penses-tu qu'Annie pourra venir passer quelques jours chez moi cet été.
Allons mon vieux réfléchis bien : pas de bêtises ni de coup de tête : ne t'es tu pas chambardé avec quelqu'un. Ta lettre m'en a tout l'air. Ne te fâche pas si je te sermonne, c'est parce que je t'aime bien.
Je t'embrasse bien affect. Simonne.
Hélène de Lavalette à Claude, depuis Rosières.
Mon cher Claude,
Vous voir sur le point de partir pour les tranchées, je pense très vivement à vous et je vous recommande une fois de plus de vous bien posséder et de ne pas faire d'inutiles imprudences. Les vies humaines sont précieuses, il faut les ménager, et vos parents font déjà un large sacrifice d'Auteur ; ne vous exposez pas inutilement. Il faut envisager le devoir partout et le comprendre raisonnablement. Donc, pensez à vos parents et ne devancez pas l'heure de vous donner tout entier, si elle vous est imposée.
Je regrette toujours que vous n'ayez plus Pat Le Blan avec vous et j'espère que une de vos prochaines lettres me dira que vous avez de bons camarades autour de vous.
Cette situation est de plus en plus dure ; effroyable autour de Verdun ! Elle nous annonce bien ces victoires Russes et ce succès, ou demi-succès, de la flotte Britannique ; mais où cela nous mène-t-il ? Avançons-nous vraiment ?
Philip va bien, il a eu une petite fatigue d'intestins, semble, à peu près maintenant, cela a suspendu ses études quelques jours. C'est dommage, j'ai en ce moment, une petite amie 14 ans, qui fait du latin avec Bernard et trouve que le jeune précepteur que j'ai explique très bien, et Bernard travaille réellement bien, avec lui ; repris à la révision de la classe 17, il partira sans doute du 10 au 15 Juillet. Enfin !
Demain, j'aurai Louis et Geneviève pour 48 heures ; Louis s'habitue, mais il est dans une boîte sévère et inflexible.
Il ne s'est pas mis assez rapidement au courant de sa classe, habitué au travail un peu amateur de la maison, on l'a de suite rétrogradé. Il était désolé ; mais je crois qu'il prendra bientôt la tête de sa classe et marchera bien. On s'intéresse à lui et on a confiance en lui ! Espérons que cela marchera. Je regrette cette année perdue, les temps sont durs ! mieux valait être plus près d'un but ! d'un été acquis pour la lutte ! Car je suis comme vous ; on sent la lutte très près ; ____ ouverte a tous ces jeunes, et qui sait ce qui est déjà réservé à beaucoup de nos meilleurs ! Dieu et l'avenir ! que le présent d'abord s'éclaircisse un peu.
Avez vous reçu notre colis et denrées.
Affectueusement à vous
Tante Hélène
À sa tante.
Ma chère Tante
Je m'explique enfin ce qui s'est passé dans notre courrier ; Je vs avez écrit quelques lettres au début, en donnant pas mal de détails.
Or n'ayant pas reçu de réponses de vous, je croyais que ces lettres ne vous étaient pas parvenues, je n'avais donc pas insisté et me comptais vous écrire que de petites cartes. Aujourd'hui, je reçois une lettre de vous datée du 3 Juin, elle s'est promenée partout car l'adresse était inexacte : vous aviez mis 3ème Escadron au lieu de 4ème Escadron. Peut être m'étais je trompé dans l'adresse que je vous ai donnée ?
En tout cas nous partons aux tranchées cette semaine ; le bruit court que ce sera demain. Je pense plutôt que c'est pour la fin de la semaine. Je vous écrirai aussitôt. Vous me feriez plaisir en m'envoyant alors souvent des paquets.
Je vous remercie beaucoup de celui que je viens de recevoir, il est très bien compris, et m'a fait grand plaisir. Mais dans les tranchées où le ravitaillement est un peu difficile, j'en recevrai très volontiers ; d'ailleurs, tous mes amis en reçoivent là-bas.
Mon adresse est toujours la même ; le vaguemestre a mon nom et se charge de faire parvenir tout aux tranchées comme aux cantonnements.
J'ai vu débarquer il y a huit jours une arrivée des tranchées. Ils étaient très sales et fatigués. J'en ai causé avec plusieurs de mes camarades qui revenaient et c'est en somme très faisable.
Le plus fatiguant sont la route d'aller et de retour. Le train nous dépose et nous reprend à M… et de là il y a une étape d'une vingtaine de km à pied qui pour des cavaliers peu entraînés surtout au sac est assez pénible. Les corvées sont aussi fatiguantes. Mais où on est le mieux et le plus tranquille c'est en 1ère ligne où il n'y a pour ainsi dire pas de corvées.
Je regrette de n'avoir pas d'appareil de photos. Mais si cela me manque trop, je m'en procurerai. Des camarades prennent d'ailleurs des photos et ils m'en passeront.
J'ai pu voir Pat dimanche dernier, il est dans mes conditions et se trouve pas mal.
Cependant nous comptons essayer de changer tous les 2 après avoir goûté quelque peu des tranchées, car on mène ici une existence vraiment peu active et peu intéressante.
Nous pouvons arriver grâce au piston qu'a Pat, à passer dans les avions mitrailles, comme mitrailleur. Ce serait très intéressant : D'abord un stage de 4 mois à Cazaux (près d'Arcachon), là nous habiterions une villa où est installé le cousin de Pat qui est sous-lieutenant instructeur mitrailleur. Nous ferions d'abord nos études de mitrailleur à bord de canots automobile sur le lac de Cazaux ; puis au bout de 2 mois nous ferions cela en aéroplanes ; au bout de 4 mois au front comme mitrailleur en avion ; c'est trop beau. Cependant c'est plus qu'un projet, car nous n'avons qu'à écrire pour qu'on nous demande officiellement.
Mais nous voulons tous les 2 avoir vu avant les tranchées.
Mon pied reste enflé mais je ne le sens presque plus.
Philippe ne m'a pas parlé des nouvelles de mère reçues par la Suisse. De quand datent elles ?
Ci-joint une lettre de Germaine que vous aurez la bonté de ranger dans le dossier que vous avez fait de mes lettres.
Lisez la, elle vous donnera des nouvelles, un peu de tout le monde.
J'ai retrouvé ici Bob Leroy.
J'espère que le petit accident de Philippe ne sera rien.
Je vous embrasse tendrement ainsi que tous là-bas.
Votre neveu
Claude
Ayez la bonté de garder bien soigneusement toutes ces lettres que je vous envoie. J'y tiens et pour mère que cela intéressera et pour moi, car cela me rappellera beaucoup d'amis que je ne retrouverai peut-être plus, ainsi que des gens qui se sont intéressés à moi aux moments difficiles, c'est un souvenir bien vivant.
À son oncle. Billet écrit au cantonnement, sur papier libre.
Lundi 12 ___ 1916 (NDLR : le mois est illisible. Le 12 juin est le seul lundi 12 de l’année 1916, et le contre-ordre annoncé ici s’accorde avec les lettres des 11 et 13 juin.)
Mon cher uncle
Un contre-ordre vient d'arriver et nous ne partons pas avant quelques jours. Monsieur Corneille peut-il ne pas m'envoyer encore de paquets de nourriture ? Je vous embrasse tendrement ainsi que tous là-bas. Claude
4e Escadron 32e Dragons
À sa tante.
Ma chère Tante
Je vous remercie de votre lettre du 9 que je viens de recevoir.
Figurez qu'un hasard bien heureux retarde tout à coup mon départ pour les tranchées d'au moins 15 jours, il est vrai, que j'irai probablement plus souvent que les autres après.
Hier, il y a eu un concours de tir, les meilleurs tireurs devaient suivre un cours de fusil-mitrailleur. Par un hasard j'ai fait un bon tir, moi, qui en général suis dans la moyenne, si bien que me voilà devenu : fusilier-mitrailleur.
Ce matin, nous avons commencé le cours, on nous a vaguement expliqué l'arme ; puis on a tiré un peu. C'est une arme véritablement admirable. Elle a presque la légèreté du fusil et en plus, presque toutes les propriétés de la mitrailleuse. 2 hommes suffisent pour s'en servir, tandis qu'il faut 10 hommes pour une mitrailleuse.
C'est tout à fait nouveau et je suis certain que cela va faire merveille, on va en donner, paraît-il, beaucoup à l'Infanterie.
Je vous assure que cette arme épatante m'a remonté le moral.
Si les Allemands ne nous en sortent pas une semblable cela peut avoir des résultats épatants.
Nous sommes tous ici, enchantés par les succès russes et surtout par Verdun.
Je commence à espérer que la fin de l'hiver prochain verra la fin de la guerre.
En attendant, on nous fait travailler ferme notre nouvel outil ; demain nous nous levons à 4 h. et cela me paraît tôt. Enfin, je me porte admirablement.
Voici encore quelques lettres à garder : principalement des vôtres.
Je vous embrasse ma chère tante ainsi que Tous là-bas.
Claude
À Simonne, à Versailles.
Ma chère Simonne
Je viens de recevoir ta boîte de chocolat, elle m'a fait grand plaisir.
Mais vraiment ces chocolats avaient un défaut; ils étaient trop bon. Et puis tu sais, des chocolats variés rangés en ligne dans une jolie petite boîte rose, entourée, elle-même de faveur rose, ce n'est pas de saison; cela me donne le spleen;
en les mangeant, et en les donnant aux lourds paysans qui m'entourent et qui disent : (( Hé Bé ! Mais ti vas nous gâter les dents )), je me souviens qu'il existe des lieux pleins de volupté, où on vit une existence normale, où on dort dans un lit ___ où on mange à une table, sur une nappe avec des verres et des assiettes, où après le dîner, on s'assied dans des fauteuils moelleux, où on écrit sa correspondance autrepart que sur sa cuisse, et assis sur autre chose qu'une selle.
Non, vois-tu remercier de tels chocolats avec un tel papier
à lettre, c'est plus qu'un non-sens, c'est presque un crime.
Ma chère Simonne, la prochaine fois que tu m'enverras un paquet, puisque tu es assez gentille pour t'occuper de moi et me faire des cadeaux, va dans la plus ignoble épicerie, achète moi le chocolat le plus grossier que tu pourras trouver, et les boîtes de conserve les plus rudimentaires, cela me fera peut être une sensation un peu moins douce au palais en les mangeant; mais ce sera accompagné de moins de
souvenirs donc de amers de regrets.
J'espère que tes filles continuent à se porter bien là-bas,
Toutes mes amitiés à Germain.
Je t'envoie l'assurance de toute mon affection avec encore une fois, mille et mille remerciements
Claude.
L’intermédiaire Iten à Claude, depuis Zurich. Transmission de trois cartes de Lille.
Zurich (Suisse), le 16 Juin 1916.
Monsieur,
Ci-après je vous communique le contenu de trois cartes qui me sont parvenues de vos parents avec d'énormes retards. J'ajoute à chacune la date, à laquelle elle a été écrite, pour que vous puissiez vous rendre compte des retards et pour vous permettre de comprendre mieux peut-être le contenu : -
le 17 avril 1916.
Mon cher Nicolas, Bonnes nouvelles de tous les vôtres qui vont bien et vous envoient leurs meilleurs baisers. On verrait avec plaisir Philip passer l'été en Suisse ; que surtout sa santé passe avant tout. Vos dernières nouvelles ont fait infiniment plaisir. Nous espérons en recevoir souvent. Croyez à mes meilleurs sentiments.
le 1er Mai 1916.
Mon cher Nicolas, Nous allons tous bien, sommes heureux des bonnes nouvelles de vous tous, bien heureux de savoir notre fils aîné au bon air depuis quelques mois ; heureux qu'il ait quitté la pension précédente qui manque d'air. Son papa l'embrasse et est heureux qu'il soit confortablement à l'abri de la mauvaise épidémie qui règne, embrassons Simonne et Géno, Mex, Tante Mimi, tous les leurs vont fort bien. Bons baisers, mon cher Nicolas, votre femme va très bien et vous dit bien bonjour. Guitte.
le 4 Mai 1916.
Mon cher Nicolas, Merci de vos bonnes visites, j'ai vu hier votre femme qui a bien bonne mine, j'espère, mon cher Nicolas que votre temps se passe agréablement, nous nous ennuyons et pensons souvent à vous. Tous ici vont bien et nous voyons arriver l'été avec grand plaisir. Bons baisers de mon oncle Jean et de tous ceux qui l'entourent, je vous embrasse bien fort ainsi que Lélé et Tine. La maman de ma Tante Cob va bien. Guitte.
Salutations respectueuses ; Iten
Hélène de Lavalette à Claude, depuis Rosières.
Mon cher Claude.
J'ai reçu une lettre de votre oncle Léon, qui demande de vos nouvelles et si je vous ai donné son adresse, il me semble que oui : Sinon la voici : Commandant Delemer, Service des routes de l'armée anglaise Hazebrouck. Il est désireux d'avoir de vos nouvelles, surtout sachant que vous avez franchi de nouvelles étapes. Je lui en ai donné mais écrivez lui directement. Il s'intéresse à vous. On m'envoie une lettre de Gustave Barrois, qui lui parle de vos parents, mais ne donne aucune nouvelle saillante sur eux, sa lettre à leur sujet est surtout un vif éloge de mère, du rôle qu'elle joue, des services qu'elle rend et du réconfort qu'elle est à chacun. Il parle de vous avec un grand intérêt. Mais ne dit rien de saillant nouveau.
Votre lettre d'hier m'a fait plaisir car vous voilà aiguillé vers une occupation intéressante, voyez comme le hasard fait bien les choses, je dirai même la Providence : car il faut s'en remettre à elle, et je compte qu'elle veillera sur vous dans ce nouvel emploi ; qui va vous faire accepter avec plus d'intérêt l'existence moins monotone des tranchées.
Pourtant écoutez une maman qui vous parle. Ne vous exposez pas inutilement. Je vais vous rétorquer votre lettre à Philippe : Père et mère que deviendraient-ils s'ils ne vous avaient plus pour les aider lorsqu'il faudra se remettre à l'œuvre et reconstituer ce qui est perdu ? Je vous l'ai déjà dit, faites votre devoir, il y a bien des manières de le remplir ; mais possédez-vous ou ne vous permettez pas les gestes, que je considère comme fous, qui ne sont que inconsidérés et ne rapportent rien.
Vous savez, dans les légendes qui nous ont tous plus ou moins bercés et dont nous voyons trop aujourd'hui la réalisation, on dit : se vendre chèrement s'il le faut et à bon escient, oui : mais votre génération comme ses aînés d'ailleurs, mais encore plus la vôtre maintenant, voulant trop, à tous points de vue ; pour le pays, pour les pauvres parents, qui y voient ou leurs aînés ou leurs derniers ne vous exposez pas inutilement.
Vous croyant parti aux tranchées je vous avais envoyé dès samedi ce que j'avais sous la main, un petit saucisson et un peu de chocolat, je n'avais pas plus à Rozières. Je tâcherai de vous envoyer mieux.
Philippe va bien. Malheureusement un accroc lui a fait perdre du temps.
Affectueusement à vous.
Je reçois vos lettres annoncées, très bien, tous les jours ou deux jours.
Bons baisers de tous.
Tante Hélène
À sa tante. Au camp de cavalerie de Crèvecœur.
Ma chère tante
Nous avons changé de cantonnement, nous rapprochant un peu du front, nous sommes dans un camp de cavalerie où on nous fait travailler dur : ce matin nous étions à cheval de 4 h. ½ à 1 h de l'après midi sans nous arrêter plus de dix minutes en tout ; aussi je suis plutôt cuit.
Nous avons fait le trajet entre ce cantonnement-ci et celui-là à cheval, j'ai fait connaissance avec les charmes du paquetage complet. Enfin tout s'est très bien passé.
23 Juin 1916.
Je n'ai pas eu le temps de fermer ma lettre hier, vraiment on nous fait faire un entraînement fantastique : aujourd'hui même programme qu'hier, et demain encore le même. Dimanche repos, et nous recommençons encore sans doute le même petit jeu la semaine prochaine.
Heureusement aujourd'hui, je suis arrivé à prendre du jus avant de partir, tandis qu'hier, j'étais resté jusqu'à une heure sans rien manger, ni boire.
Je suis d'ailleurs légèrement en capilotade : mal à un pied à une jambe et autre part.
Nous faisons tous les jours plus de 40 km, aussi on reconnaît les chevaux résistants. Ma jument m'a laissé en plan hier ; elle a le dos fort gonflé, elle n'est d'ailleurs pas la seule, aussi je monte un nouveau cheval fort solide et tous les matins je panse ce nouveau cheval et je laisse à l'écurie ma jument, non sans lui jeter, je l'avoue, un œil d'envie.
Enfin tous sont persuadés que cela n'est qu'une préparation, un entraînement rapide et après ! ! !
Je suis ici dans un pays fort perdu et les paquets que vous pourrez m'envoyer une fois de temps en temps me feront bien plaisir.
Je suis vraiment bien sans-gêne, ma chère tante, avec vous, mais je compte que vous verrez là une preuve de mon affection.
Je déteste demander un service aux personnes avec lesquelles je ne suis pas tout à fait intime ; et je vous avoue que sans la tendresse et la bonté que vous m'avez témoignée, ainsi que l'amitié.
Hélène de Lavalette à Claude, depuis Rosières.
Mon cher Claude,
Je reçois vos bonnes nouvelles, mais je me demande s'il ne s'est pas perdu une lettre de vous. Vous me parlez de Nicolas qui va voir sa mère, Tante Guite, et que vous enviez ? Qui est ce Nicolas ? Je croyais que c'était vous Nicolas ? Et où va-t-il, comment va-t-il voir Tante Guite, Je vous envoie cette lettre de mère, reçue Dimanche. Tante a pris les adresses. Vous me la renverrez avec les dernières que Philippe vous avait envoyées.
J'ai reçu aussi un mot d'un prisonnier donnant des nouvelles de Genlis et Chauny. Ils vont tous bien. C'est fait.
Faites donc les commissions de mère et donnez à Tante les nouvelles demandées.
Je vous envoie un nouveau colis, espérant qu'il vous arrivera en meilleur état que le dernier.
Vous me direz aussi si vous désirez un Kodak. Je pourrais vous envoyer un Vest Pocket, qui me paraît le plus propre pour votre état. Je vais à Lyon dans un mois et pourrais m'en occuper.
Philippe va très bien, il s'est bien remis de ce petit accroc.
Le travail marche, il se met comme tout, assez facilement au latin ; mais il est un peu faible en français, en grammaire, trouve Mr Renaud, qui leur fait faire dictées et analyses logiques et grammaticales. L'orthographe est bonne, mais ___ ___ le qui me paraît intuitive ; la grammaire l'est moins. Il a du mal à apprendre les verbes latins, surtout Phil mène un peu moins fort en verbes français que Bernard. ___ un peu plus faible si vous voulez. L'arithmétique va assez bien.
Je suis allée, Dimanche, voir Kiki ; c'est un voyage de 20 heures pour en passer 2 h.1/2 avec lui ; puis de 9 h. du soir à 4 h du matin errer à Lyon ! L'acclimatation est un peu pénible, mais c'est un tout au point de vue études, il n'a pas le courant du travail et a du mal à s'y mettre.
Il entre en vacances le 19 Juillet.
J'attends Tante Madeleine et Manie, Vendredi ou Samedi. Tante Mad. revient de Paris et a dû voir l'oncle Léo, Dimanche à Paris Plage.
Tous vous embrassent très tendrement. Ici : L'impression que je glane est que cette guerre ne finira certainement pas en 1916, et pourtant, les revenants de Verdun sont bien attristés de ce qu'ils viennent de passer.
Affectueusement à vous Hélène
À M. Corneille. Signée de l’adresse militaire complète : 32e Dragons, 2e peloton, 4e escadron, secteur 4.
Envoyé Cent francs le 5 Juillet 1916 (NDLR : mention d’enregistrement portée en tête de la lettre, qui note la suite donnée à la demande.)
le
Cher Monsieur
Je suis fort occupé actuellement, car on nous fait faire un entrainement vraiment formidable : depuis 15 j. nous allons être au 6ème.
Les jours où ___ nous ne changeons pas de cantonnement, ce sont des 10 h. de cheval.
Nous nous levons souvent avant le jour; enfin dés qu'il y a un instant de libre je dors ou je
mange, ou j'astique, aussi j'ai bien peu de temps pour écrire. Je vois sans cesse des camarades d'Alfred et je le verrai probablement un de ces jours, car nous sommes tout à fait ensemble.
Pourriez-vous m'envoyer un mandat de 100 fr. car avec les évènements, qui se préparent je préfère avoir de l'argent d'avance dans ma poche.
Bonnes nouvelles de mère du 8 Juin.
Je n'ai encore besoin de rien au point de vue de la
nourriture, mais je pense que cela va venir
Inscrivez, je vous prie, mon adresse très exacte sur le mandat, car le dernier mandat s'est égaré, il y a en effet pas mal de "Saint Léger" ici et je n'ai eu le mandat qu'au bout d'un certain temps
Je vous remercie beaucoup cher Monsieur de ce que vous faites pour moi.
J'écrirai à mon oncle Gustave le plus vite possible.
Je vous envoie cher Monsieur avec encore meilleure
merciements l'assurance de toute ma sympathie
Claude Saint Léger
32e Dragons 2e peloton 4e Escadron Sect 4
P. S. Je ne sais plus où j'en suis de ma correspondance avec vous;
Vous ai-je dit que j'avais bien reçu votre mandat, que la note de l'opticien était à payer; que j'ai même demandé qu'on m'envoie encore une autre paire, car j'en fais une consommation effroyable.
Ai-je remercié mon oncle Gustave des nouvelles de mère et du camphre ?
À Simonne. Carte.
Ma chère Simonne
Excuse-moi de ne t'écrire qu'une carte pour te remercier de tes bonbons qui étaient excellents. Ils ont été très peu de temps pour écrire, étant fort occupé.
Je te remercie des nouvelles que tu me donnes de Lille car je n'ai eu pour ma part qu'une carte bien peu détaillée du 8 Juin. Tout le monde se porte bien. Si tu as d'autres détails sur Lille (sur les jeunes gens par ex) tu serais bien gentille de me les envoyer.
Je t'embrasse affectueusement, ma chère Simonne ainsi que tes filles.
Tous mes amitiés à Germain. Merci encore. Claude
C. Monod à Claude, depuis la cote 304 devant Verdun. 4e zouaves de marche, secteur postal 131.
4e Zouaves de marche
3e B.on 9e C.ie
S.P. 131.
Mon cher ami
Ma nouvelle adresse ci-dessus - Ne l'oubliez plus.
Je réponds tout de suite à votre lettre, car je suis de garde à 6 cents mètres, dans un abri d'une fameuse côte, sur une fameuse rive gauche. Il faut que très rapidement j'épuise l'eau qui vient de toutes parts... risque de nous inonder. Il pleut intarissablement. Les boyaux et tranchées ont 30 cm de boue gluante où l'on s'enfonce - C'est vraiment terrible. S'il faut se "planquer" là-dedans quand arrive le 88 Autrichien.
J'aime bien votre inquiétude au sujet de ce vieux problème de l'hérédité. Et vous avez raison d'appeler cette morale l'incertitude où vous êtes. Cela prouve que tout cela n'est pas que jeux d'esprit pour vous.
Vous vous demandez en somme dans quelle mesure nos actes émanent de l'individualité, que nous sommes par nous-même, et non par l'hérédité ou l'éducation. Pour ce qui me semble pas de l'hérédité indéterminée car nous ne savons pas exactement quelles en sont les lois - Et d'une façon générale, l'hérédité au moins du monde biologique, montre en nous des mécanismes tels que certains actes s'accomplissent d'eux-mêmes, sans effort par simple déclenchement (réflexe, habitudes).
Or quelle que soit la part de l'hérédité dans un acte de courage celui-ci ne ressemble pas du tout à quoi que ce soit de mécanique ou d'automatique - Nous le savons bien, nous qui connaissons les marmites. On a beau affecter un calme olympien, il est très certain qu'il faut se rudement maintenir par moments. Il y a 2 heures comme j'allais chercher de l'eau, j'ai été soigneusement encadré par deux percutants, plus 2 fusants au-dessus de ma tête. Pour comble, en me réfugiant dans un trou d'obus, je me trouve à 25 centimètres d'une grenade qui n'attendait qu'un choc.
Je vous assure que mon premier mouvement spontané, involontaire, immédiat comme une habitude, a été de rentrer au plus tôt dans ma cagna - et pour continuer ma route, j'ai dû me secouer et me pousser. Vous me direz qu'en présence de 2 percutants + 2 fusants + 1 grenade, j'ai eu du courage, conformément à la disposition automatique d'origines héréditaires. Vous me répondrez que cette emprise a été laborieuse et qu'il y a eu le sentiment de mettre "du mien" pour qu'elle ait lieu.
Éducation, meilleures habitudes ? Oui, mais songez combien sont relativement peu fixées en nous les habitudes que le milieu a tenté de nous inculquer — songez à la lutte quotidienne entre l'état que vous appelez état n° 1 et l'état n° 2 ! Nous sommes complexes, et ressemblons à tout ce que vous voulez, sauf à de la compos. chimique, car notre caractéristique est l'instabilité, et il n'y a pas de loi de nos réactions. — La réflexion personnelle, la raison viennent modifier bien des choses : nous le savons bien —
Vous en êtes, monsieur, Saint-Léger, à un stade où l'on veut trop réduire, simplifier la réalité. — Le déterminisme outre-mesure qui vous inquiète est un peu gros — Il ne prend pas compte du rôle de l'attention qui nous permet de faire varier un peu de nos pensées, et par suite celui de nos actes — La liberté est dans la pensée, dans cette force que nous sentons à notre disposition et que nous manions avec plus ou moins d'effort.
En tout cas, la mienne apprendra à voir les choses d'une manière plus objective : ici à la Cote 304, le formidable effort que tout le monde fournit ne fait pas penser à une émulsion chimique — C'est trop douloureux, trop passionné, trop humain, avec ses flottements et cette incertitude —
Bon courage, mon cher ami, continuez à réfléchir comme vous faites — cette lettre est très imparfaite — mais vous avez toute ma maternelle et très affectueuse amitié.
Bien affectueusement
C. Monod
Hélène de Lavalette à Claude, depuis Rosières.
Mon cher Claude,
Je suis très contente de recevoir enfin vos lettres : n'ayant eu que une carte depuis 8 jours au moins ; les trois lettres arrivent ensemble. 1º Pour moi, mère fait allusion, comme mauvaise épidémie, à la levée de 2000 jeunes gens faite par les boches dans vos régions pour être envoyés en Allemagne : dont vous m'aviez parlé ! Ensuite je suis très aise de vous savoir bien, quoique à capilotade. Vous faites fort bien de me demander de vous envoyer des colis ; il en est parti ce matin, et je serais très attristée que vous agissiez différemment avec moi : Pensez aussi à ce que je vous ai demandé au sujet de l'appareil de photo. Je vais à Lyon dans 8 jours et vous ferais volontiers envoyer un petit Kodak ?
Nous suivons avec intérêt les journaux et tâchons de nous représenter où vous êtes ; je vous redirai la même chose : soyez raisonnable ! !
M. Dumas disait aujourd'hui à Tante Madeleine que Thann ne devrait être évacué d'ici 3 semaines pour permettre la suite active de notre offensive ! Si cela était, et vraiment, les événements pourraient permettre de l'espérer. L'oncle Léon écrit que les Anglais sont dans l'admiration de ce qu'ont fait les Français !
Quant à l'oncle Joseph il n'a pas bougé de son secteur ! L'oncle Léon lui raconte qu'on va facilement à Bailleul, qu'on voit Lille ! accumule les pierres destinées à faire les routes pour y arriver, et qu'il est prêt à filer en avant au premier mouvement vers Lille !
Allons, mon Claude, il me semble que nos affaires marchent bien et que bientôt se changeront en bonnes nouvelles les petits terrains conquis vers Péronne.
Tante Madeleine a eu des nouvelles d'Adolphe Delemer il va bien, et figurez-vous qu'il a reçu une lettre de Tante Angèle lui demandant des nouvelles de tous, n'en ayant pas depuis 1914 !
Tante Madeleine est arrivée il y a 8 jours pour l'été et l'oncle Léon espère venir la voir en Août.
Philippe va très bien. Il travaille sagement, s'est assez bien mis au latin : espérons que mère sera là pour l'organisation d'hiver. Sinon, Tante Madeleine est de mon avis, le mieux sera qu'il retourne à Pau et suivra des cours, ceux du lycée probablement. Physiquement, il se dégourdis beaucoup.
J'ai de bonnes nouvelles de Guèze et de Louis qui entrent en vacances le 19. Louis a bien du mal à se mettre en route et je pense qu'il va refaire sa 4e. C'est un mauvais début pour lui ; enfin, il travaille en ce moment et tâchera de se mettre en meilleure posture.
Mille amitiés et embrassements à tous. Tante Hélène.
Simonne Barrois à Claude, depuis Dinard.
Mon cher Claude
Tu dois te demander ce que je deviens, il y a un temps fou que je ne t'ai pas écrit : J'ai été très occupée avec mes filles, mais depuis quelques jours leur coqueluche va beaucoup mieux. Alfred est arrivé en permission mardi : si bien que je n'ai pas eu une minute pour t'écrire.
J'ai bien reçu toutes tes lettres. J'ai lu "Le Disciple" avant de te l'envoyer, je l'ai aussi trouvé ravissant : (mais le précédent était plutôt moche à mon avis : ) et pourquoi ce livre s'était fait tant attendre.
Je vous vois d'ici faisant des parties de croquet avec des filles de ronds de cuir boursiers comme tu dis. Vous ne devez pas vous embêter ! Le sachant dans les environs de Toulouse je ne t'ai plus envoyé de victuailles pensant bien que là il ne te manquait rien.
Alors Patrick t'a abandonné et le métier d'aviateur lui plaît beaucoup. Il paraît que ce genre de vie ne manque pas de charme.
Qu'est devenu Jérôme, il a été blessé très fort, je crois ? il est rentré en France ? Que lui reste-t-il de sa blessure ? Où est-il ? Tante Blaideau Valdelièvre me demandait de ses nouvelles et mes renseignements n'ont pas été très précis. Que fait Annie, je lui ai écrit avant de quitter Versailles et depuis plus de réponses.
As-tu su qu'à Lille le fils de Gaston Catoire — Guy Claeyssens, Edmond Mas, et encore bien d'autres jeunes gens ont été emmenés on ne sait où ? On dit aussi Douai évacué, mais on ne dit rien de Lille.
Je me sauve en hâte on m'attend pour dîner, affectueusement à toi
Simonne
C. Monod à Claude. Carte en franchise, 4e zouaves de marche.
CORRESPONDANCE DES ARMÉES DE LA RÉPUBLIQUE — CARTE EN FRANCHISE
EXPÉDITEUR : Monod, 4e Zouaves de marche, 3e Bat., Secteur postal n° 134
ADRESSE : Monsieur Claude Saint Léger, 2e Peloton, 4e Escadron, 32e Dragons. V.P. 4
Je suis très étonné que vous n'ayez pas reçu deux lettres que je vous ai adressées depuis le 1er Juin. Il est vrai que n'ayant pas le n° de votre secteur, j'étais obligé de les faire passer par Versailles (Peloton des ___). Réclamez — Des lignes du fond d'un abri, ½ inondé, je vous ai écrit une longue dissertation en réponse à ce que vous racontiez à E. Décidé que ça soit perdu — Au verso, mon adresse actuelle — Très affect.
Monod
À sa tante.
Ma chère tante
J'ai reçu ce matin votre lettre du 22 Juillet. Je vous en remercie beaucoup. Par le système dont je vous ai envoyé l'adresse, Pat a reçu une longue lettre de Lille du 4 Juillet.
Rien de spécial, sauf que, on se nourrit beaucoup plus aisément.
J'ai appris d'autre part, que la correspondance par la Suisse était vérifiée de beaucoup plus près par les Allemands.
Nous sommes de plus en plus inquiet de Jérôme Le Blan, il écrivait tous les jours à son frère et depuis 8 jours plus de nouvelles de lui, car nous savons qu'il devait attaquer ; Pat s'en fait une bile noire, il a déjà repris mauvaise mine, comme il avait après la mort de Philippe, son frère.
Quant à cette offensive, nous avons tous un cafard noir, pour ma part je crois qu'elle n'est plus réellement intéressante, qu'au point de vue pression sur les Allemands, qui les oblige à garder du monde sur ce front. C'est vers les Russes pour l'instant que doit se tourner notre espoir ; seule une suite de victoires russes peut dégager un peu le front français de toutes les troupes allemandes et alors nous réussirons peut-être à avancer.
Je ne vois pas Lille débloquer avant l'hiver moi.
On reparle de la croix de guerre pour Pat, Max et moi !
On reparle aussi de nos faux noms ; nous changerons complètement de nom ; il faudra même nous écrire à un faux nom (charmant !) ; on a eu la bonté de prévenir un de ceux qui ont reçu ce faux nom, qu'il pouvait compter que ce ne serait pas pour toute son existence, et qu'à la fin de la guerre, il pourrait reprendre son nom véritable !
Parlons maintenant un peu de Philippe.
Je n'ai pas vu de copies de lui, mais en a-t-il envoyé, il me ferait beaucoup de plaisir en m'en envoyant.
Ce serait ennuyeux, qu'il redouble sa cinquième, car il est loin d'être en avance. Au besoin, il faudrait mieux, qu'il laisse le latin pour travailler sa grammaire si cela devait le faire redoubler. Enfin, s'il retourne à Pau pour ses classes le professeur verra s'il est oui ou non capable de suivre normalement sa classe.
Ne gênera-t-il pas mon oncle Léon à Pau, d'ailleurs je compte en parler à mon oncle Léon, quand je lui écrirai.
Je pense d'ailleurs, que, si il allait à Pau, on pourrait le mettre externe libre dans ce lycée, en plus le professeur de sa classe lui donnerait des répétitions 3 fois par semaine, il semble que, comme cela, sans latin, il doit pouvoir suivre la cinquième ; en tout cas j'espère qu'il sera assez sérieux pour faire beaucoup de grammaire pendant ses vacances en pensant que de toute sa famille il est le seul qui a des vacances.
Je considère, qu'il doit faire tout ce qu'il peut pour passer en cinquième ; ce serait ennuyeux qu'il redouble une classe, sans que mère soit là, c'est une grosse responsabilité.
Enfin pour cette question de redoubler sa classe nous verrons dans deux mois quand il sera à Pau.
Que pensez-vous de le mettre externe libre au lycée ?, j'avais quatre ans de moins que lui, quand j'ai été au lycée de Lille ; s'il se porte bien, cela le débrouillerait un peu.
Je crois que ce professeur, qui m'est très cher, dont je vous ai parlé, a fait ses études à Pau. Il doit connaître pas mal de professeurs encore au lycée de Pau ; il pourrait leur recommander spécialement Philippe.
Remerciez beaucoup de ma part, tante Hélène de ce qu'elle fait pour Philippe, je compte lui écrire.
Je vous embrasse tendrement ma chère tante en vous remerciant de tout ce que vous faites pour Philippe et pour moi.
Bons baisers à tous.
Votre neveu
Saint Léger
Jean-Charles Fels à Claude. Carte-lettre, 4e escadron, secteur 4.
Carte-Lettre
Monsieur St Leger
4e Escadron 32e Dragons Sect. 4 -
Cher St Leger,
Je t'écris un mot pour te prévenir de ne pas demander les autos - canons ou surtout mitrailleuses - Ce qu'il y a de mieux c'est d'abord la moto car là tu as la liberté. Tu peux partir en moto où tu veux - Jamais tu ne déplaces seul ton auto - Si vous teniez absolument aux autos "les autos canons de 75 contre aéronefs" sont ce qu'il y a de mieux - Il faudrait passer dans l'artillerie d'abord - Une fois dans un dépôt d'artillerie lourde ce n'est rien - Il faut le permis de conduire pour autos -
Je ne pense pas que vous imaginiez charger les boches n'y entrer dans Lille la lance au poing. Est ce que je me trompe ? -
JC Fels
Charles de Smeth, intermédiaire à Bruxelles, à « Nicolas Iten », nom d’emprunt de Claude dans le courrier de Lille, à une adresse de Zurich. Carte-lettre que Lucien Delesalle fait suivre à Claude avec un mot.
Carte-Lettre
De : Charles de Smeth, 126 rue Defacqz, Bruxelles
Monsieur Nicolas Iten
116 Minervastrasse 116
ZURICH. 7 (Suisse)
(NDLR : la date est celle que porte la transcription ; elle peut être celle de l’écriture à Bruxelles ou celle du renvoi par Lucien Delesalle.)(NDLR : le mot de Lucien Delesalle précède le texte de la carte.)
Je reçois cette carte que je m'empresse de te renvoyer . J'espère que tu es toujours en bonne santé ainsi que Pat. Cordialement à toi.
L. Delesalle
Mon cher Nicolas
Nous voudrions savoir ce que deviennent les enfants, nous pensons si souvent à eux, nous voudrions qu'ils demandent le traitement et l'adresse employée par la marraine d'Annie. Bon courage à tous. Ici nous faisons ce que nous pouvons. Madame Franz Iten va bien. Elle voudrait des nouvelles de son mari. Dites à Lucien que tout va bien. Félicitations à son jeune ménage.
Mille amitiés.
Charles de Smeth
À sa tante.
Ma chère Tante,
Je me porte toujours très bien ; mais vraiment cette semaine passe d'une façon fantastique.
Jérôme Le Blan a été relevé des tranchées après 44 jours de première ligne, 15 jours de bombardement et une attaque fantastique.
Il s'est conduit très brillamment, blessé deux fois assez grièvement, 4 jours et 3 jours avant l'attaque, il a refusé d'être évacué.
Il a attaqué et a pris, avec 6 hommes qui lui restaient, un ouvrage allemand très fortifié (un bois avec réseaux et mitrailleuses) a fait ainsi un certain nombre de prisonniers et des mitrailleuses. Il a tué de sa main à bout portant un allemand etc. etc.
Il a la citation à l'ordre de l'armée, et la médaille militaire, or pour un type qui n'a pas été blessé grièvement la médaille militaire est une chose excessivement rare, en plus il va passer d'adjudant au grade de sous-lieutenant.
C'est vraiment épatant.
Pat est enchanté.
Vous avez sans doute vu dans la presse « les évacuations de Lille ». Il paraît qu'il n'y a pas de danger pour pauvre mère et tante car on peut se procurer des cartes grâce auxquelles on peut circuler sans rien risquer.
Il y a des cartes de ce genre, je suis persuadé qu'ils ont réussi à s'en procurer.
D'ailleurs, le 4 Juillet ces évacuations étaient terminées depuis longtemps. Par conséquent je crois qu'il n'y a pas à s'inquiéter.
Je vous remercie mille fois pour vos paquets qui me font le plus grand plaisir.
Je vous embrasse de tout cœur ainsi que tous.
Votre neveu
Claude
Léon Delemer, oncle de Claude, depuis Hazebrouck.
Mon cher Claude,
Je vous remercie de votre lettre que j'ai reçue avec grand plaisir, mais mon fils je ne suis pas très courageux pour écrire des lettres, mais j'ai cependant de vos nouvelles avec grand plaisir. Je suis très content de voir que vous aimez bien votre nouveau métier dans les mitrailleuses, ce doit être beaucoup plus intéressant que simple cavalier, et quand vous pratiquerez au combat ce sera bien intéressant. Tous les renseignements qu'on donne disent qu'on a subit à l'attaque de la Somme relativement fort peu de pertes, cela doit donner confiance à tous les jeunes comme vous quand ils se précipiteront à l'attaque. J'ai été visiter Ypres avant-hier, c'est fort dignement intéressant mais il ne reste pas une maison qui ne soit détruite de fond en comble, les murs qui restent ne dépassent pas deux mètres de hauteur ; c'est extraordinaire de voir cette ruine immense sur lesquelles il est encore tombé des obus quand nous y étions.
Je vous embrasse affectueusement,
Votre oncle
Léon Delemer
Je suis très content quand vous me donnez des nouvelles de Lille, je vois qu'ils sont encore en bon état et nous finirons bien par les recevoir !
Un ancien maître de Claude, depuis l’École des Roches, à Verneuil dans l’Eure.
ECOLE DES ROCHES
PRÈS VERNEUIL (EURE)
Téléph. et Télégr. : ROCHES VERNEUIL-SUR-AVRE
Gare : VERNEUIL (QUEST-ÉTAT), Omnibus à la Gare : 3 KILOMÈTRES
Mon cher Claude,
Un mot à la hâte, 1° pour vous rassurer sur l'inutilité actuelle de la Cavalerie : c'est à un ancien dragon que vous écrivez ; — 2° pour vous dire que Banier est mort, il y a un an, que sa femme a quitté Verneuil et qu'elle a auparavant légué tout ce qui restait d'épreuves et de clichés ; — 3° que je vais demander à Madame Bertier ce qu'elle pourra retrouver dans sa collection ; — et 4° que je ferai mettre un petit rappel dans le prochain Écho.
Je suis heureux, mon cher Claude, de vous exprimer une affection qui fut jadis très-vive et qui subsiste encore telle quelle dans le fond de mon vieux cœur —
M. Gante
Circulaire imprimée de Simonne Barrois aux amis et aux soldats de Marquillies.
Chers Amis,
Cette circulaire me procure le plaisir d'enregistrer les beaux succès de l'offensive franco-anglaise de la Somme comme aussi ceux de nos amis les Russes, certaine que ce sont les préludes de l'offensive heureuse de nos armées et de la délivrance de nos pays envahis. De tous ces évènements encourageants se dégage nettement l'impression que nous dominons l'ennemi et que nous tenons partout l'initiative des opérations.
Les quelques nouvelles que nous recevons de notre cher village nous signalent que fin Mai la population civile était encore à Marquillies, qu'elle se livrait aux travaux agricoles et que le ravitaillement s'effectuait toujours dans les mêmes conditions. Le moral reste excellent, chacun rivalise de courage et d'énergie, attend avec une patience admirable et une foi inébranlable la victoire libératrice de tous nos maux.
Arthur Firmin nous informe qu'il est monté il y a quelques jours sur la terre des Mines de Nœux, qu'il a nettement vu le clocher de Marquillies et la cheminée de la fabrique avec la fumée qui s'en échappait. Les boches continuent de faire marcher les générateurs pour alimenter la grosse machine, produire l'électricité nécessaire à leur éclairage et la force motrice dans la commune et les environs. Cette nouvelle nous rassure car dans un bombardement, les premiers obus sont destinés à bouleverser les clochers et hautes cheminées, tout désignés pour servir d'observatoires aux ennemis. En conséquence, il nous est permis de croire que Marquillies n'est nullement bombardé comme d'aucuns l'avaient prétendu.
Les cartes-messages avec les pays envahis.
Du Journal des Réfugiés du Nord :
Une bonne nouvelle qui va réjouir les 600.000 réfugiés et soldats qui ont envoyé des cartes-messages du ministère de l'Intérieur à leurs parents des pays envahis. Nous apprenons, de la source la plus sûre, que les premières réponses sont parvenues au ministère de l'Intérieur. Le personnel affecté à ce service spécial est en train de les traduire — car elles sont écrites en Allemand — et elles seront transmises sous peu aux intéressés.
Précisons toutefois que ces messages ne viennent pas encore de Lille. Ils sont du ressort du bureau du Lyon qui comprend : Aisne, Ardennes, Vosges, Meurthe-et-Moselle. C'est un début qui nous permet tout espoir.
Nos glorieux poilus.
C'est avec le plus grand bonheur et la fierté la plus légitime que je vous communique les belles citations qui glorifient la conduite de quatre enfants de Marquillies : Papeghin Henri, lieutenant au 360ᵉ d'Inf🇮ᵉ 24ᵉ C🇮ᵉ S. 128, Cambier Victor, 1ᵉʳ canonnier servant à la 11ᵉ batterie du 106ᵉ Régᵗ d'artillerie lourde, Pruvost Anatole, du 4ᵉ chasseurs à pied 5ᵉ c🇮ᵉ S. 165, Leclercq Amédée, sergent mitrailleur 9ᵉ chasseurs à pied S. 110, fils de Amédée garde chasse à Wavrin.
1º Citation du Lieutenant Papeghin : Citation à la division.
Lors de l'attaque allemande du 3 avril 1916, a puissamment contribué par son énergie à maintenir intacte la compagnie, se tenant sans cesse au milieu de ses hommes et faisant avec eux le coup de feu, debout sur la tranchée, pour enrayer les progrès de l'assaillant.
Il est proposé pour son 2ᵉ galon.
Citation de Cambier Victor : Citation à l'ordre de la division :
Bien que contusionné à la tête, a continué sous un violent bombardement à assurer le service de sa pièce. S'est plus tard porté au secours de ses camarades, ensevelis sous un abri effondré.
Citation de Pruvost Anatole :
« Chasseur d'une rare bravoure, dont il a donné une nouvelle preuve au combat du 25 avril, au « cours duquel il a été blessé de 3 balles. Avait déjà été blessé une première fois le 25 septembre. Etait revenu peu de temps après. »
Malheureusement, nous restons toujours sans nouvelles de lui, nos recherches ne donnent aucun résultat et de partout nous n'obtenons que cette réponse laconique : disparu.
Citation de Leclercq Amédée, nommé sergent.
1ʳᵉ citation donnée à Calonne près des Eparges.
Chef de pièce d'une grande valeur, d'énergie et de sang-froid, n'a pas hésité le 21 juin 1915, lors d'une attaque ennemie qui débouchait à proximité de nos lignes d'ouvrir le feu avec sa mitrailleuse et a contribué pour une large part à enrayer l'attaque ennemie.
2ᵉ citation donnée à Verdun.
Excellent gradé : a résisté avec sa pièce sous un violent bombardement d'artillerie et enrayé, avec sa pièce, une attaque décisive de nos ennemis le 23 avril 1916.
Nos nouveaux gradés.
Je suis aussi très heureuse de vous communiquer les noms de nos amis de Marquillies récemment promus en leur adressant toutes mes félicitations :
Valentin Romon, sergent-major au 56ᵉ ch. à pied T. R. S. 157.
Duflot Julien, sergent-fourrier au 79ᵉ d'Inf🇮ᵉ, S. H. R., S. 126.
Magret Narcisse, maréchal des logis au 103ᵉ d'art🇮ᵉ, 8ᵉ b🇮ᵉ, S. 92.
Cambier Alban, sergent au 150ᵉ d'Inf🇮ᵉ, 12ᵉ c🇮ᵉ, S. 35.
Béhague Bauduin, maréchal des logis au 28ᵉ d'art🇮ᵉ, 49ᵉ b🇮ᵉ, S. 199.
La Réparation des dégâts et dommages de guerre.
Les diverses associations créées en vue de la réparation des dommages travaillent activement à mettre au point les questions litigieuses qui, jusqu'alors restaient un obstacle à la réalisation des projets élaborés. Un comité se préoccupe dès maintenant de faire acheter des stocks de matières premières, de machines, d'outils de toutes sortes, qui permettront la reprise immédiate de l'activité industrielle et agricole de notre pays et procurer du travail aux nombreux ouvriers qui réintégreront leur domicile. Nous pouvons aussi faire confiance à ces œuvres d'après guerre qui s'imposent le devoir de ramener la vie dans nos pauvres régions dévastées, où il est indispensable que la population puisse rentrer au plus vite.
Changements d'adresse.
Mes deux petites filles Fanny et Jacqueline ont été souffrantes et pour leur rendre leur bonne santé, j'ai pris la décision de passer une saison à la mer. Vous pourrez m'adresser vos correspondances à la Villa Les Ormeaux, Boulevard de la Mer, à Dinard (I.-et-V.).
Adresses rectifiées.
— Jean, Leclercq (comptable), du 90ᵉ tᵃˡ, 1ʳᵉ C. M. R., secteur 79. — Bubriez, Engilbert, 18ᵉ d'inf🇮ᵉ, 9ᵉ c🇮ᵉ, secteur 6. — Danel, Flormiond, 117ᵉ d'art🇮ᵉ, 10ᵉ c🇮ᵉ, S. 14. — Billaud, Carlos, 2, rue Soullier à Auneau (E.-et-L.). — Fauquenois, Charles, 162ᵉ d'inf🇮ᵉ, 26ᵉ c🇮ᵉ, Aubusson (Creuse). — Gallet, Arthur, Infirmier au 233ᵉ d'inf🇮ᵉ, 17ᵉ c🇮ᵉ, S. 134. — Papeghin, Jean, 26ᵉ d'art🇮ᵉ, 130ᵉ b🇮ᵉ de 58, S. 26. — Flouquet, Camille, 81ᵉ d'art🇮ᵉ, 19ᵉ B., 10ᵉ gr. S. 13. — Roussel, Jean, 92ᵉ tᵃˡ, 3ᵉ c🇮ᵉ, à l'Isle-sur-Doubs (Doubs). — Buriez, Albert, du 292ᵉ tᵃˡ, 3ᵉ C🇮ᵉ Sect, 125. — Delval, Joseph, trompette, 11ᵉ Esc. 1ʳᵉ peleton, Niort (D. S.). — Billaud, Appollinaire, 8ᵉ d'inf🇮ᵉ, 3ᵉ c🇮ᵉ, S. 137. — Fauquenois, Louis, 117ᵉ d'art🇮ᵉ 12 b🇮ᵉ, S. 14. — Lemaire, Liévin, 138ᵉ d'Inf🇮ᵉ, 8ᵉ c🇮ᵉ, S. 90. — Papeghin, Louis, 8ᵉ cuir., 10ᵉ esc., S. 196. — Leclercq, Henri, 5ᵉ génie, 17ᵉ c🇮ᵉ, S. 42. — Selosse, 36ᵉ d'Inf🇮ᵉ, 20ᵉ c🇮ᵉ, S. 5. — Rouzé, Narcisse, 298ᵉ d'Inf🇮ᵉ, 18ᵉ c🇮ᵉ S. 58. — Dubois, Raymond, 80ᵉ d'art🇮ᵉ lourde, 6ᵉ c🇮ᵉ, Camp de Sᵗ-Maur-Vincennes (Seine). — Leclercq Ferdinand, mineur mobilisé chez M. Détrat à La Talandière (Loire).
Simonne J. BARROIS.
59.809. — Versailles, Imp. Cerf.
Hélène de Lavalette, tante et marraine de Claude, à son filleul. Lieu non indiqué.
(NDLR : la transcription porte « 3 avril », sans année. La lettre répond à celles de Claude des 25 et 30 juillet 1916 sur la classe de Philippe au lycée de Pau et sur l’exploit de Jérôme Le Blan, et parle de Châtel-Guyon, de devoirs de vacances et d’une visite de l’oncle Léon, que la lettre du 8 juillet annonçait pour août : « avril » est vraisemblablement une lecture fautive d’« août ».)
Je suis bien contente de vos bonnes nouvelles reçues fréquemment. Oui, c'est long, et doit être pénible cette inaction. Mais vous n'êtes pas seul à dire que c'est du côté des Amériques que nous devons regarder et espérer. Notre réussite viendra en son temps simultanément si la leur. Mais quand ? Votre oncle parlait de plus en plus envisager un 3e hiver de tranchées ! Il est toujours dans les mêmes parages, mais comme rayon dans son ciel terni et sa monotone existence, il espère une permission pour fin Septembre . Ce sont les toutes petites espérances que l'on peut se permettre de mettre en ligne avec celle si intense que l'on a au coeur de voir la fin de cette oppressante guerre ! Tant mieux au moins à voir ces malheureux nouvelles de Lille
Dès la reçue de votre lettre au sujet de Philip j'ai écrit au Lycée de Pau pour demander , s'il y a moyen de l'obtenir, moyennant rémunération bien entendu, que l'on m'envoie ses compositions relatives au programme de 5e B, en Français, langues et maths de façon à voir si nous pouvons espérer que Philip fasse cette classe : ces compositions seraient corrigées par le lycée . Nous verrons ainsi ce qu'il aurait nécessaire de faire pendant les vacances au cas où nous pourrions lui voir faire cette classe.
Il a ses devoirs de vacances à faire : d'un autre côté il se pourrait que il aille à Châtel Guyon, dont il parait avoir un peu besoin : oh ! peu, ___ vous il a un peu moins brillamment ; il faudrait peut être mieux prévoir et qu'il faut une ___, que de laisser venir une fatigue quelconque . Tine a écrit à ___ . L'oncle Léon venant ici en 8 jours, nous verrons avec lui un peu, toutes ces questions d'études : mais vous savez que le mal ne serait pas bien grand . Il sortirait de retho à 18 ans , c'est vrai ! L'important est que la base de départ soit assez bonne pour qu'il ne travaille pas médiocrement, tout le temps .
Sa santé a été une entrave suffisante . Hélas ! Mais soyez tranquille, nous nous en en occupons et j'ai demandé ces compos
Nous avons été enchantés des nouvelles du frère de Pat . Ce qu'il a fait est bien intéressant . Et tous ces petits garçons ont vraiment de bien grands repères d'admiration en me l'attendant lire .
Ne me remercie pas mon grand filleul, je pense beaucoup à vous : et vous savez , c'est là que se trouve la douce et joli côté de la vie, dans la vraie joie de l'affection réciproque . Que ne fait pas votre chère maman .
Tante Hélène
Simonne Barrois à Claude, depuis Versailles. Papier à en-tête du Conseil général du Nord.
CONSEIL GÉNÉRAL
DU NORD
19, RUE WIANGAND
VERSAILLES
Mme Simonne Barrois
VERSAILLES
Mon cher Claude.
Ta lettre à Mʳ Cornaille nous a fait grand plaisir. Comment ne nous envoies-tu pas plus souvent de tes nouvelles.
Une carte est si vite écrite.
Que faites-tu de tes lettres reçues de La Herse et d'ailleurs. Envoie les nous afin que nous les classions pour que tu les trouves par la suite. Ce seront des souvenirs précieux.
Tu sais qu'il y a une nouvelle voie.
Donne la moi si possible afin que je puisse vous envoyer de vos nouvelles à tous. Je conserverai le moyen pour moi.
Tes lunettes sont arrivées ce matin.
Nous allons tous très bien et nous attendons Suzanne, Max et les petites à la fin du mois. Gino partira alors pour Paris pour ses couches.
Donne nous des nouvelles de ton frère Philippe. Que devient-il. Va-t-il bien quelle est son adresse. Que va-t-il faire cet hiver pour ses classes. Ta mère s'en préoccupait.
Que devient Patrick ? Il n'écrit jamais et cependant nous étions bien attachés à nos petits pensionnaires, qui sont remplacés tous les jours par le fils aîné de Georges Vandame qui est à Versailles.
Surtout s'il vous arrivait quelque chose préviens moi de suite.
Bien affectueusement
S. Barrois Masse
Hélène de Lavalette à Claude, depuis Rosières.
Mon cher Claude
Je reçois votre lettre en même temps qu'une de mère, datée du 3 d'août. Les nouvelles sont bonnes, mais mère dit qu'ils sont incommodés par le bruit qu'ils entendent, que les gaz chimiques se sentent à longues distances et que s'ils sont trop incommodés, ils iront chez Germaine, nous en concluons qu'ils ne doivent être bombardés par les anglais. Tine vous fera suivre la lettre que je lui envoie afin qu'elle fasse les commentaires.
Dimanche, Th. ___ m'a écrit et annonce que les Paul Ternynck étaient au Pouliguen. Je ne sais pas, mais probablement j'irai : je les verrai la semaine prochaine, quand tante Den partira.
Tine vous écrit-elle ? Philip a, sur le conseil d'Aussel, quitté Châtel pour Vichy. J'ai très grande confiance que Vichy lui réussira : cela retardera son retour ici : je pense qu'il ne lui restera pas beaucoup de temps avant de rentrer à Pau. Tante Den a ___ de lui à un de leurs amis le Dʳ Dériat, qui va s'occuper de lui : lui faire connaître un excellent prof. de 5ᵉ qui va le voir, le suivre : il sera en aussi bonnes mains que possible.
Je vous enverrai très volontiers ce que j'ai comme livres. En ce moment ces visites de vos oncles, me dérangent un peu et me mettent en retard mais ne nous empêchent pas de penser à vous.
Cette intervention de la Roumanie va peut être faire avancer plus vite nos affaires ? Mais de beaucoup d'avis, les anglais ne marchent ni vite, ni volontiers.
Tante Den part de demain en huit pour Paris, où elle va passer l'hiver.
Nous nous vous embrassons très affectueusement.
mon grand Claude
Tante Hélène
Rozière 30 d'Août 1916
Fragment, destinataire non identifié. (NDLR : Mme Le Blan est Françoise Gérard, épouse de Gaston Le Blan et mère de Pat, restée à Lille. Sa lettre est datée du 2 août, ce qui donne la borne la plus ancienne possible.)
J'ai de bonnes nouvelles de Lille du 26 Juillet par une lettre de mère, et par une lettre de Mme Le Blan du 2 Août, on semble avoir retrouvé un système qui marche et si vous verrez ou mon oncle Guste de quelque chose de spécial à faire dire, écrivez-le-moi ; j'ai écrit que vous alliez tous bien.
Patrick Le Blan à Claude, depuis La Herse, en permission.
Mon vieux Claude,
J'ai regretté vivement de n'avoir pu te dire adieu avant de partir en permission.
L'ordre est venu vendredi soir. C'est grâce à Jérôme que j'ai pu l'obtenir. J'en étais ravi comme tu peux te l'imaginer.
Je suis arrivé ce matin à 5 h. du matin à Saint Ay après un voyage terriblement long.
J'ai vu Jérôme remis. Il a reçu des contusions un peu partout, au talon, à la fesse un éclat, à la main iddm. Quant à sa capote elle a reçu plusieurs schrapnells.
Enfin il en est sorti s.lieut et médaille militaire.
Il est enchanté et je crois guéri de la folie guerrière.
Quant à toi, mon vieux Claude, je pense à toi. Je vais je pense aller à Paris voir un peu ce qu'il y a à faire. et tout peut nous permettre d'espérer.
Bonnes nouvelles de Lille. Les parents demandent de tes nouvelles.
Je te quitte mon vieux Claude.
Bien à toi
Patrick
L'arrière est démoralisant, ou du moins ce que j'en ai vu jusqu'ici.
Germaine Ternynck à Claude, depuis Deauville.
Mon cher Claude,
As-tu appris que mon oncle Paul, tante Thérèse, Pierre et Suzanne étaient revenus déjà depuis quelques temps au Pouliguen. J'ai été de suite les voir pour avoir nouvelles et détails de mes Parents, heureusement tout est aussi rassurant que possible et tu dois comprendre le bonheur que j'ai eu de parler des chers miens ! Je ne te donne pas de détails car je ne sais si mon oncle Paul ne t'a pas écrit car je lui avais donné ton adresse et en plus je viens d'apprendre que ta tante Hélène avait aussi été au Pouliguen. Dans tous les cas je me mets à ta disposition si tu désires savoir des détails je te dirais tout ce que je sais.
André Huet fils vient de venir en permission de huit jours ici et est reparti hier, il ne l'a pas drôle dans son camp et aspire à un changement, il est toujours le même gentil garçon et j'ai eu beaucoup de plaisir de le revoir et de bavarder avec lui.
Je t'ai envoyé il y a quelques jours un paquet. Je te l'ai envoyé par la poste sachant que cela va plus vite si je voulais t'en envoyer un plus gros dis moi si je ne dois pas mettre sur l'adresse quelque chose de plus.
Notre séjour ici touche à sa fin je compte partir vers le 27 pour passer quelques jours à Chantilly puis aller à Cannes m'installer pour tout l'hiver en villa avec Pauline et Marcelle villa Félicia sur la Croisette.
Je sais par les Delsalle que tu as reçu plusieurs lettres de ta mère qui espère passer l'hiver par ici. Son moral serait il bon ou espérerait elle revenir par ici ?
A bientôt une bonne lettre de toi, mon cher Claude, dis moi bien franchement si il te manque quelque chose je me mets à ta disposition pour t'envoyer tout ce que tu peux désirer.
Je t'embrasse bien affectueusement.
Bien à toi
Ta vieille Germaine
Villa Les Cigales en Deauville
À sa tante Hélène Delemer. Au bivouac, le long de la Somme.
[En marge :] Saint Lèger reçu jusqu'au nouveau livret
Ma chère tante
Excusez-moi de ne pas vous écrire plus souvent, mais vous ne pouvez vous imaginer l'état de saleté que j'atteins actuellement, depuis trois jours, il pleut sans arrêter or nous sommes le long d'un fleuve côtier la Somme et autour de nous partout des marécages ;
Aussi avons-nous sur 15 cm de boue en moyenne, sous les tentes la paille commence à devenir du fumier, les malheureux chevaux sont dans un état lamentable ; depuis 36 h ils n'ont pas eu le temps de sécher, d'ailleurs nous ne séchons guère non plus.
Je suis en admiration devant les infanteries qui arrivent avec un temps semblable et un terrain semblable à remporter d'aussi brillantes succès, en tout cas il me semble impossible que la cavalerie marche par un temps pareil.
Je ne suis qu'à 50 m de Pat mais il faut pour aller le voir traverser de véritable mare de boue c'est une véritable excursion ; j'ai eu la chance qu'on me change ce matin une paire de chaussures, car celle que j'avais avait des encoches de 3 cm par lesquelles l'eau entrait à flot avec la boue à chaque pas.
Pat a des nouvelles de Lille du 5 Septembre, tous en excellente santé. Avez-vous reçu la carte où je vous avertissais que j'avais pris votre nom ; je vous en renouvelle mes excuses pour ce sans-gêne auquel on m'a forcé.
Recevez ma chère tante l'assurance de toute l'affection de votre neveu qui vous embrasse ainsi que tous.
Claude
C. Monod à Claude, depuis Paris, 17 rue de Téhéran.
17 rue de Téhéran
Mon cher Saint-Léger,
Je vais aux Roches jeudi, et j'emporterai cette lettre avec moi, dans l'espoir d'y trouver votre adresse. Car de nouveau je l'ai perdue, et ceci n'est pas ma faute.
Je suis tombé malade — rien de sérieux — et j'ai dû brusquement abandonner au cantonnement tout mon fourbi que je ne pouvais emporter. Au fond d'une musette, certainement perdue aujourd'hui, il y avait mon carnet d'adresses. — C'est une grosse déception je vous assure, de ne rien savoir de vous, depuis si longtemps. Peut-être m'avez vous écrit au 4e Zouaves : mais suivant la coutume, on ne m'a rien transmis — Je veux vous "retrouver" à tout prix, car je me rappelle votre dernière lettre (en réalité adressée à Fels) où vous discutiez le déterminisme — Il me semble y avoir répondu — Mais que de semaines, depuis —
Où vous en êtes — si vous êtes inquiets — Toujours les mêmes problèmes — Je vais évoquer une de nos conversations de jadis au Pavillon Normand, où je vais loger m'écrit Madame Demolins — Ne trouvez vous pas que le passé est un trésor merveilleux où l'on puise à pleines mains pour se consoler du présent ? Brunel a raison contre Dante :
Dante, pourquoi dis-tu qu'il n'est pire misère qu'un souvenir heureux dans le pire malheur ? —
Avez vous des nouvelles de votre ? — Dites moi aussi si vous allez aux tranchées, et ce que vous pensez de la vie qu'on y mène... Quelle pitié que la correspondance — incapable de dire tant de choses qu'une heure de conversation révélerait ! —
J'ai vu le pauvre Baron récemment. Il quitte les Rochers, un peu désemparé, découragé — Son passage aux Pins ne lui a guère réussi —
Musnier m'écrit assez régulièrement. Thierry aussi — Musnier m'apprend que Fels est "définitivement embarqué". "Je crois que ce brave Fels rentre dans la catégorie des gens qui s'intéressent tellement à eux-mêmes qu'ils sont incapables de deviner leur époque, aussi prospère soit-elle —
Je lis en ce moment la "Lettre d'un soldat" parue dans la Revue de Paris, il y a quelques mois, et réunies en un volume chez Chapelot. Il y a là d'admirables pages, courageuses, parfaitement sereines et toutes baignées d'idéalisme — Il faudrait que vous lisiez cela —
Au revoir mon cher ami — Ne me laissez plus longtemps sans nouvelles — En recevant ceci, même si vous n'avez pas envie d'écrire, donnez moi un signe de vie par une carte ! J'ai peur que vous ne vous isoliez — et il ne faut pas que notre amitié d'esprit, cela peut être solide et sans banalité —
Écrivez moi : 17 rue de Téhéran — Je ne sais ____
C. Monod.
Je vous copie cette belle phrase honnête et vraie dans la ligne que je suivais, à savoir :
« Ne réservons aucun petit coin de notre cœur pour nos petites espérances. Il faut absolument parvenir à ce qu'aucune catastrophe ne puisse faire de notre vie quelque chose de tronqué, d'interrompu, d'inharmonieux. »
Hélène de Lavalette à Claude, depuis Rosières.
Mon cher Claude
J'attendais très impatiemment de vos nouvelles et je vois d'après votre lettre que vous n'avez pas dû recevoir mes cartes. Vous avez fort bien fait de vous faire inscrire sous notre nom ; c'est bien le moins que nous puissions faire ; et j'aurais beaucoup de satisfaction d'avoir, en réalité, un fils comme vous.
Je ne savais plus sous quel nom vous écrire, j'attendais que vous répondiez déjà à ma question à ce sujet. Vous me préviendrez en temps.
Seulement nous n'avons pas eu de nouvelles de mère depuis 3 semaines, cela semble très long après en avoir eu très régulièrement, il n'en arrive ni par la Hollande, ni par la Suisse.
Avez-vous eu la lettre dans laquelle je vous disais que j'avais été au Pouliguen. Il y a déjà plus de 15 jours. L'oncle Paul va bien, il est beaucoup mieux que je n'osais l'espérer. Très énergique et résigné. Il vous recommanderait très volontiers. Madeleine ayant très bien connu les Castelnau à Chaumont mon oncle Paul, qui n'aime pas beaucoup cela, parlera de vous chaudement, trouvant que vous avez fait vos preuves et valez qu'on s'occupe de vous, pour tâcher de rendre votre part de campagne plus à votre goût. Réfléchissez à ce que vous désireriez. Mais je vous préviens que j'ai prié mon oncle Paul de ne se prêter qu'à une démarche raisonnable, ne vous exposant pas plus qu'il ne faut. Donc, pas de crapouillotage, pas de mitrailleuses d'infanterie. Tâchez de voir ce que mère eût approuvé. Car, si vous estimez que la cavalerie ne peut rien donner, et nous ne sommes qu'en Septembre, ne sera-ce pas encore un hiver bien long pour vous ?
Quel est votre général de division ? N'est-ce pas le général de Boissieu ? Ce serait un cousin des du Breuil en relations assez suivies, je l'ai même connu il y a 17 ans. On pourrait lui parler de vous en cas de nécessité.
Philipp va bien et va repartir Vendredi pour Pau, tous vos cousins rentrent à Paris Mercredi. L'oncle Joseph va très bien.
Vous avez les meilleurs baisers de tous, ici.
Tante Hélène
C. Monod à Claude. Carte postale, 32e dragons, 4e escadron, secteur 4.
Carte Postale
M. Claude Saint Léger
32e Dragons, 4e Escadron, 2e Peloton, Secteur 4
J'ai trouvé votre adresse (du mois de mai) — Je vous ai écrit tout récemment. Dites-moi, s.v.p. par retour, si vous avez reçu — et donnez-moi de vos nouvelles —
Je retourne demain à mon bataillon 4e Zouaves 3e Baton SP 131.
Je reçois un mot de ta mère du 20 courant me disant qu'ils sont tous bien et t'envoient leurs tendresses. Elle demande si tu as ce qu'il faut pour te préserver du froid, en particulier pour la nuit. Si tu as besoin de quoi que ce soit, dis-le moi et je t'enverrai bien volontiers.
Marcel va partir pour la Roumanie en mission de croix rouge, comme radiographe. Il est enchanté et travaille fort son nouveau métier. Ce sera pour lui une manière de rendre service tout en faisant un magnifique voyage. Gaston est toujours en plein bonheur et mon beau-frère se trouve encore dans tes parages. Il a été bien exposé mais son moral reste parfait.
J'espère que Pat et toi continuez à vous bien porter et je doute fort que votre régiment ait à donner avant le printemps prochain. Tout va bien mais que c'est long ! reverrons-nous nos foyers en 1917 !
Cordialement à toi
L. Delesalle
Hotel Mercédès, rue de Presbourg.
Germaine Ternynck à Claude, depuis Chantilly.
Mon petit Claude,
Voilà déjà quelques temps que je ne sais plus rien de toi, dans ta dernière carte tu me paraissais avoir bon moral ! L'as-tu encore ?
Pour moi j'ai un peu le cafard car Albert va passer ses examens pour être mitrailleur en aéro ! Voilà donc ma tranquillité envolée à son sujet. Je dois quitter son bureau d'ici quelques jours et faire des tirs près de l'endroit où il est puis aller passer trois semaines près d'Arcachon pour ses examens. Pourvu qu'il soit reçu car je ne sais où on l'enverrait car il ne peut plus rester au même poste. J'étais trop tranquille et heureuse depuis mon retour pourvu que je ne le paye pas trop cher maintenant.
Hier à Paris j'ai rencontré Mr Lucien Delesalle qui m'a dit avoir eu une lettre de ta mère, tu dois le savoir mais cela m'a fait plaisir d'avoir de ses nouvelles je pense si souvent à mon petit Philipp, que devient-il retourne-t-il cet hiver à Pau ?
Depuis mon arrivée ici j'entend le canon cela me rappel le Roubaix et le mauvais temps où j'étais enfermée là bas.
Plus rien de mes Parents c'est encore plus pénible de se sentir si près d'eux et ne rien savoir ni pouvoir pour eux.
Aimée et Lydie sont bien heureuses dans la forêt malheureusement le temps n'est pas fameux depuis huit jours.
Je compte t'envoyer un paquet d'ici peu soit de Paris soit de Chantilly quand j'irai car nous sommes à plus de 35 minutes de la ville dans les bois, c'est très agréable mais pas pour les courses à faire. Tu sais quelle joie tu me fais en m'écrivant mais je comprends que souvent le courage te manque pour le faire. Armes toi donc d'un courage énorme pour m'écrire un mot sur une carte.
Je t'embrasse de tout cœur et crois à toute mon affection
Ta vieille Germaine Ternynck
Villa Les Marmousets Chantilly
Hélène de Lavalette à Claude, au retour de Lyon.
Mon cher Claude ,
Je rentre de Lyon , absente depuis lundi matin . Je trouve une carte de mère du 22 Sept . Tout le monde va fort bien . Mademoiselle a reçu les nouvelles données sur les raisons de Philip et le suit à Vichy lorsque elle écrit . Donc , le 5 Octobre j'ai une réponse à une lettre ou carte , écrite vers le 30 Aout .
Je me reproche aussi vivement de ne pas vous avoir dit que j'avais une lettre Dimanche dernier je crois . Mais mon départ m'a fait oublier de mettre à exécution mon projet de vous ecrire . Tout va bien, mais ils appréhendent beaucoup l’hiver, qu’ils espéraient bien ne pas passer encore. Mais que l'impression triste des lettres de Tine et de Léon leur font redouter de passer à nouveau . Elle se préoccupe beaucoup de vous . Et moi aussi un peu .
Je trouve aussi des nouvelles de Philip très satisfaisantes que Tine a dû vous donner ! J'engage Tine à continuer son oeuvre auprès de lui et si le fortifier moralement comme physiquement en l'engageant à bien travailler , en considérant la nécessité de devenir un homme utile et instruit . Je viens de conduire vos trois cousins en pension : Louis et Bernard à Villefranche ; chez les Pères et Geneviève à Bréhouse . Les voilà très voisins . Et bien imbus de la nécessité de bûcher si ils ne veulent encourir les foudres paternelles et maternelles .
Je revois la lettre de Tine : elle me dit que Philip fait latin et anglais . Le latin m'étonne , quoique il l'ait fait comme tout , avec facilité , mais sans plaisir ici ; toujours avec l'idée que Mère ne le désirait pas . D'après ce que m'a dit tante Madeleine , ces Dinard qui s'occupent de Philip sont sérieux et bûcheurs , le fils est travailleur et fort bien mené . Ceci dit , pour que vous sachiez pouvoir avoir confiance en eux . Peut être ont-ils raison de préférer confier Philip à un bon prof de 5e A qu'à un médiocre ou inconnu de B . Savez vous qu'à Lyon , les Pères Jésuites sont obligés de confier leur 5e à une dame ?
Voulez-vous écrire vous-même pour éclaircir ?
Mille bons baisers tante Hélène.
Germaine Ternynck à Claude, avant son départ pour Cannes.
Mon vieux Claude,
J'ai envoyé ta gentille lettre à Albert aussitôt l'avoir reçue. Tu es fort gentil de me donner tous les détails que tu sais sur Cazeaux. Albert sera enchanté si tu peux parler de lui à Mr André Duval car pour lui ce sera tellement plus agréable d'avoir une recommandation pour un officier. Albert compte toujours partir le 1er Novembre pour Cazeaux. Il vole déjà et commence à bien connaître les mitrailleuses il fait des tirs pas trop mauvais déjà, aussi espère-t-il pouvoir en sortir en travaillant un peu.
Pour moi je pars mercredi pour Cannes mais si je puis arriver à voir Albert le dimanche à Arcachon, comme je suppose qu'il doit avoir des permissions de 12 ou 24 heures, j'irai là bas pour quelques jours laissant mes filles à la garde des Huet à Cannes.
Il faut profiter de se voir quand on le peut, on ne sait ce que vous réserve l'avenir !
Je viens de recevoir une lettre de tante Thérèse Ternynck ils sont toujours au Pouliguen elle me donne de bonnes nouvelles d'André et de Louis toujours dans la Somme.
Je reçois souvent des nouvelles de Jules Huet qui a depuis quelques jours un petit galon sur sa manche, c'est un commencement. Il me demande de tes nouvelles et ton adresse pour t'écrire tu peux donc compter voir son écriture d'ici peu.
Voilà toutes ce que je sais de neuf sur la famille c'est peu comme tu vois ! Encore merci de tout ce que tu feras pour Albert je compte donc un peu sur toi et sur ton ami Patrick auquel tu feras bien mes amitiés. Voici l'adresse d'Albert si tu avais besoin de lui écrire avant le 1er Novembre : l'escadrille C. 39 - Secteur 155.
Je te donne aussi mon adresse de Cannes comptant tout à fait que tu continueras à m'écrire souvent.
Reçois, mon cher Claude mille choses affectueuses et mes meilleures amitiés
Bien à toi
Germaine
Villa Felicia Bd de la Croisette Cannes
Un parent Ternynck à Claude, depuis Le Pouliguen. Fin de la lettre manquante.
Mon cher Claude
Je reçois ta carte et t'en remercie, j'avais ton adresse et devais t'écrire mais j'écris 30 lettres chaque jour aux réfugiés de l'Isère qui désirent des nouvelles de Chauny .
Je veux tout d'abord mon cher Claude te féliciter de ton énergie pour quitter Lille t'engager & regagner la France, ___ ___ ___ arrivée d'Allemagne avons été très heureux et très fiers de ton geste courageux & de ton patriotisme, reçois mes félicitations & soit sûr que le courage porte bonheur !
Nous venons d'avoir la visite de Germaine Ternynck, la fille d'emile, & avons été charmés des nouvelles de tous quelle nous a données, nous serons bien heureux d'en recevoir par toi de ton père & de la ... (il manque la suite de la lettre)
C. Monod à Claude, au repos. 4e zouaves, 3e bataillon, secteur postal 131.
Mon cher ami,
Je voulais vous écrire plus tôt mais depuis mon retour ici j'ai goûté plus que jamais la maxime de La Rochefoucauld : « Nous avons plus de paresse dans l'esprit que dans le corps. » D'ailleurs notre organisation matérielle — bien qu'au repos — est telle qu'il faut être aimé des dieux pour réussir une lettre. Tenez compte de ce fait en lisant ce que je vous écris —
Je vous félicite de votre méthode. L'ordre suit vos idées & de chercher une mise au point — Il faut en ce moment surtout s'imposer une discipline de ce genre car dans notre milieu l'esprit se disperse avec une facilité lamentable les journées s'anéantissent sans rien laisser. Il faut réagir violemment & se forcer à la réflexion.
Tâchez de ne pas perdre le prochain carnet où vous noterez cette mise en ordre et faites moi part de quelques notes.
Si vous saviez avec quelle émotion j'ai revu les Roches et le Pavillon Normand où j'ai couché - Toutes les scènes et toutes les physionomies de 1914 je les retrouvais - La ___ n'a pas changé, tout le reste et ce sera très ___ quand les temps seront révolus gratter y croquer le passé - Fels m'a écrit ces jours ci et le brave type m'a même fait adresser toute la collection 7 x 10 Mame, La Rochefoucauld, Vigny, Pascal, Marc Aurèle, petite bibliothèque ambulante que je monte aux tranchées.
Comme on goûte, n'est ce pas, dans le désert intellectuel où l'on vit, la splendeur d'un vers de Vigny ou la concision amère de La Rochefoucauld. Ici il pleut et nous, qui sommes "d'attaque" nous restons au repos - Au revoir, mon cher ami, bon courage pour aborder la médiocrité quotidienne - Bien affectueusement à vous,
Écrivez moi
C. Monod
4e Zouaves, 3e Bataillon, SP 131
André Saint-Léger, depuis Lille occupée, à Donat Agache, administrateur comme lui de la Société Agache. Post-scriptum du 5 novembre 1916. Lettre conservée dans le fonds, non adressée à Claude.
M. Donat Agache
Mon cher Donat
Je ne passerai pas mon temps à te donner des détails sur la vie profondément triste et lugubre que nous menons ici enfermé et sans nouvelle depuis deux ans . Tu as peut-être reçu mes dernières lettres et comme je suis de plus en plus calme et fataliste je ne vois pas la nécessité de m'étendre sur nos malheurs contre lequels je ne puis rien . - Je veux seulement te donner les idées que j'ai sur la situation actuelle de nos affaires et prévoir l'avenir si cela est possible .
L'usine de B (NDLR : Berkem, La Madeleine.) est en parfait état et peut marcher demain. Rien ne manque sauf les marchandises , j'ai pu la garder en cet état grâce à mille démarches que Bouch t'expliquera - La grande usine au contraire est très abîmée , à cause de sa situation mais certaines parties sont réparables ; Les bâtiments ont beaucoup soufferts, j'ai pu heureusement, après beaucoup de difficultés faire démonter une grande partie du matériel qui est dans des caves ou sous plusieurs voûtes a graissé et peut attendre . Dans ces conditions je ne vois pour après la guerre que deux solutions pratiques .
La première - Pour rester après la guerre une grosse affaire capable de prendre en charge tous nos frais , il faut continuer à produire environ trois cent mille paquets sans la grande usine, pour cela il est nécessaire de faire travailler l'usine de B à deux equipes, employer une partie du personnel de P (NDLR : Pérenchies.) , car la question la plus grave, sera question ouvrière, car presque toutes les maisons sont détruites .
Tâcher de voir avec Alfred V s'il ne serait-pas possible de trouver une option sur une filature Belge pour faire les fils d’exportation, qui produirait de suite, en attendant la reconstruction de vingt mille broches à P. Il faudrait également louer ou acheter un tissage à Lille ou aux environs pour ne pas perdre la clientèle. Le deuxième moyen est beaucoup plus simple : rembourser et liquider les actions de P et reprendre avec toi et Jean l'usine B comme affaire particulière en ayant le moins de frais possible, on peut également remonter à B. dans les nouveaux terrains tous les articles qui donnaient le plus de bénéfice_____ -
Le montant de nos bons de réquisition de marchandises sont de environ +++ (NDLR : signe porté dans la transcription, le montant n’est pas reporté à cet endroit ; voir le relevé qui suit la signature.) Je pense que cela sera au moins remboursé - Comme je connais ton caractère et celui de ton père je pense que le premier projet sera plus dans tes idées - Je te serre affectueusement la main, j'embrasse ma chère amie Agnès et je présente mon respectueux souvenir à ton père
Ton tout dévoué André
montant des réquisitions au 15/08/1916 -
Les sommes sont prises sur la base du prix du mois de Juillet 1914 = Les usines K (NDLR : filature de lin et filature de coton à Berkem.) sont en bon état -
Lins - 13.045.158 f 24 c
Fils - 2.431.637 f 15 c
Toiles - 1.197.037 f "
Réquisitions divers 600.000 f (environ)
Incendie de toiles 760.549 f 2 c (NDLR : lecture vérifiée sur l’original ; la transcription portait 700.549, et seul 760.549 donne le total porté.)
Total - 18.034.381 f 41 c
(prix d'après experts en Septembre 1914)
Jean est tout à fait de mon avis, il va bien, il me charge de te demander de voir Bourlet pour savoir s'il n'y aurait pas intérêt pour lui à régler son compte actions au Crédit du Nord !
5 nov. 1916 (NDLR : la date du post-scriptum était accolée au paragraphe précédent dans la transcription ; elle est remise en tête du post-scriptum.)
Ma lettre n'a pas pu partir. J'espère qu'elle arrivera cette fois. Depuis un mois bien des drames se sont passés ici.
D'abord l'enlèvement d'un grand nombre d'hommes pour le travail, sous les ordres des allemands, soit en Allemagne (NDLR : la suite manque.)
Madeleine Delemer à Claude, depuis Saint-Germain, au sortir de Lille.
Mon cher Claude,
Hier, aussitôt mon arrivée j'ai écrit pour te donner immédiatement les nouvelles de la famille de Lille et je me proposais ___ de les confirmer ces jours-ci lorsque je reçois cette après midi ta lettre. Ton père ta mère et Annie vont très bien et m'ont chargé pour toi de leur bien vive tendresse en m'embrassant spécialement pour que je porte leurs baisers à leurs fils. Ta mère a été un peu fatiguée pendant quelques temps, mais elle était parfaitement remise lorsque je suis parti. Tous deux m'ont demandé de veiller à ce que chaque semaine il y eut dans le Matin un article vous concernant, Philippe et toi ; pour Philippe, Mère voudrait connaître son poids et sa taille afin de se rendre bien compte de sa croissance. Peut-tu m'envoyer toutes ces indications, ou me faire écrire par Augustine. Si tu pouvais terminer ton congé en passant par St Germain, j'aurais été bien heureuse de pouvoir te parler longuement des tiens.
Et Grand-mère Saint Léger et les Crépy vont très bien et l'on mène toujours à Lille la même vie que tu connais avec tous les dimanches passés à Anzin. Tu manques beaucoup à Annie — qui m'avais donné des photos pour toi, malheureusement, au dernier moment on m'a empêchée de les emporter. Félicite-toi d'avoir passé en France car les perspectives d'avenir ne sont pas drôles à Lille pour les jeunes gens, on prend tous les hommes pour les obliger à travailler pour l'armée allemande et peu à peu, je crains que tous les jeunes gens y passent. Ta mère ne songe pas jusqu'ici à quitter Lille, elle ne veut pas laisser ton père seul. Elle y avait un moment pensé pour Annie mais on n'a pas donné suite à ce projet. Les parents sont comme toujours très dévoués à tous et ton père vous travaille de son mieux. Ceux qui peuvent payer les grands prix arrivent encore à se bien nourrir, mais le peuple est très malheureux et souffre encore plus moralement que physiquement. Néanmoins tout le monde continue à être très courageux et je trouve le moral de nos populations envahies beaucoup meilleur que par ici. Je n'ai pas besoin de te dire avec quelles douces émotions j'ai retrouvé tous mes enfants. Mes fils ont pu arriver immédiatement en permission, mais les trois jours passent trop vite et déjà nous devons nous séparer demain. Nous aurons au moins maintenant la joie de pouvoir nous écrire, et j'espère mon cher Claude que tu voudras bien me considérer comme mon 4e fils et te confier souvent à moi. J'ai promis à tes parents de veiller sur toi comme sur les miens. Tu peux compter sur mon affection en toute circonstance et je serai heureuse que tu veuilles bien m'accorder la tienne et toute ta confiance. Donne-moi exactement ton adresse au front, dis-moi s'il ne te manque rien et si je puis t'envoyer des paquets, et comment tu les désires composés. Écris-moi bien vite si je puis espérer ta visite, ou si tu peux me fixer un rendez-vous à Paris. Je t'embrasse bien tendrement ainsi que Philippe de ma part et de celle de toute la famille.
de Lille
Ta tante Madeleine Delemer
* Reçu Japon
Reçu Japon poids taille Philipp arg tante Hélène
À M. Corneille, à Paris. Deux mentions d’enregistrement figurent en tête de la lettre.
Envoyé 100 fr à M. St Léger 1 colis 2 chemises 2 caleçons
Env. à Augustine Leroy 23 rue Bayard à Pau 1 complet bleu 2 caleçons 1 pair bottines 1 mandat de 100 fr (NDLR : ces deux lignes sont des mentions d’enregistrement portées en tête de la lettre. Claude demandait deux cents francs pour Pau.)
Cher Monsieur, j'ai bien reçu vos 50 francs, mais je viens cependant encore vous ennuyer et beaucoup cette fois-ci. Auriez vous l'amabilité de m'envoyer ici : deux caleçons qui sont encore rue M___ et 2 chemises comme celle que j'avais à Versailles ; elles sont parfaites pour les cavaliers ; elles ont une étiquette au col : "Le Régiment" et vous y trouverez au Printemps
Ensuite, veuillez envoyer à Tine à Pau, 23 rue Bayard, mon veston bleu complet et encore 1 ou 2 caleçons s'il en reste et une parie de chaussures jaune ___ du régiment que je vous ai laissé en partant. Pour l'argent veuillez m'envoyer 100 fr ici et envoyer à Mme Tine 23 Rue Bayard 200 fr pour mes dépenses en permissions.
Excusez-moi de vous déranger autant, mais la permission est un gros événement, j'aurai d'ailleurs le plaisir d'en causer avec vous car je compte un arrêt sur 2 jours à Paris en revenant.
Cela aurait été plus simple de passer par Paris en allant mais avec les délais de route cela me ferait perdre un jour; je vous verrai donc en revenant. Un nouveau décret permet en effet de demander 2 endroits pour une permission.
Recevez, cher Monsieur Corneille, l'assurance de toute mon amitié et de ma reconnaissance entière.
Claude Saint Léger
À Simonne, à Versailles.
Ma chère Simonne
Je te remercie beaucoup du paquet que tu m'as envoyé, cela m'a fait le plus vif plaisir.
J'espère aller en permission vers le 15 Novembre je m'arrêterai à Paris en revenant et certainement une journée
visite rue de la Rue Mansart.
J'aurais bien l'envie de vous revoir tous.
Veux-tu avoir la bonté de faire toutes mes amitiés à Monsieur Corneille auquel je demande un nombre de service véritablement incalculable; il est vrai que la permission est une chose bien anormale.
Pat part dans l'aviation d'ici
quelques jours : il a passé l'examen d'admission à être élève pilote assez bien, et il est à peu près certain d'être reçu.
Il partira alors pour Bordeaux probablement.
En attendant d'avoir le plaisir de te revoir, je t'envoie, ma chère Simonne, l'assurance de toute mon affection.
Claude.
L’intermédiaire Iten à Claude, depuis Baden. Message transmis de Lille.
Carte-Lettre / Postkarte
Iten, Römerstr. 3, Baden (Schweiz)
Monsieur Claude St. Léger, 19, Rue Mansard, Versailles. Seine et Oise.
Monsieur, Je suis chargée de vous écrire ce qui suit : Mon cher Nicolas, Nous allons tous très bien et vous embrassons ainsi que Philip. Tous ici sont très bien portants, dites à Tante Adeline que le petit Pierre va bien, nous voudrions des nouvelles de ses petites sœurs. La maman de Marguerite son Col va très bien ainsi que le père de Simonne. Bons baisers. M. Guitte
Recevez, Monsieur, mes salutations distinguées.
Lucien Delesalle à Claude, depuis Cannes.
Cannes, Hotel Gonnet.
Mon cher Claude.
Reçu aujourd'hui quatre lettres de ta mère dont la dernière date du 12 octobre. Tout le monde va bien chez toi mais tous me paraissant bien tristes. L'on me charge de veiller à ce que tu ne manques de rien pour éviter le froid de l'hiver ; je compte donc sur toi pour me réclamer ce qui pourrait t'être utile. Les parents voudraient avoir ta photo ; fais en faire une légère, je t'enverrai dans un prochain courrier. On demande aussi des nouvelles de ton ami Descamps, de ses frères et de ses sœurs.
Bien cordialement à toi
L. Delesalle
À son frère Philippe, à Pau.
Mon cher Philippe
Voici longtemps que je ne t'ai pas écrit car nous venons de changer de région en plusieurs étapes et à peine ici, nous partons aux tranchées.
Je pars probablement demain aux tranchées ; la permission est remise au moins à un mois ; ce sont les inconnues de la vie militaire.
Je croyais partir aujourd'hui ou demain en permission et au contraire les permissions sont presque suspendues et je pars aux tranchées ; nous n'aurons que plus de plaisir à nous revoir ; peut-être serai-je ainsi arrêté à la Noël ; en tout cas écris-moi souvent pendant que je serai aux tranchées (15 jours environ) puis 15 jours de repos, puis 15 jours de tranchées etc etc ainsi tout l'hiver.
Je t'embrasse tendrement mon cher Philippe ainsi que Aline.
Ton frère qui t'aime
Claude
C. Monod à Claude, après l’attaque de Douaumont.
4e Zouaves 3e marche SP Aabn - S.P. 131s
Mon cher ami,
Où êtes vous et que faites vous ? Je vous ai écrit en octobre et le lendemain j'ai reçu de vous une carte me demandant des nouvelles - J'espérais que ma missive vous contenterait à ce sujet - Mais l'avez vous reçue ? - J'aurais voulu d'ailleurs que je n'aurais guère pu assurer ma correspondance ces derniers temps - Vous avez peut-être vu par les journaux que c'est notre division qui a attaqué Douaumont, et que les zouaves du 4e de marche ont su marquer leur présence aux Boches - Ils ont d'ailleurs gagné la fourragère. Ce furent des journées et des spectacles extraordinaires - Je ne vous en parle pas ! ces choses de guerre vous sont trop familières à vous, comme à moi - L'essentiel est que nous ayons atteint notre objectif, que nos pertes n'aient pas été trop sanglantes, et que le coup porté aux Boches ait été dur.
Et vous ? Prenez vous un secteur, comme le régiment ou la division de Thierry ? - J'espère que non. La boue, les pieds dans l'eau, les sinistres promenades, la nuit dans des boyaux bombardés, j'ai trop connu cela, ces dernières semaines, pour ne pas souhaiter à quiconque ce sort. Je voudrais savoir comment vous supportez cette vie du front. Je n'ai aucune idée du milieu qui est le vôtre et de la manière dont vous vous y êtes adapté ! N'est ce rien que vous prépariez de vos idées - - Quel silence, et que nous sommes tous deux mauvais correspondants ! -
Dites moi aussi quelles nouvelles vous avez de chez vous - les récents événements dont les journaux ont parlé ont-elles touché quelqu'un des vôtres ? Vous excuserez cette lettre pleine de points d'interrogation. Mais ai-je dit que j'ai reçu des nouvelles de Fels ? Il m'écrit encore ces jours ci pour m'annoncer son affectation - comme motocycliste - à une batterie contre avions. De l'école, plus rien depuis que les 48 heures que j'y ai passées en septembre. Haron m'écrit ___ qu'il vient d'être collé à nouveau - Pauvre type !
Au revoir, mon cher Saint-Léger - Comme je voudrais vous voir et vivre avec vous, en ligne, quelques unes des heures actuelles.
Votre bien affectionné
C Monod
À son frère Philippe. Depuis les tranchées.
Mon cher Philippe
Le séjour aux tranchées continue à se passer fort normalement ; cependant cela devient un peu plus pénible car il fait maintenant un assez mauvais temps ; les corvées se font plus nombreuses.
Le ravitaillement n'est pas arrivé pdt 1 jour 1/2 et cela nous a forcés à nous nourrir de vivres de réserve mais pas de pain ; enfin cela semble aller mieux maintenant.
Quant au secteur il est excessivement calme.
J'espère aller en permission d'ici environ 4 semaines, mais cela n'a rien de fixe, peut-être avant, peut-être après.
Il y a très longtemps que nous n'avons pas eu de nouvelles de Lille ; as-tu vu dans les journaux la liste de tous ceux qui ont été otages en Allemagne (je ne sais d'ailleurs pas quelle en est la raison).
Enfin voici quelques noms que j'ai retenus : mon oncle Georges Crépy, M. Wallaert, Paul Le Blan et sa femme, ma tante Edouard Ternynch etc etc.
Heureusement on n'enlève pas les conseillers municipaux ; grâce à cela, mon oncle Lucien Crépy, et peut-être papa, n'ont pas été enlevés.
J'ai oublié dans la liste des otages emmenés en Allemagne, un de ceux qui nous touchent le plus près : mon oncle Jean Delemer.
Je t'embrasse bien fort mon cher Philippe ainsi que Aline.
Ton frère qui t'aime
Claude
À son frère Philippe. En première ligne.
Mon cher Philippe
Voici quelques temps que je suis sans nouvelles de toi, tu me ferais le plus grand plaisir en m'en donnant.
Il est de nouveau question de permission, et il se pourrait que je parte d'ici 8 jours, cela n'a cependant absolument rien de certain.
Mon séjour aux tranchées s'écoule fort bien, je suis en première ligne depuis 3 jours, et j'éprouve les postes d'écoute avec le fusil mitrailleur, les factions paraissent d'ailleurs vraiment longues.
Nous avons été soumis à un bombardement de torpilles très violent avant-hier, j'étais au poste d'écoute et on a eu vraiment la sensation de la guerre. C'est la première fois depuis que je suis au front.
D'ailleurs nous couchons dans une infecte cagna pleine de rats qui me courent sur la figure pendant les quelques heures de repos entre les factions.
En résumé je suis très satisfait d'avoir fait un séjour aux tranchées, cependant ce n'est pas drôle.
Je t'embrasse tendrement ainsi que Aline.
Ton frère qui t'aime
Claude
Marguerite Delemer, depuis Lille occupée, à Claude, chez sa tante à Rosières.
Monsieur Claude Saint Léger
chez Mme de Lavalette, Rozière St Félicien en Ardèche
Mon cher petit Claude,
Et bien ! Tout ce temps semble cruellement long sans vous voir. Mais je suis heureuse de cette occasion qui me permet de vous écrire et de vous donner de nos bonnes nouvelles. Toutes nous espérons enfin que ma tante Madeleine va pouvoir partir, elle pourra vous donner plus de détails que n'importe qui sur notre vie quotidienne, qui est hélas d'une monotone lamentable ! Je voudrais tant avoir quelques détails sur vous et sur ce que vous faites. Je tâche de m'en rendre compte en voyant ce que font ici ceux qui font le même métier que vous ! Enfin je suis heureuse de vous sentir bien entouré et j'espère que vous vous êtes fait des bons camarades. Je tâche toujours de correspondre avec mon oncle Lucien ou tante Hélène ou Mme Tine mais c'est très difficile et les rares nouvelles sont rares ! Enfin rester en correspondance avec eux et envoyer leur de petites photos d'amateurs de vous a coller dans leurs lettres, elles arrivent très bien et je serais contente de vous voir, vous devinez que ces quelques nouvelles sont notre seul bonheur ici. Le pays est de plus en plus triste et dévasté, et heureusement père garde maintenant le meilleur moral de la maison car de mon côté le moral est bas. Cette terrible nouvelle de la Roumanie me met la mort dans l'âme et quand et comment peut-on encore espérer que toutes ces horreurs vont se terminer ! Père est toujours très occupé, la mairie, les usines, le comité américain, et l'alimentation sous toutes ses formes, remplissent nos journées.
De mon côté je ne perds pas mon temps et si le temps nous semble long, les journées nous semblent toujours courts ! Et nous nous félicitons tous tous les jours que vous soyez partis. Ceux qui reste ici ne sont pas heureux, et nous sommes fiers que vous accomplissez votre devoir ! Mais quel bonheur ! Le jour où nous nous retrouverons tous ! J'espère que vous veillez de loin sur votre petit frère et que vous ne manquez de rien. Soignez-vous, mangez bien et soyez surtout très bien couvert. Bon courage, mon cher grand garçon, soyez sûr que ma prière ne vous quitte pas, envoyez-moi beaucoup de petites photos de vous, pensez souvent à nous, rien n'est d'ailleurs changé depuis votre départ, seuls les repas sont de plus en plus difficiles à trouver, et le départ de mon oncle Jean nous a bien attristés. Tout est de plus en plus pénible et les destructions sont rares. Ce soir je prendrais le thé chez les Le Blan, puis je dois passer une demi-heure le docteur Calmet, retour par chez mon oncle Lucien ! Vous voyez que le programme ne change pas. Bons baisers, mon chéri, à bientôt j'espère. Bon courage ! Et pensez bien à nous ! Nous avons bien failli partir avec mon oncle Jean et je crois que c'est le Comité américain qui nous a protégés... Je laisse le reste à Père.
Marguerite Saint-Léger
À son frère Philippe.
Mon cher Philippe
On m'annonce 2 nouvelles :
La première c'est que dans une lettre des Le Blan. Ils disent que mère a fort envie de revenir ; ils disent que eux vont sûrement revenir avec les prochains évacués.
2° On annonce l'arrivée prochaine de 20.000 évacués.
Par conséquent nous allons fort probablement voir bientôt arriver Tante et les Le Blan et peut-être (!!!) c'est très peu probable, mère.
Je t'embrasse tendrement ; ci-joint quelques lettres.
Claude
Simonne Barrois à Claude. Papier à en-tête, 23 rue Mansart à Versailles.
Mme JACQUES BARROIS
23, RUE MANSART - VERSAILLES
Tu es de moins en moins écrivassier, mon vieux Claude. Je serais cependant contente de savoir si les colis que je t'expédie t'arrivent en bon état.
N'espères-tu pas voir arriver Annie par les trains d'évacués qu'on annonce. Je sais que ta mère était désolée qu'elle s'en aille depuis les enlèvements que les boches avaient faits. Que dis-tu de la Roumanie ? C'est embêtant d'avoir attendu 2 ans pour obtenir un si piteux résultat !
En attendant ta visite, je t'envoie mon meilleur souvenir.
Simonne
À sa tante. En soutien de deuxième ligne.
Ma chère tante
J'ai reçu votre colis il y a 5 jours, il m'a fait le plus grand plaisir ; mais comme nous étions en première ligne je n'ai guère pu vous répondre avant aujourd'hui : nous avons été relevés avant-hier de première ligne et tout s'est fort bien passé.
Nous reprenons la première ligne demain ou après-demain, après quoi nous serons définitivement relevés après un mois de tranchées.
Nous sommes actuellement en soutien en 2ème ligne et nous avons des quantités de corvées ; mais les nuits sont presque entières (seulement 2 h de faction) au lieu des 9 h de faction toutes les 3 heures et en plus les alertes comme en première ligne.
Le secteur est calme ; cependant nous sommes soumis parfois à des bombardements de crapouillots qui nous en envoient de toutes les formes.
J'espère que votre séjour près des cousins se passe bien.
Je vous embrasse tendrement ainsi qu'eux tous.
Votre neveu
Claude
On attend 10.000 évacués.
Ci-joint une photo de moi ; qu'en pensez-vous, ce n'est certainement pas artistique mais je ne suis pas en militaire.
À Simonne, à Versailles.
Ma chère Simonne
J'ai reçu ta carte avant-hier et sur tout il y a 5, 6 et 7 jours des paquets de toi qui m'ont fait le plus vif plaisir; je ne t'ai pas encore écrit pour t'en remercier, comme tu me le dis je suis moins écrevisse
que jamais, mais il est vrai que j'ai cette fois-ci des excuses comme je n'en ai jamais eu. Nous étions retournés en première ligne dont nous avons été relevés hier; tous les jours 16 h de faction + la soupe, aussi les heures que j'étais un peu libre je ne songeais qu'à manger ou à dormir étant fort cuit.
Nous repartons en première ligne demain ou après-demain, c'est la dernière car
nous serons ensuite définitivement relevés et nous retournerons à nos chevaux après un mois de tranchées. Ensuite s'ouvrira la perspective de la permission qui a fait été remise à cause de ce départ aux tranchées.
Je ne saurais te dire combien je te suis reconnaissant de tous les paquets que toi ou Mr Corneille vous m'avez envoyés. Ils m'ont
été très utiles car vraiment jusqu'à il y a quelques jours on ___ avant que l'ordinaire. Heureusement on commence à organiser des autos qui de Compiègne nous apportent depuis hier tous les 2 j. quelques provisions. Aussi ne te dérange plus pour m'envoyer de paquets ni Monsieur Corneille. J'ai une nouvelle carte du 308 de Lille; rien de neuf.
Reçois ma chère Simonne l'assurance de toute ma reconnaissance et mon affection ___
Versailles son cousin Claude
C. Monod à Claude, avant de remonter en ligne.
Carte-Lettre
C Monod. 4e Zouaves, 2e Bataillon
Monsieur Claude Saint Léger, 32e Dragons, 4e Escadron, 2e Peloton, Secteur 4
Mon cher ami,
Avant de me remonter en ligne, je vous redis tout le plaisir que j'ai eu à recevoir votre lettre.
Je ne m'étonne pas que le brusque contact avec les grands dangers vous ait amené à réviser vos jugements sur les questions religieuses. Je suis très persuadé pour ma part qu'on ne peut pas vivre en homme sans croyances métaphysiques, précises ou vagues, peu importe. La religion en somme consiste à affirmer que la vie a un sens, que nous ne peinons pas en vain, et que quelque chose s'élabore qui dépend de la bonne volonté des hommes.
Comment vous figurez-vous que nous, qui sommes conscients, pourrions supporter la guerre si nous n'étions convaincus, au fond, que c'est par elle une étape sera franchie vers quelque plus de liberté ou même dans un avenir très lointain, plus de spiritualité ? Et tout cela c'est affirmer Dieu. Je crois à ces idées-là parce qu'elles me fournissent des raisons d'être, et au besoin, des raisons de mourir.
J'espère que vous êtes au repos. Pour nous, nous allons d'ici peu fournir des communiqués intéressants. La vie sera dure pendant dix ou douze jours. Écrivez-moi : une lettre en ligne est si bienvenue.
Monod
M. Fleuriez, chez qui Claude et plusieurs camarades ont logé au Charnois, à Claude, aux tranchées.
(NDLR : lettre datée du seul jour de la semaine. Claude est aux tranchées et son retour au Charnois est attendu « le 20 ». Hypothèse : un lundi de la fin de novembre ou du début de décembre 1916, pendant le séjour de Tracy-le-Val (17 novembre au 14 décembre 1916). Une date au début de 1917 n’est pas exclue.)
Charnois, Lundi
Mon Cher Enfant,
J'ai bien reçu votre lettre
Vous ne devez pas être trop bien. Il doit effectivement faire de la boue, il fait froid les toits sont couverts de gelée. S'il est arrivé un tour à M. Legendre demandez à Mons Blottière ce qui nous est arrivé Dimanche soir.
Tâchez d'apprendre beaucoup de chansons pour l'on vous accompagne et que Mons Guignet ne casse pas sa voix car peut être sera t il encore des vôtres
Le 20 vous penserez qu'au Charnois on est train de préparer votre dodo. Quel bon somme on fera avec son camarade Guignet !
Souhaitez bien le bonjour de ma part à tous vos camarades
Savane et Mathure sont venus l'autre jour coucher et venir nous voir souvent.
Je vous attends ainsi que vos camarades
Une bonne poignée de mains et à bientôt mon cher enfant
M. Fleuriez
Simonne Barrois à Claude, aux tranchées.
(NDLR : la transcription porte « 13 octobre », sans année. La lettre répond à celle de Claude du 9 décembre 1916, qui demande de ne plus envoyer de colis, et annonce l’arrivée d’évacués de Lille, parmi lesquels Mme Dolez, qui écrit de Paris le 29 décembre, et peut-être Mme Maxime Descamps, dont le fils apprend l’arrivée le 14. « Jeudi, c’est à dire après demain » la place un mardi : le 12 décembre 1916. « 13 » pourrait venir d’une date abrégée mal lue ; le 13 décembre 1916 est un mercredi.)
Mon cher Claude
J'ai reçu ce matin ta lettre me disant de ne plus envoyer de victuailles : car vous n'alliez plus manquer de rien. Je serais cependant fort étonnée que tu aies des œufs aussi je t'envoie quand même aujourd'hui une 1/2 douzaine.
Dois je continuer ? ou en as tu ? c'est avec beaucoup de plaisir que je m'occupe de toi, car je sais que la vie aux tranchées manque de charmes, et je voudrais bien te l'adoucir le plus possible : aussi inutile de me remercier.
Tu n'es pas sans savoir qu'on attend les évacués de Lille. Il a dû arriver deux trains de 500 personnes ce matin à Paris : comme personnes connues sont annoncées : Mme Marcel Dollez - Mme Michel Scalbert - Mme Julien Le Blan - Mme Beriot Le Blan
M. et Mme Henri Caulliez - Mme Maxime Descamps (peut être), Mme Houdoy-Leroy, etc etc... tous accompagnés de gosses.
La permission de Josue fini jeudi, c'est à dire après demain
Nous avons depuis huit jours un temps épouvantable : ce ne doit pas être gai dans les tranchées à l'heure actuelle.
J'ai enfin reçu le livre "Lettres d'un soldat" : faut-il te l'envoyer ?
Mes gosses vont bien.
Geno a déménagé elle est venue s'installer dans la maison voisine de la mienne.
Je t'ai envoyé hier et avant hier du jambon est-il bon ?
Très affectueusement à toi
Simonne
À son frère Philippe. Carte postale de correspondance militaire.
Correspondance militaire - Carte postale
Expéditeur : Saint Léger, 4e Escadron, 32e Dragon, P.T. 4
Destinataire : P. Saint Léger, 23 rue Bayard Pau, Basses-Pyrénées
Mon cher Philippe
Nous avons été relevés et je suis de nouveau au cantonnement. Tout s'est fort bien passé ; ne compte pas me voir d'ici quelques semaines en permission ; car nous ne sommes déjà pas trop pour soigner les chevaux : j'en ai 9 aujourd'hui, demain cela ira déjà mieux.
Je t'embrasse tendrement.
Ton frère qui t'aime
Claude
Max Descamps à Claude, en permission à Paris.
Mon cher Claude,
Je suppose que tu as appris déjà l'arrivée de ma mère à Paris. Tu devines ma joie à cette nouvelle que j'appris jeudi soir. Le colonel a été épatant et nous a accordé tout de suite une permission de 7 jours ! Je partais vendredi soir et étais dans la nuit à Paris.
Mais je veux te donner tout de suite des nouvelles de tes parents. Ils sont en excellente santé et ont chargé maman de toutes leurs tendresses pour toi et Philippe. Pour ce dernier, sa mère a demandé à Maman de lui faire connaître son poids et sa taille. Je suppose que tu es bientôt en permission aussi, tu pourras envoyer à Maman ces renseignements ou les faire parvenir toi-même à ta mère.
Inutile de te dire que Maman nous rapporta toutes sortes de nouvelles intéressantes.
J'espère que tu vas bien ; n'es-tu pas fatigué du dernier séjour aux tranchées, quand vas-tu en permission ?
Au revoir mon cher Claude, reçois toutes les amitiés de ton ami.
Max Descamps
Léon Delemer à Claude, depuis Paris.
Mon cher Claude,
Je vous envoie par mandat-poste cent francs pour vous et cinquante francs pour Philip pour son étrenne, afin que vous puissiez en profiter pendant vos vacances. J'espère que vous aurez beau temps à Pau et que vous pourrez vous distraire et vous promener avec votre frère. Ne vous gênez pas. Si vous avez besoin de quelque chose sur le front pour le demander à ma femme ou à moi.
Nous sommes affreusement tristes ma femme et moi parce que nous avons encore perdu notre petit bébé. Vous aurez peut-être des nouvelles de vos parents par les évacués, mais il paraît qu'Annie ne rentre pas.
Je vous embrasse affectueusement,
Votre oncle qui vous aime Léon Delemer
Madame Dolez à Claude, depuis Paris, au sortir de Lille.
Royal Hotel - 33, Avenue Friedland (CHAMPS-ÉLYSÉES) Paris
Monsieur C. Saint Léger
32e dragons, Secteur postal N° 4
Mon cher Claude.
J'ai promis à ta mère de te donner des nouvelles de chez toi, car j'arrive de Lille enchantée d'avoir recouvré la liberté. J'ai vu ta mère et ton père la veille de mon départ, ils allaient très bien tous les deux, et cette brave Annie est venue m'embrasser le lendemain et m'a dit de te demander de sa part que tu leur écrives souvent.
Ils sont tous trois bien vaillants et t'envoient toutes leurs tendresses.
J'y joins mon cher Claude mon souvenir affectueux.
M. A. Dolez
À Simonne, à Versailles.
Ma chère Simonne
Je t'envoie tous mes souhaits de bonne année et de bonne santé. J'espère que pour toi se réalisera en cette nouvelle année 1917 tout ce que tu peux désirer et surtout ton retour à Marquillies.
Je suis revenu ici depuis plusieurs jours et de nouveau on reparle des tranchées que nous reprendrons probablement vers le 8
Janvier; je t'écrirai quand je serai fixé sur ce sujet d'une façon plus sérieuse.
On a dissous le 1/3 des régiments de cavalerie aussi j'ai changé de peloton : 3ème au lieu du 2ème.
On nous réorganise complètement avec beaucoup de fusils mitrailleurs, zigouilleurs etc etc.
Je t'embrasse ma chère Simonne, j'écris à mon oncle et à Mr Corneille.
Ton cousin
Claude.
M. Fleuriez à Claude, après le départ du régiment du Charnois.
(NDLR : lettre datée du seul jour de la semaine, postérieure à la précédente. Le régiment a quitté le Charnois un vendredi, en l’absence de Claude. Hypothèse : le dimanche 24 ou 31 décembre 1916, Claude étant en permission à Pau du 18 au 26 décembre et écrivant le 31 qu’il est « revenu ici depuis plusieurs jours ». L’hiver 1917 n’est pas exclu.)
Charnois s/ Tresmes, Dimanche
Mon cher Enfant
J'ai reçu votre lettre hier qui me dit que vous êtes en bonne santé. Hélas nous n'aurons pas le bonheur de nous revoir, vous devez savoir que votre régiment a quitté le Charnois vendredi 10 h. matin pour aller destination inconnue. J'aurais été si contente de vous revoir tous à ma table, nous y avons compté jusqu'au dernier moment avec Martin, Préant et Méthivier [?], mais malheureusement cela n'a pas eu lieu, que ma maison me semble grande de ne plus voir ni entendre toutes ces jeunes têtes qui me rappelaient toute ma jeunesse. Enfin peut-être que les tristes évènements finis [?] nous nous reverrons si vous allez à Paris. J'ai remis votre papier [?] et votre savon ainsi que votre linge à Mons. Martin qui a votre papier [?] dans son portefeuille, les lettres de Mons. Legendre à Mons. Martin et la lanterne et les lettres de Mons. Guignes [?] à Mons. Martin.
J'écrirai demain à Mons. Legendre. J'espère que vous penserez quelquefois à moi et que vous m'enverrez de vos nouvelles. On dit qu'il va arriver aujourd'hui de l'infanterie mais ça ne sera plus pareil à mes premiers enfants. Hier je suis allée causer un peu de vous tous chez Mons. Fay [?], on s'ennuie de vous tous, vous savez, plus que vous ne croyez. Avec Louise [?] on dit un mot, on en dit un autre, on parlera de vous tous. Je suis toujours au Charnois. Mons. Martin avait le soir appris l'air de la Victoire et ma foi l'harmonium est resté [tel tout ouvert, barré]. Il fait très froid, beaucoup de vent glacial, il gèle très fort, ils n'ont pas dû avoir chaud pour aller à leur nouveau cantonnement. Tâchez de me faire savoir où vous serez.
J'espère que Monsieur votre Frère vous écrit toujours et que ses nouvelles sont bonnes.
Marthe est triste. Figurez-vous que Préant, l'autre jour, allant me chercher du charbon en chantonnant « … j'ai avec Gigi [?] », voilà qu'elle lui dit « ne t'en fais pas [?], t'as raison mon vieux Préant ». Cela n'a pas été fini de rire avec cela. Elle a été bien contente, tous les sous-off chez Bouchette l'ont embrassée, quel honneur ! Et Mons. Lemelle qui doit arriver de permission ce matin, lui qui m'écrit qu'il ne peut pas me dire tout sur une carte, qu'il va me raconter tout son voyage. Quelle désillusion doit-il avoir à la gare de Noisy [?]. J'espère que Mons. Gaudon [?] va mieux. Est-ce que Mons. Guignes [?] est toujours avec vous ?
Enfin, mon cher Enfant, surtout écrivez-moi de temps en temps que je sache de vos nouvelles. Étant si seule, ma tête ne fait que de penser à vous tous que j'aime bien.
Plus rien pour aujourd'hui.
Je me permets de vous embrasser.
Une vieille grand'mère
M. Fleuriez
P.S. Envoyez-moi bien votre adresse s'il vous plaît.
Lettre non datée et non signée. Attribution et date à établir.
Mon vieux
Il y a une chose que je n'ai pas pu te dire au moment de ton départ parce qu'il y avait trop de monde et que j'avais peur de t'impressionner. Tu as tes parents à Lille donc dans l'impossibilité complète de venir près de toi s'il t'arrivait un accident, promets-moi de me télégraphier ou de me prévenir le plus vite possible si tu étais blessé Je viendrais à ton secours. Quand on est dans un hopital on est quelquefois heureux d'avoir un ami pour vous aider : le service de santé n'est pas encore irréprochable tes parents ont toujours été si bons pour moi. Que je pense bien faire cela pour toi et je le ferai bien volontiers
Lettre non datée
À Simonne. (NDLR : la cavalerie est engagée et les pays traversés sont dévastés, ce qui situe la lettre pendant ou après l’offensive de la Somme, sans plus de précision.)
Ma chère Simonne
Tes lettres m'ont appris d'ailleurs avec beaucoup de retard car la correspondance ne marche absolument pas en ce moment, l'arrivée d'Annie. C'est seulement le lendemain que je l'ai su par tante Hélène.
Comme tu dois le savoir la cavalerie est engagée ; tout se passe d'ailleurs fort bien, mais les pays que nous traversons n'existent plus ou sont dévastés, aussi tu serais bien gentille si tu voulais m'envoyer des colis tout comme aux tranchées.
Pour Annie ___ elle est complètement au-dessus de tante Hélène et y sera absolument rien à y voir, cependant je la préviendrai quand tu lui feras le plaisir de la demander.
Je t'envoie toute mon affection et toute ma reconnaissance.
Claude
PS. J'écris pour l'argent
Lettre non datée
À M. Corneille. (NDLR : les cinquante francs demandés ici sont accusés reçus dans la lettre du 29 octobre 1916, qui donne la borne la plus tardive possible.)
Cher Monsieur
Juste un mot pour vous dire que je n'ai pas encore pu vous envoyer mes lunettes.
Nous allons sans doute reprendre les tranchées.
Vous me ferez plaisir en m'envoyant 50 fr.
Je vous remercie de tout ce que vous faites pour moi, j'espère que votre voyage au Mont St Michel vous a intéressé ; a-t-on commencé à démolir la digue.
Recevez cher Monsieur l'assurance de toute mon amitié. Claude Saint Léger
Billet non daté
À sa tante. Billet ajouté à une lettre déjà cachetée.
Ma chère tante
Je redécachete cette lettre pour vous dire qu'on vient de m'annoncer mon départ pour les tranchées demain soir.
Bons baisers
Claude
Carte postale non datée
À M. J. Barrois, à Dinard. (NDLR : la carte est conservée avec les lettres de Claude, mais l’expéditeur y est porté J. Saint Léger, 31e dragons, quand Claude sert au 32e. Identité de l’expéditeur à établir.)
Adresse de l'Expéditeur : J. Saint Léger 31e Dragons 1ère Esc.
M. J. Barrois
Les Ormeaux
Bd de la Mer
Dinard
Île et Vilaine
POUR CIVIL OU MILITAIRE
GLOIRE A NOS ARMÉES ALLIÉES
Sources
Lettres originales de Claude Saint-Léger, 1916, et lettres reçues par lui la même année, fonds familial Saint-Léger, transcription Arnaud Saint-Léger, 2026. La même liasse conserve une lettre d’André Saint-Léger à Donat Agache du 20 octobre 1916 et une carte signée J. Saint Léger.
Lettres de Marguerite Delemer, 1916, et lettres depuis Holzminden, 1918, même fonds : circuits du courrier de Lille et rôle de Simonne Barrois.
Service historique de la Défense, dossier GR 16 P 530758, état des services.
Fiche matricule 2871, classe 1917, bureau de Saint-Omer.
Sauf-conduit délivré le 11 février 1916 par l’état-major de la place de Paris.
Historique du 32e régiment de dragons, Berger-Levrault, consultable sur Gallica : cantonnements du pays de Bray.
Historiques du 4e régiment de marche de zouaves : la cote 304 et l’attaque du 24 octobre 1916 devant Douaumont.
Ministère de la guerre, direction de l’infanterie, Instruction provisoire sur le fusil mitrailleur, modèle 1915 (C.S.R.G.), Gallica : identification et datation de l’arme.
« Les tranchées ont-elles enterré la cavalerie ? », Guerres mondiales et conflits contemporains, 2007 : dissolution des unités montées.
Journal de l’École des Roches, consultable sur Gallica : la maison de la Guichardière et la famille Demolins.
Fiche généalogique de Jean Alexandre Blaise Marie Patrick Le Blan, arbre de Géry Huvent sur Geneanet : Pat, ses frères et ses parents.
Archives départementales du Nord : dossier sur la catastrophe des Dix-Huit Ponts du 11 janvier 1916 ; « 1916, otages et déportations », pages « Les déportations » et « Les évacuations ».
Julien Gueslin, « Les otages français de représailles en Lituanie (1918) », Cahiers lituaniens, n° 20, 2021 : déportation d’otages de novembre 1916 vers Holzminden.
La Salévienne, conférence « Annemasse 1914-1918 », 2015 : les convois de rapatriés par la Suisse.
Larousse, « bataille de Verdun (février-décembre 1916) » ; Encyclopædia Britannica, « Brusilov Offensive » ; Hérodote, « 31 mai 1916 » ; L’Encyclopédie canadienne, « Bataille de la Somme » ; ministère des Armées, Chemins de mémoire, « 1916-1918. Les Roumains en France ».