Correspondance de Claude en 1917

Correspondance de Claude en 1917

1917 Lettres

Pour situer ces lettres

Claude Saint-Léger (1897-1944) a vingt ans en 1917. Évadé de Lille occupée en août 1915, il sert comme fusilier mitrailleur au 32e régiment de dragons, sous le nom d’emprunt de la Valette. Ses parents, André Saint-Léger et Marguerite Delemer, sont restés à Lille. Cette page réunit dans l’ordre des dates les vingt et une lettres qu’il écrit de janvier à mai, à sa cousine Simonne Barrois, à Tine et à M. Corneille, et les vingt-trois qu’il reçoit de janvier à novembre : de sa tante Hélène de Lavalette, de cousins, de camarades et de deux amis d’avant-guerre, Patrick Le Blan et Monod. Aucune lettre de Claude n’est conservée après le 21 mai : la fin de l’année ne se lit que dans les réponses.

Le contexte

L’hiver 1916-1917 est l’un des plus froids de la guerre. La cavalerie, immobilisée depuis 1914, tient les tranchées à pied : le carnet de route de Claude porte un séjour dans le secteur de Tracy-le-Val, dans l’Oise, du 4 au 31 janvier. À la mi-mars, les Allemands évacuent le saillant de Noyon et se replient sur la ligne Hindenburg en détruisant tout. Le 32e dragons suit le mouvement à travers le Noyonnais, la région des Ternynck, dont descend la grand-mère de Claude : il traverse le paysage de son enfance en cendres.

Le printemps est celui de l’échec du Chemin des Dames, où se bat Monod, puis des mutineries, contre lesquelles le régiment de Claude est mis en alerte. De mai à novembre, les dragons tiennent le secteur de la forêt de Coucy. Patrick Le Blan, lui, quitte la cavalerie pour l’aviation, et Claude, que sa vue en écarte, demande à l’automne à passer aspirant d’infanterie.

Derrière le front, la famille vit éclatée. À Lille, l’occupation s’est durcie en 1916 : explosion des Dix-Huit Ponts, réquisitions, évacuations forcées de Pâques, levées de travailleurs. Marguerite refuse d’en partir et n’envoie de nouvelles que par des cartes de vingt mots ou par la Suisse. Sa fille Annie, sortie au début de 1917, est confiée à Hélène de Lavalette, dans sa propriété de Rosières, en Ardèche. Autour de Claude, la parenté sortie du Nord, les Descamps, les Ternynck, Madeleine Delemer, se relaie pour lui écrire et lui envoyer des colis.

Dates repères, 1917


De Guy Decroix à Claude. Écrite de Paris.

Paris 3 rue Laperouse (16 eme art)

Mon cher Claude

Je viens seulement d'avoir votre adresse par madame votre Tante La Valette, aussi, je veux vous donner des nouvelles de vos parents et d'amitié. Ils vont tous très bien, (votre mère complètement remise d'une petite opération, et, ayant tout-à-fait repris sa vie ordinaire)

La vie est de plus en plus lamentable là bas et vous n'avez connu, mon cher Claude que "les plus beaux "jours de l'occupation. Depuis 1916 c'est devenu terrible on est ennuyé pour tout - Réquisitions perquisitions, amendes, nous avons eu en janvier 1916 l'affreuse explosion des poudres, ensuite les réquisitions des vins

Maintenant celles des cuivres et des bronzes, des laitiers, de tout. - J'allais oublier les évacuations d'avril ! d'hommes, de femmes et de jeunes filles. -

Maintenant l'on prend beaucoup de chômeurs pour aller en Allemagne travailler.

Vous avez bien fait de partir mon cher Claude et je vous félicite de tout cœur de votre bravoure, qui ne m'étonne pas du tout. Si vous êtes au feu vous saurez bien vous battre car vous savez combien ils sont mauvais pour nous et tout ce qu'ils nous font souffrir en territoire occupé.

Donnez moi de vos nouvelles, des détails sur vous.

Je dois vous envoyer un souvenir spécial d'amitié qui pense sans cesse à vous.

Au revoir cher ami recevez mes amitiés

Guy Decroix


À sa cousine Simonne Barrois. Le carnet de route situe le régiment aux tranchées de Tracy-le-Val, dans l’Oise, du 4 au 31 janvier.

Ma chère Simonne

Veux-tu avoir la bonté d'envoyer la lettre ci-jointe à tante Van de Wieghe, si tu as son adresse.

J'ai un rendez-vous avec Alfred à la cuisine pour dans trois jours.

Pourrais-tu, si jamais nous nous ___ son adresse exacte.

Je t'envoie l'assurance de toute mon affection

ton cousin
Claude


De Madeleine Delemer, tante de Claude, sortie de Lille occupée en octobre 1916. La signature est transcrite « Tante Hélène ».

Mon cher Claude,

Je t'ai envoyé, vendredi dernier un petit colis que je me propose de renouveler Mardi prochain ; veux-tu me faire savoir tout ce dont tu peux avoir besoin comme vêtements, et ce que tu préfères comme nourriture. Écris moi de temps en temps quelques lignes afin que je sache toujours où tu es et surtout, s'il t'arrivait la moindre chose, fais-le moi savoir immédiatement afin que j'accoure te soigner si cela était nécessaire.

Enfin ne crains pas de me confier tes ennuis ou tes peines, si quelques mots de réconfort - sortis très simplement d'un cœur maternel - peuvent faire du bien dans ces moments très durs que vous traversez, ne me permettras-tu pas de te les adresser. Le devoir doit te paraître bien rude à accomplir ainsi sans joie et sans consolations. Accepte pourtant tout ensemble pour ton pays et pour te préparer à le remplir plus tard auprès de tes parents, dans la douceur du foyer retrouvé. Permets moi aussi de t'envoyer, comme à mes fils une petite médaille de la Sainte-Vierge, en te demandant de lui adresser chaque jour une courte prière ; Elle te soutiendra et te protégera sûrement dans l'épreuve.

Si je ne t'ai pas parlé de la petite opération sans gravité que ta mère a subie c'est que tes parents m'avaient priée de ne t'en rien dire dans la crainte de t'inquiéter. Tu peux être absolument rassuré à ce sujet.

ta mère a été opérée à Roubaix et quand j'ai quitté Roubaix, elle était rentrée à Lille et était bien remise.

___ ___ ___ ___ ___

Tante Hélène


D’Hélène de Lavalette, née Delemer, tante et marraine de Claude.

Mon cher Claude,

Vos lettres m'ont fait grand plaisir et si j'ai tardé à y répondre la faute en est aux vacances et la permission de l'oncle Joseph ; à Vincent, un peu souffrant. J'ai reçu hier une lettre de mère, de ___. Elle me dit avoir passé de mauvais moments avec ces déportations. Elle se préoccupe grandement de vous et de Philip vous suit sur la carte. Elle s'étend assez longuement sur les combinaisons de correspondance. ! Pauvre mère, je lui ai inutilement engagé à revenir. Il est très déraisonnable qu'elle épuise complètement sa santé ou la risque.

Votre oncle Joseph ne voit pas fin de la guerre. Hélas, et votre oncle Léon ne voit pas la situation beaucoup meilleure du point de vue approvisionnement, ressources etc. Nous voici d'ailleurs, bien près des cartes de sucre. Enfin, espérons et ne nous décourageons pas, en face de la bonne volonté de nos poilus. Je suis très contente de toutes les nouvelles que vous me donnez de Philip et de vous. Je pense, d'après ce que vous en avez vu, que Philip se tirera de sa classe. Ma préoccupation était surtout, qu'il s'en tire sans fatigue. C'est encore assez dur, lorsqu'il y a des lacunes à combler.

J'ai reçu une très gentille lettre de lui : l'orthographe et le style font bien des progrès. Quant aux sujets de maths, mon grand Claude, laissez-moi les lui offrir. Quand mère reviendra, elle aura bien assez à voir. Et de son côté, le rend largement aux malheureux. Êtes-vous toujours du même côté ?

Vos cousins vont bien ; nous avons passé nos vacances à Rozière, où nous avons eu un temps merveilleux.

Le gros Kiki est à peu près aussi grand que moi ; il semble vouloir s'allonger sérieusement, et débouler un peu. Il travaille très bien et fait une bonne classe à peu près dans le 1er 1/3. Sauf pourtant en grec. Et où il n'a pas encore pu rattraper.

Bernard se débat en 5e un peu dans le même genre que Philip. Mais s'ils ont beaucoup à faire et pour lui il reste peu pour les répétitions.

Donnez-moi de vos nouvelles souvent, si peu que ce soit.

Nous vous embrassons tous très tendrement. Que 1917 nous amène enfin celle que nous aimons.

Tante Hélène


À Simonne Barrois.

Chère Simonne

J'ai bien reçu le colis que tu m'as envoyé, il m'a fait le plus grand plaisir.

Il était excellent.

Merci à Marie qui doit s'occuper ainsi de moi.

Bien affectueusement à toi et mille mercis

Claude


À Simonne Barrois.

Ma chère Simonne

Je reçois un second colis de toi qui me fait un vif plaisir, ainsi que ton mot ; je t'écrirai aussitôt que j'aurai le temps plus longuement.

Bien affectueusement à toi et tout le remerciement.

Claude


À Simonne Barrois. Nouvelles de son frère Philippe, réfugié à Pau, et de son ami Patrick Le Blan, dit Pat.

Ma chère Simonne

Je reçois à l'instant un colis avec des œufs et du beurre qui me font le plus vif plaisir.

Les œufs arrivent en excellent état et ils sont très bons, mais j'ai quelques difficultés à les faire cuire. Si tu voulais m'en envoyer des durs avec un peu de sel, cela me ferait plaisir si cela ne te dérange pas.

J'ai été aux cuisines où je comptais voir Alfred, mais on m'a dit que son escadron venait justamente d'être relevé ; enfin j'espère le voir tout de même un de ces jours.

Je vois souvent Pat qui est en forme, première ligne actuellement, il espère revoir bientôt ses parents pour lesquels des démarches semblent en bonne voie.

Philippe est toujours à Pau, en excellente santé.

Je t'envoie l'assurance de toute mon affection et des bons baisers pour tes filles.

Claude


À Simonne Barrois.

Ma chère Simonne

Je reçois à l'instant un colis de toi : une boîte de conserve et du chocolat ; je t'en remercie vivement.

J'ai rendez-vous avec Alfred demain à 9 h du matin ; j'espère avoir plus de chance que la dernière fois.

Je t'envoie l'assurance de toute mon affection

ton cousin
Claude


À Simonne Barrois. Avec l’adresse militaire d’un camarade, seule adresse d’unité conservée dans la série.

Ma chère Simonne,

J'ai reçu encore un colis de toi hier et je t'en remercie beaucoup, il est arrivé en excellent état ; as-tu toujours ce livre, que je t'avais demandé de m'acheter : Lettres d'un soldat, si tu l'as encore tu serais bien gentille de l'envoyer à un de mes camarades qui me le renverra après. Voici son adresse :

Monsieur X Tels (lecture probable : Fels, voir la lettre de Germaine Ternynck du 5 février)
Vaguemestre à la 43me Section de 75, Automobile contre-avion
Le Sector 164

J'espère que cela ne te dérangera pas trop. J'ai eu l'occasion de relire ce livre en permission ; mais je le relirai avec beaucoup de plaisir.

Je t'envoie, ma chère Simonne, l'assurance de toute mon affection et ma reconnaissance.
Ton cousin Claude


De Thérèse Descamps, cousine de Claude, qui écrit à la place de sa mère.

Mon cher Claude,

Maman étant très occupée en ce moment, m'a demandé de vous écrire à sa place, ce que j'ai accepté avec plaisir.

Vous voici de nouveau en première ligne que de souffrances que devez-vous pas endurer ; rigueur du temps, bonne humidité ; enfin d'après ce que me disent les frères, vous n'y êtes peut-être plus pour longtemps puisque de nouveau on remonte la cavalerie.

Ça va-t-il chauffer de nouveau ? Si c'était la bonne fois au moins. Vous autres poilus vous faites chiquement votre devoir et vous endurez peines et fatigues en union avec les privations que nos chers envahis subissent depuis si longtemps sous la botte Allemande.

Mon cher Claude, revenons maintenant aux choses pratiques.

Je vous envoie aujourd'hui un paquet et comme vous appréciés 'boîtes - bouchage-éclair' je vous en expédie de nouveau.

Les plats sont faits chez tante Lucie qui en envoie de même à son mari.

Vous demandez à Maman, des nouvelles des petites Crépy ; toutes vont très bien. Jusqu'à la dernière qui pousse paraît-il toute en longueur comme un véritable champignon.

Ma tante bien que très courageuse ne peut se remettre de la mort du pauvre Jacques qu'elle affectionnait vous le savez d'une façon très particulière.

Mon Oncle Lucien toujours très dévoué, s'emploie très activement à la Mairie dont il remplace, quasi le Maire.

Votre Maman supporte très vaillamment le dur régime des envahis.

Je vous quitte mon cher Claude, en vous souhaitant bon courage et en vous assurant de mes meilleures amitiés.

Votre cousine
M. Thérèse Descamps


À Simonne Barrois. Mention d’un article qu’elle a fait insérer dans Le Matin.

Ma chère Simonne,

J'ai reçu avant-hier deux colis de toi et une lettre, un des colis étant une boîte de conserve, l'autre des œufs du beurre et un peu de viande. Le tout était excellent. Je t'en remercie beaucoup. Le saucisson que tu m'as envoyé était excellent.

Je te remercie d'avoir fait mettre cet article dans le "Matin".

Philippe est toujours à Pau, et il se porte vraiment très bien. Tu me sembles bien optimiste sur la situation ; as-tu des tuyaux intéressants ?

Il ne fait en effet pas chaud mais ce temps est bien préférable à l'humidité.

Je t'envoie, ma chère Simonne, Tous mes remerciements et l'assurance de toute mon affection. Bons baisers à Fanny.
Ton cousin Claude


De Monod, zouave au 4e régiment de zouaves de marche, ami de Claude depuis l’avant-guerre.

La main

J. Monod

4e Zouaves de marche

8e Bat'on (lecture probable : 3e)

S.P. 181 (lecture probable : 131)

Mon cher ami,

Si notre correspondance est précaire, ou tout au moins intermittente, mais il ne faut pas qu'elle s'interrompe : c'est une promesse que nous devons nous faire l'un à l'autre - car les temps sont durs, et il faut que nous nous aidions mutuellement. Une simple lettre avec les plus banales nouvelles, y suffit souvent.

- Saint-Léger, je le comprends, n'aiment pas que vous vous sentiez plus éloigné de moi, du fait seul que je suis aux Zouaves, et que je partage les inconvénients de leur métier. Quelle dérision ! D'abord vous en avez fait autant et même plus que moi, en venant d'où vous êtes venu il y a 18 mois -

Et maintenant votre place de fusiliés-mitrailleurs n'est pas précisément "le filon" - Alors ? - Nous avons été à même aussi bien l'un que l'autre de "mesurer la mort" comme vous dites, et nous savons bien que cela ne transforme pas l'individu, car nul n'a l'âme assez forte pour prendre définitivement son parti d'être un jour la proie de la Camarde. La lutte ne cesse pas entre le désir de vivre, et le devoir de sacrifier son égoïsme -

Pourquoi ne pas avouer les pensées lâches, les peurs et lassitudes qui nous assaillent parfois ? C'est notre lot quotidien, et je ne vois pas pourquoi vous me croyez en dehors de la série commune. Vous prétextez que je partage parfois a des coups de chien, nous sommes, et nous nous retrouverons plus tard, les mêmes, ayant acquis peut-être certains choses, mais pas d'expériences analogues -

Pour ce qui est des idées ou des croyances, je ne sais trop où vous en êtes, car tous en exprimons un peu le texte en termes d'ailleurs. Moi je m'accroche à une vieille foi d'habitude qui est ma raison d'être ;

Je persiste à croire que les pauvres humanités que nous sommes, n'ont pour se défendre, travailler contre tous les doutes et toutes les misères, à conquérir plus de liberté, plus de raison et de sérénité spirituelle dont l'art est un moyen, épreuve, souffrance à surmonter. Et je crois aussi que la France et l'artisanat français sont des valeurs confiées au monde pour la plus complète réalisation de nous-mêmes.

— Pardon pour tous ces serments, mon cher ami et pour cette lettre abstraite. Vous me dites que vous pensez souvent à moi. Je vous assure que je ne vous oublie pas moi non plus, et que j'ai bien souvent fait le vœu d'avoir en campagne un compagnon comme vous, avec qui parler de choses qui libèrent un peu l'esprit. Et puis il me semble que nous sommes de vieux amis, et qu'une sympathie très lointaine et que je n'analyse pas nous unit.

— Peut-être n'êtes-vous pas très éloigné de nous en ce moment — car on nous dit qu'il y a beaucoup de cavalerie dans notre région. Nous venons de faire quelques 280 km à pied pour gagner les bords de la Marne à 70 km de la Capitale. Notre plus récente affaire a été celle de Sauvemont les Chambrettes (lecture probable : Louvemont et la ferme des Chambrettes, devant Verdun) le 17 Décembre dernier. Nous nous attendons à du nouveau, sous peu. —

Et vous ? Faites-moi vite signe si vous êtes dans nos parages

Avez-vous des camarades ? Et de chez vous, quelles nouvelles ? —

Je ne m'étonne pas que vous trouviez la lecture de Marc Aurèle tout à fait adaptée à notre situation. Lisez aussi Épictète — c'est prolixe, mais riche parfois — Quant à ce chant roumain il est en effet d'une très grande poésie — Merci de me l'avoir communiqué.

Au revoir, mon cher ami. Je vous serre bien affectivement.

J. Monod


De Germaine Ternynck, parente de Claude, sortie de Lille occupée en 1916.

Mon cher petit Claude,

Que dois-tu penser de mon long silence ? Tu dois croire que je t'oublie complètement. J'espère tout au moins qu'un petit paquet de quelques boîtes de conserves te sera bien arrivé et t'auras montré que même sans t'écrire ma pensée allait tout de même vers toi.

Pour m'excuser je dois te dire que ma Belle Mère et Janette sont revenues en décembre que j'ai passé près d'un mois à Paris près d'elle et que depuis nous les avons installées au Cannet dans une jolie petite villa et que nous sommes presque chaque jour sur la route !

J'ai eu des nouvelles de Chauny par des évacués et dernièrement par une carte de vingt mots de Mère ils vont tous bien mais Madi et René surveillent des ouvriers français qui font des ouvrages de défense par ordre Allemand ! Ne suivront-ils pas ces ouvriers quand on les emmènera plus loin travailler à d'autres endroits ?

Ce peu de nouvelles vous fait plaisir mais on voudrait toujours en savoir plus.

Je sais par M. Delsalles que tu as de bonnes nouvelles de tes Parents et j'en suis bien heureuse mon cher Claude car tu sais la grande affection que j'ai pour eux.

Ties (NDLR : sans doute Jean-Charles Fels, camarade de Claude à l’École des Roches et au 32e dragons) est au front près de Soissons nous avons de bonnes nouvelles de lui.

Albert a rejoint hier son escadrille après un long stage au G. D. E. (NDLR : Groupe des divisions d’entraînement de l’aviation) dont il ne gardera qu'un bien médiocre souvenir ; d'ici peu il fera une demande de pilotage pourvu qu'elle soit acceptée !

Es-tu encore avec tes amis que devient Patrick est-il dans l'aviation et a-t-il des nouvelles de son frère que je sais être parti pour Salonique.

Dis-moi si il ne te manque rien je me ferais un tel plaisir de t'envoyer ce qui pourrait te faire plaisir.

As-tu de quoi bien te couvrir par ces horribles froids ?

Ne te gêne pas pour me demander n'importe quoi et crois à toute mon affection et reçois mes meilleures amitiés.

Ta vieille Germaine Ternynek
Quelles nouvelles de Philipp ?


À Simonne Barrois. Première lettre de la journée.

Ma chère Simonne,

J'ai reçu hier ton petit colis qui m'a fait grand plaisir.

Nous sommes revenus des tranchées après 28 jours en suivant dans les boyaux etc et nous y sommes maintenant de nouveau avec les chevaux ; Tout près de toi d'ailleurs : 30 km environ.

Nous sommes dans les communs d'un très grand château et nous sommes affreusement mal installés dans d'immenses bâtiments de 7 à 8 mètres de hauteur. On y sent certainement beaucoup plus le froid que dans une tranchée. C'est le plus mauvais cantonnement que l'on ait jamais eu. Tout l'escadron est ensemble et c'est la véritable vie de quartier du temps de paix et en plus le froid et pas ___. Enfin, en général le moral fort mauvais.

Tout gèle : pinard, boîtes conserve, etc. Des difficultés terribles pour se laver, ni écrire enfin c'est le vrai filon.

J'ai de bonnes nouvelles de mère du 14 Janvier. Rien de neuf à Lille.

J'espère bientôt aller en permission. J'ai 3 mois et à tout prix j'irai à Paris. Je préférerai avec ma permission _____ tous.

Je t'envoie l'assurance de toute mon affection.
Ton cousin Claude


À M. Corneille, correspondant qui lui envoie de l’argent. Seconde lettre de la journée.

Mon cher Monsieur

Je vous remercie de vous d'être occupé de moi pendant les tranchées. Notre séjour là-bas s'est d'ailleurs vraiment fort bien passé.

Vous seriez donc donc bien aimable de m'envoyer 50 fr.

Nous sommes très mal installés et c'est d'un inconfortable même rudimentaire extraordinaire.

Pas une table pour écrire, ni un banc.

Recevez, cher Monsieur, l'assurance de toute ma reconnaissance et toutes mes amitiés.

Claude Saint-Léger


Carte-lettre signée « M. Maxime Descamps », vraisemblablement la mère de Max Descamps, camarade et cousin de Claude au 32e dragons.

Carte-Lettre

Claude Saint-Léger

32e Dragons

2e Cie 4e escadron

Secteur 14

Ce 13 Fév. 1917

Mon cher Claude,

J'ai reçu hier seulement ta lettre du 7 Février et j'en ai été bien content, car je commençais à m'inquiéter un peu de ton silence. Ce sont tes cousins qui t'ont succédé aux tranchées où ils ont aussi bien froid les pauvres gars. Enfin mes pauvres enfants, il faut continuer à souffrir avec patience en espérant que bientôt nous verrons la fin de nos maux. Je pense beaucoup à tes parents qui n'ont pas, comme moi la consolation de pouvoir correspondre avec leur fils. Par quel moyen leur donnes-tu maintenant de tes nouvelles & Philippe et toi ? Surtout mon cher Claude si tu as besoin de quelque vêtement ou objet, ne crains pas de me mettre à contribution. Dois-je te continuer les paquets au cantonnement. Pour avoir de l'argent écris-tu directement au bureau. Je voudrais, dans la mesure du possible que mon affection t'adoucisse un peu les souffrances de cette dure séparation de tes parents. Considère-moi donc mon cher Claude, comme une vieille maman à qui l'on confie ses peines et à qui l'on ose tout demander.

Je t'embrasse tendrement

M. Maxime Descamps


À M. Corneille. Relance de la demande d’argent du 8 février.

Cher Monsieur,

avez vous reçu il y a quelques jours la lettre où vous me demandiez de m'envoyer 50 fr. Vous seriez bien aimable de m'envoyer ces 50 fr et comme probablement vous m'aurez déjà envoyé quand vous recevrez la lettre, veuillez avoir l'amabilité de m'envoyer 50 autres francs car nous allons probablement retourner aux tranchées d'ici peu de jours et là-bas il est beaucoup plus compliqué de recevoir de l'argent.

Je vous remercie beaucoup de vous occuper de moi. Vous seriez bien aimable de m'envoyer les 50 ou 100 fr le plus vite possible car je vous ai demandé ces 50 fr me trouvant déjà assez à court et j'en ai vraiment besoin en ce moment.

Recevez, cher Monsieur, l'assurance de toute mon amitié.
Claude Saint-Léger


À Simonne Barrois. Le début de la lettre est illisible. Plusieurs passages sont lacunaires.

Ma chère Simonne, [Illisible ...]

J'ai reçu ta carte qui m'a fait le plus grand plaisir. Tu es bien gentille de me proposer d'aller me voir, mais nous partirons sans doute d'ici 2 à 3 jours en tranchées. Nous sommes en effet où tu penses que nous étions, mais il est vraiment tard pour que tu puisses venir me voir.

J'avais demandé du linge qui vint à oncle Hélène ___ m'évitait de le garder. Je te remercie en tout cas bien coup de ___ à ce sujet.

Mlle Marnaud est à ___ en ce moment. Je lui ai écrit hier, demain du jour où je t'avais écrit pour lui demander de l'argent. Je n'en ai pas et très peu, sans rien recevoir, et ne lui écrit qu'au dernier moment, aussi je suis assez gêné de cet argent. S'il n'était pas ___ tu serais bien gentille de me l'envoyer.

Aline me demande si cela ne gênerait pas qu'elle se serve de mon sac, si cela ne te dérange pas trop pourrais-tu le lui envoyer vide.

J'ai encore une fois besoin de linge et tu serais bien gentille si tu pouvais me trouver quelques socks, des chemises et caleçons car comme cause de la dernière fois ___ ___ j'ai attrape aux tranchées ___ la thon de la peau et le linge dur me provoque de terribles démangeaisons. Excuse-moi de te demander tant de choses et de t'entretenir de tous ces détails.

La question d'argent est celle qui me préoccupe le plus.

Je te remercie en tout et t'envoie, ma chère Simonne, l'assurance de toute ma reconnaissance et de mon affection. Bons baisers à ta fille.
Claude


À M. Corneille. Accusé de réception du mandat.

Cher Monsieur,

J'ai bien reçu aujourd'hui votre mandat. Je vous en remercie beaucoup. Je compte que vous aurez l'amabilité de m'en envoyer un semblable le plus vite possible, car celui-là était déjà fort entamé par l'argent que m'a prêté Patrick.

D'ailleurs nous retournons aux tranchées d'ici quelques jours.

Vous êtes bien aimable de vous occuper de moi.

Recevez, cher Monsieur, avec l'assurance de toute mon amitié, tous mes remerciements.
Claude


À Simonne Barrois. Nouvelles de Lille du 24 janvier et promotion de Jérôme Le Blan.

Ma chère Simonne

Tu es bien gentille de t'occuper aussi rapidement de moi j'ai reçu ton mandat et la boîte de conserve qui était excellente.

J'ai reçu aussi le mandat de Monsieur Corneille. Tout est donc fort bien arrangé ainsi.

Pour le linge, cela m'est tout à fait égal. Fais ce que tu penses être le mieux : ni trop froid, ni trop chaud, ce sera très bien.

On semble retarder notre départ aux tranchées, c'est peut être même définitif. Enfin personne n'en sait rien.

Sais-tu que Jérôme Le Blan est passé lieutenant ?

Nous avons des nouvelles de mère du 24 Janvier, rien de neuf à Lille ?

As-tu pu envoyer ce sac vide à Tine ?

Pour les vêtements je n'ai pas encore reçu de réponses de tante de Lavalette.

Je te remercie ma chère Simonne de ce que tu fais pour moi et je t'envoie l'assurance de toute mon affection. Bons baisers à tes filles.

Ton cousin
Claude.


À Simonne Barrois, écrite au cantonnement.

Ma chère Simonne

Je suis actuellement au "Bistro" un chahut formidable et un atmosphère presque irrespirable aussi j'espère que tu voudras bien excuser tout le bafouillage de ma lettre.

J'ai reçu ton caleçon et ta chemise. C'est tout très bien (tout à fait ce que je désire) un caleçon et une chemise me suffise pour l'instant ; mais la prochaine fois que je t'en demanderai (du linge) envoie la même chose ; c'est tout à fait bien.

Pour la question d'argent Monsieur Corneille a dû te donner ce qu'il fallait.

Le sac : c'est en effet ma valise dont je veux te parler.

Je t'écrirai d'avantage si des circonstances m'étaient plus favorables. Je t'envoie toute mon affection.

Ton cousin Claude.


D’Hélène de Lavalette, au sujet d’Annie, sœur de Claude, qui lui est confiée.

Mon cher Claude,

Voici toute la réponse que je puis vous donner au sujet d'Annie. Je viens de recevoir cette lettre. En prévision de ceci, j'avais demandé un renseignement dont j'attends la réponse. On m'avait parlé d'une maison en Italie. J'irai aux renseignements demain. Mais, vraiment, je suis fort contrariée. Je vais écrire à Mlle Roussel qu'elle tâche de faire durer la chose q.q. jours de plus, si elle pouvait garder Annie jusqu'aux vacances de Pâques qui devraient être vers le 20 Mars. Mais je vous avoue que si votre proposition m'avait souri, de l'envoyer à Versailles, je pense que vous trouverez comme moi qu'elle est guère méritée ni gagnée. Et si on voulait me la prendre ailleurs, elle irait y passer Pâques, sinon je vais la reprendre. Mais qu'en faire ? Je ne pense pas la descendre de Rosière après Pâques. Savez-vous qu'on ne la voudra nulle part ?

Par dessus le marché je suis un peu effrayée par les voyages ayant été vraiment fatiguée depuis un mois.

Enfin pensez à ceci. Je vous écrirai demain ce que j'aurai rapporté comme nouvelles, car c'est un nouveau petit déplacement.

Affectueusement à vous

Tante Hélène

Samedi 3 Mars


À sa tante, celle que les lettres appellent Tine. Lettre interrompue par un ordre de mouvement.

Ma chère Tante,

Je ne vous ai pas écrit depuis quelque temps, mais nous avons été sur l'eau depuis plus de 8 jours.

Alertes etc.

Enfin je crois que nous atteignons maintenant le point intéressant. Nous devions nous reposer après l'étape de ce matin, mais voici l'ordre de se préparer à une nouvelle étape dès ce soir.

Je suis bien étonné de ne pas avoir eu encore un seul mot d'Annie.

Vos télégrammes dont je vous remercie ont mis 5 jours à me rejoindre, ainsi le 2ème ne m'a guère étonné.

J'espère revoir bientôt père et mère. Nous étions partie un peu sceptiques mais ces alertes successives et les nouvelles d'aujourd'hui ...[Lettre interrompue]


À Tine. Premier compte rendu de la traversée des villages détruits.

Ma chère Tine

J'ai reçu votre lettre. Je suis très content que Philippe aille passer quelques jours de vacances à Nice. C'est une excellente chose qu'il se retrouve en famille et je regrette bien de ne pouvoir y être avec lui, mais ma permission réglementaire n'est peut-être pas très loin ; cela dépend de tant de choses qu'on ne peut rien dire de bien défini.

Avez-vous reçu la carte postale où je vous disais que j'ai traversé le pauvre Genlis où il ne reste pas une maison debout.

Ma pauvre petite Tine, j'ai bien pensé à vous ; je n'ai pas pu passer devant votre maison ; je suis arrivé par en bas : la route qui arrive à côté du château sur la grande place et j'en suis sorti par en face de la mairie, déjà éteinte, de chez les De La Cour. C'était éteint aussi mais le château et l'abbaye brûlaient encore.

Comme vous avez pu le voir dans les journaux Chauny est complètement brûlé. Je suis passé très près, mais tout cela en patrouille et nous ne pouvions aller où nous voulions. Les habitants d'un petit pays épargné m'ont assuré que Rouy avait été brûlé 8 jours avant notre arrivée. On m'a même raconté qu'on avait forcé l'oncle Émile à assister à l'incendie de son mobilier.

Pour tous les malheureux habitants des pays brûlés ils ont été évacués sur les grandes villes de l'arrière allemand : St Quentin etc. Je n'ai pas pu avoir d'autres renseignements.

Je vous embrasse bien tendrement ainsi que Philippe ; j'ai fort peu de temps pour écrire aussi je ne l'ai pas encore félicité de ses places d'anglais et de dessin.

Claude

(Ajout dans la marge verticale de la première page :) Je suis bien peiné de ce que vous me dites de Tante : vous devriez bien gentiment lui envoyer l'adresse de Charline.


À Tine. Reprise et développement de la lettre précédente, que Claude craint perdue.

Ma chère tante

Avez-vous reçu la lettre que je vous envoyais il y a quelques jours des pays libérés ?

Je crois qu'il a dû y avoir un tel désordre dans les postes qu'il ne serait nullement étonnant que des lettres aient été perdues.

Aussi je vous répète à peu près tout ce que je vous disais : d'abord qu'il ne reste rien de toute la région que nous connaissons si bien, les bois cependant ne sont pas trop abîmés mais tout ce qui est bâtiment et arbres fruitiers tout est à terre.

J'ai traversé la malheureuse Genlis où il ne reste rien de debout, l'abbaye brûlait encore, l'église que j'ai vue de loin m'a semblé être presque intacte (je ne suis passé que dans la partie basse du village).

Le seul village de cette région que j'aie vu intacte est justement celui où nous sommes (mon peloton) entrés les premiers, une heure après le départ des Allemands. Il est un des rares villages où il restait des habitants. Nous y avons été reçus d'une façon extraordinaire, presque tous ces gens connaissaient les Ternynck. Ils m'ont dit que l'oncle Émile avait été forcé d'assister à Noyon à l'incendie de tout son mobilier, que le château avait été brûlé 8 jours avant notre arrivée. Le sort des habitants est généralement le suivant : évacuation de tous les enfants des villages désignés pour être brûlés, soit dans des villages privilégiés, soit dans les grandes villes de l'arrière.

Mais un mois avant notre arrivée même, dès la fin de 1er Janvier, on avait déjà procédé à des rafles partielles.

Tous les jeunes gens et hommes ont été enlevés ainsi qu'un grand nombre de jeunes filles.

On m'a affirmé depuis que l'oncle Emile était en Allemagne comme otages.

Madi et Réné sont probablement eux aussi en Allemagne ou tout simplement derrière le front allemand. Tous les autres, Vaquel, tante Guy etc, doivent, à mon avis se trouver à St Quentin ou Cambrai.

Tout ceci est fort triste.

Si vous avez vu, tous ces villages qui brulent et tous les soirs des lueurs d'incendies, à chaque versement de route, des entonnoirs de 10 m de profondeur. La plus grande partie des églises, on avait fait sautés le choeur avec le clochet à la mine, presque toutes les cuves, sautées à la mine.

Tous les arbres qui n'étaient pas par terre ___ de telle sorte qu'un ___ de coup de bûche les avait fait tomber pour barrer la route.

Mon peloton a d'ailleurs marché assez fort sur 25 hommes, et des gradés, l'officier le sous-officier et 3 hommes cités et deux tués qui étaient de très bons camarades.

Les premiers nous avons reconnu un trop fameux canal et nous avons eu de la chance d'en sortir, avec cela, barrage d'artillerie, mitrailleuses, nous avons eu de la chance de nous en sortir ___ , il faut dire que nous emmenions un officier épatant (sa quatrième citation)

Enfin nous avons marché pendant 4 jours et ce sont d'innombrables et excellents souvenirs, à part la faim, et puis le spectacle lamentable du pays et des dégâts de bombardements.

Il se pourrait que j'aie la première permission d'ici quelques semaines, mais c'est une aléatoire ? ? ?

Que pensez vous que je pourrai faire pour vous voir ainsi que tata et Philippe.

Je vous embrasse affectueusement ainsi que mon oncle Léon et tous les gens d'ici.

Votre neveu


Lettre sans date, fin mars ou début avril 1917

À Simonne Barrois. (Non datée. Rattachée à la fin mars ou au début avril 1917 par son contenu : elle décrit les mêmes journées que les lettres des 25 mars et 2 avril, et annonce le retour du régiment à l’arrière.)

Ma chère Simonne

Je commence à recevoir tes colis qui me font le plus grand plaisir ; mais c'est déjà fini, voir si qu'on nous reforme à l'arrière en attendant d'autres événements, aussi tes colis ne sont plus nécessaires quoique quoiqu'ils sont, je t'assure, mangé avec le plus vif plaisir.

Dès que nous recommencerons (et je l'espère) ce genre de sport nourrissant pour moi, je te réécrirai.

Pour Annie je suis vraiment désolé que tante Hélène ne veuille pas te l'envoyer mais tante Hélène a les ordres de mère et toute la responsabilité, elle agit certainement suivant ce que mère lui a dit.

Nous avons passé quelques jours bien curieux tout à fait de la région que j'ai habitée si souvent.

La dévastation est fantastique ; il ne reste rien surtout de la région que je connaissais déjà.

Nous avons été les premiers (mon peloton) qui sommes entrés dans un des villages non brûlés de cette région. Les Allemands avaient évacué là tous les habitants des villages qu'ils destinaient à être brûlés. Ils l'avaient d'ailleurs quitté 1 h avant. Si tu avais vu ces gens pleurer, s'embrasser, nous embrasser, nos chevaux, nous donner, ceux qui avaient très faim, tout ce qu'ils avaient encore à manger et à boire. C'était vraiment extraordinaire.

Toutes leur villa qui brûlaient encore dans toutes les directions.

Un vieux bonhomme m'a offert un peu d'eau de vie qu'il avait caché aux Allemands avec un mal inouï, je crois ne jamais en avoir bu de meilleure.

(Je suis de plus en plus gourmand)

Enfin ce jour là nous avons été bien remontés car nous avions très faim.

Je t'embrasse tendrement ainsi que Fanny Jacqueline oncle tante Sella

Claude.


À Tine. Lettre d’envoi de la citation du 6 avril 1917.

Ma chère Tante

Ci-joint ma citation que je ne tiens pas à garder sur moi car nous sommes peut-être de nouveau pour de marcher.

Veuillez la garder uniquement pour vous, car elle pourrait occasionner les plus grands ennuis à père et mère et en tout cas, à moi, surtout à cause du dernier paragraphe

Je vous la redemanderai plus tard.

Vous êtes la seule personne à laquelle je la communique.

Je ne crois pas partir en permission avant longtemps.

Peut-être même reverrons-nous père et mère avant quoi que je sois un des prochains à partir.

Je vous embrasse tendrement.

Votre neveu

Claude

(Ajout dans la marge verticale :) Que devienne les Vaquette ?


À Tine, au retour de permission, dans le nouveau secteur de la basse forêt de Coucy.

Ma chère Tante

J'ai reçu votre lettre du 13 Mai qui a fait le détour du cantonnement et comme nous étions en avant-ligne nous ne recevions pas de lettre. En descendant en soutien j'ai retrouvé toutes les lettres.

Nous venons de passer 48 h assez mouvementé dans une maison abandonnée à 800 m en avant de nos premières lignes.

Tout s'est cependant très bien passé.

Nous sommes en face des tristes ruines de C. qui ne sont même plus des ruines.

Ce que vous me dites de tante Aline est bien triste.

L'oncle Théophane est-il lui aussi ____ ?

Pour mon manteau j'en ai acheté un autre à Pau.

Il a d'ailleurs été transformé hier en tas de boue.

Nous resterons probablement dans ce secteur qu'une quinzaine de jours.

Je vous remercie d'avoir envoyé deux lignes au M___. J'espère qu'elles parviendront à mère.

Le bombardement continue-t-il dans le secteur de Reims ? Nous sommes fort isolés et sans gouvernance.

Je vous remercie de vous intéresser à mes Pâques que j'ai fait le Dimanche des Rameaux.

Je vous embrasse affectueusement ainsi que les cousins.

Votre neveu

Claude

(Ajout de la main de Claude en fin de lettre :) Quelques lettres à ranger


De Monod, écrite en ligne, après l’offensive du Chemin des Dames.

FM Monod 4e Z 3e Bñ 131

Prière de suivre

M. Claude Saint-Léger

4e Escadron

32e Dragons S.P. 4

Mon cher ami,

Comme il y a longtemps que nous ne savons rien l'un de l'autre — Faites moi signe. Ne nous perdons pas de vue. Où êtes vous ? et où en êtes vous ! Nous passons par tant d'événements, d'émotions, de déceptions aussi qu'il faut parfois s'interroger mutuellement et s'aider ainsi à traverser cette dure époque —

Moi toujours aux zouaves. Je vous écris au fond d'un petit abri, en ligne — Nous encaissons de très violents bombardements mais sans attaque d'infanterie. C'est notre 2e période de tranchée depuis le 16 Avril. Nous avons eu des jours terribles à la ferme d'Hurtebise — Ici est plus calme, et nos pertes moins élevées.

J'irai à Paris en perm dans le courant de juin — Si vous deviez y passer à la même époque, ne nous manquons pas — Écrivez moi vite à ce sujet.

Bien affectueusement à vous

J. Monod —
4e Zouaves 8e Bataillon (lecture probable : 3e)
S.P. 131


De Patrick Le Blan, ami d’enfance lillois, évadé de Lille occupée comme Claude et son camarade au 32e dragons.

Mon cher Claude

Seul, dans une noire détresse, j'attends en vain un mot consolateur de toi. As-tu oublié ce vieux frère de captivité et serait-ce vrai que tu t'isoles dans un horrible égoïsme ? Je n'ose le croire et cependant je suis prêt à le croire. Je sais que vous êtes dans un vieux pays de connaissance mais les nouvelles que j'ai de Corcelles sont brèves et banales...

Il y a eu des nominations aux escadrons mais qui est nommé nous l'ignorons ou presque. Je sais que je ne le suis pas. C'est énorme me diras-tu, mais j'en prends sagement mon parti ne comptant plus que sur l'aviation où je crois avoir quelques chances de réussir.

Max est-il Logis (NDLR : maréchal des logis), et toi-même Es-tu Cabot (NDLR : caporal). Tout ce que je sais c'est que Lecouturier et Tassard le sont.

À part cela je m'ennuie mortellement. Le courrier vient nous distraire un peu. Bonnes et récentes nouvelles de Jérôme et de Lille.

As-tu quelques nouvelles de ton côté ?

Écris-moi, si tu as le temps, une longue lettre qui me fera bien plaisir.

Je t'assure —

Des bruits circulent. La 11 B. D. (NDLR : 11e brigade de dragons, dont relève le 32e dragons) serait remplacée par celle du 6 et 23. Vous viendriez de notre côté : Oh ! joy !

Bien affectueusement à toi

Patrick

Peux-tu me renseigner sur le sort de ma montre s.v.p. ?


De Patrick Le Blan, élève pilote à l’école d’aviation du Crotoy. La lettre est signée « Patrick », suivi de « Duval. Él. Pilote ».

Le Crotoy. Le 27 Juillet 1917

Un mot, mon vieux Claude, pour te dire que suis au Crotoy depuis 8 jours où j'attends de tes nouvelles. Voici plusieurs jours que je suis sans nouvelles du 32 Dragons. Vous devez être à ce que je crois, actuellement aux tranchées. J'espère que le secteur n'est pas trop mauvais ni surtout trop fatigant.

Ici, mon vieux Claude, c'est la bonne vie. École très chic, bord de la mer, etc. Je suis très bien installé.

Depuis hier je roule seul sur « pingouin » Caudron (NDLR : avion d’école) et ce soir je débuterai sur rouleur ou Pingouin Bleriot. Je fais de la vitesse et des virages savants sur la plage. Jusqu'ici je n'ai rien cassé, mais ça viendra.

Si je marche bien ce soir, j'espère passer Lundi en double commande, ce qui est un pas en avant.

Tu vois que je ne m'en fais pas, mon vieux Claude, mais cela ne m'empêche pas de penser aux amis du 32 et même parfois de les plaindre. Quel malheur que tu es de mauvais yeux. et pour cela on est très sévère. J'ai passé 4 visites et contre-visite depuis mon départ. Par conséquent pas moyen de tricher et d'ailleurs ce serait une folie que d'entrer dans l'aviation avec une mauvaise vue, la visibilité en avion n'étant déjà pas si grande.

J'ai retrouvé ici Robert Descamps qui est moniteur à l'école. Il s'occupe spécialement des élèves prêts à passer leur brevet. Sa femme et ses enfants sont en villa.

J'ai pris quelques bains de mer exquis. Voici notre emploi du temps. Réveil 4 h. 1/2 travail 5 à 9. 9 h. 1/2 à 10 cours. 10 h. 1/2 à 5 repos. 5 h. a 9 h. du soir travail. Comme tu vois on travaille. Maintenant les jours où il fait mauvais, vent ou pluie on dort, etc.

As-tu des nouvelles de Lille ? Les miennes sont rares.

Bien à toi

Patrick

Duval. Él. Pilote. Le Crotoy. Somme


De Marg. Greau à Claude, depuis Versailles, au sujet de sa sœur Annie. La lettre porte en tête une demande de renvoi.

Prière de me renvoyer cette lettre

Versailles 27 Août 1917

Cher Monsieur

D'après ce que vs me dites ds votre lettre, je crois comprendre que vs jugez préférable de ne pas permettre à Annie de venir me voir au Rochay.

Je le regrette très vivement, car ressentant pr elle une très grande affection, j'aurais été heureuse de pouvoir, tt en la distrayant un peu, lui donner de vive-voix les conseils que je m'efforce de rendre les meilleurs possibles et le plus profitable pr elle.

Je tâche d'user du grand ascendant que j'ai sur elle pr lui faire sa vie présente

Lorsque j'ai eu le grand plaisir de la voir au Mt Dore, elle me disait que cet hiver sans doute elle préparerait son brevet puisque sa mère semblait le désirer, ms qu'elle ne voulait plus retourner ds la même pension à Lyon pr plusieurs raisons ms surtout parce que les études duraient jusqu'en juin alors qu'à Paris la session avait lieu en Mars ---

Connaissant des pensions très sérieuses à Paris ou à Versailles je lui avais dit qu'il y aurait peut-être moyen de s'arranger si toutefois vs le lui permettiez, ms je ne savais pas la défense de sa mère et du reste je ne l'avais nullement poussée --

Je viens de recevoir une lettre d'Annie où elle me dit ce qu'elle va faire cet hiver très courageusement elle accepte son sort et je viens de lui écrire pour l'encourager ds cette bonne voie, pauvre Annie, elle espérait encore venir me voir car ça n'était que le lendemain que vous deviez lui donner la réponse je viens donc encore près de vous plaider sa cause ... la santé d'un de mes petits neveux les obligeant de partir au bord de la mer et nous ne rentrerons au Rochay que vers le 20 Sept. - Je viens donc vous demander puisqu'Annie est raisonnable de bien vouloir lui permettre à cette date de venir me voir et de faire connaissance avec ce ravissant pays qu'est la Bretagne ; j'espère que votre décision n'était pas tt à fait prise et que vous voudrez bien la laisser faire ce petit voyage qui, comme je vous le disais au début de cette lettre, lui ferait beaucoup de bien -

Veuillez me répondre au Chateau du Rochay par Langast, Côtes du Nord, ne sachant pas encore mon adresse au bord de la mer.

Je vous envoie cher Monsieur mes meilleures amitiés

Marg. Greau


D’Hélène de Lavalette, depuis Rozière, au sujet d’Annie.

Mon cher Claude.

Nous sommes sans nouvelles de vous. Et vous sans nouvelles de moi. Mais je n'avais pas grand chose à vous dire de bien fameux. Ci-joint la réponse reçue de Mlle Roussel.

J'ai parlé à Annie ce matin, avec mon oncle Joseph. L'explication n'a pas été orageuse mais sérieuse. J'ai dû, nous avons dû lui dire que nous nous conformions de fort loin aux instructions de mère. Elle invoque Père, je l'ai engagée à lui écrire. Mais j'ai ajouté que depuis 6 mois que je la voyais, je lui trouvais vraiment trop peu de consistance, d'effort, de désir de faire la volonté de mère. Je crois qu'elle se pliera aux conditions de Mlle Roussel ; mais je lui ai formellement refusé d'aller en Bretagne ; et même d'aller chez Tante Madeleine qui la demande à la Bourboule, toute disposée à lui faire plaisir lorsque un 1er trimestre aura prouvé sa bonne volonté et sa demeurance si on peut dire, au Cours Chevreul !

Je suis contrariée, peinée et très préoccupée. L'oncle Joseph lui a dit qu'il fallait qu'elle se soumette au désir de mère, qui devait avoir de sérieuses raisons de rester à Lille et qu'il ne fallait pas qu'elle nous oblige à rappeler mère en déclinant la responsabilité. Que si cela ne marche pas là, on cherche à autre chose de plus conforme encore à ce que voulait mère.

Annie me dit que Mlle Roussel exige qu'elle suive le cours du brevet avec latin. Ceci me semble bizarre. Je verrai Mlle Roussel Jeudi : car je pars pour Vichy. Je suis Hôtel de Londres et je rentrerai ici le 28, je serai à Villefranche le 4. Je vous tiendrai au courant. C'est malheureux qu'elle s'entête dans l'idée que mère ne l'aime pas et que quelque effort qu'elle fasse ne change rien vis à vis d'elle.

Ne vous inquiétez pas, je crois que cela s'arrangera. Mais je ne crois pas que mon autorité en devienne bien attendrie, du moins de sa part !

Je reçois votre carte contente de vos nouvelles. Affectueux embrassements de tous. Tendresses à vous.

Tante Hélène


D’Albert Ternynck, un garçon de douze ans, qui écrit aussi au nom de sa sœur Germaine.

Mon cher Claude

Il y a déjà quelques jours que je veux vous envoyer de nos nouvelles, mais je m'amuse tellement que je n'ai pas encore eu le temps.

Il faut dire aussi que j'ai commencé à un peu travailler ; je me remets à bûcher mon latin et les mathématiques ; ce qu'il m'arrive aussi très souvent c'est de faire un petit voyage (par la pensée malheureusement ! !) à Rozière. C'est avec plaisir que je me rappelle les bons moments passés ensemble.

Germaine me charge de vous remercier de votre lettre qui lui a fait grand plaisir. Elle réclame la photographie de "Sultan". Elle demande si vous n'avez pas trouvé une araignée dans les tranchées, araignées du soir naturellement, vous lui aviez promis de lui en envoyer une. Ma chère sœur a un peu moins peur de ces animaux-là ce doit être vous qui avez commencé à la dresser !

Avez-vous toujours d'aussi gros rats dans les tranchées, je vous plains.

Que faites vous quand vos voisins d'en face vous laissent au repos ? Je voudrais bien aller vous tenir compagnie mais malheureusement on refuse les volontaires de 12 ans.

Est-ce que vous profitez un peu de votre cheval quand vous êtes à l'arrière ?

Au revoir mon cher Claude, envoyez nous de vos nouvelles vous nous ferez toujours plaisir, Germaine vous envoie son bon souvenir et moi toutes mes amitiés

Albert Ternynck .


Carte d’un interné français en Suisse, à Frutigen, adressée à « Monsieur St Léger » à Lille occupée, vraisemblablement André Saint-Léger, père de Claude. Elle est conservée dans le fonds avec les lettres reçues par Claude.

Carte-Lettre / Carte postale militaire - Internement des Prisonniers de Guerre (Frutigen - Suisse)

Expéditeur : De Paulin, Interné français, Pension Doldenhorn, Frutigen

Destinataire : Monsieur St Léger, 107 Rue Royale, Lille (Nord) - Pays occupé

Tampon : Marie (lecture probable : Mairie) de Lille, correspondance, le 30 Nov 1917. Service gratuit

Frutigen le 5 Oct. 1917 - Mon cher Camarade, Merci de tes cartes du 1er Sept., elles m'ont fait bien plaisir, nous allons tous très bien, et les enfants profitent bien de leurs vacances. Gaston a eu un fils, et tout s'est bien passé. Je voudrais voir revenir Marcel, car il est très fatigué. Donat va bien maintenant et tu peux être tranquille. Emile et lui travaillent ferme pour l'avenir. Adeline serait bien contente de revoir tes fourrures pour l'hiver. Laurette t'embrasse, Carl, tous les amis, et parents vont bien. Tous nous pensons bien à vous et vous envoyons notre souvenir le plus affectueux. Bien reçu photo de Guitte.

(Toujours même adresse à Frutigen) D. Paulin


De Patrick Le Blan, devenu pilote, écrite au château de La Herse, à Saint-Ay (Loiret), chez son oncle, avant son départ pour l’école d’Avord.

Mon vieux Claude

Un mot avant de partir à Avord pour me perfectionner sur Nieuport (chasseurs monoplaces). Je serai ravi d'avoir de tes nouvelles. J'en ai eu de toi aussi par d'Annie indirectement à Paris, j'ai même vu ta photo en brave petit troupier... et en famille.

Si je ne t'écris pas souvent je ne t'oublie pas, mon vieux, et pense souvent à toi. J'espère que tu ne souffres pas trop et que tu prends la vie militaire du bon côté. Au point de vue danger tu n'es pas mal partagé et si je me demande maintenant s'il ne faudrait pas mieux être mal et avoir la quasi certitude de ramener sa peau. Enfin ne nous plaignons pas -

Ecris moi donc un mot mon vieux Claude, tu me feras plaisir

Bonnes nouvelles de tous et toi, quoi de neuf ?

Bien à toi

Patrick

Duval.
Pilote
Division Nieuport
École d'Aviation, Avord
Cher


De Joseph Charé de Lavalette, oncle par alliance de Claude, chef de bataillon au 118e régiment d’infanterie territoriale.

Carte-Lettre - Correspondance des Armées de la République

Expéditeur : de Lavalette, Chef de bat., 118e RIT, 1re cie, Secteur postal n° 52

Adresse : M. Claude Saint Léger

Mon cher Claude,

Il vous est formellement interdit de donner directement avis aux familles du décès d'un de leurs membres, moi-même ai été placé dans la pénible alternative de refuser un renseignement que pourtant je ne savais hélas que trop certain. C'est au ministre de la guerre que les familles doivent s'adresser.

Bien que j'espère qu'à l'heure actuelle ton camarade aura eu des nouvelles de son frère, je vais écrire de mon côté espérant qu'on voudra bien faire une entorse au règlement et te communiquerai le renseignement dès que je l'aurai.

Ton Oncle affectueux

Joseph de Lavalette


De Robert Saint-Léger, cousin germain de Claude, maréchal des logis d’artillerie lourde, écrite en permission à La Bivellerie.

Mon cher Claude,

Je me trouvais justement en permission à la Bivellerie quand j'ais reçu ta lettre à laquelle je me fais un plaisir de répondre de suite. En effet, voici des éternités que je n'avais eu de tes nouvelles et d'autre part, il m'a été impossible de t'écrire le premier n'ayant pu me procurer ton adresse. Je crois cependant que si je le regrette, ni mes parents ni moi ne t'en voulons de ton silence car je sais que le propre du militaire est d'être flemmard.

Tu ne me dis pas du tout où tu es ni si ton secteur est bon ou mauvais, mais j'espère beaucoup que maintenant que la liaison est reprise, elle ne se rompra plus. Pour ce qui me concerne, voici mes états de service. J'ai quitté Brest en mars 1916, suis resté quatre mois à Vincennes, puis suis parti en juillet pour la Somme où j'ai été blessé à l'épaule le 6 octobre. De là, séjour dans plusieurs hôpitaux et à mon dépôt à Lyon. En mars, reparti en renfort dans une batterie de 220, j'ai fait l'attaque de l'Aisne, puis celle de Verdun où mon groupe se trouve depuis le 15 juillet.

Je crois heureusement que nous allons nous réformer cet hiver à l'arrière, car nous n'avons plus que 2 pièces au groupe et il n'en existe plus de ce vieux modèle.

Quelle guigne que tu aies ta permission dans un mois seulement !

J'ai eu cette fois ci 19 jours, ayant obtenu un rappel de 7 jours et ayant eu à Verdun ma deuxième citation.

Mon père est depuis quelques jours nommé à Paris au ministère de la guerre de sorte que toute la famille se réinstalle rue de la Boëtie N° 32 le 9 ou le 10 de ce mois. Ma mère me charge de te dire qu'elle sera très heureuse de te recevoir à l'époque de ta permission. Inutile de te dire que tu seras à la maison entièrement libre de faire ce que tu voudras et d'aller où tu veux.

Je m'arrangerai si je suis à ce moment à l'arrière pour aller en 24 heures te voir, ce qui me ferait grand plaisir.

J'oubliais complètement de te féliciter de la manière épatante dont tu as filé de Lille et je trouve qu'on aurait bien dû t'accorder pour cela la médaille militaire.

Surtout, ne retombes pas dans le silence et écris moi au front car j'y repars dans trois jours.

Je t'envoie mes meilleures amitiés.

Robert Saint Léger
Mar. des Logis au 286e artill. lourde
3e Groupe
25e Battie
S. P. 218

Je te rappelle mon adresse à Paris
32 rue la Boëtie
Paris (8e)


D’Hélène de Lavalette, qui transmet une carte venue de Lille.

Mon cher Claude,

Je reçois de René cette carte de mère : voyez-la et renvoyez-la moi, afin que je l'envoie à Monsieur Vermersch.

Elle paraît de date récente 29. Oct. me semble-t-il.

J'ai vu René la semaine passée : elle avait une queue de grippe. Je pense que cela s'arrange. Elle a passé 2 jours ici.

J'ai vu Mlle Roumé (lecture incertaine : Roussel ?) samedi : elle en paraît très satisfaite. Elle trouve qu'il y a certainement effort et très méritoire.

Et pense que le programme marchera. Annie fait le latin avec intérêt.

Si Tine a remporté vos affaires à Pau, vous les y trouverez. Le plus vite possible j'espère, car cette débâcle italienne me semble pas devoir favoriser les permissions.

J'espère que le temps n'est pas trop dur ?

Nous avons déjà eu de la neige ici, mais sans durée et il fait surtout très humide.

J'ai de bonnes nouvelles de l'oncle Joseph qui m'a écrit hier que votre lettre reçue. Il s'occupait de ce que vous demandiez. Vous pouvez être assuré que la démarche sera faite par lui-même aussi vivement que possible.

Tante Cécile a perdu sa mère. Les épreuves la suivent bien, hélas.

Nous sommes allés avec Annie, voir une jeune dame de Lille : Leclerc Motte (belle-fille de M. Leclerc Huet) qui est à Loos, dont les nièces (Leclerc Huet) sont avec Geneviève.

Adieu, mon cher grand.

Tous, nous vous embrassons bien affectueusement.

Tante Hélène


De Patrick Le Blan, à l’école d’aviation d’Avord.

Mon vieux Claude

J'ai reçu hier ta longue lettre qui m'a fait le plus grand plaisir. Hélas je vois que tu es en première ligne et je sais que c'est dur. Évidemment tu n'as pas tort d'essayer de passer aspirant d'infanterie. C'est le seul moyen d'en sortir et je le ferai à ta place. Il me semble qu'en insistant auprès du Colonel on ne peut te refuser cela. Surtout ne crains pas d'aller aux huiles. Plus je vais et plus je me dis que nous tous au 32 qui sommes restés éternellement 2e classe ou cabots, nous avons été des poires et que nous n'avons pas su montrer aux officiers qui nous étions et que souvent nous étions plus intéressants qu'eux. Non mon vieux Claude, je ne regrette pas d'avoir jeté aux orties l'habit de Cavalier, évidemment l'aviation est un sport dangereux, mais on est libre dans son avion et seul avec sa conscience, c'est énorme. Oui, je regrette bien que tu n'es pas pu venir avec moi, nous aurions fait du bon travail. S'il ne m'arrive rien d'ici là dans un mois je serai au front et ça « gazera ».

Je suis à Avord pour quelques jours encore. J'ai quitté le Nieuport 28 m pour monter le Nieup. 23 sur lequel je vais faire mes débuts seul, puis le 18 m sur lequel je ferai mes 3000 (NDLR : épreuve de montée à 3 000 mètres) — c'est tout pour ici. Après Pau (l'école d'acrobaties). J'en frissonne d'avance.

Donne moi quelquefois de tes nouvelles, si tu as le temps écrit moi encore une fois à Avord.

Bien à toi

Ton vieux

Patrick

Brig. Duval. Pilote Div. Nieup.

Avord


De Monod, au retour de permission, après la prise du fort de la Malmaison.

J. Monod

4e Zouaves, 8e Bat (lecture probable : 3e), S.P. 181 (lecture probable : 131)

Mon cher ami,

Je trouve votre mot en rentrant de permission, et j'avoue que c'est une surprise à laquelle je ne m'attendais plus : où étiez vous ? Vous ai-je assez cherché ? Je vous ai écrit à l'adresse que vous me donnez — puis ne recevant pas de réponse, j'ai fait passer ma lettre par le dépôt — Échec encore — Alors j'ai supplié les Roches, et M. Bertier — Celui-ci hier m'écrit que Loubet va me renseigner etc. etc.

Vraiment je ne comprends pas cette brisure soudaine de notre correspondance, nous avions entamé une conversation qui sortait de la banalité normale, et puis le silence s'est fait sans que nous sachions sans doute ni l'un ni l'autre qui a coupé la communication. Mais il faut la reprendre et tout de suite — ne trouvez vous pas que les relations d'avant-guerre, quand elles étaient solides, sont celles qui semblent maintenant avoir pour nous le plus de prix ? — Pour moi je pense à vous, et à quelques uns de vos camarades comme à des amis, pas de plus avec qui j'ai plus de « commun » qu'avec tant d'autres qu'on ne cesse de heurter dans l'existence — et qui se sentent abominablement étrangers.

Dites moi vite ce que vous devenez, ce que vous lirez, pensez etc. Il faut que nous nous mettions un peu au diapason. Avez vous des nouvelles de Lille ? Où passez vous vos permissions ? — Pour moi, rien de bien vaillant.

Toujours zouave infirmier, et c'est là que me trouvera la fin de la guerre... ou la fin de toute chose. Nous venons en effet de mener l'attaque du fort de la Malmaison. Nous sommes le bataillon Giraud — mélange d'horreurs et de choses admirables, comme toute la guerre d'ailleurs. J'espère que vous « croyez » toujours en ce que nous faisons — que la durée de la guerre et les événements contraires n'ont rien changé à ce que vous pensiez quand vous vous êtes revenu — moi je crois être toujours le même...

ce serait ___ vous un peu longuement comme vous le faisiez autrefois. Toujours très affectueusement à vous.

J. Monod

Nous sommes actuellement près d'Avize (Épernay). »


De Joseph de Lavalette, qui joint la réponse obtenue sur le frère d’un camarade de Claude.

18 Nov. 1917

Mon cher Claude,

Tu trouveras ci-joint la réponse qui m'a été faite. Je compte sur ta délicatesse pour mettre tous les ménagements désirables en informant ton camarade du décès de son frère — si toutefois il n'en est pas encore avisé — Je compte également sur ta discrétion pour ne pas attirer de désagrément à un officier qui a fait une entorse au règlement pour me rendre service.

Ton Oncle affectionné

Joseph de Lavalette


Fragment de lettre sans date ni destinataire

Fragment. Le tutoiement et les remerciements désignent vraisemblablement Simonne Barrois. (Aucun élément ne permet de le dater à l’intérieur de 1917.)

plaisir de les embrasser me manque ici lourdement ;

Il faut que je me dépêche pour le courrier ; je n'ai d'ailleurs pas relu ma lettre qui est vraiment lamentable et ne saurait te dire tous mes remerciements et toute mon affection.

Je n'irai pas aux tranchées avant 15 j. et compte vous écrire bientôt.


, date incertaine

De Pierre Jaboin, cavalier du 32e dragons hospitalisé à Creil. Lettre datée d’un mardi, sans mois ni année.

Mardi -

Quoi de nouveau, mon vieux Saint-Léger à ce Divin 32e regiment. La vie y est elle toujours aussi gaie ? Aurais-je le plaisir de te retrouver à mon peloton lorsque je serai de retour ! car il m'arrive quelquefois d'y penser !

En attendant je me laisse vivre, et je t'assure qu'après deux ans de cavalerie, un petit stage à l'hôpital n'est pas du tout désagréable.

Comme tu le vois je suis à Creil, à une heure de Paris, mais je ne peux guère en profiter car je commence seulement à marcher un peu. Le major estime qu'il me faudra un certain temps avant que je me sois complètement rétabli. Tout de même j'irais me faire un tour dans le midi ou au bord de la mer avant ma permission de convalescence. Comme tout de même je ne suis pas à plaindre.

J'attends des nouvelles de toi et du régiment et en te priant de me rappeler au bon souvenir des camarades je te serre bien cordialement la main.

Pierre Jaboin


Sources

Autres années

1916 Lettres de Claude
1918 Lettres a Claude