Lettres à Claude

Lettres à Claude

1919 Lettres a Claude

Lundi le 14 avril 1919

[Annotation portée en tête par le destinataire : « Rép. 8-5-19 » (répondu le 8 mai 1919).]

Cher Amie,

Je [vous] ai répondu à votre bonne petite lettre que m'a fait plaisir d'avoir de vos bonne nouvelle (sic), quant à moi je […] je suis toujours en perme[ission], cela n'a [rien] ici (?) qu'à Court-St-Étienne, cela est bien triste pour un permissionnaire, je repars le 24 ou 25 de Château-Thierry. Enfin mon cher Amie…

…tout est bien triste. Je [vois] que vous vous amusez très bien à Lille, cher Amie. On ne vous oublie jamais comme […] pour nous, restant plus tôt camarade (?). [Vous] me demande[z] ma photographie, mais [je vous l'enverrai] avec bon plaisir, pour vous comme [vous avez fait] pour nous. Tous les remerciments de mes cher Parents de Château[-Thierry] (?) pour les bien[s] (?) que vous m'avez donné[s]

…étant à l'hôpital, je termine.

Cher Amie, ma petite [marraine ?], en espérant de vous revoir un peu en [tenue] civile. Bien des compliments à vos chers Parents.

Un Ami qui pense toujours à ces camarade de combats (sic)

[Signature : Achille (?) Curlier (?)]

[Adresse de l'expéditeur, lecture incertaine :]

chez Monsieur Cheval-Riffault (?)
rue des Tuiles (?)
No 51 (?) Château-Thierry

Herbeck, le 01/05/1919

Mon cher Claude,

Je te remercie de ta lettre que j'ai trouvé à ma rentrée à la Cie.

Hélas moins heureux que toi j'ai été obligé de revenir, pour quelque temps encore. Tu peux croire que c'est le cœur bien gros que j'ai repris le train.

En arrivant j'ai trouvé Bogard tout seul car Pally (?) était parti en permission depuis 4 jours. La compagnie est complètement démantelée car les classes 16 et 17 sont parties en renfort dans des divisions d'occupation et le Bon (bataillon) va sous peu rejoindre l'intérieur.

Tu me demandes si mes affaires vont reprendre mais je dois te dire que j'ai vendu ma maison car je n'avais pas de capitaux pour pouvoir continuer.

Je verrai par la suite pour me refaire une situation, car avec le travail on (?) arrive toujours.

Le Lieutt Thouvignon (?) est rentré de perm. hier.

D'après ce que tu me dis tu dois avoir plus de travail en ce moment que tu n'en avais avec nous. mais tu dois le faire avec plus de courage car tu sais que c'est pour un idéal (?).

Tous les camarades me prie de te transmettre leurs amitiés.

Dans l'attente de tes nouvelles, je termine en t'envoyant mes meilleures amitiés.

Court-Saint-Étienne, le 25 mai 1919

Cher Monsieur,

Voilà bien longtemps que ns (nous) n'avons eu le plaisir de recevoir de vos bonnes nouvelles. Ns ne savons ce que vous devenez ! Êtes-vous démobilisé ou êtes-vous toujours avec vos petits chasseurs. Cependant un petit mot de vous nous ferait grand plaisir, car nous suivons de loin, avec intérêt tous les braves alliés qui sont passés chez nous.

Maintenant, Court-Saint-Étienne est rentré dans le calme complet, les dernières troupes canadiennes nous ont quittées il y a 1 mois.

À quand votre visite, il serait bien bon revenir ici en ce moment, je crois même que vous ne vous y reconnaîtriez plus, tant le village a changé d'aspect et qu'il fait agréable ici en cette saison.

La vie industrielle reprend petit à petit, les Usines Henricot (?) occupent déjà une grande partie de son personnel, les ingénieurs ayant pu récupérer une assez grande partie de leurs machines emmenées en Allemagne.

Les filatures de Chousty (?) et de Bousval (?) sont également en marche, seulement on parle de fermer déjà tellement les ouvriers demandent de forts salaires.

Maintenant une nouvelle : ma fille aînée se marie le 10 juin avec le monsieur dont je vous ai parlé et qui a beaucoup regretté ne pas avoir fait votre connaissance. Ils partent pour 15 jours pour le midi de la France, ensuite ils rentrent à Bruxelles où ils s'installent en ménage 22, rue [illisible].

Nous attendons toujours la photo promise.

Le 26 juillet 1919

Mon cher Claude,

Tu m'excusera (sic) de ne pas t'avoir écrit plus tôt, mais ce n'est de l'oubli. Je dois te dire que c'est demain l'heureux jour que je quitte le Bon (bataillon) pour toujours, avec moi Lambolez (?) qui a bénéficier (sic) de nouvelles majorations et qui est démobilisé avec moi.

À la Cie il y en a déjà pas mal de partis : Ajout (?), Mertanne (?), Joannic (?), ect… (sic)

Le Bon est toujours à Metz qui doit être ta garnison définitive.

Pour le 14 il y a eu de folies fêtes (?) et nous ne nous sommes pas ennuyer (sic).

Tous les camarades t'envoie le bonjour (sic).

Quand tu me répondra (sic), écrit (sic) à Lyon.

Dans l'attente de tes nouvelles je termine en te serrant cordialement la main.

Bien à toi

28, rue Basbuet (?) — Lyon

Début août 1919

Cher Monsieur,

Voici le mois d'août arrivé, je viens vous rappeler la promesse que vous nous avez faite de venir nous rendre visite vers cette époque.

Nous attendons l'annonce de votre arrivée.

Reconnaîtrez-vous sur la vue, l'église de [nom de lieu illisible] où vous avez […]

[Fin du message inversée en haut de la carte, partiellement lisible :] … recevez […] nos meilleures amitiés. [signature illisible]

Adresse

Mr C. Saint Léger
107, Rue Royale, 107
Lille
Nord

Marquillies, le 8 septembre 1919

Excuse-moi mon cher Claude si je ne t'ai pas dit plus tôt combien j'avais été sensible à la sympathie que tu m'as témoignée au moment de la mort de mon pauvre beau-père.

Tu savais l'affection et l'intimité qui nous unissaient. Cette mort s'ajoutant à tant de chagrins déjà laisse un vide immense ! Que veux-tu que je te dise de plus, tout disparaît devant ce nouvel effondrement. Les nouvelles charges qui nous incombent sont bien lourdes, pourvu que nous puissions les remplir. Heureusement que nous avons nos bons amis Beghin, sans eux que serions-nous devenus ?!

Ma belle-mère va bien. Tu devines si elle a de la besogne, ce qui malgré tout est une excellente diversion. Et puis, tu sais, on a du courage. Si sa vie et la mienne sont terminées, nous avons celle de Max pour frère, celles de mes filles pour moi à préparer. Je veux qu'elles soient heureuses. Et quand je me sens découragée je me tourne vers elles et… j'oublie ! J'accepte toutes mes peines si elles peuvent payer le bonheur de ceux que j'aime : si ce vœu se réalise sois assuré que tu seras parmi les heureux.

La vie n'est pas toujours triste et quand elle est belle je t'assure qu'elle est bonne à vivre : tu as payé ton tribut aux ennuis, l'avenir s'ouvre devant toi et je souhaite de tout mon cœur qu'il soit pour toi aussi doux qu'ont été pour moi les quelques années de mon mariage, mais qu'il soit pour toi aussi long qu'il a pour moi été court !

Mes petites vont bien, tu les as gâtées. Elles sont toujours aussi gourmandes et tes chocolats ont été accueillis avec des cris enthousiastes. Elles ont passé de bonnes vacances avec les cousins Wallaert. Leur institutrice les refait travailler depuis hier, ce dont elles se passeraient volontiers.

Ta sœur est chez moi. Il est près de midi, je crois qu'elle dort encore profondément. Elle s'arrondit heureusement : vois-tu qu'elle t'amène deux neveux au lieu d'un. Gilbert est reparti à Paris hier avec Max et de Bonville (?), ces derniers allant chercher la Delage de l'oncle Jean, la 8 cyl. Ford étant définitivement en panne, il nous fallait une voiture pour la remplacer.

L'usine se monte, on espère qu'elle tournera dans 5 ou 6 semaines. La cheminée fume depuis huit jours, mon pauvre beau-père n'a même pas eu la joie de voir cela.

Dimanche il y a eu une petite ouverture à La Vallée, on a tué 70 perdreaux. Pour ne pas en perdre l'habitude je suis rentrée bredouille, au désespoir de mes filles qui y mettent beaucoup plus d'amour-propre que moi.

Mais je ne te demande pas de tes nouvelles. Comment te sens-tu ? La souplesse revient-elle un peu ? Peux-tu te promener ? Tu sais que tu as besoin de te remettre au vert avant la mauvaise saison. Ta chambre t'attend toujours ici. Je souhaite que le temps soit meilleur, alors. Nous avons eu un été déplorable.

Allons je te laisse. Je n'ose entreprendre une troisième feuille. Envoie-moi encore de tes nouvelles et crois à ma fidèle affection.

Vivienne Barrois (?)

Autres années

1919 Lettre de Claude
1919 Lettres militaires a Claude