Lettres de militaires à Claude - 1919
Lettres de militaires à Claude - 1919
Le 1er mai 1919 — 12e Chasseurs Alpins
[Lieu en tête illisible : « Tran[s]vallez » ? Annotation du destinataire : « Rép. 6-5-19 » (répondu le 6 mai 1919).]
Mon Aspirant,
Je viens vous parler des nouvelles depuis que vous nous avez quitter (sic).
Peut-être que vous avez eu des nouvelles que la Classe dix-sept devait quitter le Bataillon. [L'heure ?] est parvenue. Et j'ai quitter (sic) les copains avec regret, surtout pour rentrer dans une autre Bataillon. Enfin j'espère que nous aurons bientôt la libération.
Nous sommes divisé dans quatre Bataillons différents, c'est-à-dire au 12e, 11e, 30e et 14e. Alors c'est quelque chose surtout quand ont est Alpins (sic) !
J'espère que de votre côté c'est encore le meilleur [séjour ?]. J'ai [abandonné ?] le caporal Charrier (?). Je suis le seul de la section qui est parti. Enfin oublions tout cela.
[L'heure ?] est parvenue où nous rentrerons tous dans nos foyers ! Nous sommes tous très près de [Landau ?] dans des petits villages. Et pas trop malheureux. Nous sommes tous coucher (sic) dans des lits. C'est une affaire pour nous !
J'espère que ma lettre vous [trouvera en bonne santé ?].
Recevez de la part d'un de vos Chasseurs une amicale poignée de main.
[Signature : « Bonijôt (?) Raymond (?) »]
au 12e Chasseurs Alpins, 2e Cie de Mitrailleuses, Secteur 192 (?)
Germersheim, le 21 mai 1919 — 12e Chasseurs Alpins
[Annotation du destinataire : « Rép. 7-6-19 » (répondu le 7 juin 1919).]
Mon Aspirant,
Comme j'ai le remerciement à vous faire de votre bon cœur que vous avez gardé envers vos petits Chasseurs !?? J'ai reçu votre petit paquet de chocolats qui m'a fait bien plaisir. Allons, il me reste donc à vous remercier !
En ce moment nous sommes sur le bord du Rhin. Et c'pas trop malheureux (sic). La garde est assez sérieuse, c'est le plus dur de notre travail ! Me voilà habitué avec mes nouveaux camarades. La discipline est beaucoup plus sévère que celle du 26e. Et c'est plus élégant. J'ai reçu des nouvelles du caporal Charrier ! Allons, il me raconte les bonnes aventures des copains !
Le copain Landay (?) est Héritier d'un petit garçon ou d'une petite fille. J'espère qu'après la libération éventuellement (sic) retrouverons tous ensemble.
Recevez, mon aspirant, d'un ami qui ne vous oubliera jamais. Car je n'ai jamais estimé que vous à la première C.M. (compagnie de mitrailleuses), sur les sous-officiers.
Une sincère reconnaissance, et poignée de main.
[Signature : « Bénézet (?) Raymond »]
12e Alpins, 2e C.M., Secteur 192
Le 27 juin 1919
[Annotation du destinataire : « Rép. 13-7-19 ».]
Cher ami,
Je m'empresse vraiment à vous faire réponse à votre gentille lettre qui m'a fait un plaisir de vous savoir en très bonne santé. Mes (mais) mon cher ami, comme je suis plus à la première C.M., je suis passé à la 6e Compagnie et je suis ordonnance des chevaux du Capitaine. Et nous sommes à quatre kilo[mètres] du bataillon et j'avais perdu votre adresse.
Mes (mais) pour ma chère petite Élise, elle vas (sic) toujours très bien, et si vous avez l'occasion de passez (sic) à Court donnez-lui bien le bonjour de ma part, où vous était (étiez) chez le percepteur […] ici quand […] demoiselle […] mes (mais) j'ai appris (?) qu'il en avais (sic) une qui était Marie (?). Les jours […] vas (sic) très bien pour le moment. Vous [êtes ?] à Metz et pas de […] trop ennuyer (d'ennuis ?).
Mes (mais) je vois que votre […] comme à se tirez (se tirer ?). Je suis en train de me demande (sic) si vous allez avoir une prolongation ou si vous allez rentré (sic) au Bataillon. Vous me dite (sic) que vous regrette (sic) de pas être avec [nous] pour la potée (?), mes (mais) moi aussi j'aurais été très heureux que vous soyez avec [nous]. Mes (mais) je termine car j'ai beaucoup de travaille (sic).
Je vous envoie mes plus grande (sic) amitiés, mes meilleurs souvenir (sic), une cordiale poigne (poignée) de main de très loing (sic).
Votre amis (sic) qui ne vous oubliras (sic) plus,
Edmond Rolland
Voici mon adresse : Monsieur Edmond Rolland, 26e B.C.P. - 6e Compagnie, S.P. 115.
Bien des choses à vos parents de ma part. S.V.P. (?)
Landau, le 7 juillet 1919
[Recto : carte postale illustrée allemande, « Kriegsbilder aus den Vogesen. Kavallerie-Patrouille. » (Images de guerre des Vosges. Patrouille de cavalerie.) — « Feldpostkarte ». Éditeur imprimé : Verlag Emil Hartmann, Strassburg ; Aufnahme Hofphotograph Eberth, Cassel. Annotation du destinataire : « Rép. 19-7-19 ».]
Mon aspirant,
Je vous remercie bien de votre petit coli (colis) que j'ai reçu, voilà déjà un certain moment.?? Et j'ai malheureusement [été] parti pour une bien triste permission ! J'ai été frappé d'une bien triste nouvelle : j'ai perdu mon père, ce 1er juin. Il n'était [pas] du tout malade. Cela m'a bien surpris.
Enfin, que la terre [lui] soit bien légère (sic : « petite » ?). La mort vous frappe à chaque instant. Nous sommes à Landau, petite ville assez coquette et vibrante. J'espère que bientôt nous serons prochainement [en] liberté. Quelle joie, ce jour !
Voilà encore une nouvelle (?) : j'ai reçu des nouvelles des copains du 26e. Je vous quitte pour aujourd'hui. Recevez, d'un de vos anciens, une sincère sympathie, [poignée] de main.
Bénézet (?) Raymond
12e Alpins, 2e C.M., Secteur 192
Metz, 20 août 1919
[Annotation du destinataire : « Rép. 15 sept. 19 ».]
Mon cher Aspirant,
Vraiment, que devez-vous penser de moi, de ce trop long silence dû, je l'avoue, à ma négligence ! Dois-je espérer être excusé ?
Je reçois à l'instant votre charmante lettre et vous remercie bien sincèrement de l'intérêt que vous me portez et croyez, je vous prie, à toute ma reconnaissance.
Je suis en effet papa d'un joli petit garçon depuis le 11 mai. Il s'appelle Henri et se porte, ainsi que sa maman, aussi bien qu'on peut le désirer. Je m'étais pourtant bien promis de vous faire savoir cet événement, mais comme je vous le disais tout à l'heure, grâce à ma négligence et à force de remettre au lendemain, j'ai trouvé le moyen de vous le laisser apprendre par d'autres.
J'avais, à cette occasion, obtenu une permission de trois jours. En rentrant, on m'expédie comme secrétaire à la Sous-Intendance de la 28e D.I. (?). Je croyais presque y rester jusqu'à la fin de mon service, mais malheureusement cela n'était que provisoirement et j'y suis resté vingt jours seulement. En rentrant, je repars en permission de détente et je me trouve chez moi avec mon frère, alors encore mobilisé et ex-congé (sic) comme moi. Or, pendant ces déplacements continuels, tous les jours je disais : il faut que j'écrive à l'Aspirant ; et tous les jours je remettais au lendemain. Aussi je vous demande pardon de tout mon cœur.
Quant à ma nomination, ce qui est beaucoup moins important, elle date du 6 de ce mois. Le plus intéressant, c'est que je continue à travailler au bureau de la Cie sous les ordres de notre ami Bogard, maintenant Sergent-fourrier faisant fonction de Sergent-Major. Enfin c'est un léger avantage qui me permettra peut-être de finir le temps qui me reste à faire plus agréablement. Comme vous le savez, je suis de la classe 1918 et n'aperçois que très loin encore le moment heureux où je serai enfin libre.
Comme nouvelles, pas beaucoup qui puissent vous intéresser. Les effectifs diminuent rapidement et d'ici un mois le Bataillon ne sera plus qu'un fantôme. Aussi ceux que vous avez connu ici sont les briscards (?) maintenant. Ce qui est plus grave, c'est que le régime du temps de paix se fait de plus en plus sentir et sous toutes ses formes. Pour nous qui sommes au bureau, ce qui nous touche le plus, c'est la nourriture qui va plutôt en diminuant. Nous ne touchons plus qu'un quart de vin par jour.
Enfin, mon Aspirant, je vous remercie bien des fois au nom de ma femme et de mon cher petit pour votre générosité.
Bogard et les camarades qui vous ont connu me chargent de vous transmettre leur bon souvenir ; avec le mien, recevez, mon cher Aspirant, l'assurance de mon amitié bien respectueuse.
Un de vos anciens mitrailleurs bien reconnaissant.
Landais
Voici mon adresse civile : Landais à Bû (Eure-et-Loir).
P.S. Je ne sais qui avait fait courir le bruit, il y a plusieurs jours, que vous reveniez nous voir à Metz. Aurions-nous ce grand plaisir ???
Metz, 26 septembre 1919
[Annotation du destinataire : « Rép. 12 oct. 19 ».]
Mon cher Aspirant,
Je vous prie de m'excuser si j'ai tardé à répondre à votre charmante lettre du 15 septembre. Encore une fois je vous remercie bien sincèrement de votre générosité et ne sais vraiment comment vous exprimer ma reconnaissance.
Votre lettre m'a trouvé en aussi bonne santé que possible et j'ose espérer qu'il en est de même pour vous.
Malgré que je me porte bien, je suis pris d'un léger cafard qui s'explique assez facilement par le départ de tous les anciens, ou à peu près, puisque forcément il ne reste plus ici que les classes 18 et 19.
En plus de cela vous savez ce que c'est qu'une ville comme Metz : quand on en a fait une ou deux fois le tour, on la connaît entièrement et, ne sachant plus quoi faire, le cafard commence à vous prendre.
Heureusement que la permission approche : j'attendais justement, pour vous écrire, d'être fixé le plus exactement possible sur la date de mon départ. Malheureusement je ne suis guère plus avancé. Étant resté seul au bureau pendant quelques jours pour attendre l'arrivée de Bogard qui, lui, était en permission, je n'ai pu partir tout à fait quand j'aurais voulu. Et je ne sais comment j'ai fait, j'ai laissé partir un type qui m'a bourré le crâne, de sorte que maintenant il y a dehors un permissionnaire de plus qu'il ne faudrait.
Régulièrement je devais partir le 2 [octobre ?]. Le Lieutenant Serpot (?) qui commande actuellement la Cie n'a pas l'air d'être disposé à cela : enfin j'espère qu'il se décidera quand même.
J'ai reçu aujourd'hui une lettre de Gibier (?). Il me dit qu'il vous attend dans le courant d'octobre : pourrons-nous nous trouver ensemble ? Vous devez penser que cela me ferait le plus grand plaisir. Seulement je dois aller, avec ma femme, passer quelques jours chez mon frère qui habite les Andelys, et ce à une date que nous ne fixerons sans doute que quand je serai arrivé chez moi. Enfin soyez certain que je ferai tout mon possible pour être là quand vous viendrez chez Gibier…
[La lettre s'interrompt ici ; la suite et la signature manquent dans les feuillets numérisés.]