Fiche matricule de Claude Adolphe Saint-Léger, classe 1917, matricule 2871
Fiche matricule de Claude Adolphe Saint-Léger, classe 1917, matricule 2871
Pour situer cette pièce
Le registre matricule est la pièce maîtresse du contrôle militaire français. Chaque bureau de recrutement ouvre, pour chaque homme de chaque classe, un feuillet qu’il tient à jour de la révision jusqu’à la sortie des cadres. Celui de Claude Adolphe Georges Saint-Léger (1897-1944) est conservé aux Archives départementales du Nord sous la cote 1R 3365, volume 6, matricule 2871, au bureau de Lille, classe 1917. Ouvert au conseil de révision de 1915, alors que Claude vient de s’évader de Lille occupée, il est clos par la démobilisation du 21 octobre 1941. Vingt-six ans de vie administrative y tiennent en quatre colonnes : les grades, les corps, les positions successives et les adresses.
Le contexte
La classe 1917 est celle des hommes nés en 1897. La guerre a bouleversé le calendrier ordinaire : les conseils de révision se tiennent par anticipation dès 1915 et l’incorporation suit de quelques mois. Claude, retenu à Lille par l’occupation allemande, ne peut s’y présenter qu’après son évasion du 23 août 1915. Le registre le classe dans la première partie de la liste en 1915, porte à sa rubrique une date de septembre 1915, puis enregistre son engagement volontaire du 20 octobre à Versailles. Il conserve pour domicile légal le 107 rue Royale à Lille, adresse d’une famille qui reste alors en territoire occupé.
Une distinction commande la lecture de tout le feuillet, celle de la classe de recrutement et de la classe de mobilisation. La première ne change jamais, elle dit l’année de naissance. La seconde dit le rang auquel un homme serait rappelé et se déplace au fil de sa vie. Celle de Claude recule régulièrement : 1912 en 1926, 1910 en 1927, 1906 ensuite, jusqu’à la deuxième réserve en 1935. La raison est portée en toutes lettres, l’article 38 de la loi de recrutement du 31 mars 1928, qui allège les obligations des pères de famille nombreuse. Le registre suit ainsi, sans le dire, la naissance de ses enfants.
Deux mentions font entrer l’industrie dans le dossier militaire. En 1919, un sursis lui est accordé au titre de directeur de la Société anonyme de Pérenchies à La Madeleine, à vingt-deux ans. En juin 1938, il est placé hors cadres comme directeur des Établissements Agache à Pérenchies. Père de quatre enfants et dirigeant d’une filature de lin, il n’est plus mobilisable en 1939 : sa réintégration dans les cadres actifs, le 16 novembre, est un acte volontaire.
Dates repères
- 24 mars 1897 : naissance à Lille, domicile familial 107 rue Royale.
- 23 août 1915 : départ clandestin de Lille occupée, date portée par la citation reproduite au registre et par trois autres pièces militaires.
- 13 septembre 1915 : date portée à la rubrique du conseil de révision, lecture incertaine.
- 20 octobre 1915 : engagement volontaire à Versailles au 32e régiment de dragons, matricule 3420. Arrivée au corps le lendemain.
- 6 avril 1917 : citation à l’ordre du régiment pour l’évasion, reproduite in extenso au registre.
- 10 février 1918 : élève aspirant. 8 avril : passage au 26e bataillon de chasseurs, matricule 3782. Caporal le 3 juin, sergent le 3 juillet, aspirant le 3 août.
- 13 septembre 1919 : congé illimité, terme de la campagne contre l’Allemagne ouverte le 21 octobre 1915.
- 24 janvier 1923 : sous-lieutenant de réserve au 43e régiment d’infanterie, décret publié au Journal officiel du 27 janvier.
- 13 mars 1933 : chevalier de la Légion d’honneur.
- 15 juin 1938 : placé hors cadres, qualifié de directeur des Établissements Agache à Pérenchies.
- 16 novembre 1939 : réintégré dans les cadres actifs, dépôt d’infanterie 12. Rejoint le 3 décembre la 5e section de la 3e compagnie de mitrailleurs de DAT.
- 21 octobre 1941 : démobilisé à Lille. Le registre ne porte aucune mention des seize mois de captivité qui précèdent.
Archives départementales du Nord, registres numérisés des matricules militaires de Lille, cote 1R 3365, volume 6, matricule 2871.
État civil
Nom : Saint-Léger
Prénoms : Claude Adolphe
Surnoms : [illisible] 22/5/1935
Né le : 24 mars 1897 à Lille, canton du dit, département du Nord
Résidant à : Saint-Germain-en-Laye (Seine-et-Oise)
Profession : étudiant
Domicilié à : Lille, 107 rue Royale, canton du dit, département du Nord
Fils de : André et de Delemer Marguerite
Marié à : [en blanc]
Enfants : 2 enfants le 22-1-1924, 4 enfants le 26-1-1930
(NDLR : ces deux mentions sont inconciliables avec l’état civil de la famille.
Thérèse naît le 3 mai 1924, Nicole le 24 janvier 1926, Francine en juillet 1927, Denis le
20 mars 1935. Les dates du 26 janvier 1926 et du 22 mars 1935, qui figurent l’une et l’autre au
détail des services, s’accorderaient exactement avec le compte des enfants. Les deux quantièmes
sont à relire sur l’original.)
Signalement
Cheveux : bruns
Yeux : bruns
Front : moyen
Nez : rectiligne
Visage : ovale
Taille : 1 m 70 cm
Taille rectifiée : 1 m [illisible] cm
Marques particulières : [illisible]
Degré d’instruction : [illisible]
Décision du conseil de révision
Officier.
Classé dans la 1re partie de la liste en 1915. Bon [illisible].
Instruit [?] le 13 septembre 1915.
(lecture incertaine : Inscrit ?)
Classe de mobilisation : 1916
Corps d’affectation
Armée active
- 32e Dragons, matricule au contrôle spécial : 3420
- 26e Bon de Chasseurs, matricule : 3782
Disponibilité et réserve de l’armée active
- 37[e] Régt d’Inf[anterie], [illisible] : 2j
- 43e Régt Inf[anterie], [illisible]
- A.S. Tabl. 3 (1 M 114)
- Affecté dépôt Inf. 12 le 16-11-39
Armée territoriale : 0.4H
Détail des services et mutations diverses
Engagé volontaire pour la durée de la guerre à Versailles, le 20 octobre 1915. Arrivé au corps le
21 octobre 1915 et immatriculé sous le n° 3420. Élève aspirant le 10 février 1918.
Passé au 26e Bataillon de Chasseurs le 8 avril 1918. Aspirant le 3 août 1918. Caporal le
3/06/1918. Sergent le 3/07/1918.
Placé [le ?] en sursis jusqu’au 30 juin 1919 au titre de directeur de la Société anonyme de
Pérenchies à la Madeleine, Lille Nord (1R 446 du 19/03/1919). Sursis prolongé au 15 octobre
1919.
Affecté dans la réserve au 110e RI.
Plan « P » affecté le 1er septembre 1920 au 37e Régiment d’Infanterie.
Dissolution du 37e Régiment d’Infanterie, passé au 1er Régiment d’Infanterie le
25/02/1922.
Nommé sous-lieutenant de réserve au 43e Régiment d’Infanterie, décret présidentiel du
24 janvier 1923. Journal Officiel du 27/01/1923.
Congé illimité, 9e échelon 51882 au 13 septembre 1919.
Dépôt démobilisation 43e Infanterie à Lille, 107 rue Royale.
Passé à la classe 1912 de mobilisation le 26/01/1926.
[Co...] classe 2 [illisible] le 1er avril 1923.
Passé à la classe 1910 de mobilisation le 02/07/1927, comme père de 3 enfants (Art. 38 de la loi
du 01/04/19[28]).
Passé à la classe 1906 de mobilisation, père de 3 enfants (Art. 38 de la loi du 31/03/1928).
Passé à la « PA » classe de la 2e réserve le 22/03/1935, comme père de 4 enfants (Art. 38
de la loi du 31/03/1928).
Placé hors cadres (Direction [M...] 15/06/1938 JO 25/06/1938) pour 3 mois, directeur des
Établissements Agache à Pérenchies.
Réintégré dans les cadres actifs de l’armée et affecté au dépôt d’Infanterie 12 le 16/11/1939
(Direction Générale et 1re Région 7672 M%).
Affecté à la 3e Compagnie de Mitrailleurs de DAT, 5e section, a rejoint cette
unité le 3 décembre 1939.
Démobilisé le 21 octobre 1941 à Lille.
(NDLR : la date du 1er avril 1928 visée à la ligne du passage en classe 1910 est fautive. Le texte applicable, cité correctement aux deux lignes suivantes, est la loi de recrutement du 31 mars 1928. Le registre est par ailleurs muet sur la captivité de juin 1940 à octobre 1941, que documentent d’autres pièces du fonds.)
Localités successives habitées
- 11-8-21 : Lille, 107 rue Royale
- 22-7-24 : Lille, 231 rue Nationale
- Envoyé au 19 [?] juillet, état 37[?], le 10-19-22 [?]
Campagnes
Campagne contre l’Allemagne et ses alliés : 21 octobre 1915 au 13 septembre 1919.
Blessures, citations, décorations
Cité à l’ordre du R[égimen]t n° 11 118 du 6 avril 1917 :
« Né le 24 mars 1897 et retenu à Lille par l’occupation allemande, fit preuve du plus noble sentiment de patriotisme en quittant cette ville le 23 août 15 en trompant la surveillance de la police. Il traversa le Nord et la Belgique en se dérobant aux patrouilles allemandes ; après plusieurs tentatives trompant la surveillance de [illisible] patrouilles, en traversant à la nage le canal de Gand à Terneuze pour passer en Hollande et de là gagner l’Angleterre. Après avoir fourni des renseignements très précis sur les tranchées et l’emplacement des batteries allemandes devant Lille, il passa en France et s’engagea au 32e Dragons. »
Croix de guerre et étoile de bronze. Étoile d’argent.
Cité à l’o[rdre] de la 7e D[ivision ?] n° 241 du 1er mars 1917
(lecture incertaine sur l’unité, le quantième et le millésime).
Chevalier de la Légion d’honneur, décret du 13-3-33.
(NDLR : à partir de septembre 1916, les évadés des régions envahies reçoivent un nom d’emprunt destiné à protéger leurs familles restées en territoire occupé. Claude prend celui de Claude de La Valette, emprunté à son oncle par alliance Joseph Charé de Lavalette. Il a servi sous son nom réel pendant la première année, et certaines de ses citations le désignent sous l’un ou l’autre nom. Le registre matricule, lui, ne le nomme jamais autrement que Saint-Léger.)
Sources
- Archives départementales du Nord, registres numérisés des matricules militaires de Lille, cote 1R 3365, volume 6, matricule 2871. Fac-similé partiel de la rubrique des citations communiqué en août 2026.
- Service historique de la Défense, Vincennes, dossier administratif du bureau Résistance, cote GR 16 P 530758, état des services et feuillet des campagnes, décorations et citations.
- Ordre du 32e régiment de dragons n° 118 du 6 avril 1917, signé du colonel de Barry, archives familiales Saint-Léger.
- Fiches militaires du 17 octobre 1918 et du 18 novembre 1918, citations à l’ordre de la 166e division d’infanterie n° 231 et n° 241, archives familiales Saint-Léger.
- Carnet de l’évasion de Lille, 23 août au 10 septembre 1915, archives familiales Saint-Léger.
- Base Léonore, Archives nationales, dossier de Légion d’honneur, cote LH/2430/55.
- Données d’état civil de la famille Saint-Léger, fichier généalogique de référence du site.