Carnet de route militaire de Claude Saint-Léger, 1916-1917

Carnet de route militaire de Claude Saint-Léger, 1916-1917

1916-1917 Carnet de route militaire

Pour situer ce carnet

Claude Adolphe Georges Saint-Léger (1897-1944) a dix-huit ans lorsqu’il quitte clandestinement Lille occupée, à l’été 1915, et dix-neuf lorsqu’il rejoint le front. Engagé volontaire au 32e régiment de dragons sous le nom d’emprunt de La Valette, il sert au 4e escadron, à pied la plupart du temps, dans les secteurs de tranchées que la cavalerie tient entre l’Oise et l’Aisne. Ce carnet n’est pas un journal : c’est un relevé, tenu ou recopié après coup, qui aligne des dates, des lieux et des mots de code personnels. Il tient sur deux feuillets, une liste chronologique et une page de récapitulation en deux rubriques, « Front et offensives » et « Permissions ». Il couvre d’août 1915 à novembre 1917 et s’arrête net.

Le contexte

La cavalerie de 1916 attend une percée qui ne vient pas. Faute d’emploi à cheval, les escadrons descendent à pied dans les tranchées, par roulement. Le 32e dragons passe ainsi de la Somme au secteur de Tracy-le-Val, en forêt de Laigue : réputé calme, on y tient des postes d’écoute à quelques dizaines de mètres de l’ennemi. Les entrées de novembre 1916 et de janvier 1917 renvoient à ces deux séjours.

En mars 1917, les Allemands évacuent volontairement le saillant de Noyon et se replient sur la ligne Hindenburg, en détruisant systématiquement villages, routes, ponts et vergers derrière eux. Le 17 mars, le régiment est alerté au camp de Crèvecœur ; les jours suivants, il court derrière un ennemi qui se dérobe, jusqu’au canal de Crozat où les arrière-gardes tiennent les passages. C’est la séquence la plus dense du carnet, du 18 au 23 mars. Elle s’achève à Noyon, reprise après trente mois d’occupation.

Vient ensuite l’échec de l’offensive Nivelle, le 16 avril, puis la crise de mai et juin : des dizaines de régiments d’infanterie refusent de monter en ligne. La cavalerie, restée à l’écart du mouvement, est employée au maintien de l’ordre, trois brigades de dragons partant à tour de rôle vers Paris et les centres industriels. Les deux lignes du carnet datées du 30 mai et du 1er juin 1917 sont la trace directe de cet emploi, dont l’historique imprimé du régiment ne dit pas un mot.

À partir de mai 1917, le régiment tient le secteur de la basse forêt de Coucy, où se succèdent les coups de main et, en novembre, les obus à gaz. Le carnet s’interrompt là. Claude quittera la cavalerie en janvier 1918 pour les chasseurs à pied.

Dates repères, 1915-1917


Liste chronologique, à

Premier feuillet du carnet. Relevé au fil des mois, de l’évasion de Lille au dernier séjour dans le secteur de Coucy.

: Évadé de LILLE, en août 1915, il avait traversé à la nage la frontière Belge-Hollandaise pour rejoindre la France par l’Angleterre

: Engagé volontaire dans le 32e Régiment de Dragons

: Arrivée au front

: Camp de Crèvecœur (NDLR : un stage intensif : manœuvres, instruction physique, exercices de tir, reconnaissance de terrain ou entraînement en tranchées. Juin 1916 est juste avant la bataille de Verdun (février-décembre 1916) et la bataille de la Somme (juillet-novembre 1916). Les camps servaient à préparer les troupes pour ces offensives.)

: Bivouac

: Secteur Tracy-le-Val

: Permission Pau (NDLR : Pendant la Première Guerre mondiale, elle était utilisée pour les permissions et repos des soldats venant du front.) (NDLR de l’édition : la parenthèse était restée ouverte dans la copie ; elle a été refermée. La rubrique Permissions du même carnet porte 18 au 26 décembre.)

: Secteur Tracy-le-Val

: Offensive de l’infanterie : Roy et prise Neuville-en-Beine

: Canal de Crozat

: Stationnement forêt de Genlis

: Genlis bivouac « Detroit »

Dep Beaumont (NDLR : Plutôt « Dépôt Beaumont » ou « Départ Beaumont »)

Bivouac Fismes

: Permission Villefranche Pau

: Secteur Coucy « Maison Blanche »

: 2° ligne

: Permission Rozière

: Réserve

: Ruines du Château (cantonnement), puis retour en ligne de front

: secteur gauche de Coucy

: Coup de main contre les Allemands. (NDLR : cela désigne une action offensive courte et rapide, généralement menée par un petit détachement pour : capturer des prisonniers, attaquer une tranchée ou un poste ennemi, récolter des renseignements)

: secteur droite de Coucy (obus à gaz) (NDLR : (obus à gaz) : signifie qu’au cours de cette période, le secteur a subi ou été exposé à des attaques chimiques (gaz). Très courant sur le front de l’Aisne après 1915-16 : usage de gaz moutarde ou gaz asphyxiants par les Allemands et les Français.)


Front & Offensives

Second feuillet, première rubrique. Récapitulation par séjours, avec des précisions que la liste chronologique ne donne pas.

— Tr. Menerval (front)

Tranchées Bray de Val :

Offens. de l’Aisne :

  • — Roye – Prise Neuville en Beine
  • — Patrouilles sur Canal de Crozat
  • — Stationnement forêt de Genlis
  • — Traversée Genlis – Bivouac – soutien Inf.
  • — Dép. Beaumont
  • — Noyon.

Tranchées Coucy & : au (Maison Blanche)

au

{ Alerte ; barricades (près Pierrefond) contre 4 régiments mutinés (soulevés)

{ Alerte pour Paris, marche forcée de nuit jusqu’à la gde banlieue


Permissions

Second feuillet, seconde rubrique. Les dates diffèrent de celles de la liste chronologique pour décembre 1916 et pour août 1917.

Permissions :

  • — par Villefranche et Pau
  • — Rozière.

Sources