Une feuille dactylographiée, numérotée 19, établie à Londres le 7 juin 1944, au lendemain du
débarquement. Elle place le lieutenant Claude Adolphe Georges Saint-Léger (1897-1944) à la
disposition du commandant suprême des forces expéditionnaires alliées et fixe son départ au jour
même, à seize heures. Elle est signée par le lieutenant-colonel Claude Hettier de Boislambert,
chef de la Mission militaire de liaison administrative, et porte le tampon de la mission. C’est
la pièce qui fait passer Claude Saint-Léger de la préparation à l’opération : depuis son
incorporation à Alger en novembre 1943, il a suivi les cours d’officier de liaison en
Grande-Bretagne. Le texte définit en quelques lignes ce que l’on attend de lui en France
libérée.
Le contexte
La Mission militaire de liaison administrative est créée par le Gouvernement provisoire de la
République française pour placer, auprès des unités alliées qui entrent en France, des officiers
français chargés du contact avec les populations et les autorités civiles. L’enjeu est politique
autant que pratique : les Alliés ont préparé une administration des territoires libérés dont le
Gouvernement provisoire conteste le principe, et les officiers de liaison sont, sur le terrain,
la présence française que Londres et Washington n’avaient pas prévue. Le lieutenant-colonel
Hettier de Boislambert, compagnon de la Libération, dirige la mission.
Le sigle S.C.A.E.F. porté sur l’ordre désigne le Supreme Commander, Allied Expeditionary
Force, c’est-à-dire le général Eisenhower et son état-major, le SHAEF, constitué en février
1944 pour conduire l’opération Overlord. Sous son autorité, le 21st Army Group du général
Montgomery commande les forces terrestres britanniques et canadiennes engagées à l’est de la
tête de pont. C’est à ce groupe d’armées que l’ordre rattache Claude Saint-Léger par sa chaîne
de compte rendu, à travers le Chief Liaison Officer de la branche L.A.C.
La formule du détachement mérite attention. L’officier n’est pas affecté à une unité
française : il est mis à la disposition du commandement allié, temporairement rattaché à un
détachement britannique qui assure sa subsistance, et il exécute les ordres du chef de l’unité
auprès de laquelle il se trouve. Sa dépendance française ne subsiste que par le compte rendu.
Cette position intermédiaire, sans commandement et sans troupe, éclaire la nature de ce que sera
son travail pendant l’été 1944 : ravitaillement, réfugiés, remise en route des municipalités,
rapports sur l’état des territoires traversés.
Dates repères, juin 1944
6 juin 1944 : débarquement allié en Normandie.
7 juin 1944, Londres : ordre de mission n° 19 de la Mission militaire de liaison
administrative, signé par le lieutenant-colonel de Boislambert.
7 juin 1944, 16 heures : heure de départ fixée par l’ordre.
Détachement temporaire au Forward Detachment British Army, qui assure la
subsistance de l’officier.
Solde alignée jusqu’à la fin juillet 1944, selon la mention portée sur l’ordre.
Retour laissé à la décision du lieutenant-colonel commandant la mission, sans terme
fixé.
Ces six points viennent tous de la pièce elle-même. La suite du parcours, en Normandie puis
vers le nord de la France, est documentée par d’autres pièces présentées ailleurs sur ce
site.
Ordre de mission n° 19. Mission militaire de liaison administrative,
Londres. Document dactylographié, tampon et signature autographe.
GOUVERNEMENT PROVISOIRE DE LA REPUBLIQUE FRANCAISE
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MISSION MILITAIRE DE
LIAISON ADMINISTRATIVE
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Londres, le 7 juin 1944
No ..19.....
ORDRE DE MISSION
NOM: S A I N T - L E G E R, Claude GRADE: Lieutenant
EST MIS A LA DISPOSITION DU S.C.A.E.F. POUR LIAISON MILITAIRE D’UNITE EN OPERATIONS.
MISSION
Le Lieut. ST. LEGER est mis à la disposition du S.C.A.E.F.
Il est temporairement détaché à FORWARD DETACHMENT BRITISH ARMY qui assurera sa
subsistance
Pendant la durée de son détachement, sa mission sera de: 1.) Faciliter les relations
personnelles des Commandements alliés auprès desquels il est détaché, avec les populations
civiles françaises.
2.) S’informer des conditions existantes en territoires libérés.
Il me exécute (NDLR : ainsi dactylographié. La formule attendue est
« Il n’exécute que ») les ordres et instructions de l’officier commandant l’unité auprès
de laquelle il se trouve. Au cas où il serait dans l’impossibilité d’exécuter ces ordres ou
instructions, soit pour une raison matérielle, soit parce que ses instructions générales l’en
empêchent, il en rendra compte immédiatement à l’officier français de liaison militaire placé à
l’échelon supérieur au sien. Les officiers placés auprès des armées en rendront compte au Chef
de la Mission Militaire de Liaison Administrative par le canal du:
Chief Liaison Officer,
L.A.C. Branch,
21st Army Group.
Solde: sera aligné en solde jusqu’à fin Juillet.
DEPART: 7 JUIN 1944 à 16 heures.
RETOUR: sur ordre du Lt.Colonel Commandant la M.M.L.A.
le Lt.Colonel de BOISLAMBERT
Chef de la Mission Militaire
de Liaison Administrative.
[Tampon : Mission militaire de liaison administrative. Le chef de
mission. Signature autographe : H de Boislambert]
Destinataires:
Intéressé,
Officier des Détails
1er Bureau,
Archives.
Sources
Ordre de mission n° 19, Mission militaire de liaison administrative, Londres, 7 juin 1944.
Document dactylographié d’une page, tampon du chef de mission et signature autographe de
Claude Hettier de Boislambert. Archives familiales Saint-Léger.
Pour le développement des sigles S.C.A.E.F. et SHAEF et pour le rôle du 21st Army Group :
notices générales sur le commandement allié de 1944, consultées à ce seul titre.
Le sigle L.A.C. porté sur l’ordre n’est pas résolu à ce jour. Il désigne la
branche du 21st Army Group par laquelle transitaient les comptes rendus des officiers français
de liaison.