Directives aux officiers de liaison administrative, juillet 1944

Directives aux officiers de liaison administrative, juillet 1944

1944-07 Directives aux officiers de liaison administrative

Pour situer ces pièces

Deux pièces de service, conservées dans les papiers de Claude Adolphe Georges Saint-Léger (1897-1944), officier de liaison administrative auprès du 8e corps d’armée britannique en Normandie. La première est une note classée très secret, émise de Bayeux le 18 juillet 1944 par le colonel Claude Chandon (1894-1944), qui commande alors par intérim la Mission militaire de liaison administrative. La seconde la transmet deux jours plus tard, sous la signature du lieutenant-colonel P. Lion, chef de la mission française de liaison auprès de la IIe armée britannique, en y ajoutant ses propres instructions. Claude Saint-Léger n’est nommé ni dans l’une ni dans l’autre, mais le 8e corps figure au bordereau de diffusion de la seconde : ces deux textes définissent le métier qu’il exerce cet été-là.

Le contexte

Les Alliés avaient préparé pour les territoires libérés une administration militaire, l’AMGOT, que le gouvernement provisoire refusa. La Mission militaire de liaison administrative, créée le 30 septembre 1943 et commandée par le colonel Claude Hettier de Boislambert, fut l’instrument de ce refus : quelques centaines d’officiers français placés auprès des états-majors alliés, à chaque échelon, en face des services de Civil Affairs que les Alliés avaient chargés des rapports avec les populations. Le 14 juin 1944, le général de Gaulle installait à Bayeux François Coulet comme commissaire régional de la République. La souveraineté française n’était pas acquise pour autant, et se jouait commune par commune.

C’est l’objet de la note du 18 juillet. Deux griefs y sont nommés, ceux-là mêmes que le lieutenant-colonel Lion souligne deux jours plus tard : des maires reçoivent de détachements de Civil Affairs des circulaires à remplir qui touchent à la vie économique et politique du pays et non à la conduite de la guerre, et des maires sont élus sous une pression qui n’est pas française. Le remède tient en trois mots, surveillance, contrôle, information, et en une obligation, rendre compte sans délai.

Les officiers, eux, étaient entrés en France sous l’étiquette de liaison ou de liaison tactique, et les journaux de marche britanniques les appellent liaison officers. Claude Saint-Léger s’était présenté le 23 juin au quartier général des affaires civiles du 8e corps. La note lui dit d’abord ce qu’il n’est pas : ni interprète, ni homme des premières lignes.

Dates repères, 1944


Note de service de la Mission militaire de liaison administrative, Bayeux. Signée du colonel Claude Chandon, commandant par intérim.

Mission Militaire de Liaison Administrative

Bayeux, le 18 Juillet 1944.

C/GV/ML/80

TRES SECRET.

NOTE DE SERVICE.

Du fait que la plupart des Officiers de la Mission Militaire de la Liaison Administrative sont arrivés en France sous l'étiquette liaison ou liaison tactique, un malentendu semble s'être glissé dans leur esprit qu'il est urgent de dissiper.

Les Officiers de Liaison Administrative ne sont pas des interprètes. Ils n'ont pas non plus, quelque soit leur louable désir, à passer la majeure partie de leur temps à proximité des premières lignes. Ils ont un rôle de surveillance, de contrôle et d'information.

Sans qu'on puisse suspecter les intentions de nos alliés, il importe de surveiller de façon scrupuleuse les rapports qu'ils entretiennent en France avec les cadres administratifs et la population. Il est inadmissible que des Maires reçoivent des détachements de Civil Affairs des Circulaires qu'on leur prie de remplir, et qui n'intéressent nullement la marche de la guerre mais la vie économique et politique du pays.

Il est également intolérable que des Maires soient élus grâce à une pression qui n'est pas française.

Ayant accompli ce travail de surveillance et de contrôle, les officiers de liaison administrative doivent immédiatement rendre compte de tout incident et de toute manoeuvre qui ne leur paraîtraient pas absolument conformes aux intérêts français.

C'est un devoir impérieux pour eux d'agir ainsi, et il ne saurait être admis qu'il en fût autrement.

Destinataires :
M. le Com. Reg. de la Rep. (à t. de c.r.)
Colonel Lion, ) pr. instructions précises à tous les cadres sous leurs ordres
Colonel Clémenceau )

Le Colonel CHANDON,
Commandant p.i. la Mission Militaire de Liaison Administrative.

Signé CHANDON.


Transmission n° 25 de la Mission de liaison française auprès de la IIe armée britannique. Signée du lieutenant-colonel P. Lion.

Mission de Liaison Française Auprès de la II Army

Le 20 Juillet 1944.

No 25

Transmis à Messieurs Les Chefs de Mission de Liaison auprès de L of C et auprès des Corps d'Armée de II Army.

Ceux-ci voudront bien s'inspirer, dans leur action, des directives contenues dans cette note, et donner des instructions dans ce sens aux Officiers sous leurs ordres.

L'attention est spécialement attirée sur les 3ème et 4ème alinéas de cette note. Les Officiers de Liaison Administrative se tiendront en contact étroit avec les Maires, et, si des faits de la nature de ceux signalés auxdits alinéas se produisaient en zone britannique, il m'en serait rendu compte sans délai.

Parallèlement à ce travail essentiel de surveillance et de contrôle qui s'exerce en tous temps et dans toute leur zone, les officiers de liaison administrative, en période d'opérations militaires actives, doivent se saisir, à l'avant, des problèmes de première urgence intéressant les populations venant d'être libérées.

Notamment, en liaison avec les représentants les plus proches des services civils chargés des réfugiés, ils doivent organiser avec les Alliés l'évacuation, hors de la zone de combat, des civils qui doivent quitter celle-ci ou ont passé à travers les lignes. A cet effet, dès que des détachements de (NDLR : changement de page du document original. La phrase, coupée à cet endroit, est ici rétablie.) "Civil Affairs", suivant la progression des troupes, se portent en avant, nos officiers doivent accompagner ces détachements.

Ceci est essentiel pour des raisons évidentes, d'ordre matériel et moral.

Il appartient aux Officiers de Liaison Administrative de chercher à concilier l'exécution de ces diverses tâches, suivant les circonstances et leurs possibilités, au mieux des intérêts français dont ils ont la charge.

Le Lieutenant-Colonel P. LION,
Chef de la Mission Française de Liaison Auprès de la II Army

Monsieur le Colonel Commandant p.i. la M.M.L.A. (à titre de C.R.) Vus LION
Messieurs les Chefs de Mission de Liaison auprès de L of C
1 Corps
8 Corps
12 Corps
30 Corps
2 Corps Canadian.


Sources