Brouillon de lettre du commandant Saint-Léger, octobre ou novembre 1944

Brouillon de lettre du commandant Saint-Léger, octobre ou novembre 1944

1944-10 Brouillon de lettre

Pour situer ce brouillon

Claude Adolphe Georges Saint-Léger (1897-1944), officier de liaison administrative assimilé au grade de commandant, dirige depuis Amiens la liaison française auprès des Lines of Communication britanniques. Ce feuillet manuscrit, écrit au recto et au verso, ne porte ni date, ni en-tête, ni signature, ni nom de destinataire. Sept points numérotés y traitent de wagons immobilisés, de minerai de fer, de prestations, de secrétariat, de voitures et de chauffeurs. C’est un brouillon, resté dans ses papiers : la lettre au propre est perdue. Rien d’autre dans le fonds ne montre d’aussi près le travail quotidien de cette fonction, dans les deux ou trois mois qui précèdent sa mort accidentelle à Basseux, le 14 décembre 1944.

Le contexte

À l’automne 1944, le front allié a quitté la Normandie et bute sur les frontières belge et néerlandaise. La bataille est devenue une bataille de ravitaillement, et l’armée britannique confie sa zone arrière à une organisation propre, les Lines of Communication : ports, dépôts, voies ferrées, cantonnements, réquisitions. Cette zone recouvre des départements français qui ont leur préfet, leur commissaire de la République et leurs administrations remises en place depuis quelques semaines à peine. Toute la difficulté est là, et c’est le métier des officiers de liaison administrative.

Les points de ce brouillon en donnent la mesure. Le minerai de fer d’abord : la transversale ferroviaire qui relie le bassin ferrifère de Briey à la zone métallurgique de Valenciennes est l’axe vital de la sidérurgie du Nord, et il faut obtenir des Alliés qu’ils lui laissent des trains. Briey se trouve dans la zone américaine, d’où le recours à l’état-major du général Bradley, alors que Claude sert auprès d’un état-major britannique : il travaille exactement sur la couture. Les wagons ensuite, cinq cent soixante, bloqués par des prises de guerre, c’est-à-dire par du matériel saisi sur l’ennemi que personne ne décharge. Les prestations enfin, ce prélèvement sur l’économie française qu’opèrent des officiers dont il ne connaît même pas la liste.

Le reste est une misère de moyens. Pas de crédits pour une dactylo, pas de voiture de service assurée, des cartes de ravitaillement à obtenir pour quatre chauffeurs, et un courrier si lent qu’il finit par décider de s’en passer.

Dates repères


Brouillon sans date ni destinataire

Feuillet manuscrit, recto et verso, sans en-tête ni signature. Écriture de Claude Saint-Léger.

Recto

Comme suite à ma visite à Lille :

1° vous avez dû recevoir une lettre adressée d’accord avec Danon par M. Closon à M. Coulet pour lui demander de faire un effort pour augmenter les transports de minerais de fer entre Briey et Valenciennes.

Un double de cette lettre est à faire parvenir au colonel de Rettival qui a dû agir déjà personnellement à l’Etat Major du Général Bradley.

2° La question du chargement des 560 wagons actuellement bloqués par des prites (lecture probable : prises) de guerre est en voie de règlement direct à Lille.

Nous ferons alors les wagons seraient ramenés à Lille et déchargés sous la direction des R.E., (j’ai eu connaissance d’autres wagons non déchargés dans le Pas de Calais et fais faire une enquête j’espère déjà ce sujet.)

3° Je voudrais avoir pour le Nord, le Pas de Calais, la Somme et l’Oise la liste des officiers américains habilités pour prélever des prestations par A.F.A. (du budget du L. of C.)

4° Il est impossible à moins que nous ne puissions avoir des crédits pour avoir une dactylo secrétaire civile de me procurer une secrétaire ici. Veuillez envoyer au bureau du stage à Paris ;

Verso

début de la semaine prochaine j’ai une mère, une femme mobilisée susceptible de remplir ce rôle

5° Je n’ai pas encore reçu toutes les réponses concernant les voitures et chauffeurs.

6° urgent de me besoins de voitures. Mais dès maintenant il me faut pour assurer le service une voiture pour moi en remplacement de ma Peugeot n° matricule G M P 00624.

et une voiture pour le Capitaine Bucquet. qui me roule dans une voiture F.F.I. qui m’a été retirée

7° a) voici les noms de quatre chauffeurs auxquels pourraient être délivrés les cartes A.A.F.I. (lecture ouverte : N.A.A.F.I., Navy, Army and Air Force Institutes)

b) Chauffeur du Cdt Saint Léger : François Daniel n° matricule engagé volontaire à Bayeux le 31 Juillet 1944

du Capitaine de Chavarreguy.

du Capitaine Bucquet

du Capitaine Lefebvre.

Je reçois différentes demandes particulièrement concernant les voitures de vous ou du colonel devant les délais énormes que met le courrier à me parvenir j’enverrai ces papiers directement à tous les officiers en leur demandant


Sources