Dossier de décès de Claude Saint-Léger — Service historique de la Défense, Centre des archives de Caen (cote AC-21P-148010)

Dossier de décès de Claude Saint-Léger — Service historique de la Défense, Centre des archives de Caen (cote AC-21P-148010)

Transcription des pièces du dossier de décès communiqué par le Service historique de la Défense (Centre des archives de Caen). Les abréviations sont conservées ; les lectures incertaines des passages manuscrits sont signalées entre crochets et en italique.

Lettre de communication du Centre des archives de Caen (8 juin 2026)

Ministère des Armées et des Anciens Combattants — Service historique de la Défense — Centre des archives de Caen — Section des Services au public. Affaire suivie par : Maëva SURVILLE, apprentie rédactrice en charge des recherches généalogiques et historiques.

Caen, le 8 juin 2026. Réponse à la demande n° 29881144 du 10 mars 2026. Demandeur : Saint-Léger Arnaud, 454 Chemin de la Savoyarde, 73190 Saint-Baldoph. Type de demande : recherche généalogique.

Monsieur,

En réponse à votre demande citée en référence concernant SAINT LEGER Claude, né le 24/03/1897, je vous informe que le Centre des archives de Caen (CACN) conserve au nom de l'intéressé un dossier coté AC-21P-148 010, transmis à titre gracieux.

Je vous indique par ailleurs que la sélection des pièces essentielles du dossier demandé exclut d'emblée les doublons ou les informations redondantes, les bordereaux de transmission et les notes de travail de l'administration. Je vous rappelle enfin que l'intégralité de ce document peut être consulté — après réservation — en salle de lecture du Service historique de la Défense à Caen.

Je vous prie d'agréer, Monsieur, l'expression de ma parfaite considération.

Service historique de la Défense — Centre des archives de Caen — 11 rue Neuve Bourg l'Abbé — BP 552 — 14037 Caen Cedex.

Chemise du dossier de décès

Secrétariat général des Anciens Combattants et Victimes de la Guerre — Cabinet du Ministre — Service central de l'état civil, des successions et des sépultures militaires. Dossier de décès. Cote 21P 148010 — dossier n° 14767.

Nom : SAINT-LEGER. Prénoms : Claude Adolphe Georges. Grade : Commandant. Corps : État-Major — Section militaire de liaison.

Né le 24 mars 1897 à Lille (Nord). Décédé le 14 décembre 1944 à Basseux [« Beaumetz-les-Loges » biffé] (Pas-de-Calais). Genre de mort : accident (en service commandé).

Adresse de la famille : épouse — Madame Claude Saint-Léger, 228 rue Nationale à Lille (Nord).

Mention apposée : « Mort pour la France », 22 mars 1945.

Note de service — demande d'acte de décès (8 mars 1945)

Ministère de l'Intérieur — Secrétariat général des Anciens Combattants — Service central de l'état civil, des successions et des sépultures militaires, 37 rue de Bellechasse, Paris 7e. Dossier n° 514767 (EC/132). Objet : demande d'acte de décès et de renseignements complémentaires. Adressée par le Secrétaire général aux Anciens Combattants à Monsieur le Maire de Beaumetz-les-Loges (Pas-de-Calais).

Demande (Paris, le 8 mars 1945) :

J'ai l'honneur de vous prier de vouloir bien m'adresser d'urgence, jointe à la présente note, une expédition intégrale de l'acte de décès du Commandant Saint-Léger Claude Adolphe, de l'État-Major, Section militaire de liaison, décédé le 14 décembre 1944 sur le territoire de votre commune, et me faire connaître tous les renseignements en votre possession concernant les causes et les circonstances du décès.

S'il ne vous a pas été possible de dresser l'acte, cette formalité sera remplie par mon Administration, conformément à la loi n° 1514 du 24 avril 1941. Cette attestation doit obligatoirement figurer au dossier individuel des militaires décédés.

Pour le Secrétaire général et par son ordre, le Chef du service de l'état civil, des successions et des sépultures militaires.

Réponse (mairie de Beaumetz-les-Loges, 26 mars 1945, manuscrite) :

L'acte de décès du militaire n'a pas été dressé sur les registres de la commune de Beaumetz-lès-Loges. L'accident n'est pas survenu sur le territoire de la commune de Beaumetz-lès-Loges, mais sur le territoire de Basseux. Renseignement pris à la gendarmerie. L'acte de décès n'a pas dû être dressé sur les registres de Basseux.

Extrait des registres aux actes de décès de la commune de Basseux (27 juin 1945)

Mairie de Basseux, par Beaumetz-les-Loges (P.-de-C.). Basseux, le 27 juin 1945. Extrait des registres aux actes de décès de la commune de Basseux pour l'année mil neuf cent quarante-cinq. N° 3 — Décès de Saint-Léger Claude Adolphe Georges, Mort pour la France.

Le quatorze décembre mil neuf cent quarante-quatre est décédé « Mort pour la France », sur la route d'Arras à Doullens, Claude, Adolphe, Georges Saint-Léger, Commandant, domicilié 228 rue Nationale à Lille (Nord), né le vingt-quatre mars mil huit cent quatre-vingt-dix-sept à Lille, 118 ter rue Royale, fils de André Georges Saint-Léger et de Marguerite Julie Delemer son épouse ; époux de Agnès, Sabine, Madeleine, Marie, Joseph Wattinne.

Dressé le vingt-sept juin mil neuf cent quarante-cinq, vingt heures, sur la déclaration de [Dehée — lecture incertaine] Gabriel, garde champêtre, domicilié à Basseux, quarante-quatre ans, qui, lecture faite, a signé avec Nous, Georges Allart, Maire de Basseux. Suivent les signatures.

Pour copie certifiée conforme, le Maire.

Procès-verbal de gendarmerie constatant l'accident (14 décembre 1944)

Gendarmerie nationale — Section d'Arras — Brigade de Beaumetz-les-Loges. N° Bde 345. Du 14 décembre 1944. Procès-verbal constatant un accident d'automobile entre une conduite intérieure de l'armée française et un tracteur semi-remorque de l'armée britannique (1 tué, 2 blessés). Copie.

Ce jourd'hui quatorze décembre mil neuf cent quarante-quatre, à dix-neuf heures.

Nous soussignés Delannoy (Gustave) et Candillier (Edmond), gendarmes à la résidence de Beaumetz-les-Loges, département du Pas-de-Calais, revêtus de notre uniforme et conformément aux ordres de nos chefs : étant à notre caserne, avons été informés par un cycliste de passage qu'un accident d'automobile venait de se produire sur la route Nle n° 25, à un kilomètre de la sortie S.-O. de la localité.

Nous nous sommes rendus immédiatement sur les lieux, et à notre arrivée avons appris, par le truchement d'un soldat anglais, que les occupants de la voiture automobile française traction avant Citroën, immatriculée G.M.00665, avaient tous été transportés à l'hôpital Saint-Jean à Arras. L'un des occupants, un officier, aurait été tué sur le coup, et les deux autres gravement blessés. Le chauffeur aurait eu un membre inférieur fracturé.

Aucun témoin ne se trouvait sur les lieux lors de l'accident, à part le chauffeur anglais du camion genre tracteur semi-remorque, qui nous a donné son nom sous la forme suivante : N° D F Lowy W D H 5587817, Sergent / Soldier Loldus Driver T/I 4442333, Name — ZERNER : K, « B » Platoon 254 Coy R A S C (GT).

Cet homme s'exprimant très difficilement en français, nous n'avons pu obtenir le moindre renseignement sur les causes de cet accident.

La circulation étant très intense sur cette route, il nous a été impossible de relever la moindre trace de roue ou de freinage ; à l'heure où nous nous trouvons sur les lieux, un brouillard très opaque sévit.

Néanmoins nous procédons aux constatations suivantes : sur le bord de la route, côté gauche dans le sens de sa marche, nous remarquons une voiture automobile Citroën traction avant immatriculée G.M.P.00665 ; cette voiture a l'avant complètement démoli, le moteur ne présente plus qu'un amas uniforme de ferraille. Le côté gauche de cette voiture est entièrement démoli.

À 14 mètres en avant et à droite de cette voiture, sur la route en direction de Beaumetz-les-Loges, nous remarquons, à deux mètres du bas-côté de la route, des débris de verre et de ferraille : c'est le point présumé du choc.

À 16 mètres en arrière de la voiture, sur la partie [tournée] et à droite dans le sens de sa marche, stationne le tracteur anglais immatriculé sous le n° V D H 5587817. Ce véhicule porte des traces de choc à l'avant côté droit ; il a la portière droite détériorée et la glace de cette portière est brisée. Il en est de même pour le pare-brise côté droit de ce véhicule.

Monsieur Lefebvre (Paul), 2 rue Paul Perrin à Arras (tél. n° 137), de passage à cet endroit au moment de l'accident, a emmené les occupants de la voiture Citroën à l'hôpital Saint-Jean à Arras.

Par mesure de sécurité, nous avons démonté les 4 roues de la voiture et les avons déposées à notre caserne, ainsi que la roue de rechange et un pneu qui se trouvait dans la voiture à notre arrivée.

Nous avons ensuite informé la Préfecture de la Somme de cet accident. Des papiers trouvés dans la voiture nous ont fait penser que les occupants étaient attachés à cette Préfecture.

Téléphoniquement, nous avons également informé notre commandant de section de cet accident, ainsi que la subdivision d'Arras.

Un inventaire des objets et vêtements trouvés dans la voiture sera joint au présent, ainsi qu'un croquis de l'état des lieux. Vu l'obscurité et l'heure tardive, nous avons suspendu nos investigations.

Ce jourd'hui à huit heures, nous nous sommes rendus à nouveau sur les lieux, mais n'avons pu recueillir de plus amples détails sur cet accident.

À onze heures, le capitaine Ollivier, de la mission française attaché à la préfecture d'Amiens, s'est présenté à notre caserne et a emporté les effets et objets désignés dans l'inventaire. Cet officier nous a fait connaître que les occupants de la voiture étaient le Commandant Saint-Léger (Claude), qui a été tué sur le coup, le sous-lieutenant Richard, ainsi que le soldat François Daniel.

Nous transmettons le présent procès-verbal au commandant de la brigade d'Arras pour audition de Monsieur Lefebvre Paul et des occupants de la voiture, qui sont en traitement à l'hôpital Saint-Jean à Arras.

Cinq expéditions destinées : la 1re à Monsieur le Procureur de la République à Arras, la 2e à Monsieur le Commandant de la subdivision d'Arras, la 3e au bureau des affaires civiles à Arras, la 4e à Monsieur le Général commandant la 1re Région militaire à Lille, la 5e aux archives.

Fait et clos à Beaumetz-les-Loges, les jour, mois et an que dessus.

Signé : Candillier. Signé : Delannoy.

Inventaire des effets et objets trouvés dans la voiture (15 décembre 1944)

Inventaire des effets et objets trouvés dans la voiture automobile Citroën n° G M P 00665, accidentée route Nle n° 25 à Beaumetz-les-Loges le 14 décembre 1944.

1 serviette en cuir jaune au nom du capitaine Buquet et du sous-lieutenant Richard.

1 valise avec 2 chemises, 1 paire de chaussettes, 1 béret basque muni de 4 galons, 4 paquets de cigarettes anglaises et 1 paquet de gauloises.

1 sac paquetage avec du linge de corps et 1 quart.

1 cravate bleue, 1 veste kaki, 1 béret basque noir avec 4 galons, 2 pantalons longs kaki, 1 béret de soldat anglais kaki, 1 bonnet de police avec 1 galon de sous-lieutenant, 1 ceinture en cuir tressé, 1 paire de chaussures anglaises, 1 paire de sandalettes en toile, 3 paires de chaussettes, 1 paire de gants de laine, 2 chemises, 1 serviette de toilette, 1 passe-montagne, 1 col kaki, 4 mouchoirs de poche, 2 tricots de corps, 3 caleçons, 1 trousse nécessaire de couture, 1 chandail, 1 paquet contenant des pièces secrètes et divers livres anglais et français, 1 boîte contenant des cigarettes anglaises, une boîte contenant 1 couteau de poche, 1 rasoir mécanique et de la confiserie, 1 gamelle de soldat contenant 15 boîtes d'allumettes.

1 boîte à outils (pour réparation auto), 1 bidon d'huile vide.

1 ordre de mission permanent au nom du Commandant Saint-Léger Claude, de la mission M.M. de L.A. à la Préfecture d'Amiens.

1 carnet de bord au nom de François (Daniel), chauffeur, formation M.M.F.L.A. ; 5 pneus et 5 jantes de roues.

Le tout a été déposé à notre caserne et est à la disposition de l'autorité compétente.

Beaumetz-les-Loges, le 15 décembre 1944. Les gendarmes Delannoy et Candillier.

Procès-verbal de renseignements judiciaires — auditions de témoins (14 mars 1945)

Gendarmerie nationale — Compagnie du Pas-de-Calais — Section d'Arras — Brigade d'Arras. N° Brigade 735 du 14 mars 1945. Procès-verbal relatant des renseignements judiciaires sur un accident d'auto entre une conduite intérieure de l'armée française et un tracteur de l'armée britannique (1 tué, 2 blessés). 1re expédition.

Ce jourd'hui, quatorze mars mil neuf cent quarante-cinq, à neuf heures trente minutes.

Nous soussignés Meurice (Edouard) et Birembaut (André), gendarmes à la résidence d'Arras, département du Pas-de-Calais, revêtus de notre uniforme et conformément aux ordres de nos chefs, de service à la résidence et agissant pour faire suite au P.-V. n° 345 de la brigade de Beaumetz-les-Loges, en date du 14-12-1944, relatif à un accident survenu le 14 décembre 1944 entre un camion de l'armée britannique et une voiture touriste militaire française, avons entendu :

Monsieur Caupain (Octave), 20 ans, chauffeur aux services de Monsieur Lefebvre, épicier en gros, demeurant à Dainville, route de Doullens, qui déclare :

« Le 14 décembre 1944, vers 19 h 30, je revenais de faire une livraison de marchandises avec mon camion à Couturelle (P.-de-C.). En arrivant à environ 500 mètres au sud-ouest de Beaumetz-les-Loges, je fus arrêté par un chauffeur de l'armée britannique qui me mit au courant d'un accident venant de se produire. Il y avait un tué et deux blessés, dont l'un grièvement. J'ai donc chargé le Commandant qui avait été tué, ainsi que le blessé léger, dans mon camion. Le blessé grave fut chargé dans un camion anglais qui me suivait. La victime et les deux blessés furent transportés à l'hôpital Saint-Jean à Arras. Je ne puis vous fournir le moindre renseignement sur les circonstances de cet accident, puisque je suis arrivé après la collision. L'accident est dû au brouillard intense qui sévissait ce soir-là. » Lecture faite, persiste et signe.

François Daniel, âgé de 22 ans, soldat au 3e Train Auto du 8e Corps britannique, actuellement en traitement à l'hôpital Saint-Jean à Arras, qui déclare :

« Le 14 décembre 1944, je revenais d'Amiens avec la voiture immatriculée G.P. 00665 et me dirigeais sur Lille. Lors de l'accident, il faisait un brouillard intense et je roulais à la vitesse moyenne de 50 km à l'heure. Je ne me rappelle plus des circonstances de cet accident, car je suis tombé sans connaissance après la collision. J'ai été surpris de me retrouver le soir même à l'hôpital d'Arras. Je ne sais où se trouve actuellement le lieutenant Richart, mais le capitaine Lefebvre des affaires civiles pourrait vous donner des renseignements sur sa position actuelle. » Lecture faite, persiste et signe.

Lefebvre Louis, 32 ans, capitaine, officier de liaison auprès des affaires civiles, détachement 324 à Arras, qui déclare :

« Le lieutenant Richart a été transporté après l'accident à Lille, Bruxelles et en Angleterre pour soins. Je ne puis vous donner aucun renseignement sur son adresse actuelle. » Lecture faite, persiste et signe.

Cinq expéditions destinées : la 1re à Monsieur le Procureur de la République à Arras ; la 2e à Monsieur le Commandant de la subdivision à Arras ; la 3e au bureau des affaires civiles à Arras ; la 4e à Monsieur le Général commandant la 1re Région à Lille ; la 5e aux archives.

Fait et clos à Arras, le 14 mars 1945.

Signé : Birembaut. Signé : Meurice.

[Le nom de l'officier blessé est orthographié tantôt « Richard », tantôt « Richart » selon les pièces.]

Croquis de l'état des lieux

Plan manuscrit annexé au procès-verbal (« N° 3 — État des lieux — Plan des constatations »). Légende :

1. Conduite intérieure française. 2. Débris de verre et de ferraille. 3. Point de choc présumé. [3 bis] Trace d'huile. 4. Tracteur semi-remorque britannique.

Le croquis figure la route et le bas-côté, la voiture française et le tracteur britannique, ainsi que les distances relevées (notamment 16 mètres, 7 mètres et 4 mètres), avec l'indication de la direction de Beaumetz-les-Loges.

Lettre relative à l'inscription « Mort pour la France » (29 avril 1954)

Paris, le 29 avril 1954. N° 514.767/D.

Madame,

Par votre lettre du 30 décembre 1953, transmise à mes services par la Direction interdépartementale de Lille, vous avez bien voulu me demander de faire inscrire la mention « Mort pour la France » sur l'acte de décès de votre mari, Monsieur Saint-Léger Claude, Adolphe, Georges, Commandant de l'État-Major, Section militaire de liaison, décédé le 14 décembre 1944 sur le territoire de la commune de Basseux (Pas-de-Calais).

J'ai l'honneur de vous faire connaître que, par courrier de ce jour, Monsieur le Maire de Lille est prié d'effectuer cette inscription.

Veuillez agréer, Madame, mes respectueux hommages.

Destinataire : Madame Saint-Léger, 228 rue Nationale, Lille (Nord).

Sources :