Lettres reçues par Claude Saint-Léger en 1916

Lettres reçues par Claude Saint-Léger en 1916

1916 Lettres a Claude

Pour situer ces lettres

Claude Saint-Léger, né à Lille en 1897, s’est évadé de la ville occupée en août 1915 et s’est engagé au 32e régiment de dragons le 20 octobre. Ses parents, André Saint-Léger et Marguerite Delemer, sont restés à Lille, d’où ils ne peuvent lui écrire que par la Suisse et la Belgique, sous des noms convenus. Il a dix-huit ans, il n’est pas majeur, et sa parenté de France répond de lui. Les quatre-vingt-quinze pièces réunies ici sont celles qu’il reçoit en 1916 : d’un camarade d’enfance lillois évadé comme lui, d’une tante qui lui tient lieu de mère, d’un ancien de l’École des Roches passé aux zouaves, de cousins dispersés dans toutes les armes, d’intermédiaires suisses qui font passer le courrier de Lille. Elles couvrent l’année entière, du dépôt de Versailles aux tranchées de l’Oise.

Le contexte

1916 est l’année de Verdun, de février à décembre, et de la Somme, à partir du 1er juillet. Les deux batailles traversent ces lettres sans jamais être le sujet principal : Monod écrit d’un abri de la cote 304, Hélène de Lavalette suit les communiqués depuis l’Ardèche, Claude juge en juillet que l’offensive de la Somme ne dégagera pas Lille avant l’hiver.

L’année de Claude, elle, se coupe en deux. Jusqu’au 21 mai il est au dépôt du 32e dragons à Versailles, au peloton des élèves brigadiers, dans une cavalerie que la guerre de tranchées laisse sans emploi. Toute la correspondance du premier semestre tourne autour d’une seule question, obsédante : comment en sortir. Aviation, artillerie, infanterie, contre-espionnage, auto-mitrailleuses, tout est envisagé avec Patrick Le Blan, et chaque adulte de la famille écrit pour dissuader. Les parents, de Lille, ont fait dire qu’ils voulaient l’artillerie. Claude passe l’examen d’élève officier de réserve au début de février, se fait renverser par ses chevaux à la fin d’avril, et part au front sans être guéri, pour ne pas laisser partir son ami seul. En juin, un concours de tir le désigne fusilier-mitrailleur : c’est de là que procède toute sa spécialité ultérieure. En septembre, il commence à servir sous le nom de Lavalette.

L’autre moitié de ces lettres vient du Nord. Lille est occupée depuis octobre 1914 et le restera jusqu’en octobre 1918. Le dépôt de munitions des Dix-Huit Ponts y explose le 11 janvier 1916, et les évadés n’en connaissent d’abord que le communiqué allemand, lu dans la presse suisse, qui en rejette la responsabilité sur l’aviation anglaise. Le ravitaillement se dégrade. Les autorités allemandes enlèvent des civils pour le travail forcé, deux mille jeunes gens à l’été, puis déportent des otages en novembre, parmi lesquels un oncle de Claude. Les nouvelles mettent deux mois à sortir, par Baden, Zurich, Bruxelles et Rotterdam, sous des noms d’emprunt.

Dates repères, 1916


Augustine, dite Tine, à Claude, pour son frère Philippe. Lieu non indiqué.

4 Janvier

Mon cher Claude

J'écris pour Philip qui vous remercie de votre lettre, il a beaucoup à faire ces jours-ci, il faut donc lui pardonner s'il n'écrit pas. Il a repris ses habitudes et toutes ses répétitions de sorte qu'il n'a plus le temps de penser à son chagrin. J'ai reçu les 100 f. de Simone. J'ai vos 40 f. d'étrennes de tante Hélène et les 5 f. que vous avez avancé pour les photos puisque c'est tante Hélène qui les paie, j'ai donc 45 f. à vous, je viens de recevoir vos lunettes que je garde jusqu'au jour où vous les demanderez. J'envoie le pull de Philip à Mme Descamps.

Vous n'avez nullement à me remercier de ce que j'ai fait pour vous, je n'ai fait que mon devoir en faisant de mon mieux pour vous recevoir. Je n'ai pas encore eu de nouvelle de tante Madeleine. Je vous dirai si elle revient ici.

Il fait bien froid ici. Ce doit être autre chose pour vous. Couvrez-vous bien quand vous irez aux tranchées, l'on parle d'une offensive prochainement, est-ce vrai ? En tout cas faites votre devoir, mais soyez prudent, il faut penser à père et à mère, ils en ont assez pour leur part sans commettre d'imprudence qui ne changera en rien la situation actuelle.

Philip et moi vous embrassons bien fort.

Tine


C. Monod à Claude, au dépôt de Versailles. Carte-lettre, ambulance 7/38, secteur postal 131.

Carte-Lettre

Fm. Monod. Amb. 7/38 - S.P. 131

Monsieur Claude Saint-Léger, Peloton des Élèves-Brigadiers, 32e Dragons, Versailles

Mon cher ami —

Je suis très ennuyé de ne recevoir vos nouvelles —

Êtes vous malade, fâché ?

Expliquez-vous —

Je rentres à Paris au début de Février —

Il ne faudra pas se manquer cette fois-ci —

Si vous êtes très occupé, je me contenterai d'une carte.

Très affectueusement à vous

J. Monod


Patrick Le Blan à Claude, depuis La Herse, à Saint-Ay dans le Loiret.

La Herse, le 10 Janvier 1916

Saint Ay Loiret

Mon cher Claude,

J'espère que ta fin de permission s'est passée pour le mieux et que la rentrée au quartier n'a pas été trop pénible.

As-tu enfin retrouvé ta culotte ? Et es-tu enfin arrivé à Saint Germain.

Je compte sur toi, quoique très ennuyeux je suis, pour tout ce que j'ai demandé.

Bien à toi

Patrick


Patrick Le Blan à Claude, depuis La Herse.

La Herse le 13 Janvier 1916

Mon cher Claude,

Je suis inquiet de la longueur de ton silence. Quel affolement cela a dû être pour que tu ne puisses pas encore m'écrire.

Ton cheval est-il en piste ?... ou est-ce tout simplement ton bouchon ?

J'attends avec impatience une lettre de toi me donnant des détails sur mes affaires qui je sais sont très ennuyeuses mais qui m'intéressent tu le comprends pas mal. Outre tout ce que je t'ai demandé, d'occuper de mon mandataire etc, pourrais-tu demander au maréchal des logis Cobbak ou quelqu'un d'autre de bien renseigné, de m'inscrire aux E. O. R. ou de voir ce qu'il faut que je fasse pour cela. J'attache une grande importance à cette chose et j'espère que tu t'en occuperas pour que j'ai la réponse d'ici très peu de temps. Je serai à Paris Samedi soir pour voir Jérôme qui vient en permission.

Je regrette encore une fois de te donner tout le mal mais je ne peux malheureusement pas le faire moi-même.

En attendant de vos nouvelles, etc.

Au revoir mon vieux Claude,

je t'embrasse / Ton pardon

Une cordiale poignée de main

Blaise Pat


Hélène Demolins à Claude, depuis la Guichardière, à l’École des Roches.

La Guichardière (une maison de l'Ecole des Roches)

Le 14 Janvier 1916

Mon cher Saint Léger.

Avez-vous reçu le télégramme que je vous ai envoyé il y a huit jours? J'ai été très contrariée de ne pas vous voir et je suis ennuyée de ne pas avoir de vos nouvelles. Que s'est-il passé? Etant à Paris je n'avais pas votre adresse à Saint Germain et je vous ai envoyé un télégramme faire suivre chez Monsieur Banais.

Je vous en prie, envoyez moi un mot me disant ce qui s'est passé et surtout ce que vous devenez. Votre carte était venu me trouver à Paris ce qui explique mon retard.

Pourquoi changez-vous de régiment ? Je sens qu'il y a quelque chose qui ne va pas. Je sens que votre cœur déborde de quelque chose et je voudrais que vous laissiez déborder ce trop plein. Vous savez bien que cela vous fera du bien. N'avez vous pas confiance en moi !! Vous n'êtes pas le seul à avoir de ces difficultés; vous savez ce que je vous demande.

Je vous envoie ma très sympathique amitié.

H. Demolins


Patrick Le Blan à Claude, depuis l’hôtel Chatham à Paris.

HOTEL CHATHAM, PARIS

Patrick Le Blan

Je revois ___ pour Sarlat

Paris, le 16 Janvier 1916

Mon cher Claude,

J'ai reçu les deux lettres me disant toutes les dernières nouvelles. Elles sont plutôt embêtantes. Je t'avoue que je suis assez perplexe. J'ai vu Jérôme le Pous de Sarlat avec qui j'en ai parlé. Aviation ? Il y en a tellement

Je t'avoue que pour mon compte (je ne ferai rien sans toi) j'irai volontiers dans l'infanterie, (110) par exemple où il y a de bons types et où nous sommes connus. Ce sont des gens du nord très simples. Enfin c'est le bon moyen pour partir en Serbie. Il y a des départs continuellement.

Écris moi ce que tu en penses.

Merci beaucoup pour tout ce que tu as fait pour mes affaires et leçons. Mon vieux Claude, mes meilleures amitiés.

Je repars ce soir pour la Herse

Patrick


Patrick Le Blan à Claude. Lieu non indiqué.

Le 20 Janvier 1916

Mon cher Claude

Juste un petit mot pour te demander un petit service.

Peux tu payer ma note chez le Tailleur civil. Je te rendrai de suite l'argent.

J'ai reçu une note du tailleur me "sommant" de lui payer.

Je t'enverrai un mandat.

Merci mon cher Claude

Amitiés

Patrick


Patrick Le Blan à Claude, depuis La Herse.

Mon cher Claude,

J'ai reçu ta lettre et comme tu peuxt'en douter, elle ne m'a guère éclairci.

C'est évidemment assez embêtant. Je vais y réfléchir sérieusement et d'ici 8 jours j'espère pouvoir prendre une décision. Je te la communiquerai. Comment est la vie au 32 Dragons. Quel Brigadier ? Quel changement.

Cette histoire de front au bout de deux mois et demie est-elle fondée. Je crains que non ? C'est fait pour faire prendre patience probablement.

Reste deux choses

1°) Passer dans l'infanterie (j'attends quelques renseignements)

2°) Rester au 32 Dragons.

et s'y embêter (avec des chevaux etc).

N'oublie pas, de me tenir au courant de tout ce qui de passe. Je te remercie beaucoup de toutes les lettres et surtout du mal que tu as dû te donner pour mes petites affaires. Note bien ce que je te dois en argent.

Nouvelle sensationnelle (passionnante) Tu la connais peut être déjà. J'ai acheté le "Journal de Genève" aujourd'hui et j'y ai lu ceci dans le communiqué allemand. --- "Les Anglais ont bombardé l'intérieur de la ville de Lille. On n'a constaté jusqu'à présent que de légers dégâts causés par un incendie" ---

Charmant Mr les Anglais.

Au revoir mon cher Claude. Mille amitiés

Patrick Le Blan

Au sujet de la lettre de l'infirmerie dis lui que je me rappelle bien la lettre. J'ai dû la mettre à la poste. Je l'ai recherché si je ne l'avais pas quelque part je n'ai rien retrouvé bien entendu. L'ai-je perdue ? c'est plus que probable. Annonce le lui gentiment.

merci


Hélène de Lavalette, tante et marraine de Claude, à son filleul.

Mon cher Claude,

J'ai été fort impressionné de recevoir la photographie de vos parents. Je vous remercie de me l'avoir envoyée. Quand donc les reverra-t-on ? Avez vous eu des renseignements sur cette explosion qui m'a vivement inquiété. Dans quel quartier, à votre avis, cela a-t-il pu se produire ?

Que devenez-vous ? J'imagine que vous avez peu de temps pour écrire. Allez-vous bien? Et cette permission ?

J'ai de bonnes nouvelles de votre oncle. Mais, il entrevoit une guerre d'une durée encore fort longue. Vous avez vu, n'est-ce pas, qu'en s'installant à Marseille, les Anglais ont loué leurs locaux ou terrains pour 3 ans ou à même dit à taux de 3. 6 etc.

Il a gelé, puis plut, les tranchées s'éboulent et l'inaction pèse.

L'oncle Léon va bien aussi il vient d'être nommé Ing. en chef. peut être de ce fait va-t-il être promu Commandant.

Il est très content de cet avancement, il est encore jeune pour ce grade qui équivaut, dans sa partie, aux 4 galons dans l'armée.

Au revoir, mon cher Claude et merci ! Nous tous vous embrassons très affectueusement

Hélène de Lavalette


André Huet, cousin de Claude, depuis le camp de la Braconne en Charente.

Mon cher Claude.

Il y a longtemps que ton style n'est pas venu me divertir, ce jeune poilu, sale, boueux, crasseux, mais tout plein de courage, que je suis devenu dans ce doux pays de La Braconne. Si tu veux voir un pays plein de boue et sans distractions, viens ici, et en retournant à Versailles tu seras certes l'Homme le plus Heureux du monde.

Tu es vraiment difficile, de te plaindre lorsque tu es à Versailles, avec de bons copains, et un bon régiment, à deux pas de Paris, et je suis sur que les permissions abondent.

Ici, peu d'ouvrage pour le moment ; on vient de vacciner contre la Typho tous les bleus de la classe 17, et ils sont tous malades, l'ayant déjà été, je suis rentré mais pas à l'abri des nombreux corvées qui tombent sur l'Homme de chambre et l'Homme de jus.

Pour parler sérieusement, je vais faire une permission de 24 Heures pour Paris, Dimanche en 8, c.a.d. le 6 Février, et il est possible que je l'obtienne, et si oui je serais enchanté de te retrouver pour déjeuner. Avec ces permissions, nous arrivons à Paris le Samedi soir vers 8 heures et en repartons le Dimanche vers 10 heures du soir.

Je trouve que cela vaut la peine de se changer un peu les idées. D'autant plus que je retrouverai à Paris, frère, Marcelle et peut être Ernest, ainsi que ma marraine que j'espère pouvoir aller voir. Je reçois de temps en temps des charmantes lettres d'elle, et je suis un "lucky beggar" de l'avoir décroché pour marraine.

Si tu vas au Majestic, fais lui mes amitiés. Comment vont les Descamps, et ont ils passés la fameuse soirée du 6 Janvier, que nous étions si précipités.

Je ne cherche plus de coiffeur, car celui du régiment a fait son œuvre, il ne me reste plus un traître poil sur la tête, tu parles d'une taille !! Marcel et Gaston m'ont écrit, ce sont tous les deux des veinards.

Ici, tous mes chefs sont très gentils et j'ai aussi de bons copains, je ne me présente pas pour l'E.O.R. ayant trop de chances d'être recalé. Je me contenterai donc de suivre le peloton quand il commencera.

Nous commençons à regarder les chevaux de plus près, et allons même jusqu'à mettre notre derrière dessus.

Je te quitte pour répondre à Louis Ternynck qui m'a écrit dernièrement une lettre charmante et pleine de bons conseils.

Tu sais que tes nouvelles me feront grand plaisir, et écris moi si tu peux être à Paris le 6 Février, si oui, je serai probablement au Majestic.

Partage toutes mes meilleures amitiés avec les Descamps.

Ton vieux copain
André Huet
(un cousin)

P.S Est ce que Patrick Le Blan est rentré au 32ème ?


Marie Iten à Claude, depuis Baden en Suisse.

Cher Monsieur,

J'ai bien reçu votre lettre du 16 Janvier avec la carte annexée pour votre oncle, carte que j'ai mis à la poste ici comme convenu entre Monsieur Saint-Léger et mon frère. Je serai heureuse de pouvoir servir d'intermédiaire pour l'échange de la correspondance entre Madame votre mère et sa famille et je suis volontier prête à traduire en allemand les lettres ou cartes que vous m'enverrez, avant de les ré-expédier à Mr. de Smeth à Bruxelles. Je voudrais seulement vous prier - pour éviter toute confusion - de vouloir bien mettre comme expéditeur: Mlle Marie Iten (pour Nicolas), ou mieux encore : Nicolas Iten, p à, Mlle Marie Iten, afin que Madame votre mère se serve de cette adresse pour les missives qu'elle me transmettra pour vous. Ceci seulement, pour que le facteur qui distribue les lettres à la Roemerstrasse 3, où je demeure seulement provisoirement, n'ait pas de doute qu'il pourra me délivrer les lettres et cartes pour Nicolas Iten.

J'ai donc remis votre carte postale en original à Mr. de Smeth, ainsi qu'une seconde carte avec les mêmes nouvelles traduites en allemand. On verra laquelle de ces cartes arrive la première, afin qu'on puisse s'arranger pour l'avenir suivant les expériences faites cette fois-ci et dont Madame votre mère ne me manquera sans doute pas de me tenir au courant.

Dans l'attente de vos nouvelles ultérieures, recevez, Monsieur, l'expression de ma parfaite considération.

Marie Iten
Römerstr. 3, Baden.


Patrick Le Blan à Claude, depuis La Herse.

Mon vieux Claude,

Merci beaucoup de ta longue lettre me donnant de si interessantes nouvelles.

Ce bouleversement au 32 me réjouit plutôt, car d'après ce que tu me dis il nous sera assez facile de changer d'armes. Ce qui est l'essentiel!

Jérôme a eu une permission pour Paris afin de s'occuper de son passage dans l'aviation. J'attends de ses nouvelles.

De plus André Duval est actuellement et encore pour longtemps pilote instructeur à Cazaux. École de Tir Aérien. On habiterait dans sa villa etc. Epatant. Si nous passons dans l'aviation, je crois qu'avec un léger coup de piston, nous pourrions aller là.

Je compte m'occuper à fond de cette histoire là. Et si Jérôme peut y aller ça sera parfait.

Les procédés "Cousins" de René D. ne m'étonnent pas du tout. C'est vraiment dégoûtant de sa part.

Il n'y a que l'abrutissement qui puisse l'excuser et encore. Enfin c'est ce qu'on appelle avoir "l'esprit militaire" Médaille militaire au bout de 15 annuités.

Quant à l'histoire du Bo___ absolument charmante. Si le très Len. Trou. Dot. foutaient le camp cela ne serait pas un mal pour vous.

J'achète les journaux Suisses. Les Anglais bombardent Lens avec furie (comm. Allemand) et tuent des civils. Je te tiendrai au courant à chaque "nouvelle". Et je compte et j'espère faire vite. Si jamais tu avais une idée, communique la moi.

Merci beaucoup de payer De Mois. Règle aussi mon Tailleur, c'est ce qui presse le plus. Merci beaucoup, mon vieux Claude, et bien sincèrement

ton Patrick Le Blan


Patrick Le Blan à Claude. Lieu non indiqué.

Mon cher Claude,

Je viens de recevoir une carte de Lille du 23 Janvier (23) qui donne de bonnes nouvelles de tes parents et des miens. Cette carte donne des nouvelles d'autres personnes, et laisse entrevoir qu'il y a eu un peu de casse à Lille (soit explosion soit bombardement).

Ai reçu des nouvelles de Jérôme qui compte passer dans l'aviation. Il me dit de ne rien faire pour le moment. Qu'il nous fera venir avec lui. Enfin, comme je lui ai dit, il faut agir vite. Si de ton côté tu as un projet, écris le moi, j'attends une lettre de toi.

J'espère que le métier n'empire pas, embêtant, mon vieux Claude, et que tu ne te fais pas trop de bile.

Je vais envoyer de tes nouvelles à M. et Mme Saint-Léger.

Nous avons des moyens épatants. Aller et retour en quelques jours, sont des moyens que tu connais d'ailleurs. Suisse ! etc.

Peux tu demander à De Nion ce qu'il a fait de mes lettres qui étaient dans l'armoire de ma chambre. Dis lui de te les donner. Peux tu me les garder.

Au revoir, mon vieux Claude, à bientôt.

Ton vieux camarade d'infortune

Patrick Le Blan


Germaine Ternynck à Claude, avant son départ pour Cannes.

20bis rue Daru, Paris
Villa Luna Nuova route d'Antibes - Cannes

Mon cher Claude,

Je pars vendredi soir pour Cannes chez les Huet et je regrette beaucoup de ne pas t'avoir reçu avant mon départ mais j'ai eu beaucoup de choses à faire et suis aller passer quelques jours près d'Albert ce qui m'a fait un bien immense plaisir comme tu peux le penser. Je voulais toujours aller jusqu'à Versailles mais n'en ai vraiment pas eu le temps

J'aurais été bien heureuse de parler avec toi plus longuement qu'au Majestic de tes Parents et de tous ceux que nous avons laissé là-bas ! Sais-tu que j'ai eu des nouvelles de mes Parents du 9 Janvier par des personnes revenues comme moi par des train d'évacués. Ils allaient aussi bien que possible à Chauny, leur vie toujours très lamentable mais c'est plutôt améliorée depuis que nous y avons été. Ta Mère et moi j'ai appris beaucoup de détails sur eux tous car les personnes en question ont vécues beaucoup près d'eux étant des anciens amis de Père et de mon oncle Paul. Les santés étaient bonnes pour tous. Nadi et René étaient toujours là, avaient engraissés et bonne mine, on était tranquille pour eux, les Allemands ne pensant plus a prendre des prisonniers, mais sait-on jamais avec d'aussi sales gens ? Je te dis ces détails sachant combien tu t'intéresses à mes pauvres frères, mon cher Claude, et je suis sure que tu partageras ma joie. Mais quand pourrons nous les revoir tous ceux que nous aimons et qui sont si loin

Je suis stupéfaite du moral de tous ceux que je vois ici et les envie de voir tout en si beau. Écris-moi souvent mon petit Claude et dis moi ce que tu deviens, tu sais la grande affection que j'ai pour tes Parents et pour toi, je compte bien avoir très souvent de tes nouvelles ; je me mets entièrement à ta disposition pour tout ce que tu pense désirer et espère que tu en profiteras et ne te gèneras jamais avec moi. Veux tu que je t'envoie les photos que j'ai de tes Parents ou veux tu que je les envoie a Philipp dont j'ai de bonnes nouvelles. Mes meilleures amitiés mon cher Claude et bien a toi.

Ta vieille Germaine.


Patrick Le Blan à Claude, depuis La Herse.

Mon cher Claude,

J'ai reçu ta lettre du 27 Janvier et t'en remercie beaucoup.

Voilà ce que je fais :

1° J'ai écrit au Lieut. Devilder de manière à ce qu'il s'assure que je puisse quitter le 32 Dragon au bout de 3 semaines de classes etc. Comme je lui écris, les classes dans l'aviation étant toutes nouvelles, je ne crois pas qu'il puisse y avoir d'inconvénients a cela.

2° Je lui demande quand et à qui il faut que je fasse ma demande pour l'aviation ?

Ces questions que je lui pose je te les pose aussi. Mais sachant combien on est occupé, je les lui ai demandé aussi.

Dans le cas où tout marche bien, nous faisons notre demande le plus vite possible, et un petit coup de piston pour Cazeaux.

Je vais à Paris cette semaine écris moi donc 9 Rue Louis David. La semaine prochaine, j'irais à Cazeaux avec mon Oncle.

J'écris aujourd'hui à André pour lui demander des détails. Cazeaux est une école de tirs aériens et d'hydroplanes.

Dans le cas ou l'aviation ne marcherait pas, Jérôme qui est venu hier à La Herse, va s'occuper de nous au 110, afin que si nous y allions nous soyons dans de bonnes compagnie, etc. Jérôme va t'écrire.

Mais je suis d'avis de n'aller dans l'infanterie qu'au dernier moment, je veux dire, si rien d'autre ne marche, car quand on y est c'est difficile d'en sortir.

J'ai reçu une carte de Lille, me disant que l'explosion a produite des dégâts considérables. Toutes les usines de notre quartier, (Porte de Douai) sont endommagées, mais les dégâts sont réparables. Pas de victimes chez nos connaissances.

Au revoir, mon vieux Claude. Espérons un peu. Bien cordialement à toi.

Patrick


Hélène de Lavalette à Claude, son filleul.

Mon cher Claude

J'ai été très contente de recevoir votre lettre. Mais je suis aussi embarrassée pour vous donner exactement l'adresse de votre oncle Léon. Il devait rentrer à Casablanca depuis quelque temps déjà. Voici deux fois que je lui adresse mes lettres dans cette ville : Capitaine Delene (NDLR : lire Capitaine Delemer), Officier du génie, Casablanca Maroc. Au début, mes lettres lui arrivaient très bien ainsi. Mais je n'ai pas de nouvelles de lui depuis quelque temps déjà : Si ce n'est la première lettre de Manci, mais comme nouvelles ou détails, c'est absolument négatif. Avez-vous des nouvelles de Lille ? Madeleine Thibaut m'en envoyait l'autre jour, de Chauny, apportées par les Fabre. J'aurais bien voulu d'une façon quelconque communiquer avec les Vaguette pour les engager à se faire évacuer à Rosière. A leur âge, ils doivent souffrir, et à quoi leur servira de sauvegarder ou d'essayer, leur petite maison, s'ils y meurent faute de soins ou d'autre manière. Cette guerre est une calamité. Vous comprenez le raisonnement que je fais quant aux Vaguette qui sont âgés et sans enfants, etc.

Votre oncle Joseph va très bien. Je vais à Lyon la semaine prochaine, le Jeudi et le Vendredi : vous savez que vous avez de bons trains pour pouvoir y passer 24 h ? Je suis Grand Nouvel Hôtel rue Grolée : j'aurai Geneviève le Jeudi après-midi.

Nous allons tous très bien et vous embrassons tous très affectueusement mon grand filleul.

Hélène


Patrick Le Blan à Claude, depuis Paris, 9 rue Louis David.

9, RUE LOUIS DAVID

TÉLÉPH. 674.79

Mon cher Claude

J'ai reçu ta lettre et t'en remercie beaucoup. Je repars à la Herse ce soir et je ne pourrais malheureusement pas te voir lundi.

J'ai écrit à Devilder au 32, ou il a certainement du faire suivre la lettre. Merci beaucoup de tout ce que tu fais pour mes affaires. Tâches si tu peux de savoir si je peux faire ma demande. En tout cas j'attends avec calme la rentrée au Régiment. Je suis résolu à avoir l'esprit militaire (genre R. Desef) c'est te dire combien je suis résolu.

En tout cas je t'assure que si je rentre au 32 ce ne sera que pour quelques jours car je continue à vouloir m'occuper le plus activement possible de notre changement.

Patrick

Je n'ai pas pu trouver d'enveloppe plus en deuil


Patrick Le Blan à Claude, depuis La Herse.

Mon cher Claude,

J'attends avec impatience de tes nouvelles. As-tu passer les E.O.R. ?

J'ai reçu une lettre de Devilder presque insignifiante. Il me conseille de rester quelque temps encore au 32 Dragons. Ce sera plus facile après. J'attends ce que tu me diras là-dessus.

Enfin je suis décidé s'il le faut à rentrer au 32 Dragons. J'y rentre avec une ardeur endiablée. Je te l'ai déjà écrit.

Donne moi quelques nouvelles des Brigadiers Lemoine et Troutron. Sont-ils toujours là ?

J'arriverai à Versailles le 28 Février ou 1 Mars pour rentrer au quartier le 2 au soir.

J'ai reçu une lettre de Philippe hier qui va venir passer probablement quelques jours à la Herse.

Quant à Jérôme il est à Sarlat attendant toujours l'aviation.

A bientôt mon vieux Claude.

Bien à toi

Patrick


André Huet à Claude, depuis le camp de la Braconne.

Mon cher Claude,

Tu sais comme moi, que le temps, manque à la caserne, pour cela tu m'excuseras donc de ne pas encore t'avoir répondu. J'avais un cafard beuf quand j'ai su que je n'avais pas de perm, Dimanche dernier, mais maintenant le cafard est passé on n'en parle plus.

Je suis très heureux de savoir si tu as réussi ton examen d'E.O.R. et vois en toi un futur officier de cavalerie ! Tous mes vœux t'accompagnent, mais pour ma part, j'ai refusé d'essayer, n'ayant pas à beaucoup près l'étoffe d'un aspirant d'artillerie. Je me contente d'attendre que le peloton d'élève brigadier commence, pour gagner une sardine !

Je me vois pour la fin de mon séjour dans ce camp boueux, mais j'ai beaucoup de patience. J'ose penser que j'aurai une perm de 24 heures le Dimanche 27 Février, tâche de venir à Paris ce jour là, arrange toi avec frère pour qu'on déjeune ensemble. Tu sais que le bureau est 42 rue des Jeuneurs, tu n'auras qu'à lui téléphoner ou le voir.

Qu'y a-t-il de neuf à Versailles ? Comment vont les Descamps ?

Nous commençons à faire de la presse avec beaucoup de zèle.

Mère m'annonce l'arrivée de Germaine à Cannes, je regrette bien de ne plus être là-bas, mais ce n'est plus le bon temps du civil et quand reviendra ton Pélissier de 2ème classe plutôt que ___ Conducteur de 2ème classe !

Les types se battent ds la chambrée, je te quitte donc ds un abrutissement complet. J'espère te lire bientôt.

Bien à toi

A___


Patrick Le Blan à Claude, depuis La Herse.

Mon cher Claude,

Je te remercie beaucoup de ta bonne lettre et je suis heureux de savoir que tu as passé quatre bonnes journées à Paris.

Ce que tu me dis au sujet de la facilité des E. O. R. ne m'étonne nullement. Quant à la vie au 32 Dragons d'après ce que tu m'en dis et d'après ce que m'a écrit Max (car j'ai reçu une lettre de lui hier) elle doit être toujours aussi lamentable. Je le sais que c'est une vie idiote et je ferais tout pour changer et aller soit dans l'aviation soit dans l'infanterie mais en tout cas je crois qu'il est nécessaire et que je ne peux pas faire autrement que de rentrer au 32 au moins pour quelque temps.

Max me dit dans sa lettre qu'il a grand envie de faire sa demande pour l'aviation et comme il sait que j'ai la même intention, il me demande de lui en parler.

J'ai reçu une lettre d'André Duval qui n'a rien de délicieux.

Pour aller à Cazeaux il faudrait être du service non armé ou bien avoir fait déjà un stage dans un centre d'aviation quelconque. Donc rien à faire pour nous.

Ce que tu me dis au sujet de Barry ne m'étonne nullement. Il doit être en effet tout ce qu'il y a de gentil.

combien de temps de temps généralement faut-il pour passer d'une arme dans une autre. Le sais tu approximativement ?

J'ai d'excellentes nouvelles de nos parents du 4 février.

Je te donne une nouvelle sous toutes réserves qui vient de Mme Van de Weghe.

Il y aurait à Lille suite de l'explosion et du bombardement. 500 maisons de démolies. La rue de la Basse détruite. La tour Sainte Catherine démolie. (sous toutes toutes réserves)

Peux tu me donner des nouvelles de Lily Wallaert qui se parait il est très malade à Bailleul mon vieux Claude

Mille amitiés de Patrick


Robert Saint-Léger, cousin germain de Claude, depuis Brest.

HÔTEL DES VOYAGEURS

LOMBARD Propriétaire

CHAUFFAGE CENTRAL
EAU COURANTE
CHAUDE ET FROIDE

ASCENSEUR
ÉLECTRICITÉ
BAINS

TÉLÉPHONE 0.23

Robert Saint Léger
1er Canonnier Servant
3e d'Artill. à pied
39e Batterie
Caserne du Château
(Finistère) Brest

Mon cher Claude,

Maman qui est venue me dire bonjour ici à Brest m'a dit avoir appris par ma tante Calary que tu n'étais pas très heureux dans ton régiment. J'ai donc pensé que si tu t'y ennuyais trop, il te serait, je crois, facile de d'obtenir ton changement de corps et de passer au 3e d'artillerie à Pied (Fraction de Brest). En effet, ici il n'y a qu'un très petit dépôt où on est aussi bien et tranquille que possible et où on ne fait rien. Je serais d'autre part comme tu le penses, ravi de t'avoir ici avec moi.

Si tu désires cette mutation, préviens moi aussitôt qu'elle sera faite, mais seulement alors, et je m'arrangerai pour que ta demande soit bien accueillie ici.

As-tu de bonnes nouvelles de Lille et particulièrement de Mon oncle et de Ma tante ? J'espère qu'ils ne sont pas trop tracassés par les Allemands. Ici, je ne fais presque rien et le service est très doux (aucune garde, pas de corvées etc). C'est dommage qu'en revenant de Lille tu n'aies pas reçu le télégramme par lequel je te disais de t'engager ici.

Au revoir, mon cher Claude, de toutes façons, je serais très content d'avoir de tes nouvelles et de plus j'espère pouvoir te retrouver un jour ici. Ton cousin

Robert Saint Léger

P. s. Ignorant ton adresse, j'ai prié tante Calary de bien vouloir te transmettre cette lettre.


Germaine Ternynck à Claude, depuis Cannes.

Villa Luna Nuova route d'Antibes - Cannes

Mon cher Claude,

J'ai vu ton oncle Delsalle aujourd'hui qui m'a dit tes projets, je ne puis, ni ne veux t'influencer mais te dire seulement de bien réfléchir encore, ton sentiment est très chic mon cher Claude mais rappelle toi le grand désir que tes Parents avaient de te savoir dans la cavalerie ou l'artillerie, mets toi a leur place quand ils te sauront dans l'infanterie les angoisses et les tourments qu'ils vont avoir eux déjà si malheureuse ! Tu m'en voudras peut être de tacher de te dissuader mais ta pauvre Mère t'avais aussi un peu recommander à moi quand je l'ai quitté et c'est la pensée de ses angoisses qui me fait t'écrire. Attends au moins qu'ils soient débloqués pour avoir leur conseil et avis ou propose toi seulement si on demande des jeunes gens de bonne volonté pour passer dans l'infanterie. Je comprends ta grande hâte de faire quelque chose et le bonheur que tu aurais à venger par toi même tous tes bons et braves amis que nous pleurons ! Mon petit Claude tu sais la grande affection et je viens te parler un peu en grande sœur si tu le permets, je suis fière de tes sentiments pas beaucoup les ont, mais tu en a vu plus que beaucoup, prends encore patience pendant quelques mois, si tu savais le bonheur que j'aurais de savoir que tu remets encore un peu, ton beau geste !

Je regrette beaucoup de ne pas t'avoir revu, et parler un peu ensemble car nous avons une autre manière de voir les choses que ceux qui ont toujours été ici sans rien voir, je n'ai pas encore oublié les mauvais jours et tous les moments affreux par lesquels tu as passé et trouve que tu as déjà rempli plus que ton devoir en revenant ici. Je sais que ta Mère est très courageuse et énergique et t'approuverait peut être mais attends encore leur approbation. Je sais que ce n'est pas ma lettre qui te fera changer et je ne puis te dire qu'une chose : pense aux chagrins et aux angoisses que ton Père et ta Mère vont avoir. Je sais ce que c'est que de toujours trembler pour un être cher. Rappelles toi nos angoisses pour notre cher Marcel et si tu pars comme lui je sais que tu penseras à lui et suivra le belle exemple qu'il a donné mais tu as encore le temps d'aller dans les tranchées car je crains que ce soit encore si long. Une bonne réponse mon petit Claude me ferait bien plaisir. Rappelle toi qu'en moi tu trouveras toujours une vieille amie qui t'aime beaucoup et qui t'est très dévouée.

Tiens moi au courant et reçois les meilleures amitiés de ta vieille Germaine.

Excuse ces griffonnage c'est Arlette qui a mis ses mains sur ma lettre


Patrick Le Blan à Claude. Lieu non indiqué.

Mon cher Claude,

Je te remercie beaucoup de toutes les tuyaux que tu me donnes au sujet de notre changement. Je suis décidé à demander à passer dans l'aviation, puis si cela ne va pas j'irai peut-être dans l'artillerie. J'ai vu Philippe qui est ici et qui me dit surtout de ne pas aller dans l'infanterie. J'avoue que lorsqu'on y est c'est terriblement difficile d'en sortir. Je t'ai déjà écrit qu'il n'y avait rien à faire avec André Duval quand au piston malheureusement il n'a encore rien pu faire pour Jérôme. Alors tu vois.

Tu dois probablement savoir où on est envoyé lorsqu'on passe dans l'aviation. Quant à l'artillerie Philippe qui en est très partisan, il me dit que dans les régiments d'art. du 1er Corps, nous serons très bien. Je ne demande pas mieux que de faire de suite ma demande en écrivant au Lieutenant mais il faut que nous soyons d'accord quant à l'arme où nous voulons aller.

L'ennuyeux est que nous soyons éloignés l'un de l'autre. Dans une dizaine de jours j'arriverai à Versailles et j'espère que tout s'arrangera mieux alors.

À bientôt mon vieux Claude. Toi qui es près du milieu écris moi ce que tu fais.

Agis par toi même. Je ferai ce que tu feras. Car ici je suis dans un trou éloigné de tout cela et malheureusement mon Oncle n'est pas du tout à la question.

À bientôt mon vieux Claude j'attends de tes nouvelles

Bien cordialement

Patrick Le Blan


Lucien Delesalle à Claude, depuis Cannes.

Mon cher Claude

Je te remercie de ta lettre du 11 Ct et de la confiance que tu me témoignages, j'espère que dans l'avenir il en sera toujours de même et tu me trouveras toujours à ton entier dévouement. Je dois t'avouer que ta décision me fait un peu peur car en l'absence de tes chers parents je ressens une certaine responsabilité dans ta décision et que dans toutes les lettres reçues de Lille, l'on recommandait que tu t'engages dans l'artillerie, ceci pour éliminer l'infanterie. Ce n'est pas tant le danger des tranchées que je crains pour toi, mais bien les fatigues et privations que supportent nos malheureux fantassins. Il est regrettable que tu n'aies pas attendu tes galons de maréchal des logis pour penser à ta permutation car alors tu aurais pu par ce changement gagner ceux de sous lieutenant dans l'infanterie, comme l'ont fait Philip et Gaston. Te rends-tu bien compte de ce qu'est la vie monotone de nos poilus au fond de leurs trous ? Certes je ne puis qu'admirer les beaux sentiments qui t'inspirent et qui manquent à bien d'autres, mais encore faut-il que chacun en fasse suivant ses aptitudes et l'on peut remplir son devoir dans toutes les armes.

Je doute que les portes de l'aviation te soient ouvertes, car je crois que la vue est un des premiers appoints requis pour les élèves pilotes ; mon opinion sur cette arme est que l'apprentissage est amusant et pas bien dangereux, tandis que les vols effectués sur le front sont fortement exposés à toutes sortes d'accidents toujours graves.

Enfin mon cher Claude, je ne puis que te dire ce que j'ai dit il y a un an à Gaston : tu es assez grand et assez raisonnable pour juger toi-même de ce que tu dois faire pour toi, pour la France et pour tes parents.

Je viens d'écrire à ta mère par l'entremise de Guérin et je ne lui ai pas fait d'allusion à tes projets, mais je ne suis pas d'avis de lui cacher longtemps la vérité car cela se saura vite et je ne voudrais pas qu'elle l'apprenne par d'autres que par nous ; je lui ai promis de ne rien lui cacher ni sur toi ni sur Philip et je ne voudrais pas qu'elle pense un jour me reprocher ce manque de confiance.

Je compte que tu me tiendras au courant de ce que tu feras et quoiqu'il arrive, tu me trouveras toujours prêt si je puis te rendre service.

Bien cordialement à toi

Lucien Delesalle


Patrick Le Blan à Claude. Lieu non indiqué.

Mon vieux Claude,

Je viens de recevoir ta lettre m'annonçant que ma lettre s'est égarée. Tu as probablement déjà dû recevoir une nouvelle lettre te donnant quelques nouvelles d'ailleurs fort peu intéressantes.

C'est à toi de me renseigner maintenant et surtout de prendre une décision. Aviation. Artillerie ou infanterie ?

J'attends avec impatience une lettre de toi. Elles me font toujours grand plaisir, mon cher Claude tes lettres. et je t'en remercie beaucoup, car je sais par expérience que ce n'est pas aisé d'écrire souvent.

Je serais désolé de te quitter, et il faut absolument que nous nous arrangions. Je t'assure et j'y pense souvent que grâce à toi au 32 Dragons nous avons eu quelques petits moments pas trop durs et embêtants. J'étais heureux d'avoir avec moi quelqu'un de pas abruti ni de trop militaire.

Je viens de recevoir une lettre du tailleur me demandant de lui régler ma note. Ne t'en occupe plus maintenant car je lui ai écrit que je le réglerai en revenant.

Au revoir, mon vieux Claude.

À bientôt.

Bien cordialement à toi

Patrick Le Blan


C. Monod à Claude, au retour d’une permission.

Mon cher ami

Je vous envoie Epictète. Il refait les muscles et les nerfs, les jours de cafard —

Bon Courage, et surtout patience, malgré la platitude des jours & des gens. — Il ne faut pas que les petits accidents de nos existences entament notre foi dans la victoire complète.

Cette fois, il faut la pousser, l'ancrer dans l'esprit des autres, car le pays a tant souffert que ce serait l'achever que s'arrêter en chemin —

Je repars. Je suis bien content de vous avoir revu — Les événements vous ont mûri ; tous vous dé formes. C'est beaucoup — Écrivez-moi un peu plus souvent. Et ne recommencez pas vos lettres. Je vous connais : nos relations peuvent être très simples. Au Revoir. Ne quittez pas le 32. Vous ne serez pas mieux ailleurs — Tâchez d'avoir du galon — Votre bien affectionné

J. Monod


C. Monod à Claude, depuis le front.

Mon cher ami,

Je trouve en rentrant de permission votre petit mot si affectueux. Vous avez été heureux de ne pas me voir trop changé ? J'ai eu la même impression à votre sujet : nous reprenons nos relations sur nos vrais bases, comme de vieux camarades — car nous le sommes plus que jamais maintenant — J'en dis parfois que notre génération est heureuse, à sa manière. Nous cherchions autrefois l'emploi de nos forces, car la vie était si facile que notre désir de mieux ne trouvait pas à le satisfaire.

Nous voici maintenant en pleine lutte : nous savons ce que vaut le système et les soucis qui rongent, comme aussi la lassitude, le découragement, l'exaspération contre les sottises & les vulgarités. Il faut nous maintenir calmes, ne pas donner prise à ce qui diminuerait notre force, et chercher à faire simplement notre devoir d'homme — Cette destinée de notre génération est belle, et nous n'avons pas le droit comme certains, de la maudire.

Vous allez croire que j'ironise, car devine le vide, l'ennui mortel, le vôtre de ce dépôt — mais non : vous êtes là où vous devez être encore en ce moment. Je comprends si bien votre désir de passer dans l'infanterie — car je suis moi-même aux prises avec les mêmes incertitudes.

Votre cas est spécial : vous n'êtes pas majeur — vos parents de Versailles, de Neuilly, de Paris ont vis à vis de votre a L. une responsabilité. Plus tard on pourrait bien reprocher de vous avoir laissé faire cette mutation. Il faut que vous teniez compte de cela —

Je comprends que vous rêviez d'aller au front : mais dites-vous bien que vous ne disposez pas de votre vie. Celle-ci est autant à vous qu'aux vôtres. Vous ne sacrifiez pas que vous et il faut avoir cette pensée présente quand on veut (comme vous maintenant) prendre l'initiative de forcer le destin — Enfin n'allez vous pas tomber de Charybde en Scylla ? — Il est si facile à vos parents de Paris, de Versailles, de demander que vous, engagé de la classe 17, si utile à la famille et au pays envahi — ne soyez pas envoyé trop tôt au front.

Vous échangeriez une vie de dépôt pour une autre, plus morne encore, sans cheval.

Au 32 vous aurez plutôt du galon que dans n'importe quel régiment, on vous aura d'abord à vous faire connaître. Vous pourrez y préparer votre examen d'E.O.R., et passer plus vite par Saint-Cyr. Alors, n'ayant pas tous ___ les événements vous disposerez de vous-même et en rejoignant le front vous rendrez beaucoup plus de services que comme poilu de 2e classe —

Voilà des raisons. Pensez-y — Le devoir est une chose terriblement complexe — et il ne faut pas prendre des désirs, des impatiences pour des obligations morales — Celles-ci sont souvent mornes, obscures — Le courage est de leur obéir —

Je ne peux pas me mettre à votre place, et vous ______ ferais si j'étais vous — Je vous indique simplement que vous pourriez oublier. Mais votre impatience de mener une vie plus active. Je ne fais que vous inviter à réfléchir — Votre parti, quel qu'il soit, sera bon si vous le prenez de sang-froid et avec calme.

Au revoir mon cher ami — Bon courage — J'attends bientôt de vos nouvelles

Votre très affectionné
Monod

Je voulais envoyer Epictète au 32 — Vous me donnez maintenant comme adresse 192. Manteuil. Que vaut-il mieux que je fasse ?


André Huet à Claude, depuis le camp de la Braconne.

A. Huet. 101e Régiment d'artillerie lourde - 70e Batterie - Classe 17.
Camp de la Braconne (Charente)

Claude Saint Léger.
32ème Dragons
(Engagé Classe 17)
Versailles
S. O.

(NDLR : la transcription coupait ici la lettre en deux, un filet de séparation ayant été inséré entre l'en-tête du papier et le corps du texte. Le passage est reconstitué.)

Mon cher Claude

Ce petit mot t'arrivera sans doute trop tard, mais comme je t'ai écrit précédemment, mère venant à Paris ds le courant de Mars, je réserve ma perm. de 24 heures pour pouvoir l'y rencontrer. Je ne vais donc pas à Paris le 27 et regrette beaucoup de ne pas pouvoir te voir. Je viens de recevoir ta lettre adressée rue des Jeuneurs, je vois que tu taches de combattre l'abrutissement, tu auras de la misère ! Je vois même que c'est impossible. Pour ma part je n'agirai plus tard étant trop occupé par l'astignage ! Nous commençons ds qq. jours le peloton et ça va barder. Dis moi le résultat de ton examen.

Amitiés aux Descamps Bernard. Bien à toi


Patrick Le Blan à Claude, depuis La Herse.

Mon cher Claude,

Je te remercie beaucoup de ta longue lettre qui m'a fait grand plaisir. Tu recevras cette lettre fort peu de temps avant mon arrivée, et ce jour là nous pourrons parler de tout cela longuement. Je n'ai pas perdu tout mon patriotisme mon vieux Claude, non plus, et ce sentiment n'a jamais été ébranlé que fort superficiellement chez moi.

En tout cas, il est certainement plus sincère que celui de tous ces jeunes 32e Dragons qui se piquent de patriotisme. Comme tu le dis très bien, la plupart de ces jeunes gens sont fort peu intéressants et presque tous déjà de jeunes "embarqués".

Plus j'y réfléchis et plus je me dis : si nous nous sommes lancés c'est pour faire quelque chose de bien, ce n'était pas la peine de risquer ce que nous avons fait.

Philippe s'oppose tout à fait à mon passage dans l'infanterie. Mais comme je suis à peu près libre de mes décisions, je verrais à faire avec toi à Versailles. Si comme tu me le dis, la vie là bas est toujours aussi idiote. Nul doute que je ne ferai une demande pour changer d'arme.

Je ne pense presque plus à l'aviation, je compte peut-être essayer aspirant d'artillerie le 25 Mars, si je le peux et puis ma foi, après, je passerais dans l'infanterie.

J'ai un tuyau assez amusant qui n'est peut-être pas très "distingué"

Contre espionnage. Ce serait assez rigolo, et facile à y arriver. Je te donne ce tuyau à titre tout simplement amusant. Donc je verrais à décider dans quelques jours, avec toi.

J'arriverais à Versailles le 29 après midi. 5 h quartier. Et je rentrerai au quartier, le 2 au matin.

Au revoir, mon cher Claude, à Mardi prochain.

Ton copain

Patrick


Le cavalier de Longueau à Claude, depuis l’escadron de l’École spéciale militaire de Saint-Cyr.

Carte-Lettre

Cavalier de Longueau, 32e Dragons, Escadron de l'E.S.M. de Saint-Cyr

Monsieur Claude Saint-Léger, 32e Dragons, Peloton des Élèves Brigadiers, Versailles

Mon cher ami

Si invraisemblable que cela paraisse, il n'en est pas moins vrai qu'à l'heure actuelle nous ne savons encore les résultats de l'Examen d'aptitude physique passé Mardi dernier. Certains ont été priés de repasser leur examen de cheval le lendemain comme « douteux » et le fait de n'en avoir pas été semblerait pour moi d'assez bon augure ; enfin attendons la fin, d'aucuns affirment que l'Officiel nous fixera aujourd'hui même.

Puissé-je demeurer dans ce paradis de délices ! où l'on jouit d'une paix royale : pas de corvées, bien logés, très veilleusement nourris, une camaraderie exquise, pas de Langorne sur votre dos, surtout pas de pansage ! (oh ! le pansage !!!). Combien je regrette que tu ne partages pas avec moi cette vie enchanteresse !

J'irai en tous cas Dimanche matin au quartier renseigner ceux qui peut-être s'intéressent à mon sort parmi mes anciens camarades de douleur ; espérons que tu auras pu décrocher ta permission de vingt-quatre heures. Au revoir, mon cher Saint-Léger, je t'envoie toutes mes amitiés


Aristide Rubline, automobiliste, à Claude, depuis le front.

Monsieur Claude Saint Léger

Monsieur Claude le lendemain que je vous avait vu je partais pour le front, je m'y attendait d'ailleurs par la neige et le froid par ici ce n'est pas fameux comme début de ma deuxième campagne, j'espère quand même qu'elle me sera plus favorable que ma première et que j'aurai la chance de rapporter tout mes abatis mais c'est égale couché sur la dure et le ventre toujours un peu creux, il me faudra un certain temps pour me remettre, cependant j'aurai un rude cauchemar de moins, puisque je pourrai correspondre avec ma petite famille, par ici ça chauffe dur et il y en a pour tout les services, il arrive chaque jour au parc, 10 a 11 voitures démolies soit accidentellement, soit par les balles ou les obus, et même des ambulances criblées de balles, les salauds ils tirent aussi sur les ambulances, j'ai une voiture neuve assez bonne, une limousine, je crois qu'elle va être envoyée dans un état major quelconque car aujourd'hui je reviens au Parc, et j'espère être le mieux dans mon rôle, soit à la liaison ou, a une D. E. S. quelconque enfin il faut espérer des jours meilleurs, et qu'enfin nous auront le dessus, d'après ___ jours ca ne va pas trop mal.

Je vous serre la main et vous salue respectueusement

Rubline Aristide

Automobiliste

171- T. M. par B. C. M. Paris


Augustine, dite Tine, à Claude, au sujet de Philippe.

Mon cher Claude

Merci pour votre lettre. Je suis étonnée de ne pas avoir reçu les autres. Je suis fixée sur les Roches et n'y pense plus. Pour aller à Esclauzel je crains que Philip s'y ennuie en y allant dès maintenant, travailler seul (pas un enfant) pour jouer ce sera bien monotone pour lui.

Voilà ce que je pense faire, vous me donnerez votre avis je l'ai écrit ce matin à mère. D'après le temps et la santé de Philip je pensais rester ici pour finir les classes c'est à dire jusqu'au moment où tante Hélène jugerait bon de nous recevoir. Mais si le printemps était trop chaud nous irions peut être à Versailles en attendant les grandes vacances.

Si nous ne pouvons aller à Rosières de l'été nous irions passer les vacances à Esclauzel ou avec tante Madeleine dans les Pyrénées. Je vais demander conseil à tante Adeline comme mère le demande. C'est cette question de printemps et de travail qui est ennuyeuse, et maintenant que Philip va bien il aime se trouver avec d'autres pour jouer.

J'ai reçu cette lettre de mère aujourd'hui je vous l'envoie veuillez me la renvoyer dès que vous en aurez pris connaissance

Tous les deux nous vous embrassons tendrement

Tine

Tine est entrée dans la famille à 14 ans ½ à la naissance de mon père en 1897. Elle est restée chez l'oncle Philippe jusqu'à 1980


Hélène de Lavalette à Claude, au retour de Lyon.

Sommes parties toutes deux Dimanche à 9 h 1/2 du matin, arrivées à 1 h 1/2 à Lyon. Nous avons fait le bagage, vu la Supérieure, nous sommes occupées du ___. Port et Annie a du partir ce soir à 5 heures. Je l'ai laissée à Lyon ce matin. Nous avons ___ et couché ensemble, et nous sommes quittées en excellents termes. J'appréhendais beaucoup ces événements, notre explication s'est bien passé, Annie a été très triste. Pas trop révoltée, très affectueuse avec moi : et elle est contente, parce que différentes personnes avaient eu l'occasion de lui faire un très grand éloge des Ursulines. Puis elle pourra poursuivre la préparation au brevet et va être entre bonnes mains. Car elle est acceptée, ce qu'elle est, on va s'en occuper de façon très spéciale et pousser beaucoup le brevet auquel ... Annie tient maintenant mordicus. D'ailleurs mère lui écrit avec presque attendrissement en lui parlant de son travail et de son espoir de réussite. Je suis désolée que Mlle Roussel soit si malade, car elle l'eut absolument, installée dans une clinique, car elle avait une grande influence sur Annie qui m'a tenu des raisonnements infiniment plus mûrs et moins jouisseurs. Elle est partie en excellent état d'esprit et cela m'a fait par surcroît grand bien, car j'étais ces jours ci angoissée et préoccupée à son sujet au possible. Vous pouvez impliquer ce changement par le départ de Mlle Roussel et par le peu de sympathie existant entre Annie et la nouvelle directrice. Je l'expliquerai dans ce genre à mère, mais je voudrais que cette dernière comprit qu'elle devait revenir. Car, voici six mois assurés, mais après ? Enfin à chaque jour suffit sa peine !

... des ennuis partout. Je lui ai rappelé que vous lui aviez dit, elle a répondu n'avoir été renvoyé de nulle part.

Tante Hélène

Surtout, renvoyez moi la lettre


Jean-Charles Fels à Claude, depuis Le Bourget, en route vers le front.

Carte-Lettre

Monsieur St Léger, élève-brigadier

32e Dragons - Versailles -

Le Bourget 5 Avril 8 h 10 matin

St Léger -

Après le départ à 4h, nsous avons échoué au Bourget à 7 h 1/2 - nous y avons passé la nuit empilés dans des compartiments de ancien style - J'ai très vaguement dormi - Le matin nous avons eu du café abondant - mais mauvais, j'ai pu me laver et me faire les ongles - Pas de ___ hélas ! On dit que nous partirons seulement à 5 h ce soir. Nous avons des vivres pour 5 jours - j'ai mangé du singe hier, il n'est pas mauvais - Nous sommes servi par la Croix Rouge dans les gares - Je t'envoie mon adresse

Bien à toi, meilleur souvenir à Le Blan

JC Fels


Germaine Ternynck à Claude, depuis Cannes.

Mon cher Claude,

Je voudrais bien savoir ce que tu deviens et désirerais beaucoup avoir une lettre de toi. Où en sont les choses dont tu m'as parlé as tu de l'espoir ? Tu sais combien je m'intéresse à toi aussi ta dernière lettre m'avait elle fait beaucoup de plaisir. Je n'en ai parlé à personne comme tu me l'avais demandé.

J'ai appris hier que des évacués allaient encore arrivés j'espère donc savoir quelque chose de là bas si je pouvais encore avoir des nouvelles de mes Parents cela me ferait bien plaisir car le temps me semble long sans rien.

As-tu appris que Louis Ternynck avait été descendu de sa saucisse, il a eu une veine inouïe de ne rien n'avoir et de ne pas avoir été fait prisonnier ayant tombé tout près des boches !

Je compte passer quelques jours à Paris vers la fin du mois avant d'aller m'installer pour tout l'été à Deauville villa "Les Cigales" où j'ai loué avec les Huet. Nous avons toujours de bonnes nouvelles d'André quoi que la vie dans ce camp de la Braconne ne soit pas drôle, je crois qu'il aura une permission pour Pâques. Et toi ?

J'attend une bonne lettre de toi mon petit Claude en attendant reçois mes meilleures et bien affectueuses amitiés.

Ta vieille Germaine

Villa Sana Nuova route d'Antibes Cannes


Max Descamps à Claude. Carte-lettre, 32e dragons, 2e escadron, secteur postal 4.

Carte-Lettre

Expéditeur : Descamps Max, 32e Dragons, 2e Escadron, 3e Peloton, Secteur postal 4

M. Claude Saint Leger, cavalier au 32e Régiment de Dragons, peloton des E. B., Versailles, Seine et Oise

Mon cher Claude

Après 35 heures de chemin de fer, et 15 km à pied nous avons fini par arriver au cantonnement. On nous a tout de suite repartis dans tous les pelotons du régiment. Je suis dans le même cantonnement que René, installé dans une ferme. Nous travaillons beaucoup : le matin service en campagne, nous sautons beaucoup. L'après-midi "classe à pied" (courses, sauts-voltige etc...). Dans les temps libres "astiquage" à mort, je t'assure qu'on est plus servi qu'au dépôt. Tout cela serait très bien si on avait les boches en face de soi !... J'espère que nous irons bientôt aux tranchées. Fait toutes mes amitiés aux copains du peloton, mon bon souvenir au Bl.m Lemoine. Je te serre cordialement la main, ainsi qu'à Patrick.

Max


Patrick Le Blan à Claude, depuis l’hôpital militaire de Versailles.

Carte-Lettre

Cavalier Saint Leger

1 Peloton, 12 Escadron, 32 Dragons Versailles

(Je t'écrirai longtemps demain. Peux tu voir le ___ avoir fait de mes lettres Peux tu me les faire suivre)

Mon cher Claude

Je t'envoie ce mot pour te dire que j'ai la rubéole 8 jours à l'hôpital. Et j'espère que je partirai en 4 jours. Envoie moi mon argent dans enveloppe. Hôpital Militaire Rubéole - Si j'ai un conseil à te donner ne viens jamais à cet hôpital

Patrick


Patrick Le Blan à Claude, depuis l’hôpital militaire.

Carte-Lettre

Cavalier Saint Léger

1 Peloton, 12 Escadron, Versailles 32 Dragons

Mon vieux Claude

Pas de lettre de toi ni de personne - Sais tu si on me les envoie du quartier ?

Du fond de mon "hôpital Prison", je pense toujours à du Barry et aux 20 frs. qu'il me doit - Il faut qu'il me les rende - Tu n'as qu'à en parler au Brigadier (y compris mes chaussures) A lundi ou mardi - j'espère bien à bientôt

Patrick


Jean-Charles Fels à Claude, depuis le front. Carte-lettre, 3e escadron, secteur 4.

Carte-Lettre

Exp : JC Fels, 3° Esc, 32° Div, Sect 4

Monsieur St Léger

Élève Brigadier
32 e Dragons
Versailles

Monsieur St Léger

J'ai reçu tes deux lettres

Je te remercie mais je crois que tu veux me faire regretter le grand Hélas ! Je n'ai pas besoin que tu m'envoies du La Fontaine — Il y a eu un départ pour les tranchées Dimanche — Je suis resté ici, heureusement, car le temps est terrible. On les prend du côté de Lassigny parait-il. — Ce sera peut-être mon tour dans 15 jours — Ta première lettre m'a un peu réconforté "Super nebula stella" "ce n'est pas la victoire mais c'est la vie civile qui est pour moi "Stella" — il faut alors absolument que j'écrive à Monod

La joie du front est plus agréable sauf les tranchées et les bains que celle du dépôt

Mais c'est toujours l'armée. J'ai une tampon. Je peux un peu lire et écrire. Il y a ici de bons types et intellectuels, mais aussi des brutes. On a pas mal de liberté

Bien à toi.

JC Fels

3° Esc, 4° Peloton, 32° Div, Sect 4

Le Maréchal des Logis est en permission les brigadiers font le service du maréchal des logis en ce moment c'est assommant

Toujours de l'ennui. On a un bien petit cœur — quand des types et des types sont au feu — C'est du reste un peu de lâcheté —

Tu es tellement plus fort que moi. Je t'en félicite. Je t'embrasse.

(NDLR : les lignes qui précèdent forment dans la transcription un fragment détaché, encadré de points d'interrogation. Leur appartenance à cette carte-lettre n'est pas établie.)


Patrick Le Blan à Claude, depuis La Herse, en permission.

Mon vieux Claude,

Me voilà à La Herse avec une permission qui se termine Lundi soir. Je suis bien heureux d'être sorti de ce charmant "hôpital" où il y a d'ailleurs un major tout à fait bien.

J'espère que ta permission s'est bien passée mon cher Claude et je ne regrette qu'une chose c'est que nous n'ayons pas pu prendre notre permission ensemble.

J'ai la guigne. — Que veux-tu...

J'ai repris déjà un petit air de quartier Lundi matin. Et j'ai pu parfaitement constater que De Bullier s'était adjugé mon lit métallique. Je te prie de mettre les choses au point. —

Je serai probablement à Paris Dimanche. Y aura-t-il moyen que tu viennes me voir ? Nous pourrions passer une excellente demi-journée.

Envoie-moi un petit mot pour me dire comment s'est effectuée ton retour —

Au revoir mon vieux Claude.

À bientôt — Bien cordialement à toi

Patrik

J'ai été voir La ___, Soigne la bien


Patrick Le Blan à Claude, depuis La Herse.

Mon cher Claude,

Merci beaucoup de ton mot si gentil.

Tu peux t'imaginer la douleur que la mort de ce pauvre cher Philippe m'a faite.

Je ne veux pas croire que ce grand Philippe si gai, si heureux de vivre, qui nous aimait tant est disparu à jamais.

Vois-tu, mon cher petit Claude, il avait trop de qualités.

Il a fallu qu'il disparaisse à jamais.

Il y a des moments, mon pauvre Claude, où je perds courage.

Loin de mes parents qui vont avoir un chagrin si terrible.

À jamais fini ce bon Philippe, sa gaieté et toutes ses qualités.

Loin de Jérôme qui est si exposé.

Pauvre petit Philippe, il est mort en brave. Je me console un peu en pensant que lorsqu'on parlera de Philippe. Je pourrais être fier de Philippe. Je sais qu'il souffrait dans les tranchées mais je sais qu'il faisait volontiers le sacrifice de sa vie pour la patrie.

Puisse cela être une petite consolation pour Papa et Maman. J'ai été heureux d'apprendre que Jean Leblan avait pu prier sur sa tombe. Pauvre Philippe. Comme je voudrais pouvoir aller le voir et lui dire une dernière fois combien je l'aimais et combien je le pleure.

Au revoir, mon cher Claude. Je ne sens pas la force de continuer ma lettre. À lundi après midi. Je viendrai te chercher au quartier. J'ai écrit aux Barrois pour leur dire que je dînerai chez eux.

Fais tout ce que tu peux pour me faire inscrire aux mitrailleurs.

À bientôt.

Bien à toi.

Patrik


Hélène de Lavalette à Claude. Lettre datée du seul mois.

Mon cher Claude

Je vous écris en hâte au retour de Lyon. Je viens de faire une grave exécution, mais qui s'est déroulée à souhait. Prenez connaissance de la lettre ci-jointe et vous comprendrez. Je vous avais parlé des Ursulines de ___ (la maison mère de la pension où est Geneviève), j'ai de suite télégraphié pour assurer le 3e trimestre d'Annie. J'ai reçu la réponse favorable samedi à 4 heures, la Supérieure devait quitter Lyon ce matin. Nous vous embrassons tous bien affectueusement. Ne donnez pas trop d'importance à la chose, mais ___ même faites lui remarquer qu'il doit bien y avoir de sa faute

Tante Hélène


Patrick Le Blan à Claude, hospitalisé à Versailles.

Le Lundi Soir

Mon cher Claude,

J'ai appris avec peine ton accident, et j'espère de haut cœur que ce n'est pas grave. J'ai voulu te voir ce soir à l'hôpital. On m'a refusé. Je me suis demené, il n'y a pas eu moyen.

Je vais être bien seul sans toi mon cher Claude. Je me sens si seul ce soir et avec ça, malade de découragement et pas encore remis.

Au revoir mon vieux Claude. Je vais dîner chez les Barrois et m'occuperai de toi.

Bien à toi

Patrik


Patrick Le Blan à Claude.

Le jeudi soir

Mon cher Claude,

Merci de ton petit mot. Je suis bien heureux de savoir que tu n'as rien de fracturé. Et j'espère de haut cœur que tu seras vite rétabli.

Quant à moi, je pars en permission de 8 jours, accordée par le Capitaine qui a été épatant. Je lui ai parlé des mitrailleurs et de Cazeaux. Il m'a dit de faire ma demande quand je reviendrai et surtout m'a-t-il dit, faites-vous appuyer. C'est aussi ce que m'a dit le Lieutenant avec qui j'ai eu une conversation insignifiante.

Je t'écrirai mes faits et gestes, j'irai peut-être à Cazeaux.

Au revoir, mon vieux Claude, je pense bien à toi.

Bien à toi

Patrick

Je n'ai pas entendu parler de départ au front. Au bureau on m'a annoncé de grands bouleversements quels qu'ils soient. TODO (vérifier l'original)


Patrick Le Blan à Claude, depuis Saint-Ay.

Saint Ay. le vendredi

Mon cher Claude,

Je t'écris ce petit mot pour te dire que ma permission a été réduite de 8 jours à 5 jours par le Commandant afin que je rentre avec les permissionnaires de la classe 16.

Ma tante ayant demandé une messe pour Philippe le jeudi je vais demander une prolongation de 48 heures.

J'irai dans ce cas à Cazeaux du lundi au mercredi. André Duval s'occupant assez activement de moi, j'espère arriver à un résultat. Enfin !

Et toi, mon vieux Claude, comment vas-tu ? Guéris-toi le plus rapidement possible pour que nous puissions être ensemble pour le moment.

Hier j'ai parlé dans le bureau du capitaine avec son secrétaire qui m'a dit qu'on allait mettre tout le 32 dans le groupe à pied. Il m'a engagé à me débiner.

Je te répète que le capitaine a été charmant.

Je vais mieux, mon cher Claude, et regrette.

C'est aujourd'hui, mon cher Claude, que l'on doit annoncer à mes pauvres parents la mort de ce cher Philippe. Je pense bien à eux et j'attends avec angoisse de leurs nouvelles.

Bien à toi

Patrick


Max Descamps à Claude. Carte postale militaire, secteur postal 4.

Carte Postale Militaire

Descamps Max - 32e Dragons, 2e Escadron, 3° Peloton, Secteur postal 4

M. Claude Saint Léger - Cavalier au 32e Dragons - E. V. - 12e Escadron - Versailles

Mon cher Claude

Nous sommes enfin arrivés vraiment sur le front, depuis deux jours du petit village où nous sommes en réserve nous contemplons les bombardements variés des lignes ennemies qui sont situées sur un plateau juste en face de nous.

J'espère que dans quelques jours nous irons occuper les tranchées.

Et toi que deviens-tu ? Es-tu parti à Vincennes je l'espère pour toi car ce doit être intéressant.

Mes amitiés à Patrick et à tous les copains.

Max


Hélène de Lavalette à Claude, depuis Rozière, à Saint-Félicien en Ardèche.

Mon cher Claude,

Nous avons été fort peinés, en un sens, de votre accident car vous avez dû souffrir beaucoup de cette fracture douloureuse et très longue à soigner etant donné sa mauvaise position.

Je pense comme vous le dites à Philip, que vous en avez pour quelque temps. Car j'ai eu un accident dans une partie du pied : d'après la radiographie, écartement des os du métatarse et peut-être fracture de l'astragale. J'en ai eu pour des mois. Mais j'étais de quelques années moins jeune que vous.

Enfin, vous allez bien vous ennuyer ! Et je pense que vous aurez tout le loisir de préparer, si le cœur vous en dit ! ! des examens d'aspirant.

Je suis allée, cette semaine, conduire vos cousins en pension. Voilà Kiki en cage. Je vous assure que j'ai hâte de savoir l'impression de ce gros père !

Puis, j'ai emmené le jeune professeur, qui est très grand et a l'air fort, jeune et très gentil. Nos deux garçons en ont l'air très contents, ils travaillent avec beaucoup de plaisir et Philip s'est mis au latin ; comme Bernard n'est pas fort ils vont pouvoir le faire ensemble, de même que l'histoire, mais pas l'histoire parce que leurs livres ne sont pas les mêmes, l'ordre des histoires étudiées est interverti. Ils ont pris en Géog. l'Australie ensemble. Et ils luttent de zèle dans leurs dictées où ils me semblent se valoir dans une moyenne qui ne se révèle pas très brillante. Mais ils y mettent tant d'ardeur que, pour peu que cela continue, cela s'améliorera certainement.

Votre oncle pense arriver demain soir, et comme nous sommes toujours dans les mêmes difficultés d'auto, Pietia va le chercher avec la bébé Peugeot d'un autre de nos Docteurs mobilisé.

Donnez-nous de vos nouvelles, vous devez en avoir le temps, mon pauvre grand !

N'avez-vous pas trouvé l'Oncle Léon bien maigre ! Il paraît enchanté de son affectation.

Nous nous réunissons tous pour vous embrasser très affectueusement. J'ai été fort contente de vous revoir, vous savez, et vous avez été un charmant neveu de nous consacrer cette bonne permission. Excusez mon style, maintenant que vous savez que j'ai eu pas mal à faire ces jours-ci.

Affectueusement à vous.

Hélène


Patrick Le Blan à Claude.

Mon cher Claude

J'ai reçu ta lettre du 7 m'annonçant le mariage de Gaston. Triste coïncidence. Mais j'en suis bien heureux pour ce brave Gaston. Je ne suis guère avancé mon cher Claude, dans mes démarches et suis malheureusement très mal entouré pour cela. Jeudi je serai à Paris et j'irai probablement voir quelques bonnets. On me propose d'être auto mitrailleur, je t'en parlerai longuement, surtout si ce poste peut nous permettre d'aller dans l'aviation.

À jeudi mon vieux Claude ou vendredi.

Bien à toi. Patrick


Jean-Charles Fels à Claude, depuis le front.

Mon cher St Léger,

Quosque tandem 32e Dragons, abutere patientia nostra ? ? ?

Quosque tandem, Gallia, abutere patientia nostra - ? ? ?

Dieu que la vie est sérieuse ! ! !

J'ai des poux et suis le plus malheureux des hommes - Embusquez-vous ! Embusquez-vous !

Meilleur souvenir à Le Blan, de Bong etc.

Tout à toi

JC. Fels 32e Dragon, 3e Escadron 4e Peloton, Sect. 4 -

Embusquez-vous ! Embusquez-vous !

Volupté, volupté qui fut jadis maîtresse

- etc -


Max Descamps à Claude. Carte-lettre, correspondance militaire.

Carte-Lettre - Correspondance Militaire

Expéditeur : Descamps Max, 32e Dragon, 2e E, 3e P, secteur 4

Destinataire : M. Claude Saint Léger, cavalier au 32e Dragons, 12e Escadron, Versailles

Mon cher Claude

J'ai fait connaissance, là dernièrement, avec les tranchées. Après avoir parcouru des kilomètres de boyaux nous sommes arrivés en première ligne. Nous devions arranger le parapet. Pendant 1 heures nous avons travaillé entre la tranchée et les fils de fer. De temps en temps une fusée venait ___ notre présence. Il fallait alors s'aplatir sur le sol et faire le mort. Quelques balles sifflaient et l'obscurité revenue, on reprenait le travail. Je crois que c'était ___ que nous relevons les poilus qui sont en ce moment en première ligne. Ici c'est un secteur calme mais ___ assez intéressant. On tire beaucoup. Les boches envoient beaucoup de torpilles aériennes.

Est ce bien à Vincennes en ce moment. J'attends de tes nouvelles.

Amitiés. Max Descamps


Hélène de Lavalette à Claude, depuis Rozière.

Gardez, je vous prie toutes les lettres que je vous renvoie

Mon cher Claude,

J'ai tardé à vous répondre, assez tenue, vous le comprenez, par la visite de l'Oncle Joseph. Nous avons arpenté en tous sens la propriété, vu beaucoup de choses ensemble, et les six jours sont passés, bien vite. Votre oncle est reparti ce matin ; nous avons vu Louis et Geneviève en passant, où je suis allée avec lui jusqu'à Villefranche où se trouve Louis ; puis je suis rentrée tout à l'heure. L'oncle doit être à Épernay maintenant, et à son cantonnement ce soir. Je ne sais pas s'il n'est pas au repos à Rilly la Montagne ayant comme secteurs Sillery, les Marquises, la ferme d'Alger, la Pompelle etc. Il va fort bien, mais se prépare le moral à un troisième hiver de tranchées. Il a l'impression, gardez-ceci pour vous, que nous sommes bien peu actifs en face de l'activité continuelle et intense déployée par les boches. Il voudrait au moins un peu plus de harcelage et moins de tranquillité dans nos tranchées. L'état d'esprit de ses hommes est excellent et figurez-vous qu'ayant à installer des fils de fer électrisants, en avant de la 1ère ligne, il a demandé des volontaires, qui se sont offerts avec la spontanéité de l'enthousiasme de la jeunesse ! Mais quand cela finira-t-il ?

Je suis très contente des nouvelles que vous me donnez de votre pied. Dites-moi où il en est ? marchez-vous ? n'y a-t-il plus d'enflure ? C'est une bonne affaire qu'une radiographie ne vous ait rien détecté de trop démoli.

Louis s'habitue, mais il manque un peu de célérité, de sorte qu'il est souvent en retard, mais il s'estime apte à suivre la classe Institution de Mongré, Villefranche s/Saône (Rhône).

Philip travaille avec beaucoup de goût, il a débuté en latin ; il me semble qu'il arrivera vite à s'en tirer.

M. l'instituteur insiste beaucoup sur le français. Philip travaille facilement, apprend ses leçons sans difficulté. Il va bien et il est très gentil. C'est une bonne chance pour Bernard d'avoir ce camarade.

Avez-vous revu l'oncle Léon ?

Adieu, mon grand Claude, nous nous réunissons tous pour vous embrasser très affectueusement. Donnez-nous de vos nouvelles.

Hélène de Lavalette


Simonne Barrois à Claude, depuis Versailles.

Merci de ta lettre mon vieux Claude, qui m'a fait bien plaisir.

Alfred est heureusement sain et sauf.

Luco aussi. Leur régiment s'est couvert de gloire. Luco est proposé pour être sous lieutenant ! Inutile de te dire qu'ils ne savent pas comment ils en sont revenus. Je les ai vus ils sont à Crépy en Valois.

Je t'envoie aujourd'hui et les jours suivants les conserves que tu me demandes

Bons baisers en hâte

Simonne


Hélène de Lavalette à Claude, à la veille de son départ pour le front.

Mon cher Claude,

Votre lettre m'a fait plaisir. Je regrettais de vous voir parti sans vous avoir vu de nouveau. Je pense que ce départ un peu précipité étant donné l'accident que vous avez eu, est dicté par votre désir de ne pas quitter votre ami Le Blan. Sans quoi, je vous dirais que cela n'est pas très raisonnable. Enfin, je pense que vous avez encore quelques jours devant vous avant d'arriver à vos tranchées, ce qui donnera à votre pied le temps de se remettre complètement. Il paraît qu'il est fort intéressant de tâcher de ne pas être isolé. Autant pour P. Le Blan que pour vous, il vaut mieux que vous vous suiviez. Mais, mes amis, pensez un peu à vos parents ; en faisant votre devoir, et tâchez de ne pas trop leur démolir leurs fils.

Oui, donnez-nous de vos nouvelles au passage dans les gares, écrivez-nous

L'on vous enverra du chocolat.

Nous avons un temps d'été, chaud, très beau. Philip mord bien au latin, il va très bien, c'est un aimable camarade. Tous nous nous réunissons pour vous embrasser très affectueusement

Tante Hélène


C. Monod à Claude, depuis le front.

Mon cher ami

Je suis ennuyé de ne rien savoir de vous, depuis si longtemps ! presque deux mois ! Êtes-vous malade, ou si absorbé, ou si lassé de notre ___ que vous ne puissiez écrire ? — Ceci n'est certes pas un reproche : je sais trop la peine que l'on a en ce moment à se décider.

Je voudrais avoir aussi l'adresse de Fels. Je ne me rappelle plus à quel escadron il appartenait étant à Versailles. Il ne m'a pas écrit du front —

- J'ai d'ailleurs moi aussi délaissé presque complètement ma correspondance pendant Mars & Avril : travail intense et abrutissant.

Depuis le 20 Avril, nous voyageons par routes, chemins de fer etc. Lundi dernier j'ai pu voir ma mère car nous ne sommes pas éloignés de Paris — Nous avons visité ensemble une de nos grandes cathédrales, le plus merveilleux effort et le plus lamentable échec de l'art gothique — vous voyez ce que je veux dire — de l'École, j'ai très peu de nouvelles, — pas par ma faute car j'écris fort peu, fatigué de voir que les lettres les plus insignifiantes ont une destinée tout en fait disproportionnée, sous prétexte qu'elles viennent du front. Quand tout le monde rentrera on verra que seuls les combattants des tranchées sont "au front" et que toutes les formations qui n'approchent pas les lignes où l'on se bat et se tue sont "de l'arrière" —

— Je pense vous envoyer bientôt une nouvelle adresse. Car je suis en instance de permutation avec un infirmier du bataillon des 4es Zouaves — Je ne sais ce qui adviendra de ma demande partie hier matin.

Et vous ? Avez-vous trouvé quelques camarades avec qui échanger des impressions ? Avez-vous des nouvelles des vôtres ? etc.

Écrivez-moi vite, dès réception de ceci, et n'importe quoi, comme je vous écris aujourd'hui — N'est-ce pas que cette défense de Verdun est splendide ? Les criailleries des roquets de la presse et de la politique nous empêchent parfois de sentir tout l'héroïque de notre époque — Il faut vivre surtout dans la constante pensée des souffrances de l'infanterie.

Au revoir. Je vous envoie ma bien fidèle et chaude affection.

J Monod


Simonne Barrois à Claude, qui vient d’arriver au front.

Mon vieux Claude

Nous avons reçu ta carte hier soir : et maintenant que j'ai ton adresse je te fais suivre ton courrier.

Oui voici les nouvelles depuis ton départ :

I° Geno doit rentrer aujourd'hui à Epernay.

II° Josué passe dans un groupe léger. Son régiment étant dissout. Ceci n'a encore rien d'officiel aussi garde le pour toi (ne l'écris pas à Lille surtout).

III° Roger Masse a fait une chute de cheval je ne sais pas si tu l'as su : il est resté 12 heures sans connaissance mais il va bien maintenant il souffre néanmoins beaucoup ayant la figure scalpée depuis le front jusqu'au nez.

IV° Je compte partir dans une dizaine de jours pour Dinard, où je passerai deux mois environ. Surtout pendant mon départ promets moi d'écrire à M. Cornaille pour lui demander de t'envoyer tout ce dont tu as besoin.

V° J'ai reçu tes pistons. M. Cornaille les a.

VI° Il y a une dame qui est arrivée de Lille tout dernièrement et les nouvelles de là bas, au point de vue ravitaillement, ne sont pas fameuses. Guérin va revenir bientôt paraît il pour s'occuper de cela.

Ce matin nous avons entendu le canon du front d'une façon fantastique. Hier il y avait grande effervescence dans l'aviation. Je ne serais pas étonnée qu'il y ait du grabuge du côté de Compiègne.

Affectueusement à toi

Simonne


Simonne Barrois, née Masse, épouse de Jacques Barrois, à Claude. Papier à en-tête du Conseil général du Nord. (NDLR : la lettre parle de Simonne à la troisième personne alors qu’elle en porte la signature)

CONSEIL GÉNÉRAL DU NORD

Mon cher Claude,

Ta carte nous a fait grand plaisir, et je me hâte d'y répondre pour te dire combien nous avons tous été désolés de vous voir partir, Gabriel et toi, et combien tous nous formons des vœux sincères pour que vous reveniez en bonne santé auprès de nous et auprès de vos familles.

Vous étiez en effet un rayon de soleil dans notre pauvre milieu si assombri, et si nous n'avons pas pu vous donner de gaieté et de plaisir, soyez certain que vous avez acquis notre affection et notre dévouement.

Mais allez-vous fort bien en ce moment ? Marc qui nous avait donné des inquiétudes, sort tous les jours et il est hors d'affaire. Il lui faut reprendre des forces que l'épuisement de la maladie lui ont enlevées.

Simonne et ses filles partent pour Dinard dans une huitaine de jours, j'espère que cela fera bien aux enfants, et que ce petit séjour auprès de ses cousines distraira un peu Simonne.

Ici rien de nouveau à t'annoncer, si ce n'est que Mme Solant est rentrée de Douai après avoir passé quelques jours à Lille. Elle ne me rapporte rien de nouveau si ce n'est que la situation n'a pas changé à Lille. Elle insiste cependant sur le ravitaillement toujours très difficile, surtout pendant 15 jours ou trois semaines.

Alfred écrit à Simonne qu'il va quitter son cheval, et il en est désolé. Il entre, dit-il, dans la légère, je ne comprends pas. Je crains qu'il ne soit versé dans l'infanterie.

Tu dis que tu es séparé de Gabriel ; vous êtes ensemble mais pas dans le même peloton ou plutôt le même escadron. Quelle est son adresse, dis-lui de nous donner de temps en temps de ses nouvelles.

Je ne puis que te répéter ce que je te disais à ton départ ; fais bien ton devoir (cela je n'en doute pas) mais surtout ne fais pas de folies, ni de choses inutiles. Du courage, mais pas de témérité exagérée.

Je t'embrasse bien tendrement

Simonne Barrois-Masse


Hélène de Lavalette à Claude, depuis Rozière.

Mon cher Claude,

Je reçois vos lettres qui me font très grand plaisir et nous intéressent tous. Que n'appuyez-vous vos impressions de q.q. photos ? L'autre soir dans la gare de Creil un votre « wagon toilette » ne devait pas manquer de charme. Avez-vous un Pochon ? Avez-vous retrouvé q.q. camarade pouvant, non remplacer, mais au moins remplir un peu le vide laissé par le départ de Patrick ? Est-il près de vous ? pouvez-vous vous retrouver ? Votre camarade de lit, sur un lit de paille si mince, doit moins vous gêner ? Enfin je suis contente de savoir ce pied en si bonne voie de guérison, que le trot anglais va ultérieurement achever, formant une réelle application mécanothérapique. Tine vient de recevoir des nouvelles de mère, mais, par la poste, elles sont donc insignifiantes mais bonnes.

Philip a un petit accroc du côté, toujours des intestins, mais pas de température et bonne mine, q. q. jours de régime rétabliront n'y paraîtra plus.

Tante Madeleine me dit que l'oncle Léon est très content, voici son adresse : écrivez-lui, il sera fort content d'avoir de vos nouvelles :

Commandant Delemer
29 rue du Rivage
Hazebrouck

Je suis allée à Lyon Dimanche et rentrée Mardi soir. J'ai vu Louis et Guige, qui vont bien, mais l'acclimatation de Louis est un peu dure.

Bonnes nouvelles de l'oncle Joseph, de plus en plus enthousiasmé que 1916 ne verra pas la fin de la guerre.

Quand vous serez aux tranchées alors, nous vous enverrons q. q. provisions. Vous demanderez ce qui vous fera plaisir !

Ici, nous avons presque froid ce soir.

Le Tri. de Ph. et de Bernard est repris dans les ajournés de la classe 17. J'espère, pour nos garçons, qu'il restera au moins jusqu'à la mi-Juillet !

Adieu, mon cher Claude, tous, nous vous embrassons bien affectueusement. Sachez de ne plus vous faire démolir par vos chevaux ! En dehors du coup reçu, avez-vous dû recevoir q. q. compliments...

Affectueusement à vous

Tante Hélène


Patrick Le Blan à Claude, depuis le front.

Mon vieux Claude,

J'ai reçu ton petit mot et je suis heureux de te savoir bien au 4 BRE.

Ici tout va très bien.

Malheureusement comme toi je trouve la vie un peu monotone et surtout très inactive.

De Barry (qui a des histoires d'argent et est déjà mal vu de haut) et Ducrouchoux sommes dans le même peloton.

Ils sont d'ailleurs partis aux tranchées. J'y serai dans 15 jours.

Donne moi de tes nouvelles de temps à autre mon vieux Claude.

Je te tiendrai au courant de ce que je fais.

Bien cordialement à toi.

Patrick


Simonne Barrois à Claude. Papier à en-tête, 28 rue du Rempart à Versailles.

Mme JACQUES BARROIS

28 RUE DU REMPART - VERSAILLES

Mon vieux Claude

Mon oncle Alfred Masse est au 10 bis de la rue Anatole de la Forge.

Je t'admire mon cher Claude de trouver que ton métier de cavalier ne te suffit pas, mais réfléchis bien avant de changer : fais ton devoir mais ne sois pas téméraire, pense à ta famille

Je serais bien étonné que tu reviennes ds le camp retranché de S. Ces parents désiraient pour toi l'artillerie ou la cavalerie, on t'oublie pas : Si on vous fait bouger ce serait, je crois, pour vous envoyer plus au nord, on en parle beaucoup.

Penses-tu qu'Annie pourra venir passer quelques jours chez moi cet été.

Allons mon vieux réfléchis bien : pas de bêtises ni de coup de tête : ne t'es tu pas chambardé avec quelqu'un. Ta lettre m'en a tout l'air. Ne te fâche pas si je te sermonne, c'est parce que je t'aime bien.

Je t'embrasse bien affect. Simonne.


Hélène de Lavalette à Claude, depuis Rozière.

Mon cher Claude,

Vous voir sur le point de partir pour les tranchées, je pense très vivement à vous et je vous recommande une fois de plus de vous bien posséder et de ne pas faire d'inutiles imprudences. Les vies humaines sont précieuses, il faut les ménager, et vos parents font déjà un large sacrifice d'Auteur ; ne vous exposez pas inutilement. Il faut envisager le devoir partout et le comprendre raisonnablement. Donc, pensez à vos parents et ne devancez pas l'heure de vous donner tout entier, si elle vous est imposée.

Je regrette toujours que vous n'ayez plus Pat Le Blan avec vous et j'espère que une de vos prochaines lettres me dira que vous avez de bons camarades autour de vous.

Cette situation est de plus en plus dure ; effroyable autour de Verdun ! Elle nous annonce bien ces victoires Russes et ce succès, ou demi-succès, de la flotte Britannique ; mais où cela nous mène-t-il ? Avançons-nous vraiment ?

Philip va bien, il a eu une petite fatigue d'intestins, semble, à peu près maintenant, cela a suspendu ses études quelques jours. C'est dommage, j'ai en ce moment, une petite amie 14 ans, qui fait du latin avec Bernard et trouve que le jeune précepteur que j'ai explique très bien, et Bernard travaille réellement bien, avec lui ; repris à la révision de la classe 17, il partira sans doute du 10 au 15 Juillet. Enfin !

Demain, j'aurai Louis et Geneviève pour 48 heures ; Louis s'habitue, mais il est dans une boîte sévère et inflexible.

Il ne s'est pas mis assez rapidement au courant de sa classe, habitué au travail un peu amateur de la maison, on l'a de suite rétrogradé. Il était désolé ; mais je crois qu'il prendra bientôt la tête de sa classe et marchera bien. On s'intéresse à lui et on a confiance en lui ! Espérons que cela marchera. Je regrette cette année perdue, les temps sont durs ! mieux valait être plus près d'un but ! d'un été acquis pour la lutte ! Car je suis comme vous ; on sent la lutte très près ; ____ ouverte a tous ces jeunes, et qui sait ce qui est déjà réservé à beaucoup de nos meilleurs ! Dieu et l'avenir ! que le présent d'abord s'éclaircisse un peu.

Avez vous reçu notre colis et denrées.

Affectueusement à vous

Tante Hélène


L’intermédiaire Iten à Claude, depuis Zurich. Transmission de trois cartes de Lille.

Zurich (Suisse), le 16 Juin 1916.

Monsieur,

Ci-après je vous communique le contenu de trois cartes qui me sont parvenues de vos parents avec d'énormes retards. J'ajoute à chacune la date, à laquelle elle a été écrite, pour que vous puissiez vous rendre compte des retards et pour vous permettre de comprendre mieux peut-être le contenu : -

le 17 avril 1916.

Mon cher Nicolas, Bonnes nouvelles de tous les vôtres qui vont bien et vous envoient leurs meilleurs baisers. On verrait avec plaisir Philip passer l'été en Suisse ; que surtout sa santé passe avant tout. Vos dernières nouvelles ont fait infiniment plaisir. Nous espérons en recevoir souvent. Croyez à mes meilleurs sentiments.


le 1er Mai 1916.

Mon cher Nicolas, Nous allons tous bien, sommes heureux des bonnes nouvelles de vous tous, bien heureux de savoir notre fils aîné au bon air depuis quelques mois ; heureux qu'il ait quitté la pension précédente qui manque d'air. Son papa l'embrasse et est heureux qu'il soit confortablement à l'abri de la mauvaise épidémie qui règne, embrassons Simonne et Géno, Mex, Tante Mimi, tous les leurs vont fort bien. Bons baisers, mon cher Nicolas, votre femme va très bien et vous dit bien bonjour. Guitte.


le 4 Mai 1916.

Mon cher Nicolas, Merci de vos bonnes visites, j'ai vu hier votre femme qui a bien bonne mine, j'espère, mon cher Nicolas que votre temps se passe agréablement, nous nous ennuyons et pensons souvent à vous. Tous ici vont bien et nous voyons arriver l'été avec grand plaisir. Bons baisers de mon oncle Jean et de tous ceux qui l'entourent, je vous embrasse bien fort ainsi que Lélé et Tine. La maman de ma Tante Cob va bien. Guitte.

Salutations respectueuses ; Iten


Hélène de Lavalette à Claude, depuis Rozière.

Mon cher Claude.

J'ai reçu une lettre de votre oncle Léon, qui demande de vos nouvelles et si je vous ai donné son adresse, il me semble que oui : Sinon la voici : Commandant Delemer, Service des routes de l'armée anglaise Hazebrouck. Il est désireux d'avoir de vos nouvelles, surtout sachant que vous avez franchi de nouvelles étapes. Je lui en ai donné mais écrivez lui directement. Il s'intéresse à vous. On m'envoie une lettre de Gustave Barrois, qui lui parle de vos parents, mais ne donne aucune nouvelle saillante sur eux, sa lettre à leur sujet est surtout un vif éloge de mère, du rôle qu'elle joue, des services qu'elle rend et du réconfort qu'elle est à chacun. Il parle de vous avec un grand intérêt. Mais ne dit rien de saillant nouveau.

Votre lettre d'hier m'a fait plaisir car vous voilà aiguillé vers une occupation intéressante, voyez comme le hasard fait bien les choses, je dirai même la Providence : car il faut s'en remettre à elle, et je compte qu'elle veillera sur vous dans ce nouvel emploi ; qui va vous faire accepter avec plus d'intérêt l'existence moins monotone des tranchées.

Pourtant écoutez une maman qui vous parle. Ne vous exposez pas inutilement. Je vais vous rétorquer votre lettre à Philippe : Père et mère que deviendraient-ils s'ils ne vous avaient plus pour les aider lorsqu'il faudra se remettre à l'œuvre et reconstituer ce qui est perdu ? Je vous l'ai déjà dit, faites votre devoir, il y a bien des manières de le remplir ; mais possédez-vous ou ne vous permettez pas les gestes, que je considère comme fous, qui ne sont que inconsidérés et ne rapportent rien.

Vous savez, dans les légendes qui nous ont tous plus ou moins bercés et dont nous voyons trop aujourd'hui la réalisation, on dit : se vendre chèrement s'il le faut et à bon escient, oui : mais votre génération comme ses aînés d'ailleurs, mais encore plus la vôtre maintenant, voulant trop, à tous points de vue ; pour le pays, pour les pauvres parents, qui y voient ou leurs aînés ou leurs derniers ne vous exposez pas inutilement.

Vous croyant parti aux tranchées je vous avais envoyé dès samedi ce que j'avais sous la main, un petit saucisson et un peu de chocolat, je n'avais pas plus à Rozières. Je tâcherai de vous envoyer mieux.

Philippe va bien. Malheureusement un accroc lui a fait perdre du temps.

Affectueusement à vous.

Je reçois vos lettres annoncées, très bien, tous les jours ou deux jours.

Bons baisers de tous.

Tante Hélène


Hélène de Lavalette à Claude, depuis Rozière.

Mon cher Claude,

Je reçois vos bonnes nouvelles, mais je me demande s'il ne s'est pas perdu une lettre de vous. Vous me parlez de Nicolas qui va voir sa mère, Tante Guite, et que vous enviez ? Qui est ce Nicolas ? Je croyais que c'était vous Nicolas ? Et où va-t-il, comment va-t-il voir Tante Guite, Je vous envoie cette lettre de mère, reçue Dimanche. Tante a pris les adresses. Vous me la renverrez avec les dernières que Philippe vous avait envoyées.

J'ai reçu aussi un mot d'un prisonnier donnant des nouvelles de Genlis et Chauny. Ils vont tous bien. C'est fait.

Faites donc les commissions de mère et donnez à Tante les nouvelles demandées.

Je vous envoie un nouveau colis, espérant qu'il vous arrivera en meilleur état que le dernier.

Vous me direz aussi si vous désirez un Kodak. Je pourrais vous envoyer un Vest Pocket, qui me paraît le plus propre pour votre état. Je vais à Lyon dans un mois et pourrais m'en occuper.

Philippe va très bien, il s'est bien remis de ce petit accroc.

Le travail marche, il se met comme tout, assez facilement au latin ; mais il est un peu faible en français, en grammaire, trouve Mr Renaud, qui leur fait faire dictées et analyses logiques et grammaticales. L'orthographe est bonne, mais ___ ___ le qui me paraît intuitive ; la grammaire l'est moins. Il a du mal à apprendre les verbes latins, surtout Phil mène un peu moins fort en verbes français que Bernard. ___ un peu plus faible si vous voulez. L'arithmétique va assez bien.

Je suis allée, Dimanche, voir Kiki ; c'est un voyage de 20 heures pour en passer 2 h.1/2 avec lui ; puis de 9 h. du soir à 4 h du matin errer à Lyon ! L'acclimatation est un peu pénible, mais c'est un tout au point de vue études, il n'a pas le courant du travail et a du mal à s'y mettre.

Il entre en vacances le 19 Juillet.

J'attends Tante Madeleine et Manie, Vendredi ou Samedi. Tante Mad. revient de Paris et a dû voir l'oncle Léo, Dimanche à Paris Plage.

Tous vous embrassent très tendrement. Ici : L'impression que je glane est que cette guerre ne finira certainement pas en 1916, et pourtant, les revenants de Verdun sont bien attristés de ce qu'ils viennent de passer.

Affectueusement à vous Hélène


C. Monod à Claude, depuis la cote 304 devant Verdun. 4e zouaves de marche, secteur postal 131.

4e Zouaves de marche

3e B.on 9e C.ie

S.P. 131.

Mon cher ami

Ma nouvelle adresse ci-dessus - Ne l'oubliez plus.

Je réponds tout de suite à votre lettre, car je suis de garde à 6 cents mètres, dans un abri d'une fameuse côte, sur une fameuse rive gauche. Il faut que très rapidement j'épuise l'eau qui vient de toutes parts... risque de nous inonder. Il pleut intarissablement. Les boyaux et tranchées ont 30 cm de boue gluante où l'on s'enfonce - C'est vraiment terrible. S'il faut se "planquer" là-dedans quand arrive le 88 Autrichien.

J'aime bien votre inquiétude au sujet de ce vieux problème de l'hérédité. Et vous avez raison d'appeler cette morale l'incertitude où vous êtes. Cela prouve que tout cela n'est pas que jeux d'esprit pour vous.

Vous vous demandez en somme dans quelle mesure nos actes émanent de l'individualité, que nous sommes par nous-même, et non par l'hérédité ou l'éducation. Pour ce qui me semble pas de l'hérédité indéterminée car nous ne savons pas exactement quelles en sont les lois - Et d'une façon générale, l'hérédité au moins du monde biologique, montre en nous des mécanismes tels que certains actes s'accomplissent d'eux-mêmes, sans effort par simple déclenchement (réflexe, habitudes).

Or quelle que soit la part de l'hérédité dans un acte de courage celui-ci ne ressemble pas du tout à quoi que ce soit de mécanique ou d'automatique - Nous le savons bien, nous qui connaissons les marmites. On a beau affecter un calme olympien, il est très certain qu'il faut se rudement maintenir par moments. Il y a 2 heures comme j'allais chercher de l'eau, j'ai été soigneusement encadré par deux percutants, plus 2 fusants au-dessus de ma tête. Pour comble, en me réfugiant dans un trou d'obus, je me trouve à 25 centimètres d'une grenade qui n'attendait qu'un choc.

Je vous assure que mon premier mouvement spontané, involontaire, immédiat comme une habitude, a été de rentrer au plus tôt dans ma cagna - et pour continuer ma route, j'ai dû me secouer et me pousser. Vous me direz qu'en présence de 2 percutants + 2 fusants + 1 grenade, j'ai eu du courage, conformément à la disposition automatique d'origines héréditaires. Vous me répondrez que cette emprise a été laborieuse et qu'il y a eu le sentiment de mettre "du mien" pour qu'elle ait lieu.

Éducation, meilleures habitudes ? Oui, mais songez combien sont relativement peu fixées en nous les habitudes que le milieu a tenté de nous inculquer — songez à la lutte quotidienne entre l'état que vous appelez état n° 1 et l'état n° 2 ! Nous sommes complexes, et ressemblons à tout ce que vous voulez, sauf à de la compos. chimique, car notre caractéristique est l'instabilité, et il n'y a pas de loi de nos réactions. — La réflexion personnelle, la raison viennent modifier bien des choses : nous le savons bien —

Vous en êtes, monsieur, Saint-Léger, à un stade où l'on veut trop réduire, simplifier la réalité. — Le déterminisme outre-mesure qui vous inquiète est un peu gros — Il ne prend pas compte du rôle de l'attention qui nous permet de faire varier un peu de nos pensées, et par suite celui de nos actes — La liberté est dans la pensée, dans cette force que nous sentons à notre disposition et que nous manions avec plus ou moins d'effort.

En tout cas, la mienne apprendra à voir les choses d'une manière plus objective : ici à la Cote 304, le formidable effort que tout le monde fournit ne fait pas penser à une émulsion chimique — C'est trop douloureux, trop passionné, trop humain, avec ses flottements et cette incertitude —

Bon courage, mon cher ami, continuez à réfléchir comme vous faites — cette lettre est très imparfaite — mais vous avez toute ma maternelle et très affectueuse amitié.

Bien affectueusement

C. Monod


Hélène de Lavalette à Claude, depuis Rozière.

Mon cher Claude,

Je suis très contente de recevoir enfin vos lettres : n'ayant eu que une carte depuis 8 jours au moins ; les trois lettres arrivent ensemble. 1º Pour moi, mère fait allusion, comme mauvaise épidémie, à la levée de 2000 jeunes gens faite par les boches dans vos régions pour être envoyés en Allemagne : dont vous m'aviez parlé ! Ensuite je suis très aise de vous savoir bien, quoique à capilotade. Vous faites fort bien de me demander de vous envoyer des colis ; il en est parti ce matin, et je serais très attristée que vous agissiez différemment avec moi : Pensez aussi à ce que je vous ai demandé au sujet de l'appareil de photo. Je vais à Lyon dans 8 jours et vous ferais volontiers envoyer un petit Kodak ?

Nous suivons avec intérêt les journaux et tâchons de nous représenter où vous êtes ; je vous redirai la même chose : soyez raisonnable ! !

M. Dumas disait aujourd'hui à Tante Madeleine que Thann ne devrait être évacué d'ici 3 semaines pour permettre la suite active de notre offensive ! Si cela était, et vraiment, les événements pourraient permettre de l'espérer. L'oncle Léon écrit que les Anglais sont dans l'admiration de ce qu'ont fait les Français !

Quant à l'oncle Joseph il n'a pas bougé de son secteur ! L'oncle Léon lui raconte qu'on va facilement à Bailleul, qu'on voit Lille ! accumule les pierres destinées à faire les routes pour y arriver, et qu'il est prêt à filer en avant au premier mouvement vers Lille !

Allons, mon Claude, il me semble que nos affaires marchent bien et que bientôt se changeront en bonnes nouvelles les petits terrains conquis vers Péronne.

Tante Madeleine a eu des nouvelles d'Adolphe Delemer il va bien, et figurez-vous qu'il a reçu une lettre de Tante Angèle lui demandant des nouvelles de tous, n'en ayant pas depuis 1914 !

Tante Madeleine est arrivée il y a 8 jours pour l'été et l'oncle Léon espère venir la voir en Août.

Philippe va très bien. Il travaille sagement, s'est assez bien mis au latin : espérons que mère sera là pour l'organisation d'hiver. Sinon, Tante Madeleine est de mon avis, le mieux sera qu'il retourne à Pau et suivra des cours, ceux du lycée probablement. Physiquement, il se dégourdis beaucoup.

J'ai de bonnes nouvelles de Guèze et de Louis qui entrent en vacances le 19. Louis a bien du mal à se mettre en route et je pense qu'il va refaire sa 4e. C'est un mauvais début pour lui ; enfin, il travaille en ce moment et tâchera de se mettre en meilleure posture.

Mille amitiés et embrassements à tous. Tante Hélène.


Simonne Barrois à Claude, depuis Dinard.

Mon cher Claude

Tu dois te demander ce que je deviens, il y a un temps fou que je ne t'ai pas écrit : J'ai été très occupée avec mes filles, mais depuis quelques jours leur coqueluche va beaucoup mieux. Alfred est arrivé en permission mardi : si bien que je n'ai pas eu une minute pour t'écrire.

J'ai bien reçu toutes tes lettres. J'ai lu "Le Disciple" avant de te l'envoyer, je l'ai aussi trouvé ravissant : (mais le précédent était plutôt moche à mon avis : ) et pourquoi ce livre s'était fait tant attendre.

Je vous vois d'ici faisant des parties de croquet avec des filles de ronds de cuir boursiers comme tu dis. Vous ne devez pas vous embêter ! Le sachant dans les environs de Toulouse je ne t'ai plus envoyé de victuailles pensant bien que là il ne te manquait rien.

Alors Patrick t'a abandonné et le métier d'aviateur lui plaît beaucoup. Il paraît que ce genre de vie ne manque pas de charme.

Qu'est devenu Jérôme, il a été blessé très fort, je crois ? il est rentré en France ? Que lui reste-t-il de sa blessure ? Où est-il ? Tante Blaideau Valdelièvre me demandait de ses nouvelles et mes renseignements n'ont pas été très précis. Que fait Annie, je lui ai écrit avant de quitter Versailles et depuis plus de réponses.

As-tu su qu'à Lille le fils de Gaston Catoire — Guy Claeyssens, Edmond Mas, et encore bien d'autres jeunes gens ont été emmenés on ne sait où ? On dit aussi Douai évacué, mais on ne dit rien de Lille.

Je me sauve en hâte on m'attend pour dîner, affectueusement à toi

Simonne


C. Monod à Claude. Carte en franchise, 4e zouaves de marche.

CORRESPONDANCE DES ARMÉES DE LA RÉPUBLIQUE — CARTE EN FRANCHISE

EXPÉDITEUR : Monod, 4e Zouaves de marche, 3e Bat., Secteur postal n° 134

ADRESSE : Monsieur Claude Saint Léger, 2e Peloton, 4e Escadron, 32e Dragons. V.P. 4

Je suis très étonné que vous n'ayez pas reçu deux lettres que je vous ai adressées depuis le 1er Juin. Il est vrai que n'ayant pas le n° de votre secteur, j'étais obligé de les faire passer par Versailles (Peloton des ___). Réclamez — Des lignes du fond d'un abri, ½ inondé, je vous ai écrit une longue dissertation en réponse à ce que vous racontiez à E. Décidé que ça soit perdu — Au verso, mon adresse actuelle — Très affect.

Monod


Jean-Charles Fels à Claude. Carte-lettre, 4e escadron, secteur 4.

Carte-Lettre

Monsieur St Leger

4e Escadron 32e Dragons Sect. 4 -

Cher St Leger,

Je t'écris un mot pour te prévenir de ne pas demander les autos - canons ou surtout mitrailleuses - Ce qu'il y a de mieux c'est d'abord la moto car là tu as la liberté. Tu peux partir en moto où tu veux - Jamais tu ne déplaces seul ton auto - Si vous teniez absolument aux autos "les autos canons de 75 contre aéronefs" sont ce qu'il y a de mieux - Il faudrait passer dans l'artillerie d'abord - Une fois dans un dépôt d'artillerie lourde ce n'est rien - Il faut le permis de conduire pour autos -

Je ne pense pas que vous imaginiez charger les boches n'y entrer dans Lille la lance au poing. Est ce que je me trompe ? -

JC Fels


Léon Delemer, oncle de Claude, depuis Hazebrouck.

Mon cher Claude,

Je vous remercie de votre lettre que j'ai reçue avec grand plaisir, mais mon fils je ne suis pas très courageux pour écrire des lettres, mais j'ai cependant de vos nouvelles avec grand plaisir. Je suis très content de voir que vous aimez bien votre nouveau métier dans les mitrailleuses, ce doit être beaucoup plus intéressant que simple cavalier, et quand vous pratiquerez au combat ce sera bien intéressant. Tous les renseignements qu'on donne disent qu'on a subit à l'attaque de la Somme relativement fort peu de pertes, cela doit donner confiance à tous les jeunes comme vous quand ils se précipiteront à l'attaque. J'ai été visiter Ypres avant-hier, c'est fort dignement intéressant mais il ne reste pas une maison qui ne soit détruite de fond en comble, les murs qui restent ne dépassent pas deux mètres de hauteur ; c'est extraordinaire de voir cette ruine immense sur lesquelles il est encore tombé des obus quand nous y étions.

Je vous embrasse affectueusement,

Votre oncle

Léon Delemer

Je suis très content quand vous me donnez des nouvelles de Lille, je vois qu'ils sont encore en bon état et nous finirons bien par les recevoir !


Un ancien maître de Claude, depuis l’École des Roches, à Verneuil dans l’Eure.

ECOLE DES ROCHES

PRÈS VERNEUIL (EURE)

Téléph. et Télégr. : ROCHES VERNEUIL-SUR-AVRE

Gare : VERNEUIL (QUEST-ÉTAT), Omnibus à la Gare : 3 KILOMÈTRES

Mon cher Claude,

Un mot à la hâte, 1° pour vous rassurer sur l'inutilité actuelle de la Cavalerie : c'est à un ancien dragon que vous écrivez ; — 2° pour vous dire que Banier est mort, il y a un an, que sa femme a quitté Verneuil et qu'elle a auparavant légué tout ce qui restait d'épreuves et de clichés ; — 3° que je vais demander à Madame Bertier ce qu'elle pourra retrouver dans sa collection ; — et 4° que je ferai mettre un petit rappel dans le prochain Écho.

Je suis heureux, mon cher Claude, de vous exprimer une affection qui fut jadis très-vive et qui subsiste encore telle quelle dans le fond de mon vieux cœur —

M. Gante


Circulaire imprimée de Simonne Barrois aux amis et aux soldats de Marquillies.

Chers Amis,

Cette circulaire me procure le plaisir d'enregistrer les beaux succès de l'offensive franco-anglaise de la Somme comme aussi ceux de nos amis les Russes, certaine que ce sont les préludes de l'offensive heureuse de nos armées et de la délivrance de nos pays envahis. De tous ces évènements encourageants se dégage nettement l'impression que nous dominons l'ennemi et que nous tenons partout l'initiative des opérations.

Les quelques nouvelles que nous recevons de notre cher village nous signalent que fin Mai la population civile était encore à Marquillies, qu'elle se livrait aux travaux agricoles et que le ravitaillement s'effectuait toujours dans les mêmes conditions. Le moral reste excellent, chacun rivalise de courage et d'énergie, attend avec une patience admirable et une foi inébranlable la victoire libératrice de tous nos maux.

Arthur Firmin nous informe qu'il est monté il y a quelques jours sur la terre des Mines de Nœux, qu'il a nettement vu le clocher de Marquillies et la cheminée de la fabrique avec la fumée qui s'en échappait. Les boches continuent de faire marcher les générateurs pour alimenter la grosse machine, produire l'électricité nécessaire à leur éclairage et la force motrice dans la commune et les environs. Cette nouvelle nous rassure car dans un bombardement, les premiers obus sont destinés à bouleverser les clochers et hautes cheminées, tout désignés pour servir d'observatoires aux ennemis. En conséquence, il nous est permis de croire que Marquillies n'est nullement bombardé comme d'aucuns l'avaient prétendu.

Les cartes-messages avec les pays envahis.

Du Journal des Réfugiés du Nord :

Une bonne nouvelle qui va réjouir les 600.000 réfugiés et soldats qui ont envoyé des cartes-messages du ministère de l'Intérieur à leurs parents des pays envahis. Nous apprenons, de la source la plus sûre, que les premières réponses sont parvenues au ministère de l'Intérieur. Le personnel affecté à ce service spécial est en train de les traduire — car elles sont écrites en Allemand — et elles seront transmises sous peu aux intéressés.

Précisons toutefois que ces messages ne viennent pas encore de Lille. Ils sont du ressort du bureau du Lyon qui comprend : Aisne, Ardennes, Vosges, Meurthe-et-Moselle. C'est un début qui nous permet tout espoir.

Nos glorieux poilus.

C'est avec le plus grand bonheur et la fierté la plus légitime que je vous communique les belles citations qui glorifient la conduite de quatre enfants de Marquillies : Papeghin Henri, lieutenant au 360ᵉ d'Inf🇮ᵉ 24ᵉ C🇮ᵉ S. 128, Cambier Victor, 1ᵉʳ canonnier servant à la 11ᵉ batterie du 106ᵉ Régᵗ d'artillerie lourde, Pruvost Anatole, du 4ᵉ chasseurs à pied 5ᵉ c🇮ᵉ S. 165, Leclercq Amédée, sergent mitrailleur 9ᵉ chasseurs à pied S. 110, fils de Amédée garde chasse à Wavrin.

1º Citation du Lieutenant Papeghin : Citation à la division.

Lors de l'attaque allemande du 3 avril 1916, a puissamment contribué par son énergie à maintenir intacte la compagnie, se tenant sans cesse au milieu de ses hommes et faisant avec eux le coup de feu, debout sur la tranchée, pour enrayer les progrès de l'assaillant.

Il est proposé pour son 2ᵉ galon.

Citation de Cambier Victor : Citation à l'ordre de la division :

Bien que contusionné à la tête, a continué sous un violent bombardement à assurer le service de sa pièce. S'est plus tard porté au secours de ses camarades, ensevelis sous un abri effondré.

Citation de Pruvost Anatole :

« Chasseur d'une rare bravoure, dont il a donné une nouvelle preuve au combat du 25 avril, au « cours duquel il a été blessé de 3 balles. Avait déjà été blessé une première fois le 25 septembre. Etait revenu peu de temps après. »

Malheureusement, nous restons toujours sans nouvelles de lui, nos recherches ne donnent aucun résultat et de partout nous n'obtenons que cette réponse laconique : disparu.

Citation de Leclercq Amédée, nommé sergent.

1ʳᵉ citation donnée à Calonne près des Eparges.

Chef de pièce d'une grande valeur, d'énergie et de sang-froid, n'a pas hésité le 21 juin 1915, lors d'une attaque ennemie qui débouchait à proximité de nos lignes d'ouvrir le feu avec sa mitrailleuse et a contribué pour une large part à enrayer l'attaque ennemie.

2ᵉ citation donnée à Verdun.

Excellent gradé : a résisté avec sa pièce sous un violent bombardement d'artillerie et enrayé, avec sa pièce, une attaque décisive de nos ennemis le 23 avril 1916.

Nos nouveaux gradés.

Je suis aussi très heureuse de vous communiquer les noms de nos amis de Marquillies récemment promus en leur adressant toutes mes félicitations :

Valentin Romon, sergent-major au 56ᵉ ch. à pied T. R. S. 157.

Duflot Julien, sergent-fourrier au 79ᵉ d'Inf🇮ᵉ, S. H. R., S. 126.

Magret Narcisse, maréchal des logis au 103ᵉ d'art🇮ᵉ, 8ᵉ b🇮ᵉ, S. 92.

Cambier Alban, sergent au 150ᵉ d'Inf🇮ᵉ, 12ᵉ c🇮ᵉ, S. 35.

Béhague Bauduin, maréchal des logis au 28ᵉ d'art🇮ᵉ, 49ᵉ b🇮ᵉ, S. 199.

La Réparation des dégâts et dommages de guerre.

Les diverses associations créées en vue de la réparation des dommages travaillent activement à mettre au point les questions litigieuses qui, jusqu'alors restaient un obstacle à la réalisation des projets élaborés. Un comité se préoccupe dès maintenant de faire acheter des stocks de matières premières, de machines, d'outils de toutes sortes, qui permettront la reprise immédiate de l'activité industrielle et agricole de notre pays et procurer du travail aux nombreux ouvriers qui réintégreront leur domicile. Nous pouvons aussi faire confiance à ces œuvres d'après guerre qui s'imposent le devoir de ramener la vie dans nos pauvres régions dévastées, où il est indispensable que la population puisse rentrer au plus vite.

Changements d'adresse.

Mes deux petites filles Fanny et Jacqueline ont été souffrantes et pour leur rendre leur bonne santé, j'ai pris la décision de passer une saison à la mer. Vous pourrez m'adresser vos correspondances à la Villa Les Ormeaux, Boulevard de la Mer, à Dinard (I.-et-V.).

Adresses rectifiées.

— Jean, Leclercq (comptable), du 90ᵉ tᵃˡ, 1ʳᵉ C. M. R., secteur 79. — Bubriez, Engilbert, 18ᵉ d'inf🇮ᵉ, 9ᵉ c🇮ᵉ, secteur 6. — Danel, Flormiond, 117ᵉ d'art🇮ᵉ, 10ᵉ c🇮ᵉ, S. 14. — Billaud, Carlos, 2, rue Soullier à Auneau (E.-et-L.). — Fauquenois, Charles, 162ᵉ d'inf🇮ᵉ, 26ᵉ c🇮ᵉ, Aubusson (Creuse). — Gallet, Arthur, Infirmier au 233ᵉ d'inf🇮ᵉ, 17ᵉ c🇮ᵉ, S. 134. — Papeghin, Jean, 26ᵉ d'art🇮ᵉ, 130ᵉ b🇮ᵉ de 58, S. 26. — Flouquet, Camille, 81ᵉ d'art🇮ᵉ, 19ᵉ B., 10ᵉ gr. S. 13. — Roussel, Jean, 92ᵉ tᵃˡ, 3ᵉ c🇮ᵉ, à l'Isle-sur-Doubs (Doubs). — Buriez, Albert, du 292ᵉ tᵃˡ, 3ᵉ C🇮ᵉ Sect, 125. — Delval, Joseph, trompette, 11ᵉ Esc. 1ʳᵉ peleton, Niort (D. S.). — Billaud, Appollinaire, 8ᵉ d'inf🇮ᵉ, 3ᵉ c🇮ᵉ, S. 137. — Fauquenois, Louis, 117ᵉ d'art🇮ᵉ 12 b🇮ᵉ, S. 14. — Lemaire, Liévin, 138ᵉ d'Inf🇮ᵉ, 8ᵉ c🇮ᵉ, S. 90. — Papeghin, Louis, 8ᵉ cuir., 10ᵉ esc., S. 196. — Leclercq, Henri, 5ᵉ génie, 17ᵉ c🇮ᵉ, S. 42. — Selosse, 36ᵉ d'Inf🇮ᵉ, 20ᵉ c🇮ᵉ, S. 5. — Rouzé, Narcisse, 298ᵉ d'Inf🇮ᵉ, 18ᵉ c🇮ᵉ S. 58. — Dubois, Raymond, 80ᵉ d'art🇮ᵉ lourde, 6ᵉ c🇮ᵉ, Camp de Sᵗ-Maur-Vincennes (Seine). — Leclercq Ferdinand, mineur mobilisé chez M. Détrat à La Talandière (Loire).

Simonne J. BARROIS.

59.809. — Versailles, Imp. Cerf.


Simonne Barrois à Claude, depuis Versailles. Papier à en-tête du Conseil général du Nord.

CONSEIL GÉNÉRAL

DU NORD

19, RUE WIANGAND

VERSAILLES

Mme Simonne Barrois

VERSAILLES

Mon cher Claude.

Ta lettre à Mʳ Cornaille nous a fait grand plaisir. Comment ne nous envoies-tu pas plus souvent de tes nouvelles.

Une carte est si vite écrite.

Que faites-tu de tes lettres reçues de La Herse et d'ailleurs. Envoie les nous afin que nous les classions pour que tu les trouves par la suite. Ce seront des souvenirs précieux.

Tu sais qu'il y a une nouvelle voie.

Donne la moi si possible afin que je puisse vous envoyer de vos nouvelles à tous. Je conserverai le moyen pour moi.

Tes lunettes sont arrivées ce matin.

Nous allons tous très bien et nous attendons Suzanne, Max et les petites à la fin du mois. Gino partira alors pour Paris pour ses couches.

Donne nous des nouvelles de ton frère Philippe. Que devient-il. Va-t-il bien quelle est son adresse. Que va-t-il faire cet hiver pour ses classes. Ta mère s'en préoccupait.

Que devient Patrick ? Il n'écrit jamais et cependant nous étions bien attachés à nos petits pensionnaires, qui sont remplacés tous les jours par le fils aîné de Georges Vandame qui est à Versailles.

Surtout s'il vous arrivait quelque chose préviens moi de suite.

Bien affectueusement

S. Barrois Masse


Hélène de Lavalette à Claude, depuis Rozière.

Mon cher Claude

Je reçois votre lettre en même temps qu'une de mère, datée du 3 d'août. Les nouvelles sont bonnes, mais mère dit qu'ils sont incommodés par le bruit qu'ils entendent, que les gaz chimiques se sentent à longues distances et que s'ils sont trop incommodés, ils iront chez Germaine, nous en concluons qu'ils ne doivent être bombardés par les anglais. Tine vous fera suivre la lettre que je lui envoie afin qu'elle fasse les commentaires.

Dimanche, Th. ___ m'a écrit et annonce que les Paul Ternynck étaient au Pouliguen. Je ne sais pas, mais probablement j'irai : je les verrai la semaine prochaine, quand tante Den partira.

Tine vous écrit-elle ? Philip a, sur le conseil d'Aussel, quitté Châtel pour Vichy. J'ai très grande confiance que Vichy lui réussira : cela retardera son retour ici : je pense qu'il ne lui restera pas beaucoup de temps avant de rentrer à Pau. Tante Den a ___ de lui à un de leurs amis le Dʳ Dériat, qui va s'occuper de lui : lui faire connaître un excellent prof. de 5ᵉ qui va le voir, le suivre : il sera en aussi bonnes mains que possible.

Je vous enverrai très volontiers ce que j'ai comme livres. En ce moment ces visites de vos oncles, me dérangent un peu et me mettent en retard mais ne nous empêchent pas de penser à vous.

Cette intervention de la Roumanie va peut être faire avancer plus vite nos affaires ? Mais de beaucoup d'avis, les anglais ne marchent ni vite, ni volontiers.

Tante Den part de demain en huit pour Paris, où elle va passer l'hiver.

Nous nous vous embrassons très affectueusement.

mon grand Claude

Tante Hélène

Rozière 30 d'Août 1916


Patrick Le Blan à Claude, depuis La Herse, en permission.

Mon vieux Claude,

J'ai regretté vivement de n'avoir pu te dire adieu avant de partir en permission.

L'ordre est venu vendredi soir. C'est grâce à Jérôme que j'ai pu l'obtenir. J'en étais ravi comme tu peux te l'imaginer.

Je suis arrivé ce matin à 5 h. du matin à Saint Ay après un voyage terriblement long.

J'ai vu Jérôme remis. Il a reçu des contusions un peu partout, au talon, à la fesse un éclat, à la main iddm. Quant à sa capote elle a reçu plusieurs schrapnells.

Enfin il en est sorti s.lieut et médaille militaire.

Il est enchanté et je crois guéri de la folie guerrière.

Quant à toi, mon vieux Claude, je pense à toi. Je vais je pense aller à Paris voir un peu ce qu'il y a à faire. et tout peut nous permettre d'espérer.

Bonnes nouvelles de Lille. Les parents demandent de tes nouvelles.

Je te quitte mon vieux Claude.

Bien à toi

Patrick

L'arrière est démoralisant, ou du moins ce que j'en ai vu jusqu'ici.


Germaine Ternynck à Claude, depuis Deauville.

Mon cher Claude,

As-tu appris que mon oncle Paul, tante Thérèse, Pierre et Suzanne étaient revenus déjà depuis quelques temps au Pouliguen. J'ai été de suite les voir pour avoir nouvelles et détails de mes Parents, heureusement tout est aussi rassurant que possible et tu dois comprendre le bonheur que j'ai eu de parler des chers miens ! Je ne te donne pas de détails car je ne sais si mon oncle Paul ne t'a pas écrit car je lui avais donné ton adresse et en plus je viens d'apprendre que ta tante Hélène avait aussi été au Pouliguen. Dans tous les cas je me mets à ta disposition si tu désires savoir des détails je te dirais tout ce que je sais.

André Huet fils vient de venir en permission de huit jours ici et est reparti hier, il ne l'a pas drôle dans son camp et aspire à un changement, il est toujours le même gentil garçon et j'ai eu beaucoup de plaisir de le revoir et de bavarder avec lui.

Je t'ai envoyé il y a quelques jours un paquet. Je te l'ai envoyé par la poste sachant que cela va plus vite si je voulais t'en envoyer un plus gros dis moi si je ne dois pas mettre sur l'adresse quelque chose de plus.

Notre séjour ici touche à sa fin je compte partir vers le 27 pour passer quelques jours à Chantilly puis aller à Cannes m'installer pour tout l'hiver en villa avec Pauline et Marcelle villa Félicia sur la Croisette.

Je sais par les Delsalle que tu as reçu plusieurs lettres de ta mère qui espère passer l'hiver par ici. Son moral serait il bon ou espérerait elle revenir par ici ?

A bientôt une bonne lettre de toi, mon cher Claude, dis moi bien franchement si il te manque quelque chose je me mets à ta disposition pour t'envoyer tout ce que tu peux désirer.

Je t'embrasse bien affectueusement.

Bien à toi

Ta vieille Germaine

Villa Les Cigales en Deauville


C. Monod à Claude, depuis Paris, 17 rue de Téhéran.

17 rue de Téhéran

Mon cher Saint-Léger,

Je vais aux Roches jeudi, et j'emporterai cette lettre avec moi, dans l'espoir d'y trouver votre adresse. Car de nouveau je l'ai perdue, et ceci n'est pas ma faute.

Je suis tombé malade — rien de sérieux — et j'ai dû brusquement abandonner au cantonnement tout mon fourbi que je ne pouvais emporter. Au fond d'une musette, certainement perdue aujourd'hui, il y avait mon carnet d'adresses. — C'est une grosse déception je vous assure, de ne rien savoir de vous, depuis si longtemps. Peut-être m'avez vous écrit au 4e Zouaves : mais suivant la coutume, on ne m'a rien transmis — Je veux vous "retrouver" à tout prix, car je me rappelle votre dernière lettre (en réalité adressée à Fels) où vous discutiez le déterminisme — Il me semble y avoir répondu — Mais que de semaines, depuis —

Où vous en êtes — si vous êtes inquiets — Toujours les mêmes problèmes — Je vais évoquer une de nos conversations de jadis au Pavillon Normand, où je vais loger m'écrit Madame Demolins — Ne trouvez vous pas que le passé est un trésor merveilleux où l'on puise à pleines mains pour se consoler du présent ? Brunel a raison contre Dante :

Dante, pourquoi dis-tu qu'il n'est pire misère qu'un souvenir heureux dans le pire malheur ? —

Avez vous des nouvelles de votre ? — Dites moi aussi si vous allez aux tranchées, et ce que vous pensez de la vie qu'on y mène... Quelle pitié que la correspondance — incapable de dire tant de choses qu'une heure de conversation révélerait ! —

J'ai vu le pauvre Baron récemment. Il quitte les Rochers, un peu désemparé, découragé — Son passage aux Pins ne lui a guère réussi —

Musnier m'écrit assez régulièrement. Thierry aussi — Musnier m'apprend que Fels est "définitivement embarqué". "Je crois que ce brave Fels rentre dans la catégorie des gens qui s'intéressent tellement à eux-mêmes qu'ils sont incapables de deviner leur époque, aussi prospère soit-elle —

Je lis en ce moment la "Lettre d'un soldat" parue dans la Revue de Paris, il y a quelques mois, et réunies en un volume chez Chapelot. Il y a là d'admirables pages, courageuses, parfaitement sereines et toutes baignées d'idéalisme — Il faudrait que vous lisiez cela —

Au revoir mon cher ami — Ne me laissez plus longtemps sans nouvelles — En recevant ceci, même si vous n'avez pas envie d'écrire, donnez moi un signe de vie par une carte ! J'ai peur que vous ne vous isoliez — et il ne faut pas que notre amitié d'esprit, cela peut être solide et sans banalité —

Écrivez moi : 17 rue de Téhéran — Je ne sais ____

C. Monod.

Je vous copie cette belle phrase honnête et vraie dans la ligne que je suivais, à savoir :

« Ne réservons aucun petit coin de notre cœur pour nos petites espérances. Il faut absolument parvenir à ce qu'aucune catastrophe ne puisse faire de notre vie quelque chose de tronqué, d'interrompu, d'inharmonieux. »


Hélène de Lavalette à Claude, depuis Rozière.

Mon cher Claude

J'attendais très impatiemment de vos nouvelles et je vois d'après votre lettre que vous n'avez pas dû recevoir mes cartes. Vous avez fort bien fait de vous faire inscrire sous notre nom ; c'est bien le moins que nous puissions faire ; et j'aurais beaucoup de satisfaction d'avoir, en réalité, un fils comme vous.

Je ne savais plus sous quel nom vous écrire, j'attendais que vous répondiez déjà à ma question à ce sujet. Vous me préviendrez en temps.

Seulement nous n'avons pas eu de nouvelles de mère depuis 3 semaines, cela semble très long après en avoir eu très régulièrement, il n'en arrive ni par la Hollande, ni par la Suisse.

Avez-vous eu la lettre dans laquelle je vous disais que j'avais été au Pouliguen. Il y a déjà plus de 15 jours. L'oncle Paul va bien, il est beaucoup mieux que je n'osais l'espérer. Très énergique et résigné. Il vous recommanderait très volontiers. Madeleine ayant très bien connu les Castelnau à Chaumont mon oncle Paul, qui n'aime pas beaucoup cela, parlera de vous chaudement, trouvant que vous avez fait vos preuves et valez qu'on s'occupe de vous, pour tâcher de rendre votre part de campagne plus à votre goût. Réfléchissez à ce que vous désireriez. Mais je vous préviens que j'ai prié mon oncle Paul de ne se prêter qu'à une démarche raisonnable, ne vous exposant pas plus qu'il ne faut. Donc, pas de crapouillotage, pas de mitrailleuses d'infanterie. Tâchez de voir ce que mère eût approuvé. Car, si vous estimez que la cavalerie ne peut rien donner, et nous ne sommes qu'en Septembre, ne sera-ce pas encore un hiver bien long pour vous ?

Quel est votre général de division ? N'est-ce pas le général de Boissieu ? Ce serait un cousin des du Breuil en relations assez suivies, je l'ai même connu il y a 17 ans. On pourrait lui parler de vous en cas de nécessité.

Philipp va bien et va repartir Vendredi pour Pau, tous vos cousins rentrent à Paris Mercredi. L'oncle Joseph va très bien.

Vous avez les meilleurs baisers de tous, ici.

Tante Hélène


C. Monod à Claude. Carte postale, 32e dragons, 4e escadron, secteur 4.

Carte Postale

M. Claude Saint Léger

32e Dragons, 4e Escadron, 2e Peloton, Secteur 4

J'ai trouvé votre adresse (du mois de mai) — Je vous ai écrit tout récemment. Dites-moi, s.v.p. par retour, si vous avez reçu — et donnez-moi de vos nouvelles —

Je retourne demain à mon bataillon
4e Zouaves
3e Baton
SP 131.

C. Monod


Lucien Delesalle à Claude, depuis Paris.

Monsieur Claude Saint-Léger

32e Dragons, 4e Escadron, 2e Peloton, Secteur 4.

Mon cher Claude

Je reçois un mot de ta mère du 20 courant me disant qu'ils sont tous bien et t'envoient leurs tendresses. Elle demande si tu as ce qu'il faut pour te préserver du froid, en particulier pour la nuit. Si tu as besoin de quoi que ce soit, dis-le moi et je t'enverrai bien volontiers.

Marcel va partir pour la Roumanie en mission de croix rouge, comme radiographe. Il est enchanté et travaille fort son nouveau métier. Ce sera pour lui une manière de rendre service tout en faisant un magnifique voyage. Gaston est toujours en plein bonheur et mon beau-frère se trouve encore dans tes parages. Il a été bien exposé mais son moral reste parfait.

J'espère que Pat et toi continuez à vous bien porter et je doute fort que votre régiment ait à donner avant le printemps prochain. Tout va bien mais que c'est long ! reverrons-nous nos foyers en 1917 !

Cordialement à toi

L. Delesalle

Hotel Mercédès, rue de Presbourg.


Germaine Ternynck à Claude, depuis Chantilly.

Mon petit Claude,

Voilà déjà quelques temps que je ne sais plus rien de toi, dans ta dernière carte tu me paraissais avoir bon moral ! L'as-tu encore ?

Pour moi j'ai un peu le cafard car Albert va passer ses examens pour être mitrailleur en aéro ! Voilà donc ma tranquillité envolée à son sujet. Je dois quitter son bureau d'ici quelques jours et faire des tirs près de l'endroit où il est puis aller passer trois semaines près d'Arcachon pour ses examens. Pourvu qu'il soit reçu car je ne sais où on l'enverrait car il ne peut plus rester au même poste. J'étais trop tranquille et heureuse depuis mon retour pourvu que je ne le paye pas trop cher maintenant.

Hier à Paris j'ai rencontré Mr Lucien Delesalle qui m'a dit avoir eu une lettre de ta mère, tu dois le savoir mais cela m'a fait plaisir d'avoir de ses nouvelles je pense si souvent à mon petit Philipp, que devient-il retourne-t-il cet hiver à Pau ?

Depuis mon arrivée ici j'entend le canon cela me rappel le Roubaix et le mauvais temps où j'étais enfermée là bas.

Plus rien de mes Parents c'est encore plus pénible de se sentir si près d'eux et ne rien savoir ni pouvoir pour eux.

Aimée et Lydie sont bien heureuses dans la forêt malheureusement le temps n'est pas fameux depuis huit jours.

Je compte t'envoyer un paquet d'ici peu soit de Paris soit de Chantilly quand j'irai car nous sommes à plus de 35 minutes de la ville dans les bois, c'est très agréable mais pas pour les courses à faire. Tu sais quelle joie tu me fais en m'écrivant mais je comprends que souvent le courage te manque pour le faire. Armes toi donc d'un courage énorme pour m'écrire un mot sur une carte.

Je t'embrasse de tout cœur et crois à toute mon affection

Ta vieille Germaine Ternynck

Villa Les Marmousets
Chantilly


Germaine Ternynck à Claude, avant son départ pour Cannes.

Mon vieux Claude,

J'ai envoyé ta gentille lettre à Albert aussitôt l'avoir reçue. Tu es fort gentil de me donner tous les détails que tu sais sur Cazeaux. Albert sera enchanté si tu peux parler de lui à Mr André Duval car pour lui ce sera tellement plus agréable d'avoir une recommandation pour un officier. Albert compte toujours partir le 1er Novembre pour Cazeaux. Il vole déjà et commence à bien connaître les mitrailleuses il fait des tirs pas trop mauvais déjà, aussi espère-t-il pouvoir en sortir en travaillant un peu.

Pour moi je pars mercredi pour Cannes mais si je puis arriver à voir Albert le dimanche à Arcachon, comme je suppose qu'il doit avoir des permissions de 12 ou 24 heures, j'irai là bas pour quelques jours laissant mes filles à la garde des Huet à Cannes.

Il faut profiter de se voir quand on le peut, on ne sait ce que vous réserve l'avenir !

Je viens de recevoir une lettre de tante Thérèse Ternynck ils sont toujours au Pouliguen elle me donne de bonnes nouvelles d'André et de Louis toujours dans la Somme.

Je reçois souvent des nouvelles de Jules Huet qui a depuis quelques jours un petit galon sur sa manche, c'est un commencement. Il me demande de tes nouvelles et ton adresse pour t'écrire tu peux donc compter voir son écriture d'ici peu.

Voilà toutes ce que je sais de neuf sur la famille c'est peu comme tu vois ! Encore merci de tout ce que tu feras pour Albert je compte donc un peu sur toi et sur ton ami Patrick auquel tu feras bien mes amitiés. Voici l'adresse d'Albert si tu avais besoin de lui écrire avant le 1er Novembre : l'escadrille C. 39 - Secteur 155.

Je te donne aussi mon adresse de Cannes comptant tout à fait que tu continueras à m'écrire souvent.

Reçois, mon cher Claude mille choses affectueuses et mes meilleures amitiés

Bien à toi

Germaine

Villa Felicia
Bd de la Croisette
Cannes


Un parent Ternynck à Claude, depuis Le Pouliguen. Fin de la lettre manquante.

Mon cher Claude

Je reçois ta carte et t'en remercie, j'avais ton adresse et devais t'écrire mais j'écris 30 lettres chaque jour aux réfugiés de l'Isère qui désirent des nouvelles de Chauny .

Je veux tout d'abord mon cher Claude te féliciter de ton énergie pour quitter Lille t'engager & regagner la France, ___ ___ ___ arrivée d'Allemagne avons été très heureux et très fiers de ton geste courageux & de ton patriotisme, reçois mes félicitations & soit sûr que le courage porte bonheur !

Nous venons d'avoir la visite de Germaine Ternynck, la fille d'emile, & avons été charmés des nouvelles de tous quelle nous a données, nous serons bien heureux d'en recevoir par toi de ton père & de la ... (il manque la suite de la lettre)


C. Monod à Claude, au repos. 4e zouaves, 3e bataillon, secteur postal 131.

Mon cher ami,

Je voulais vous écrire plus tôt mais depuis mon retour ici j'ai goûté plus que jamais la maxime de La Rochefoucauld : « Nous avons plus de paresse dans l'esprit que dans le corps. » D'ailleurs notre organisation matérielle — bien qu'au repos — est telle qu'il faut être aimé des dieux pour réussir une lettre. Tenez compte de ce fait en lisant ce que je vous écris —

Je vous félicite de votre méthode. L'ordre suit vos idées & de chercher une mise au point — Il faut en ce moment surtout s'imposer une discipline de ce genre car dans notre milieu l'esprit se disperse avec une facilité lamentable les journées s'anéantissent sans rien laisser. Il faut réagir violemment & se forcer à la réflexion.

Tâchez de ne pas perdre le prochain carnet où vous noterez cette mise en ordre et faites moi part de quelques notes.

Si vous saviez avec quelle émotion j'ai revu les Roches et le Pavillon Normand où j'ai couché - Toutes les scènes et toutes les physionomies de 1914 je les retrouvais - La ___ n'a pas changé, tout le reste et ce sera très ___ quand les temps seront révolus gratter y croquer le passé - Fels m'a écrit ces jours ci et le brave type m'a même fait adresser toute la collection 7 x 10 Mame, La Rochefoucauld, Vigny, Pascal, Marc Aurèle, petite bibliothèque ambulante que je monte aux tranchées.

Comme on goûte, n'est ce pas, dans le désert intellectuel où l'on vit, la splendeur d'un vers de Vigny ou la concision amère de La Rochefoucauld. Ici il pleut et nous, qui sommes "d'attaque" nous restons au repos - Au revoir, mon cher ami, bon courage pour aborder la médiocrité quotidienne - Bien affectueusement à vous,

Écrivez moi
J Monod
4e Zouaves, 3e Bataillon, SP 131


Madeleine Delemer à Claude, depuis Saint-Germain, au sortir de Lille.

Mon cher Claude,

Hier, aussitôt mon arrivée j'ai écrit pour te donner immédiatement les nouvelles de la famille de Lille et je me proposais ___ de les confirmer ces jours-ci lorsque je reçois cette après midi ta lettre. Ton père ta mère et Annie vont très bien et m'ont chargé pour toi de leur bien vive tendresse en m'embrassant spécialement pour que je porte leurs baisers à leurs fils. Ta mère a été un peu fatiguée pendant quelques temps, mais elle était parfaitement remise lorsque je suis parti. Tous deux m'ont demandé de veiller à ce que chaque semaine il y eut dans le Matin un article vous concernant, Philippe et toi ; pour Philippe, Mère voudrait connaître son poids et sa taille afin de se rendre bien compte de sa croissance. Peut-tu m'envoyer toutes ces indications, ou me faire écrire par Augustine. Si tu pouvais terminer ton congé en passant par St Germain, j'aurais été bien heureuse de pouvoir te parler longuement des tiens.

Et Grand-mère Saint Léger et les Crépy vont très bien et l'on mène toujours à Lille la même vie que tu connais avec tous les dimanches passés à Anzin. Tu manques beaucoup à Annie — qui m'avais donné des photos pour toi, malheureusement, au dernier moment on m'a empêchée de les emporter. Félicite-toi d'avoir passé en France car les perspectives d'avenir ne sont pas drôles à Lille pour les jeunes gens, on prend tous les hommes pour les obliger à travailler pour l'armée allemande et peu à peu, je crains que tous les jeunes gens y passent. Ta mère ne songe pas jusqu'ici à quitter Lille, elle ne veut pas laisser ton père seul. Elle y avait un moment pensé pour Annie mais on n'a pas donné suite à ce projet. Les parents sont comme toujours très dévoués à tous et ton père vous travaille de son mieux. Ceux qui peuvent payer les grands prix arrivent encore à se bien nourrir, mais le peuple est très malheureux et souffre encore plus moralement que physiquement. Néanmoins tout le monde continue à être très courageux et je trouve le moral de nos populations envahies beaucoup meilleur que par ici. Je n'ai pas besoin de te dire avec quelles douces émotions j'ai retrouvé tous mes enfants. Mes fils ont pu arriver immédiatement en permission, mais les trois jours passent trop vite et déjà nous devons nous séparer demain. Nous aurons au moins maintenant la joie de pouvoir nous écrire, et j'espère mon cher Claude que tu voudras bien me considérer comme mon 4e fils et te confier souvent à moi. J'ai promis à tes parents de veiller sur toi comme sur les miens. Tu peux compter sur mon affection en toute circonstance et je serai heureuse que tu veuilles bien m'accorder la tienne et toute ta confiance. Donne-moi exactement ton adresse au front, dis-moi s'il ne te manque rien et si je puis t'envoyer des paquets, et comment tu les désires composés. Écris-moi bien vite si je puis espérer ta visite, ou si tu peux me fixer un rendez-vous à Paris. Je t'embrasse bien tendrement ainsi que Philippe de ma part et de celle de toute la famille.

de Lille

Ta tante Madeleine Delemer

* Reçu Japon

Reçu Japon
poids taille Philipp
arg tante Hélène


L’intermédiaire Iten à Claude, depuis Baden. Message transmis de Lille.

Carte-Lettre / Postkarte

Iten, Römerstr. 3, Baden (Schweiz)

Monsieur Claude St. Léger, 19, Rue Mansard, Versailles. Seine et Oise.

Monsieur, Je suis chargée de vous écrire ce qui suit : Mon cher Nicolas, Nous allons tous très bien et vous embrassons ainsi que Philip. Tous ici sont très bien portants, dites à Tante Adeline que le petit Pierre va bien, nous voudrions des nouvelles de ses petites sœurs. La maman de Marguerite son Col va très bien ainsi que le père de Simonne. Bons baisers. M. Guitte

Recevez, Monsieur, mes salutations distinguées.


Lucien Delesalle à Claude, depuis Cannes.

Cannes, Hotel Gonnet.

Mon cher Claude.

Reçu aujourd'hui quatre lettres de ta mère dont la dernière date du 12 octobre. Tout le monde va bien chez toi mais tous me paraissant bien tristes. L'on me charge de veiller à ce que tu ne manques de rien pour éviter le froid de l'hiver ; je compte donc sur toi pour me réclamer ce qui pourrait t'être utile. Les parents voudraient avoir ta photo ; fais en faire une légère, je t'enverrai dans un prochain courrier. On demande aussi des nouvelles de ton ami Descamps, de ses frères et de ses sœurs.

Bien cordialement à toi
L. Delesalle


C. Monod à Claude, après l’attaque de Douaumont.

4e Zouaves 3e marche SP Aabn - S.P. 131s

Mon cher ami,

Où êtes vous et que faites vous ? Je vous ai écrit en octobre et le lendemain j'ai reçu de vous une carte me demandant des nouvelles - J'espérais que ma missive vous contenterait à ce sujet - Mais l'avez vous reçue ? - J'aurais voulu d'ailleurs que je n'aurais guère pu assurer ma correspondance ces derniers temps - Vous avez peut-être vu par les journaux que c'est notre division qui a attaqué Douaumont, et que les zouaves du 4e de marche ont su marquer leur présence aux Boches - Ils ont d'ailleurs gagné la fourragère. Ce furent des journées et des spectacles extraordinaires - Je ne vous en parle pas ! ces choses de guerre vous sont trop familières à vous, comme à moi - L'essentiel est que nous ayons atteint notre objectif, que nos pertes n'aient pas été trop sanglantes, et que le coup porté aux Boches ait été dur.

Et vous ? Prenez vous un secteur, comme le régiment ou la division de Thierry ? - J'espère que non. La boue, les pieds dans l'eau, les sinistres promenades, la nuit dans des boyaux bombardés, j'ai trop connu cela, ces dernières semaines, pour ne pas souhaiter à quiconque ce sort. Je voudrais savoir comment vous supportez cette vie du front. Je n'ai aucune idée du milieu qui est le vôtre et de la manière dont vous vous y êtes adapté ! N'est ce rien que vous prépariez de vos idées - - Quel silence, et que nous sommes tous deux mauvais correspondants ! -

Dites moi aussi quelles nouvelles vous avez de chez vous - les récents événements dont les journaux ont parlé ont-elles touché quelqu'un des vôtres ? Vous excuserez cette lettre pleine de points d'interrogation. Mais ai-je dit que j'ai reçu des nouvelles de Fels ? Il m'écrit encore ces jours ci pour m'annoncer son affectation - comme motocycliste - à une batterie contre avions. De l'école, plus rien depuis que les 48 heures que j'y ai passées en septembre. Haron m'écrit ___ qu'il vient d'être collé à nouveau - Pauvre type !

Au revoir, mon cher Saint-Léger - Comme je voudrais vous voir et vivre avec vous, en ligne, quelques unes des heures actuelles.

Votre bien affectionné

C Monod


Marguerite Delemer, depuis Lille occupée, à Claude, chez sa tante à Rozière.

Monsieur Claude Saint Léger
chez Mme de Lavalette, Rozière St Félicien en Ardèche

Mon cher petit Claude,

Et bien ! Tout ce temps semble cruellement long sans vous voir. Mais je suis heureuse de cette occasion qui me permet de vous écrire et de vous donner de nos bonnes nouvelles. Toutes nous espérons enfin que ma tante Madeleine va pouvoir partir, elle pourra vous donner plus de détails que n'importe qui sur notre vie quotidienne, qui est hélas d'une monotone lamentable ! Je voudrais tant avoir quelques détails sur vous et sur ce que vous faites. Je tâche de m'en rendre compte en voyant ce que font ici ceux qui font le même métier que vous ! Enfin je suis heureuse de vous sentir bien entouré et j'espère que vous vous êtes fait des bons camarades. Je tâche toujours de correspondre avec mon oncle Lucien ou tante Hélène ou Mme Tine mais c'est très difficile et les rares nouvelles sont rares ! Enfin rester en correspondance avec eux et envoyer leur de petites photos d'amateurs de vous a coller dans leurs lettres, elles arrivent très bien et je serais contente de vous voir, vous devinez que ces quelques nouvelles sont notre seul bonheur ici. Le pays est de plus en plus triste et dévasté, et heureusement père garde maintenant le meilleur moral de la maison car de mon côté le moral est bas. Cette terrible nouvelle de la Roumanie me met la mort dans l'âme et quand et comment peut-on encore espérer que toutes ces horreurs vont se terminer ! Père est toujours très occupé, la mairie, les usines, le comité américain, et l'alimentation sous toutes ses formes, remplissent nos journées.

De mon côté je ne perds pas mon temps et si le temps nous semble long, les journées nous semblent toujours courts ! Et nous nous félicitons tous tous les jours que vous soyez partis. Ceux qui reste ici ne sont pas heureux, et nous sommes fiers que vous accomplissez votre devoir ! Mais quel bonheur ! Le jour où nous nous retrouverons tous ! J'espère que vous veillez de loin sur votre petit frère et que vous ne manquez de rien. Soignez-vous, mangez bien et soyez surtout très bien couvert. Bon courage, mon cher grand garçon, soyez sûr que ma prière ne vous quitte pas, envoyez-moi beaucoup de petites photos de vous, pensez souvent à nous, rien n'est d'ailleurs changé depuis votre départ, seuls les repas sont de plus en plus difficiles à trouver, et le départ de mon oncle Jean nous a bien attristés. Tout est de plus en plus pénible et les destructions sont rares. Ce soir je prendrais le thé chez les Le Blan, puis je dois passer une demi-heure le docteur Calmet, retour par chez mon oncle Lucien ! Vous voyez que le programme ne change pas. Bons baisers, mon chéri, à bientôt j'espère. Bon courage ! Et pensez bien à nous ! Nous avons bien failli partir avec mon oncle Jean et je crois que c'est le Comité américain qui nous a protégés... Je laisse le reste à Père.

Marguerite Saint-Léger


Simonne Barrois à Claude. Papier à en-tête, 23 rue Mansart à Versailles.

Mme JACQUES BARROIS

23, RUE MANSART - VERSAILLES

Tu es de moins en moins écrivassier, mon vieux Claude. Je serais cependant contente de savoir si les colis que je t'expédie t'arrivent en bon état.

N'espères-tu pas voir arriver Annie par les trains d'évacués qu'on annonce. Je sais que ta mère était désolée qu'elle s'en aille depuis les enlèvements que les boches avaient faits. Que dis-tu de la Roumanie ? C'est embêtant d'avoir attendu 2 ans pour obtenir un si piteux résultat !

En attendant ta visite, je t'envoie mon meilleur souvenir.

Simonne


C. Monod à Claude, avant de remonter en ligne.

Carte-Lettre

C Monod. 4e Zouaves, 2e Bataillon

Monsieur Claude Saint Léger, 32e Dragons, 4e Escadron, 2e Peloton, Secteur 4

Mon cher ami,

Avant de me remonter en ligne, je vous redis tout le plaisir que j'ai eu à recevoir votre lettre.

Je ne m'étonne pas que le brusque contact avec les grands dangers vous ait amené à réviser vos jugements sur les questions religieuses. Je suis très persuadé pour ma part qu'on ne peut pas vivre en homme sans croyances métaphysiques, précises ou vagues, peu importe. La religion en somme consiste à affirmer que la vie a un sens, que nous ne peinons pas en vain, et que quelque chose s'élabore qui dépend de la bonne volonté des hommes.

Comment vous figurez-vous que nous, qui sommes conscients, pourrions supporter la guerre si nous n'étions convaincus, au fond, que c'est par elle une étape sera franchie vers quelque plus de liberté ou même dans un avenir très lointain, plus de spiritualité ? Et tout cela c'est affirmer Dieu. Je crois à ces idées-là parce qu'elles me fournissent des raisons d'être, et au besoin, des raisons de mourir.

J'espère que vous êtes au repos. Pour nous, nous allons d'ici peu fournir des communiqués intéressants. La vie sera dure pendant dix ou douze jours. Écrivez-moi : une lettre en ligne est si bienvenue.

Monod


Max Descamps à Claude, en permission à Paris.

Mon cher Claude,

Je suppose que tu as appris déjà l'arrivée de ma mère à Paris. Tu devines ma joie à cette nouvelle que j'appris jeudi soir. Le colonel a été épatant et nous a accordé tout de suite une permission de 7 jours ! Je partais vendredi soir et étais dans la nuit à Paris.

Mais je veux te donner tout de suite des nouvelles de tes parents. Ils sont en excellente santé et ont chargé maman de toutes leurs tendresses pour toi et Philippe. Pour ce dernier, sa mère a demandé à Maman de lui faire connaître son poids et sa taille. Je suppose que tu es bientôt en permission aussi, tu pourras envoyer à Maman ces renseignements ou les faire parvenir toi-même à ta mère.

Inutile de te dire que Maman nous rapporta toutes sortes de nouvelles intéressantes.

J'espère que tu vas bien ; n'es-tu pas fatigué du dernier séjour aux tranchées, quand vas-tu en permission ?

Au revoir mon cher Claude, reçois toutes les amitiés de ton ami.

Max Descamps


Léon Delemer à Claude, depuis Paris.

Mon cher Claude,

Je vous envoie par mandat-poste cent francs pour vous et cinquante francs pour Philip pour son étrenne, afin que vous puissiez en profiter pendant vos vacances. J'espère que vous aurez beau temps à Pau et que vous pourrez vous distraire et vous promener avec votre frère. Ne vous gênez pas. Si vous avez besoin de quelque chose sur le front pour le demander à ma femme ou à moi.

Nous sommes affreusement tristes ma femme et moi parce que nous avons encore perdu notre petit bébé. Vous aurez peut-être des nouvelles de vos parents par les évacués, mais il paraît qu'Annie ne rentre pas.

Je vous embrasse affectueusement,

Votre oncle qui vous aime
Léon Delemer


Madame Dolez à Claude, depuis Paris, au sortir de Lille.

Royal Hotel - 33, Avenue Friedland (CHAMPS-ÉLYSÉES) Paris

Monsieur C. Saint Léger

32e dragons, Secteur postal N° 4

Mon cher Claude.

J'ai promis à ta mère de te donner des nouvelles de chez toi, car j'arrive de Lille enchantée d'avoir recouvré la liberté. J'ai vu ta mère et ton père la veille de mon départ, ils allaient très bien tous les deux, et cette brave Annie est venue m'embrasser le lendemain et m'a dit de te demander de sa part que tu leur écrives souvent.

Ils sont tous trois bien vaillants et t'envoient toutes leurs tendresses.

J'y joins mon cher Claude mon souvenir affectueux.

M. A. Dolez


Lettre non datée et non signée. Attribution et date à établir.

Mon vieux

Il y a une chose que je n'ai pas pu te dire au moment de ton départ parce qu'il y avait trop de monde et que j'avais peur de t'impressionner. Tu as tes parents à Lille donc dans l'impossibilité complète de venir près de toi s'il t'arrivait un accident, promets-moi de me télégraphier ou de me prévenir le plus vite possible si tu étais blessé Je viendrais à ton secours. Quand on est dans un hopital on est quelquefois heureux d'avoir un ami pour vous aider : le service de santé n'est pas encore irréprochable tes parents ont toujours été si bons pour moi. Que je pense bien faire cela pour toi et je le ferai bien volontiers


C. Monod à Claude, depuis le front. 4e zouaves, 3e bataillon, secteur postal 131.

4e Zouaves 3e Bat. 131

Mon cher ami,

Votre lettre m'est arrivée à la fin de notre dernière période de repos, & nous avons tant erré depuis que je n'ai pu vous écrire -- nous voici maintenant perdus dans une plaine immense couverte de neige gelée -- la steppe -- c'était elle d'ailleurs que les Russes occupaient en France au temps où il y avait encore des Russes -- Le présent ne m'a jamais paru plus acceptable, depuis que je fais la guerre, qu'en ce moment -- je suis seul dans une cagna, avec un de ces vieux copains comme on en crée la guerre --

Il fait un froid noir ; nous faisons un feu d'enfer, et récitons de 'l'Horloge' de Baudelaire -- On se sent loin de tout, presque des Roches, car le cana ne semble là que pour mémoire. -- J'avoue que je ne connaissais pas, la lecture est tranquille. J'ai l'impression de faire une cure d'ascétisme dans l'oubli total de ce qui n'est pas l'actuel et l'immédiat --

Votre lettre m'a tout à fait enchanté ; vous semblez avoir fait la découverte des humbles, et avoir appris à les aimer -- J'ai fait comme vous

Je les aime pour leur simplicité, la clarté de leurs désirs & de leurs besoins, pour l'absence chez eux de conventions hypocrites qui alourdissent & faussent notre vie bourgeoise. Jamais je n'avais senti ___ ___ ___ ___ ___ ___ ___ ___ ___ ___ ___ ___ ___ notre poids d'instruction & d'éducation -- et c'est peut-être ce qui m'a fait ___ que je me sentais isolé de mon milieu -- Il y a des heures où j'ai la subite révélation d'un abîme entre le cultivateur d'à côté, "mon compagnon" et moi -- mais c'est manquer d'intelligence & de cœur que de faire durer ces heures-là. Il faut à la fin reconnaître que nos frères poilus sont parmi tous les hommes, que la ne nous fasse heurter, les plus naïvement fraternels, ceux dont la cordialité et le dévouement sont les plus simples & les plus constants. Dans les coups durs, je suis étonné de voir leur calme -- j'allais dire leur aisance -- dans la souffrance -- Et puis dans vos remarques chez eux une sorte de tact, de douceur innée qui viennent d'une longue civilisation chrétienne et de la race, et il me désespère pour notre pauvre pays, c'est que le visage des "vieux frères" du nord, des paysans de Bretagne ou de la Loire -- et qu'ils me paraissent le sel de la France.

-- Ne voyez pas là de l'enthousiasme : je suis un vieux soldat, toujours 2e classe, et je connais ceux avec qui je peine --

À ce propos, dites moi pour quelle raison vous n'êtes pas monté en grade -- je ne vous fâcherai pas en vous disant que je n'en suis pas étonné --

Vous rappelez-vous qu'au moment où notre correspondance s'est arrêtée, nous parlions religion & métaphysique -- Rien de plus doux -- C'est dur de penser à l'état où nous sommes -- Mais il ne faut pas laisser émietter son temps, et paralyser son esprit -- Écrivez moi --

Très affectueusement à vous

C Monod


Sources

Autres années

1915 Lettres de Claude
1916 Lettres de Claude