Lettres de Claude en 1917

Lettres de Claude en 1917

1917 Lettres de Claude

18 Mars 1917

Ma chère Tante,

Je ne vous ai pas écrit depuis quelque temps, mais nous avons été sur l'eau depuis plus de 8 jours.

Alertes etc.

Enfin je crois que nous atteignons maintenant le point intéressant. Nous devions nous reposer après l'étape de ce matin, mais voici l'ordre de se préparer à une nouvelle étape dès ce soir.

Je suis bien étonné de ne pas avoir eu encore un seul mot d'Annie.

Vos télégrammes dont je vous remercie ont mis 5 jours à me rejoindre, ainsi le 2ème ne m'a guère étonné.

J'espère revoir bientôt père et mère. Nous étions partie un peu sceptiques mais ces alertes successives et les nouvelles d'aujourd'hui ...[Lettre interrompue]


25 Mars 1917

Ma chère Tine

J'ai reçu votre lettre. Je suis très content que Philippe aille passer quelques jours de vacances à Nice. C'est une excellente chose qu'il se retrouve en famille et je regrette bien de ne pouvoir y être avec lui, mais ma permission réglementaire n'est peut-être pas très loin ; cela dépend de tant de choses qu'on ne peut rien dire de bien défini.

Avez-vous reçu la carte postale où je vous disais que j'ai traversé le pauvre Genlis où il ne reste pas une maison debout.

Ma pauvre petite Tine, j'ai bien pensé à vous ; je n'ai pas pu passer devant votre maison ; je suis arrivé par en bas : la route qui arrive à côté du château sur la grande place et j'en suis sorti par en face de la mairie, déjà éteinte, de chez les De La Cour. C'était éteint aussi mais le château et l'abbaye brûlaient encore.

Comme vous avez pu le voir dans les journaux Chauny est complètement brûlé. Je suis passé très près, mais tout cela en patrouille et nous ne pouvions aller où nous voulions. Les habitants d'un petit pays épargné m'ont assuré que Rouy avait été brûlé 8 jours avant notre arrivée. On m'a même raconté qu'on avait forcé l'oncle Émile à assister à l'incendie de son mobilier.

Pour tous les malheureux habitants des pays brûlés ils ont été évacués sur les grandes villes de l'arrière allemand : St Quentin etc. Je n'ai pas pu avoir d'autres renseignements.

Je vous embrasse bien tendrement ainsi que Philippe ; j'ai fort peu de temps pour écrire aussi je ne l'ai pas encore félicité de ses places d'anglais et de dessin.

Claude

Je suis bien peiné de ce que vous me dites de Tante : vous devriez bien gentiment lui envoyer l'adresse de Charline.


2 Avril 1917

Ma chère tante

Avez-vous reçu la lettre que je vous envoyais il y a quelques jours des pays libérés ?

Je crois qu'il a dû y avoir un tel désordre dans les postes qu'il ne serait nullement étonnant que des lettres aient été perdues.

Aussi je vous répète à peu près tout ce que je vous disais : d'abord qu'il ne reste rien de toute la région que nous connaissons si bien, les bois cependant ne sont pas trop abîmés mais tout ce qui est bâtiment et arbres fruitiers tout est à terre.

J'ai traversé la malheureuse Genlis où il ne reste rien de debout, l'abbaye brûlait encore, l'église que j'ai vue de loin m'a semblé être presque intacte (je ne suis passé que dans la partie basse du village).

Le seul village de cette région que j'aie vu intacte est justement celui où nous sommes (mon peloton) entrés les premiers, une heure après le départ des Allemands. Il est un des rares villages où il restait des habitants. Nous y avons été reçus d'une façon extraordinaire, presque tous ces gens connaissaient les Ternynck. Ils m'ont dit que l'oncle Émile avait été forcé d'assister à Noyon à l'incendie de tout son mobilier, que le château avait été brûlé 8 jours avant notre arrivée. Le sort des habitants est généralement le suivant : évacuation de tous les enfants des villages désignés pour être brûlés, soit dans des villages privilégiés, soit dans les grandes villes de l'arrière.

Mais un mois avant notre arrivée même, dès la fin de 1er Janvier, on avait déjà procédé à des rafles partielles.

Tous les jeunes gens et hommes ont été enlevés ainsi qu'un grand nombre de jeunes filles.

On m'a affirmé depuis que l'oncle Emile était en Allemagne comme otages.

Madi et Réné sont probablement eux aussi en Allemagne ou tout simplement derrière le front allemand. Tous les autres, Vaquel, tante Guy etc, doivent, à mon avis se trouver à St Quentin ou Cambrai.

Tout ceci est fort triste.

Si vous avez vu, tous ces villages qui brulent et tous les soirs des lueurs d'incendies, à chaque versement de route, des entonnoirs de 10 m de profondeur. La plus grande partie des églises, on avait fait sautés le choeur avec le clochet à la mine, presque toutes les cuves, sautées à la mine.

Tous les arbres qui n'étaient pas par terre ___ de telle sorte qu'un ___ de coup de bûche les avait fait tomber pour barrer la route.

Mon peloton a d'ailleurs marché assez fort sur 25 hommes, et des gradés, l'officier le sous-officier et 3 hommes cités et deux tués qui étaient de très bons camarades.

Les premiers nous avons reconnu un trop fameux canal et nous avons eu de la chance d'en sortir, avec cela, barrage d'artillerie, mitrailleuses, nous avons eu de la chance de nous en sortir ___ , il faut dire que nous emmenions un officier épatant (sa quatrième citation)

Enfin nous avons marché pendant 4 jours et ce sont d'innombrables et excellents souvenirs, à part la faim, et puis le spectacle lamentable du pays et des dégâts de bombardements.

Il se pourrait que j'aie la première permission d'ici quelques semaines, mais c'est une aléatoire ? ? ?

Que pensez vous que je pourrai faire pour vous voir ainsi que tata et Philippe.

Je vous embrasse affectueusement ainsi que mon oncle Léon et tous les gens d'ici.

Votre neveu


13 Avril 1917

Ma chère Tante

Ci-joint ma citation que je ne tiens pas à garder sur moi car nous sommes peut-être de nouveau pour de marcher.

Veuillez la garder uniquement pour vous, car elle pourrait occasionner les plus grands ennuis à père et mère et en tout cas, à moi, surtout à cause du dernier paragraphe

Je vous la redemanderai plus tard.

Vous êtes la seule personne à laquelle je la communique.

Je ne crois pas partir en permission avant longtemps.

Peut-être même reverrons-nous père et mère avant quoi que je sois un des prochains à partir.

Je vous embrasse tendrement.

Votre neveu

Claude

Que devienne les Vaquette ?


21 Mai 1917

Ma chère Tante

J'ai reçu votre lettre du 13 Mai qui a fait le détour du cantonnement et comme nous étions en avant-ligne nous ne recevions pas de lettre. En descendant en soutien j'ai retrouvé toutes les lettres.

Nous venons de passer 48 h assez mouvementé dans une maison abandonnée à 800 m en avant de nos premières lignes.

Tout s'est cependant très bien passé.

Nous sommes en face des tristes ruines de C. qui ne sont même plus des ruines.

Ce que vous me dites de tante Aline est bien triste.

L'oncle Théophane est-il lui aussi ____ ?

Pour mon manteau j'en ai acheté un autre à Pau.

Il a d'ailleurs été transformé hier en tas de boue.

Nous resterons probablement dans ce secteur qu'une quinzaine de jours.

Je vous remercie d'avoir envoyé deux lignes au M___. J'espère qu'elles parviendront à mère.

Le bombardement continue-t-il dans le secteur de Reims ? Nous sommes fort isolés et sans gouvernance.

Je vous remercie de vous intéresser à mes Pâques que j'ai fait le Dimanche des Rameaux.

Je vous embrasse affectueusement ainsi que les cousins.

Votre neveu

Claude

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