Lettres Rédigées par Claude en 1918

Lettres Rédigées par Claude en 1918

1918 Lettres de Claude

Pour situer ces lettres

Ces lettres sont les premières que Claude peut écrire librement à ses parents. Depuis son évasion de Lille en août 1915, il vivait de nouvelles indirectes, transmises de loin en loin : ses parents étaient restés en pays envahi, et la correspondance directe était impossible. En 1918, la situation se retourne deux fois. Sa mère, déportée comme otage à Holzminden en janvier, se retrouve à l'automne à Pau, en France non envahie, avec son jeune frère Philippe. Lille est libérée le 17 octobre, et son père, resté sur place, redevient joignable. Le fils peut enfin écrire à sa mère presque chaque jour, et à son père après quatre ans de silence. La série s'ouvre sur une lettre à sa tante dont la date portée, janvier, est discutée plus bas, puis reprend fin août avec son retour du dépôt divisionnaire vers sa compagnie de mitrailleuses.

Le contexte

Les grandes offensives allemandes du printemps 1918 ont été arrêtées, et depuis juillet les Alliés poussent partout. Revenu de permission fin août, Claude patiente plusieurs semaines au Centre d'Instruction Divisionnaire (C.I.D.), nouveau nom du dépôt divisionnaire où s'accumulent les aspirants en instance d'affectation, avant de rejoindre le 20 septembre sa compagnie de mitrailleuses au 26e Bataillon de Chasseurs à pied, unité de la 166e Division d'Infanterie, alors détachée au 10e Corps d'armée de la Ire Armée du général Debeney. Devant lui, la ligne Hindenburg, système fortifié en profondeur, et le canal de Saint-Quentin dont les Allemands ont fait sauter les écluses pour le transformer en marécage. Ses lettres d'octobre racontent cela au ras du sol : les passerelles de deux planches jetées sur deux cents mètres de marais dans une nuit noire, le gaz moutarde, les hommes épuisés qui attendent une relève annoncée chaque jour.

Début novembre, sa division livre la deuxième bataille de Guise, franchit l'Oise et pousse vers le nord. Le 7 au soir, les plénipotentiaires allemands traversent les lignes à Haudroy, devant La Capelle : c'est dans le secteur de sa propre division, la 166e, qu'ils sont reçus. Le 8, Claude écrit de La Capelle qu'il a été témoin en partie de ce qui va amener la paix. Le 11 novembre, il est à Anor : sa compagnie devait monter en ligne le matin même.

Il a vingt et un ans. Il réclame du fromage, du chocolat, des bougies et des chaussettes, passe des heures à rédiger des citations pour ses hommes, conseille sa mère sur l'éducation de son frère. Et dès décembre, cantonné en Belgique, il visite des filatures de lin dont les Allemands ont emporté tout le matériel, et commence à travailler un ouvrage sur la filature. La reconstruction du Nord commence là, avant même la démobilisation.

Dates repères, 1918


À sa tante — certainement Hélène Delemer

Ma chère tante

J'apprends d'une manière absolument indirecte mais pourtant très sûre que mère est partie comme otage à Holzminden. Je n'ai aucun détail mais j'ai écrit aujourd'hui à Madame Paul Le Blan qui arrive de Lille et qui doit être renseignée.

Je sais que Madame Gaston Le Blan est partie avec mère.

Je suis étonné que personne dans la famille ne le sache encore et d'avoir appris cela d'une façon aussi indirecte ? Je me demande même si l'on n'a pas voulu me le cacher.

Si vous avez des renseignements vous me ferez plaisir en me l'envoyant

Je vous embrasse affectueusement, ma chère tante

Votre neveu
Claude

Ci-joint le bulletin d'Annie


À sa tante.

Ma chère tante

J'ai reçu votre lettre ainsi que la lettre de mère que je vous renvoie.

Je me demande de quelle photo, mère veut parler.

Je regrette que mère base une opinion sur une chose aussi légère, il est vrai qu'ils ont si peu de détails sur nous à Lille que le moindre a une importance considérable.

Pour la première fois depuis bien longtemps je puis vous donner du nouveau à mon sujet.

Je suis désigné pour suivre le cours d'élève aspirant d'Infanterie qui commence à Saint Cyr le 10 Février.

C'est un changement d'existence total. Je ne regrette qu'une chose, c'est le souci que peut faire naître chez père et mère cet évènement.

Je me prépare à bûcher.

Enfin je vous écrirai dans le courant de la semaine prochaine pour vous donner quelques détails sur ma nouvelle existence.

Je vous embrasse affectueusement, ma chère tante,

Votre neveu
Claude.

P.S. Toujours rien de neuf au sujet d'Holzminden.

Le bruit court que les otages n'auraient même pas quitté Lille.

Enfin je vais tâcher d'avoir à Paris quelques renseignements.

Je crois qu'il faut continuer l'envoi de colis à tout hasard.


À sa mère, depuis Sotteville. Nuit d'arrivée à la gare régulatrice, au retour de permission.

Ma mère chérie

Je suis à Sotteville depuis 3 h. du matin et il est actuellement 9 h.

Je ne sais pas encore où je vais être dirigé par cette gare régulatrice.

J'ai vécu cette nuit la vie normale du permissionnaire rentrant :

Arrivée au milieu de la nuit ; dans les baraquements, des gens couchés dans tous les sens par terre et même sous des hangars à tout vent.

Enfin j'ai heureusement trouvé une table assez confortable pour terminer ma nuit.

Je suis sorti dans Sotteville d'où je vous écris.

Je dois rentrer à la gare à dix heures pour connaître l'heure de mon départ, et ma destination. J'aurai en même temps mon secteur Postal, que je vous enverrai de suite.

En débarquant du train hier soir, j'ai retrouvé ma clef après ma cantine.

Je pense que vous trouverez ma lettre à votre retour de chez la famille Agache, et que vous serez satisfaite de votre voyage.

Vous pourrez dans votre prochaine lettre me donner les détails intéressants que vous avez eu.

Je vous embrasse tendrement, ma mère chérie,

Votre fils qui vous aime
Claude


À sa mère. En route vers le dépôt divisionnaire ; première adresse militaire au C.I.D.

Ma mère chérie,

2ième jour de voyage, j'espère arriver à destination demain dans la journée.

Je ne pense pas d'ailleurs que je resterai longtemps au dépôt divisionnaire.

Je suis arrivé ce matin à 3 heures dans un petit village dont je repars cette après midi à 3 h.

Le voyage a été horriblement long : 10 h pour faire environ 100 km.

Ce soir je pars à destination de M., une ville, paraît-il, que les Allemands ont détruit de fond en comble en se retirant il y a quelques semaines.

C'était alors le début de ma permission, et je puis vraiment dire que j'ai eu de la chance d'avoir une aussi longue permission à l'occasion de votre retour.

Les dernières semaines de Juillet, je me faisais vraiment de la bile, à l'idée de remonter au front avant de vous avoir revu, et nous avons vraiment eu une chance extraordinaire.

Je déjeune à midi dans une maison de ce charmant village où nous passons la moitié de la journée.

J'ai retrouvé un de mes camarades et nous faisons pour aujourd'hui popotte ensemble.

Vous pourrez m'écrire : Aspirant au 26ème B.C.P.
C.I.D.
S.P. 210

Je suis fort impatient d'avoir de vos nouvelles.

Je vous donnerai demain mon impression sur la ville de M. ce doit être curieux de revoir cette ville traversée déjà plusieurs fois par moi.

Faites toutes mes amitiés à l'oncle Jules.

Je vous embrasse tendrement

Votre fils qui vous aime
Claude


À sa mère. Arrivée au dépôt divisionnaire, dans l'attente d'une affectation.

Ma mère chérie,

J'ai atteint le dépôt divisionnaire sans aucune difficulté, et j'ai même eu beaucoup de chance d'arriver en aussi bon état, quelques uns de mes camarades ayant mis 7 jours pour l'atteindre, et étant arrivé dépourvus de leur cantine, je n'ai mis au contraire qu'une quarantaine d'heures pour arriver ici.

Contrairement à ce que je vous écrivais dans ma dernière lettre, je crois maintenant rester assez longtemps ici.

En effet, quoique la division ait progressé dans les dernières attaques d'une vingtaine de km, il y a eu excessivement peu de pertes et on n'a encore eu à envoyer aucun renfort.

Il y a d'ailleurs ici un nombre considérable d'aspirants (6 à ma compagnie), or arrivant le dernier, je suis le dernier à partir ; certains de ces aspirants sont là depuis plus de trois mois.

Il est vrai que nous pouvons avoir à partir tout d'un coup.

Cependant le 26 a des renforts en cadre particulièrement considérables mais étant toujours en ligne il peut fortement écoper d'un moment à l'autre.

J'attends avec impatience de vos nouvelles ici.

L'adresse que je vous ai envoyé hier est la bonne,

Asp. de Lavalette
du 26ème B.C.P.
C.I.D.
S.P. 210.

Je vous donnerai tous les détails demain sur la vie que nous menons ici, et qui semble fort calme.

Depuis que je suis parti j'ai déjà écrit 14 cartes et lettres. On ne se plaindra pas que je n'écris pas.

Et la pouponnière d'Annie, a-t-elle dépassé ses 375 enfants. Elle doit être très occupée avec tous ces gosses.

Nous avons eu une chance énorme en arrivant ici. On nous avait dit d'aller jusqu'à M. une ville assez loin d'ici mais heureusement on nous a arrêté à la gare de G., d'où on nous a rendus à un petit patelin, G… qui est charmant, très disséminé dans la campagne.

Toutes mes amitiés à mon oncle Jules,

Je vous embrasse tendrement

Votre fils qui vous aime
Claude


À sa mère. Emploi du temps et vie quotidienne au dépôt divisionnaire.

Ma mère chérie,

J'espère recevoir aujourd'hui de vos nouvelles.

J'ai pris part aujourd'hui à tous les divers exercices.

Voici l'emploi du temps :
Lever : 5 h ½
Exercice de 6 ¼ à 10 h environ : manœuvres diverses, gymnastique etc.
déjeuner à 11 h ½
L'après midi, rassemblement à 2 h ½ pour des exercices divers ou conférences, marques, revues etc.
Appel = 4 h ½
Souper = 5 h ½

Nous mangeons ici on ne mange pas mal.

Je ne pourrai encore vous donner mon opinion sur mes divers camarades, étant depuis trop peu de temps avec eux ; cependant, il semblent fort gentils.

Les hommes ne sont pas non plus de mauvais types, mais ils ont plus ou moins soupé du métier, et on a beaucoup de peine à les secouer et à en obtenir quelque chose.

On vient de me prêter mon tampon.

Il semble d'ailleurs parfait.

Vous pourrez m'envoyer des livres, quand vous en lirez d'intéressant; en attendant j'écris à Tine de m'envoyer mon bouquin de philo.

Nous avons en somme pas mal de temps libre.

Seulement on est plus ou moins obligé surtout au début de le passer en compagnie des autres sous-officiers.

Les nouvelles continuent à être bonnes.

L'opinion ici, est que nous passerons l'hiver sur la ligne Hindenburg.

Avez-vous parlé de Louis Ternynck ?

Avez-vous revu Madame G. Le Blan ?

J'ai écrit une longue lettre à Patrick pour lui dire que ce qu'il voulait faire est ridicule.

Je vous embrasse tendrement, amitiés à l'oncle Jules et à tante Pauline.

Indiquez-lui le marchand de glaces.

Bien tendrement à vts.
Claude


À sa mère. Au dépôt divisionnaire ; demande d'objets laissés à Paris chez l'oncle Jules.

Ma mère chérie

J'ai toujours rien de vous, et je suis très impatient d'avoir de vos nouvelles.

Je pense que votre séjour à Paris commence à tirer sur sa fin.

Pourriez-vous m'envoyer mes léghins qui se trouvent dans l'armoire où j'ai mes affaires chez l'oncle Jules.

Avez-vous trouvé sur la carte, ce que je vous demandais.

Si la paire de léghins pèse plus d'un kilo, envoyez-les, chacune séparément.

Pourriez-vous m'envoyer aussi mon livre sur l'électricité qui se trouve également dans cette armoire.

Je pense que vous avez bien reçu mon adresse que je vous ai déjà envoyée plusieurs fois. En tout cas, la voici :

Aspirant de Lavalette
du 26ème B.C.P.
C.I.D.
S.P. 210

C.I.D. signifie Centre d'Instruction Divisionnaire; c'est le nouveau nom qu'on donne au dépôt divisionnaire.

C'est incroyable ce que le 26ème B.C.P. a de cadres tant en officiers, adjudants, aspirants etc. aussi on y pourrit véritablement comme aspirant. Certains y sont depuis près de deux ans.

Pourriez-vous aussi m'envoyer 100 francs par mandat-carte ou mandat postal.

Je vous embrasse tendrement.

Toutes mes amitiés à l'oncle Jules et à tante Pauline.

Votre fils qui vous aime
Claude


À sa mère. Au dépôt divisionnaire ; prend contact avec le commandement d'hommes.

Ma mère chérie,

J'ai toujours rien de vous, enfin je pense que cela ne peut plus guère tarder.

Il est vrai qu'on retarde peut-être notre correspondance étant donné les opérations actuelles.

Les nouvelles sont vraiment excellentes et j'espère que bientôt Roye et Chaulnes seront re-conquis, et que vous pourrez vous mettre à la recherche des bijoux de tante Louise.

Nous continuons à mener l'existence plutôt monotone dont je vous ai donné l'emploi du temps dans une de mes dernières lettres.

Cependant je suis assez heureux de prendre contact et d'avoir à commander des hommes avant d'arriver au front; c'est si différent des camarades qu'on commandait à Saint Cyr et qui d'ailleurs exécutaient d'eux-mêmes tous les mouvements.

Ici au contraire il faut remuer un monde pour faire faire un mouvement, si petit soit-il.

Puis il y a quantité de détails.

Commander des reprises de gymnastique, d'escrime, des feux etc. toute chose qu'on ne refait pas à Saint Cyr.

Se rendre compte aussi de ce qu'on peut demander à un homme, apprendre à faire des observations etc.

Enfin je pense qu'un mois ou 2 ici me feront le plus grand bien à ces quelques points de vue. Cette période me donnera l'aplomb nécessaire vis-à-vis des hommes.

Je pourrai aussi beaucoup mieux prendre en main, la section qui sera à moi, en arrivant là-bas.

Je vous embrasse tendrement, ma mère chérie, amitiés à l'oncle et à tante Pauline.

Votre fils qui vous aime
Claude


À sa mère. Étapes vers un nouveau cantonnement ; prend en main une section du C.I.D.

Ma mère chérie

Nous sommes partis assez brusquement avant-hier pour 2 étapes.

Aussi n'ai-je pas eu le temps de vous écrire hier.

Les étapes se sont fort bien passées et nous sommes arrivés ce matin à 10h en excellente santé ici.

Cette marche a été cependant assez pénible aux hommes qui arrivent la plupart de convalescence et sont fort peu entraînés aux marches avec le sac.

Aussi en est-il resté pas mal en route à la première étape.

J'ai une section en consigne, et je prends contact peu à peu avec tous ces types qui sont réellement délicats à manier, surtout qu'ils ne sont absolument pas encadrés : 2 caporaux et un sergent qui ne s'en occupe presque pas, tous une quarantaine de types, qu'on connaît à peine par leur nom, et dont pour ma part j'ignore tous les noms.

En plus ce C.I.D. est lamentable, il ne reçoit rien directement au point de vue linge vêtements chaussures équipements etc.

On lui envoie juste ce qu'il reste des compagnies du Bataillon après les distributions d'effets.

Or, il ne reste jamais rien.

Quand par hasard tout à fait extraordinaire, il reste quelque chose, ce sont des vêtements pour des gens de 2 m ou de 1 m 40 enfin inutilisables.

J'ai des types qui sont là depuis plus d'un mois; ils sont arrivés n'ayant comme linge que la chemise et le caleçon qu'ils avaient sur eux.

Ils n'ont toujours que cette malheureuse chemise et que ce maleureusement caleçon .

Aussi quand ils lavent leur linge ils doivent s'en passer tant qu'il n'est pas sec.

Ils le lavent évidemment le moins souvent possible, et je les comprends. Cependant, je suis étonné de la propreté de tous ces types et de la façon dont ils tiennent leurs affaires et leurs chambres. Nous sommes dans un patelin, qui était à un km des Allemands il y a un mois, aussi il n'y a pas d'habitants et il est très pillé. On fouille pour trouver tout ce dont on a besoin et on fait parfois des découvertes curieuses.

Enfin on dit que les habitants vont le réintégrer.

J'ai reçu votre première lettre hier soir, cela m'a fait bien plaisir. Vous ne me dites pas ce que Donat Agache vous a dit de cette nouvelle association.

Partez vous pour Vichy ?

Je vous écris encore à Paris à tout hasard ?

Je vous embrasse tendrement

Amitiés à l'oncle et à tante Pauline

Votre fils qui vous aime
Claude


À sa mère, chez l'oncle Jules à Paris. Objets à envoyer ; villages pillés de la région.

Ma mère chère,

Je n'ai encore rien reçu de vous, les courriers étant en retard par suite de l'étape.

Je voudrais que vous m'envoyez ; une cuvette en caoutchouc pliante tenant très peu de place qui se met dans un petit sachet, je crois que vous trouverez cela dans les articles militaires d'un grand magasin quelconque.

Il me faudrait aussi une petite trousse avec fils et aiguilles pour recoudre des boutons etc. Aussi petite que possible.

Qu'a dit le docteur de votre état de santé, vous envoie-t-il à Vichy ? En attendant confirmation de votre cure je vous écris chez l'oncle Jules.

Vous me dites avoir écrit 430 lettres à papa depuis notre retour, espérons qu'il lui en arrivera au moins le 1/4.

Enfin vous ne battez pas le record de tante Veuve de W. qui en était je crois à 355.

Vous n'avez toujours rien de papa depuis mon départ.

Tous les villages de cette région-ci sont dans un état lamentable, pillés complètement ; un de mes camarades qui est allé hier à L....... petit village à quelques km au Sud de celui-ci, me disait que tous sont dans le même état.

Enfin, aujourd'hui, on recommence à opérer de grands nettoyages. Nous nous installons oui mais si nous devions rester longtemps ici ; il est vrai que ce n'est pas une raison.

Je vous embrasse tendrement ma mère chérie,

Votre fils qui vous aime
Claude


À sa mère. Question financière ; identité militaire reçue.

Ma chère petite mère,

J'ai reçu hier soir deux lettres de vous qui m'ont fait bien plaisir.

Je suis étonné que vous soyez restée plusieurs jours sans nouvelles de moi, car à part le jour où nous avons fait une étape, je vous ai écrit tous les jours. Ceci tient à l'irrégularité des courriers.

Je crains même de vous donner de mauvaises habitudes en vous écrivant si régulièrement, car quelquefois les lettres sont retardées de 8 ou 10 jours, et vous vous ferez de la bile de rester aussi longtemps sans nouvelles.

Je suis heureux que la question financière s'arrange bien.

Comment avez vous trouvé l'oncle Léon ?

Croyez-vous que les médicaments qu'on vous donnera, feront le même effet qu'une cure à Vichy.

J'ai reçu ma plaque d'identité qui est vraiment très bien. Remerciez pour moi l'oncle Jules.

Pourriez vous m'envoyer une brosse à dents. On n'en trouve pas ici. Joignez la au prochain colis que vous m'enverrez ; par ex. avec la grammaire anglaise que je vous ai demandé hier.

J'ai reçu une très gentille lettre de Tat. Limonne reste-t-elle encore longtemps à Versailles.

Surtout ne m'envoyez jamais de colis de plus d'un kilo, il leur faut un temps infini pour arriver.

Vous n'avez toujours pas de nouvelles de frère ?

Le canon s'est de nouveau fort rapproché de Lille.

Je vous embrasse tendrement ma mère chérie,

Amitiés à l'oncle et à tante Pauline

Votre fils qui vous aime
Claude


À sa mère. Cours d'anglais rudimentaire pour les gradés.

Ma chère petite mère,

Je vais peut-être, être chargé de faire des cours d'anglais assez rudimentaire pour les grades,

Vous me feriez plaisir en m'envoyant ici le plus vite possible une grammaire anglaise simple mais avec des exercices à la fin de chaque paragraphe. Et que cela soit très simple.

Je vous embrasse tendrement

Votre fils qui vous aime
Claude


À sa mère. Visite d'un champ de bataille de mars 1918.

Ma chère petite mère,

J'ai reçu votre seconde lettre hier,

Je suis heureux de savoir que pour les affaires tout s'arrange très bien. Et pour l'oncle Jean qu'est-ce que dit Germaine !

Son mari est il toujours à Cazeaux ?

Pourriez vous m'envoyer un sac de couchage, pas trop encombrant, mais un peu chaud tout de même.

Avez vous trouvé une cuvette en caoutchouc.

Nous sommes en train de travailler à la reconstitution de ce village : les habitants commencent à arriver.

J'ai fait hier une promenade très curieuse, Je suis allé jusqu'au fameux château de Gr. où on s'est tant battu quand on a arrêté les Allemands en fin Mars. Justement mon Bataillon s'est alors battu tout à fait dans ces parages.

Le parc du château, le moulin et le cimetière de Gr. sont réellement une curiosité du front de un bouleversement.

J'en ai pris des photos.

Il y a aussi des tanks complètement démolis, restés là depuis fin Mars.

Et ce qui rend très réelle, c'est que rien n'a encore été remis en état.

C'est même incroyable de penser qu'il y a plus de trois semaines que les Allemands ont quitté cette région.

Les dépôts de munitions, boîtes de fusées, obus, cartouches, grenades, vêtements, tout est là, à la même place.

Même, détail plus cru et qu'il faut avoir vu, pour le croire, il y a des hommes morts en fin Mars qui ne sont pas encore enterrés. Et les Allemands sont partis d'ici depuis 3 semaines. Personnellement j'en ai vu que peu de chose, mais les hommes de ma compagnie ont reconnu des hommes du Bataillon tués en Mars.

C'est incroyable comme incurie, et au lieu de faire faire des choses utiles par les hommes, de matin on nous envoie toute la matinée, manœuvrer.

Le château de Gr...... est réellement très joli et il est suffisamment en bon état pour qu'on puisse le retaper ; en effet il n'a pas sauté et on n'y a pas mis le feu, aussi n'a-t-il que des trous d'obus en grand nombre évidemment, et la toiture qui est abîmée.

J'ai grimpé dans une des tours et évidemment quand il s'effondre, il doit y avoir mieux.

Je vous embrasse tendrement, ma mère chérie,

Amitiés à l'oncle et à la tante.

Votre fils qui vous aime
Claude


À sa mère. Nouvelles de l'offensive vers la ligne Hindenburg.

Ma chère petite mère,

Les nouvelles sont bonnes, et je pense qu'on doit être très optimiste à Paris en ce moment.

Surtout qu'on semble dès maintenant s'acharner sur cette fameuse ligne Hindenbourg, les succès que nous aurons obtenus un résultat autre que la situation telle qu'elle était au début de Mars.

D'après les gens que je vois, ces progressions se font en général avec des pertes très minimes, si bien qu'il n'y a pas de raison pour qu'on ne continue pas.

Où faut-il vous écrire après le 10 Septembre ?

Avez vous trouvé les quelques objets que je vous demandais de m'envoyer.

Nous avons visité, encore ce matin, des coins dans lesquels la Bataille s'est battue en Août, cette année, c'était très intéressant.

Si vous aviez une vieille chemise et un vieux caleçon vous pourriez me l'envoyer, pour un type de ma section.

Que pensez-vous de Donat Agache ?

J'ai appris que René Descampes a été de nouveau blessé et cité (à l'armée paraît-il)

Je vous embrasse tendrement ma mère chérie, toutes mes amitiés à l'oncle Jules et à tante. Avez-vous revu Louis Lermoyez ? Et mon oncle Paul, a-t-il abouti. Avez-vous été voir Gallet ?

Votre fils qui vous aime
Claude


À sa mère. Dans l'attente de la reprise de Chauny.

Ma chère petite mère,

On s'attend à la reprise de Chauny ; j'espère que cela ne va pas tarder.

On dit aussi que les Allemands ont mis le feu à la ville, je me demande d'ailleurs à quoi ils ont pu mettre le feu.

espérons, que les Allemands ne vont pas essayé de résister encore juste en avant de Chauny, car si on se battait là, le pays serait ruiné pour long-temps, terres et bois, tout ce qui reste en somme.

Je n'ai rien reçu de vous hier soir.

Mais j'compte avoir un mot ce soir.

Je vous embrasse tendrement.

Amitiés à l'oncle Jules et à tante Pauline.

Ne se faisant rien d'intéressant pour le moment.

Votre fils qui vous aime
Claude.


À sa mère. Billet bref.

Ma mère chérie

J'ai été fort occupé aujourd'hui.

Je vous écrirai longuement demain.

Je vous embrasse tendrement

Votre fils qui vous aime
Claude


À sa mère. Emplettes ; nouvelles de la famille et des affaires.

Ma chère petite mère,

J'ai été fort occupé hier, ayant été faire des achats à la petite ville de B. aussi je n'ai guère eu le temps de vous écrire.

J'ai reçu votre longue lettre sur les affaires, cela m'a fort intéressé.

Je suis heureux que vous ayez reçu des nouvelles de papa, et qu'elles soient bonnes. Et quelle date quittez-vous Paris.

N'allez-vous pas essayer d'aller jusqu'à Chauny.

En tout cas, je pense que tante Pauline s'occupera des bijoux de tante Louise.

Une fois les Allemands sur l'ancienne ligne Hindenburg, on peut aller à Chauny sans danger.

Que reste-t-il de ce qui restait à l'Abbaye, et surtout les arbres sont-ils encore debout.

Les camarades de Nicolas ont, m'a-t-il dit, loger chez l'oncle Émile !

Aussi, il espère avoir quelques renseignements mais ce sera long.

Avez-vous revu l'oncle Paul et Louis ?

Je vous embrasse tendrement

Amitiés à l'oncle Jules et à tante.

Votre fils qui vous aime
Claude

Je voudrais du savon blanc à laver le linge, (un morceau) c'est introuvable. et 1/2 l. de gros-chocolat


À sa mère, à Paris. Réception de colis ; situation à Paris et sur le front.

Ma chère petite mère,

Je vous remercie de vos colis ; j'ai reçu : mes légilins, une cuvette et une trousse, et le livre que je vous avais demandé.

Reçu aussi les 100 frs. Je vous en remercie beaucoup.

Je continue aujourd'hui encore à vous écrire à Paris, car avec la reprise de Chauny, je ne serais pas étonné que vous restiez un peu plus longtemps à Paris, pour essayer d'aller jusqu'à Chauny.

Une fois que le front sera rétabli sur l'ancienne ligne, il n'y aura aucun danger ou fort peu à y aller.

J'ai eu de nouveau la semaine passée quelques maux d'yeux, c'est réellement très désagréable.

Enfin c'est heureusement maintenant complètement terminé.

Que pense-t-on de la situation à Paris ; espère-t-on voir Lille débloqué avant l'hiver.

Et les Américains ?

De quel côté, dit-on, qu'ils vont donner.

Et quand ?

Enfin les nouvelles continuent à être très bonnes, mais il faut voir ce que nous ferons en face de la ligne Hindenburg, c'est le grand Hic.

Je vous embrasse tendrement, ma mère chérie,

Votre fils qui vous aime
Claude


À sa mère, à Lyon. Sur son affectation au C.I.D. et son jugement sévère du bataillon.

Ma chère petite mère,

J'ai reçu aujourd'hui de vous, une carte lettre et 2 lettres.

La carte lettre et une lettre m'ont fait grand plaisir et sont datées des 24 et 26 Août. Aussi m'ont-elles mis au courant de choses intéressantes.

La lettre est celle que vous m'avez écrite après votre retour de chez Monsieur D. Agache ; et elle me donne tous les détails que je désirais avoir, tant sur les affaires que sur la façon dont vous allez faire de l'argent.

Je vois d'après ce que vous me dites que si on rembourse, papa aura une situation tout à fait première à Pérenchies.

Qu'allez-vous faire d'Annie ?, si elle se fatigue trop là-bas.

J'écris à l'oncle Jules, il a vraiment été excessivement gentil pour nous.

Donnez-moi quelques détails sur ce que vous faites, et ce que vous comptez faire.

Je vous écris à Lyon, pensant que vous y resterez quelques jours et que vous aurez le temps d'y recevoir ma lettre.

Où logez-vous à Lyon ?

Qu'y faites vous ?

Cette œuvre semble-t-elle bien organisée ?

Avez-vous fait un voyage acceptable jusqu'à Lyon ?

Les lettres sont la grande distraction ici, et on les attend avec grande impatience, surtout qu'en ce moment nous sommes fort peu occupés.

Je vais tâcher de connaître un régiment ou un bataillon de chasseurs, où je serais mieux qu'ici, plus pistonné.

Je suis tombé sur un sale bataillon, à beaucoup de points de vue.

Il semble en effet que les aspirants y sont assez mal notés, ils traînent aspirant pendant longtemps.

1° L'esprit est assez mauvais, et ce n'est pas qu'au C.I.D., c'est au front aussi ; en effet, c'est un bataillon qui a toujours été assez mal vu ; les officiers y affichent en assez grand nombre, paraît-il, un je m'en fichisme absolu, vis à vis des hommes, ce qui fait assez mauvais effet, et donne aux hommes mauvais esprit.

Vous me direz qu'il y a quinze jours que je suis ici, et que je me fais bien rapidement une opinion.

C'est exacte, il n'y a que quinze jours, mais j'ai parlé à pas mal de types ; ensuite il n'y a même qu'à comparer avec le C.I.D. du 19me Bat. qui forme brigade avec nous et est tout à fait avec nous.

D'ailleurs le bataillon n'a pas eu encore une seule citation depuis le début de la campagne.

Ce n'est pas que j'attache une importance quelconque à ces citations, qui sont en général une question de piston.

Et ce propos une petite histoire charmante. Vous ne vous rendez peut-être pas compte, que une partie des articles, qui paraissent dans les journaux, sont payés pour être imprimés, - cela fait une réclame grâce à laquelle un régiment finit par obtenir une citation ou une fourragère quelconque.

Or on m'affirmait que dernièrement dans une popote d'officiers, on leur a ajouté en bas de la note de chacun 100 sous de réclame pour le bataillon. C'est charmant !

Ne croyez pas d'ailleurs que je suis mal ici ; mais, je pourrais être mieux ailleurs, je vais donc écrire à l'oncle Jules en lui parlant de cela ; d'ailleurs, je ne suis absolument pas pressé ; mais autant s'en occuper de suite.

Demain, je vais avec une corvée chargée de reconnaître et de enterrer les malheureux qui traînent depuis 5 mois sur le terrain ; ils ne sont d'ailleurs plus que des squelettes habillés.

Je pense que ce sera assez intéressant, car j'y vais avec des types qui ont participé à ce combat, nous déjeunerons là-bas, et reverrons seulement dans l'après midi.

Je commence à connaître tous les types de ma section, et elle marche réellement bien.

Je vous embrasse tendrement ainsi qu'Annie

Votre fils qui vous aime
Claude

P.S. Ne dites pas que j'ai envie de quitter mon Bataillon. Ne croyez pas non plus que j'y suis ennuyé, au contraire, pas assez, car c'est le f.---.


À sa mère, à Rozière. Arrêt devant la ligne Hindenburg ; projette de changer de bataillon.

Ma mère chérie,

Je ne sais pas où vous êtes actuellement, car vous ne m'avez jamais dit combien de temps vous comptiez rester à Lyon ; je pense d'ailleurs, que vous avez dû seulement vous décider sur place à y rester plus ou moins longtemps.

La famille de Roger doit être bien heureuse de le savoir en Hollande.

Par où et d'où s'est il évadé, était il encore entrain de faire des travaux sur le front français, et quels détails avez vous ?

Je viens de recevoir une longue lettre de Philippe qui m'a fait bien plaisir, il nous attend avec impatience à Rozière. Les lettres semblent mettre fort longtemps de Rozière, ici, aussi je vous écris de suite à Rozière où vous trouverez ma lettre à peu près en arrivant si vous restez trois ou quatre jours à Lyon.

Nous nous sommes arrêtés pour l'instant devant la ligne Hindenburg, il fallait s'y attendre, cet arrêt est nécessaire, pour regrouper les forces, opérer les relèves, réfectionner les routes, amener l'artillerie etc etc. Je pense d'ailleurs que cela n'a étonné personne.

Maintenant, attaquerons nous cette ligne de front, ou essayerons nous par ailleurs, soit pour la contourner soit pour attirer les réserves allemandes d'un autre côté ?

Mais certainement nous n'allons pas nous arrêter là.

Je suis très heureux, que Daniel Lhinard ait pu revendre ses cotons de papa. Vous pourriez peut-être utiliser actuellement cet argent.

J'avais correspondu avec Liénard en revenant de Lille, mais avec le temps, nous avions fini par ne plus nous écrire, et j'ignorais qu'il eut vendu ces cotons.

Avez vous déjeuné avec toute la famille Dubar ? Que raconte-t-il ?

Que pensez vous de mon projet de tâcher de changer de Bataillon ou de régiment.

En somme, je ne suis pas pressé, et j'attends une réponse de vous, avant d'écrire à l'oncle Jules.

J'ai reçu votre grammaire anglaise, je vous en remercie.

Je vous embrasse tendrement ainsi que tous à Rozière,

Votre fils qui vous aime
Claude


À sa mère, à Rozière. Relève du bataillon ; attente d'un renfort d'aspirants.

Ma mère chérie,

Un de mes camarades partant pour Paris en permission se charge de mettre ma lettre à la poste à Paris, si bien que je pense qu'elle vous arrivera plus vite que les autres.

Le Bataillon a été relevé il y a trois jours ; ils étaient en ligne depuis le début de cette dernière offensive, commencée le 6 Aout. Aussi quoique les pertes aient été assez légères, restant dans un secteur d'attaque pendant plus d'un mois, ils finissent par être assez réduits ; aussi on s'attend fort actuellement à ce qu'il parte d'ici un renfort important. En serai-je !

Je n'en sais rien, c'est possible et même assez probable, quoiqu'il y ait 6 aspirants au C.I.D. dont je suis le dernier à partir, étant le dernier arrivé.

On pense ensuite que la Division ira se reposer dans un secteur calme. Tout ceci, ce ne sont évidemment des hypothèses.

Enfin ce qui semble certain, c'est le départ prochain d'un renfort important.

Je vous donnerai des détails dès que j'en aurai. D'ailleurs cela peut traîner encore quelques jours.

Puisque je vais peut-être avoir l'occasion de voir le Bataillon moi-même, j'attends pour voir si je vais essayer un changement.

Je vous embrasse tendrement ma mère chérie, ainsi que tous à Rozière.

Votre fils qui vous aime
Claude


À sa mère. Rattachement de la 166e Division au 10e Corps d'armée ; commande une culotte.

Ma mère chérie,

Je vous croyais partie pour Rozière aussi, je vous ai écrit à Rozière et avant à Lyon, vous avez donc dû être assez longtemps sans nouvelles de moi ; mais vous ne me prévenez pas suffisamment tôt de vos changement de programme, pour que je puisse vous écrire au bon endroit.

Enfin, heureusement, un de mes camarades part pour Paris demain matin, en permission, et il se charge d'emporter ma lettre.

Mon Bataillon qui se trouvait vers notre vieille ville de L..... a été relevé il y a 8 jours. Il était en ligne depuis le début de l'offensive sur M... du 8 Aout, aussi a-t-il pas mal de pertes, et il manque pas mal de chefs de section. Le Bâton est au repos tout près d'ici, un peu plus près du front que nous. On s'attendait au départ d'un très gros renfort, et quoique je sois le 7eme Aspirant à partir, je m'attendais assez à partir. On raconte, c'est un simple bruit, que le renfort partirait Lundi. Mais je ne pense pas que ce soit exact.

Un autre bruit court ce soir ; le Bat. serait de nouveau remonté en ligne.

J'appartiens à la 166 eme Division d'Infanterie qui est actuellement détachée au 10 eme Corps (armée Débeney). Mais la 166 eme appartient normalement au 6 eme Corps d'Armée.

Je vous embrasse tendrement ma mère chérie, accusez moi réception de cette lettre.

Si, il était possible avec les mesures qu'on m'a pris à Old England de me faire une culotte, d'un bleu assez sombre plutôt vrai bleu que bleu marine, mais surtout pas bleu horizon, (bleu chasseur en somme) cela me rendrait grand service, car porter la culotte noire ne se fait pas du tout aussi je n'ai qu'une infecte culotte règlementaire, fort mal retaillée.

Si vous pouvez me la faire faire, faites moi mettre, des poches térales (normales) et non pas les poches devant, qui sont plus chères mais moins commodes surtout quand on a sur soi un équipement.

Je voudrais aussi pour le bas de la culotte (les mollets) des boutons et non des lacets, (dont les petites œillères ne tiennent pas)

Une couleur peu salissante si possible.

Je demanderai au camarade qui vous apporte cette lettre, de vous reprendre la culotte pour me la rapporter, car en colis elle ne m'arriverait pas, on mettrait un temps considérable.

Le type a 13 jours de permission, il repassera donc prendre cette culotte 13 ou 14 jours après le reçu de ma lettre ; il est fort gentil.

Que mon oncle veuille bien lui faire offrir alors quelque-chose par exc. un Porto.

Vous me ferez grand plaisir si je puis avoir cette culotte.

Pourriez-vous m'envoyer aussi mon livre de Philosophie que vous avez dû reprendre chez Simone.

Je vous embrasse tendrement ma mère chérie

Toute mon affection à l'oncle et à tante

Votre fils qui vs aime Claude


À sa mère. Réception de colis ; permission espérée pour décembre.

Ma chère petite mère,

Il est certain qu'il va partir un renfort au bataillon d'un moment à l'autre.

J'ignore absolument si j'en serai ; je vous préviendrai dès que je le saurai.

Avez vous vu Madame Gillet, et qu'avez-vous décidé avec elle.

Je compte avoir une permission vers Décembre, ce sera donc parfait nous pourrons passer quelques jours très agréables à Paris, sur-tout qu'à cette époque il y aura beaucoup de gens, que nous connaissons, que nous pourrons revoir.

J'ai reçu aujourd'hui, le linge le chocolat et le savon.

Je vous en remercie beaucoup.

Je vous embrasse tendrement.

Je suis de garde demain aussi j'aurai tout le temps de vous écrire.

Toutes mes amitiés à l'oncle Jules et à tante Pauline

Votre fils qui vous aime
Claude


À sa mère. Départ en renfort vers le Bataillon ; nouvelle adresse militaire.

Lundi 16 Sept. 1918

Ma chère petite mère,

Je pars demain en renfort au Bataillon, qui d'ailleurs ne se trouve guère loin d'ici, et au repos.

Je vous écrirai dès que j'y serai arrivé.

D'ailleurs, nous ne partons que demain soir ; je vous écrirai donc d'ici là.

Le Bataillon va d'ailleurs probablement avoir un long repos, pendant lequel, je pourrai faire connaissance avec les hommes, car je vais certainement avoir une section en campagne.

Surtout, continuez à m'écrire souvent. Allez-vous pouvoir me faire faire cette omelette ?

Écrivez-moi :
Aspirant de Lavalette
26ème B.C.P.
S.P. 210

Je vous donnerai ma compagnie dès que je l'aurai.

Il est possible, étant donné ma note très apte, que je sois versé dans une Compagnie de Mitrailleuses, ce qui me plairait assez.

Enfin je vous écrirai tout cela dès que je le saurai.

Je vous embrasse tendrement, ma mère chérie ;

Nous sommes assez occupés avec ce départ.

Nous allons correspondre plus rapidement, car les lettres que vous m'envoyez passaient toujours par le Bataillon, ce qui leur faisait toujours perdre un jour ou deux.

Toutes mes amitiés à l'oncle Jules et à tante Pauline.

Tenez-moi toujours au courant de vos déplacements.

Bien tendrement à vous

Claude

P. S. Je reçois à l'instant une lettre et la carte-lettre que vous m'avez écrite du Grand Hôtel.

Je vous adresse donc cette lettre à Pau.

Je vous écrirai longuement demain.


À sa mère. Départ imminent, billet bref.

Le 17 Sept 1918

Ma mère chérie,

Nous partons ce soir, je vous écrirai dès mon arrivée là-bas.

Je vous embrasse tendrement

Votre fils qui vous aime

Claude


À sa mère. Faux départ faute de train ; lectures du moment.

18 Sept 1918

Ma chère petite mère ;

Je suis toujours au C.I.D. car nous y sommes revenus hier soir à minuit. Je pense d'ailleurs que nous allons repartir ce soir.

Donc nous devions partir hier soir à 5 h. ; nous nous sommes en effet mis en route, et 1 h 1/2 après nous arrivions à une petite station où nous devions embarquer.

Nous formions un détachement très nombreux. Aussi il devait y avoir un train à notre disposition.

À l'arrivée à la gare, l'officier chargé de reconnaître le train, annonce qu'il n'y a pas de train.

Coups de téléphone etc. à 11 h. du soir on annonce que décidément il n'y a pas de train.

Si bien que nous avons attendu de 5 h. à 11 h. pour faire demi-tour et revenir au cantonnement.

Il n'est pas encore question de départ pour ce soir.

Je pense que nous ne partirons donc que demain.

Je reçois, à l'instant votre lettre écrite Dimanche du Quai d'Orsay.

Je ne suis nullement étonné que vous soyez restés longtemps sans nouvelles de moi, car je vous ai écrit à Lyon et à Rogière.

Je pense cependant que vous avez dû recevoir Dimanche soir une lettre de moi, donnée à un camarade, pour qu'elle parte plus vite.

Continuez-vous à écrire à père par beaucoup de moyens.

Je compte que vous m'écrirez dès maintenant au Bataillon.

Je fais un peu d'Anglais.

Je lis actuellement un roman en Anglais, et je m'en tire pas mal ; c'est un excellent exercice pour moi, et en même temps lisant beaucoup plus lentement, cela me repose les yeux, puis cela fait durer le plaisir. Car je lis les livres français avec une terrible rapidité.

J'ai lu récemment un livre vraiment très intéressant de Tolstoï : Le père Serge ; il y expose ses idées directement à la première personne, et non comme dans les autres romans sous le couvert des thème du roman. Je suis sûr que ce livre, vous intéresserait.

La première histoire et la pièce de théâtre est de beaucoup la moins intéressante, car c'est encore un peu une histoire, tandis que le reste est très très sérieux.

Vous trouverez ce livre dans la collection Nelson.

J'ai lu aussi dernièrement un volume des Essais de Montaigne, très intéressant parfois, mais un peu pénible.

Lu aussi, les Notes sur la Vie de Daudet. Ça sent le romancier, et on voit combien il y a peu de fond dans des Romans ; un thème qui tient en 8 lignes et puis des phrases.

Je vous donne ces noms de quelques livres, pour que vous voyez le genre que je préfère.

D'ailleurs, ne m'envoyez pas de livre pour le moment.

Je pense qu'au Bataillon je serai beaucoup plus occupé qu'ici.

Je vous embrasse tendrement ainsi que Philippe,

Votre fils qui vous aime

Claude


À sa mère. Nouveau départ en renfort vers le Bataillon.

19 Sept 1918

Ma mère chérie,

Nous partons ce soir en renfort. J'espère que cette fois-ci nous arriverons à destination.

Je vous écrirai dès mon arrivée au Bataillon pour vous donner mon adresse exacte.

Avez-vous passer quelques jours agréables chez tante Dan.

Philippe est-il arrivé en bonne santé à Pau.

Il va pouvoir finir agréablement ses vacances avec vous, et vous allez pouvoir jouer au golf et constater les progrès de Philippe.

Avez-vous vu Madame Gillet ? Qu'avez-vous organisé avec elle ; de quoi comptez-vous vous occuper à Pau.

Avez-vous revu Madame Le Blanc avant votre départ ; comment va-t-elle. Est-elle moins triste ?

J'ai reçu de bonnes nouvelles de Pat.

J'espère avoir une lettre de vous ce soir, me disant que vous avez reçu ma lettre de Dimanche dernier.

Je vous embrasse tendrement, ma mère chérie ainsi que Philippe et Tine.

Votre fils qui vous aime

Claude


À sa mère. Affectation à la 1ère Compagnie de Mitrailleuses ; montée en ligne le lendemain.

Asp. de Lavalette 1er C. M., 26e B.C.P., S.P. 210

Ma mère chérie,

Me voici affecté à la 1ère C. M. (Compagnie de Mitrailleuses) du Bataillon.

Nous sommes arrivés ce matin à 4 h. 1/2 dans la petite ville complètement démolie de R... ; et nous étions au Bataillon à 7 h.

Puis on nous a affectés.

Je suis content d'être dans les Mitrailleuses ; on est plus libre qu'ailleurs, et c'est plus intéressant.

Nous sommes très mal ici ; comme repos, on fait loger le Bataillon dans des tranchées et abris abandonnés.

Pas de popote de ss.-officiers, tout le monde mange à la roulante.

Pas d'eau.

Des villages, il ne reste que des tas de briques ; donc à part l'ordinaire, rien à trouver à acheter.

Enfin j'avais plutôt le cafard ce matin ; il est vrai que j'avais grand appétit ; aussi, le repas m'a complètement remonté le moral.

Nous ne restons d'ailleurs pas ici, on part demain matin pour monter en ligne.

Ne vous étonnez donc pas si vous restez plusieurs jours, même 7 ou 8 jours sans nouvelles de moi. Les courriers peuvent être retardés, même parfois plus.

Je regrette même de vous donner l'habitude de recevoir si souvent de mes nouvelles car j'ai peur que quand vous resteriez une dizaine de jours sans, vous vous fassiez de la bile.

J'ai reçu votre fromage qui était excellent.

Je voudrais que vous m'envoyez un colis tous les 2 jours, de victuailles de toutes sortes : chocolat, fromage, conserves, car en ligne on n'est souvent ravitaillé qu'une fois par jour.

Or tous les colis arrivent jusqu'en 1ère ligne.

Je compte que vous m'écrirez tous les jours.

C'est un grand plaisir surtout en ligne, d'avoir des lettres.

Je vous embrasse tendrement ainsi que Philippe.

Comptez sur moi pour faire tout mon possible pour vous écrire

Votre fils qui vous aime

Claude


À sa mère, depuis une cagna allemande de première ligne. Récit de l'attaque du matin même.

5 h. du soir 24 Sept 1918

Ma mère chérie,

Je vous écris d'une cagna boche de première ligne que nous avons conquise ce matin en fin d'attaque.

Je vais vous expliquer ce que j'ai fait depuis 4 jours, et vous comprendrez le peu de nouvelles que vous avez de moi.

Départ du C.I.D. le 19 au soir.

Voyage tte la nuit. L'arrivée au Bataillon le 20 au matin — Affectation à la 1ère C-ie de Mitrailleuse.

Excellente C-ie ; officiers charmants qui m'ont invité à dîner avec eux dès le soir de mon arrivée. —,

Passé très bonne soirée avec eux le 21 puis le lendemain matin départ à 6 h., arrivée à N... petite ville que vous connaissez bien : 25 km. à pied.

Arrivée donc à Nesles le 22 à 2 h. après-midi.

Désigné pour aller reconnaître le secteur, je repars en auto à 6 h. du soir, après avoir attendu l'auto pendant 4 h.

Visite du secteur ; les autos nous ayant déposé à quelques 4 km des lignes nous avons encore pas mal à marcher.

Retour à N... à 1 h. du matin le 23.

Départ de N... avec le Bat. à pied à midi étape d'un peu plus de 30 km.

Arrivée en ligne à 10 h. du soir ; j'appartiens (une section) à une compagnie de mitrailleuses désignée pour la 1ère ligne.

Le lendemain 23 préparatif pour l'attaque qui doit avoir lieu le lendemain, et qui n'est d'ailleurs qu'un objectif limité. (1 km de prof.)

Le 24 au matin à 5 h. il faisait encore absolument noir ; débouché ; ma section était en 1ère ligne en vague de soutien.

Un barrage roulant merveilleux. et nous avons atteint sans aucune difficulté sinon un peu de pagaille due à ce qu'il faisait un peu noir nos objectifs : pris et établis en avant du village de F... — S... (Francilly Selency)

Pas mal de prisonniers.

Enfin je suis enchanté de la façon dont le tout à tourner.

Nous sommes en batterie dans la tranchée de 1ère ligne.

Mais nous pensons être bientôt relevés, ayant fait l'attaque.

(Tu vois mon état de saleté !!!)

Les caporaux et les hommes de ma section sont réellement épatants.

Bonne volonté, discipline etc.

Enfin je compte vous écrire avec beaucoup de détails demain ou plus tard, étant très occupé aujourd'hui.

Voici 4 js que je suis sans un mot de vous. Sans doute mon changement d'adresse :

1er C. M. au lieu de C.I.D.

Dans votre dernière lettre vous me demandiez où est Nicolas.

Il m'écrit être à la campagne dans une propriété à 3 km de chez la mère de Tante Thérèse.

On voit d'ici admirablement la m-t- heureuse ville de Saint Quentin

Je vous embrasse tendrement ainsi que Philippe et Tine . Envoyez moi du ravitaillement mais pas de boîtes à faire réchauffer

Très tendrement, votre fils qui vous aime

Claude

Mon officier commandant vient de me dire qu'il a été très satisfait de ma conduite ce matin —


À sa mère, à Pau. En première ligne devant Saint-Quentin.

Ma mère chérie,

Rien de nouveau pour nous ; nous espérons être relevés de ligne bientôt car cela manque de confort.

Puis nous avons fort besoin de nous nettoyer ; pas une goutte d'eau même pour boire ; aussi on ne peut se laver.

La prochaine fois j'emporterai un peu d'eau de Cologne.

J'ai enlevé un énorme beefsteack à ma culotte en traversant des barbouillés (fils de fer) et il y a un morceau qui pend lamentablement.

Enfin nous sommes tous en plus ou moins mauvais état.

Surtout continuez à m'envoyer des colis ; de la charcuterie si possible ; il ne fait plus bien chaud et elle arrivera sûrement en bon état.

Merci beaucoup pour la culotte je vais écrire pour la faire prendre.

Envoyez-moi du papier à lettre dans vos lettres.

L'officier m'a laissé entendre ce matin, qu'il allait me proposer pour une citation pour l'affaire d'hier.

Si cela pouvait réussir, j'aurais deux jours de permission en plus à passer avec vous.

Mais ce n'est encore qu'une proposition, et beaucoup la méritent.

Enfin ! nous allons voir !

Je vous embrasse tendrement, ma mère chérie, ainsi que Tine et Philippe

Votre fils qui vous aime
Claude

P.S. Il faudrait que vous me trouviez quelque chose de très chaud pour l'hiver.

Autant que possible, se boutonnant par devant ; car je n'aime pas beaucoup les chandails qui s'enfilent par la tête.

Les nuits commencent à être froides.

Bien tendrement à vous
Claude

Il me faudrait aussi des boutons de col assez plats mais larges pour ne pas qu'ils se défassent tout le temps. Genre boutons de col de derrière


À sa mère. Relève de ligne, repli en réserve.

Ma mère chérie,

Depuis 7 jours, je n'ai reçu encore qu'une lettre de vous de Paris, me disant que vous pouviez me faire faire la culotte que je vous demandais.

Je vous en remercie et, je vais la faire chercher, dès que je pourrai. Malheureusement actuellement les permissions sont supprimées, mais je vais la faire chercher le plus rapidement possible.

Nous sommes relevés de ligne ce soir et nous partons en réserve.

Je pense d'ailleurs que nous irons au grand repos d'ici peu.

J'attends avec impatience de vos nouvelles.

Les Allemands abandonnent peu à peu les lignes qu'ils tenaient près de nous, et qui faisaient que nous étions très en pointe.

Maintenant la ligne est à peu près droite ; avant hier soir ils ont évacué le saillant qu'ils tenaient à gauche, hier matin, leurs tranchées de 1ère ligne face à la notre et ce matin ils font une certaine tête 138 à notre droite d'où il nous dominait presque par derrière, à notre droite.

Nous dominons tout la pauvre ville d'St Q. qui ne me paraît pas tout à fait aussi abîmée qu'on l'a dit.

Il reste encore beaucoup de toits.

Pourriez vous m'envoyer un sachet à éponge.

Je vous embrasse tendrement ma mère chérie, ainsi que Philippe et Tine .


À sa mère. En réserve ; nouvelles de l'École des Roches.

Le 28 Sept 1918

Ma mère chérie,

Nous sommes relevés depuis hier dans le courant de la matinée, car je suis resté un peu après les autres pour passer les consignes.

Nous sommes encore en réserve, mais tout à fait en arrière, et fort mal installé.

J'ai à pas reçu le livre de Philo plié.

Je vais comme vous me le demandez écrire à l'oncle Jules pour ce qu'il me faut pour l'hiver.

Monsieur Monod, n'est pas du tout resté en relation avec l'école, il me dit ne plus correspondre qu'avec 2 ou 3 anciens.

Monsieur Berthier est "réformé" et de nouveau dirige l'école.

J'ai eu l'occasion de rencontrer Pierre Prieur, aspirant d'artillerie, à ma division.

Son frère n'a quitté que tout à fait dernièrement l'école.

J'irais lui en parler à la prochaine occasion, ce n'est par lui que je puis avoir les renseignements les plus précis.

Il me dit que Monsieur Berthier est revenu avec des idées assez curieuses de la guerre.

"Cela tourne fort à la boîte à curé."

C'est peut-être un peu d'exagération de sa part.

Je vs embrasse tendrement

Claude.


À sa mère. Au repos en réserve de division ; le Bataillon proposé pour une citation à l'armée.

Le 29 Sept 1918

Ma mère chérie,

Nous sommes toujours en réserve, et sans très sommes assez tranquille. Il est vrai que tout a un besoin formidable d'être nettoyé.

Enfin ce matin nous avons eu des douches, ce qui nous a fait le plus grand bien.

Nos trous s'installent. Nous avons même pu avoir nos cantines avec nous, luxe en général inconnu en réserve de Division.

J'ai reçu hier soir la première lettre de vous adressée directement au Bataillon.

J'espère maintenant en recevoir tous les jours.

Pas encore de colis ni de livre de Philo.

Pour le livre de Philo je ne suis nullement étonné de ne pas l'avoir reçu, car je vous avais prévenu que les colis de plus d'un kilo était une chose fort aléatoire.

Le moral est excellent actuellement et l'esprit des hommes est réellement merveilleux ; surtout quand on songe que depuis le 8 Aout le Bataillon a été presque tout le temps en première ligne.

Je vous embrasse tendrement ma mère chérie, ainsi que Philippe et Tine .

Votre fils qui vous aime

Claude

Il est question que le Bataillon soit cité à l'armée avec fourragère pour l'attaque de l'autre jour.

Plusieurs compagnies dont la mienne ont déjà reçus de chaudes félicitations du général Cdt le corps d'armée.


À sa mère, 23 rue Bayard à Pau. En réserve dans une tranchée face à Saint-Quentin.

Ma mère chérie.

Je reçois ce soir plusieurs lettres de vous qui me font grand plaisir.

Je ne suis pas étonné que vous vous trouviez un peu isolée au point de vue nouvelles à Pau, surtout revenant de Paris où il court beaucoup de tuyaux, mais qui en somme ne font que devancer de quelques heures ce que racontent les journaux.

Avec le Temps et les Débats, et l'Illustration chaque semaine ; je suis persuadé qu'on se tient parfaitement au courant

La seule différence est en somme qu'on est plus loin de la guerre ce qui fait l'effet de refroidir toutes les nouvelles qui arrivent

J'ai passé ma journée aujourd'hui à attendre, en réserve dans une tranchée face à St Q..., qu'on force un canal en face de nous ; mais je crois qu'on attend d'abord une avance sur notre droite où nous voyons un formidable bombardement.

Enfin le morceau pris hier a été formidable, surtout au point de vue moral et il semble avoir été pris avec le minimum de mal.

Notre artillerie fait des merveilles, et les Boches répondent à peine ; ils doivent être profondément déprimés actuellement.

Le métier de mitrailleur est fort intéressant.

Mon lieutenant a été évacué pour les gaz et je commande un peloton (2 secteurs)

Je suis tenu au courant à peu près de tout et c'est très agréable.

Il est vrai que le peloton est à un effectif réduit

Un lieutenant qui passa à l'instant me dit que nous avons pris pied ce matin dans Moreuil (lecture incertaine : Morcourt ?) de l'autre côté du canal

Il faut espérer que nous allons pouvoir en déboucher et continuer à les repousser.

Encore quelques petites avances comme ces jours-ci, et Lille sera bien près de la libération.

Je vous embrasse tendrement, ma mère chérie, j'espère que vous ne passerez pas tout l'hiver à Pau, et que vous pourrez rentrer à Lille.

Je suis heureux de voir que les Allemands ne déménagent pas encore les maisons là-bas. Peut-être retrouverons-nous tout !

Le 20 Oct. je passe réserviste. espérons que je ne ferai pas trop de rabbe

Tendrement à vous
Claude

Dans vos colis, si vous trouviez de l'alcool solidifié ; puis parfois des confitures dans boîtes en métal. Merci.


À sa mère. Sur la progression vers Saint-Quentin, dont la chute vient d'être annoncée.

Ma mère chérie

Je n'ai guère le temps de vous écrire car ns sommes fort occupés.

Le moral est excellent, peut-être allons nous avoir bientôt la prise de Lille.

Encore 1 mois de Temps acceptable, et nous pourrions voir bien des choses.

Vous me demandiez où est Nicolas, il est toujours dans la propriété près de chez Madame Jourdain ; mais il a changé de façade, et il me dit avoir une fort jolie vue par derrière.

Surtout ne vous inquiétez pas quand vous êtes 2/3 jours sans nouvelles ; je suis persuadé que nos lettres sont retardées et surtout qu'il s'en perd la moitié car elles arrivent à la boîte aux lettres en passant par un un banal instable de mains et de poches qui peuvent parfois les garder.

Vous devez lire dans les journaux notre progression.

Comme disait un type quand nous avancions hier et qu'on venait de nous annoncer que la ville de St Q était tombée :

"Tu parles, d'un sacré communiqué encore demain"

Je vs embrasse tendrement, ma compagnie a un rôle fort tranquille cette fois-ci.

Bien tendrement à vous, à l'un et à l'tr.

Claude

Reçu livre de Philo. Merci.

Continuez surtout à m'envoyer des colis.

J'en ai reçu un avant hier, le n° 1.


Carte-lettre à sa mère, à Pau. Dans la ligne Hindenburg.

Carte-Lettre

Madame H. Saint Léger

23 Rue Bayard, Pau, Basses Pyrénées

Ma mère chérie

Je suis toujours en réserve à peu près à la même place ;

Nous sommes installés dans la fameuse ligne H (NDLR : ligne Hindenburg) pas très confortable d'ailleurs

Je vous accuse de nouveau réception du livre de Philo, et du colis n° I Langue.

La boîte n'était pas mauvaise mais un peu salée.

Vous pourrez m'envoyer souvent du fromage ;

Vos colis me sont très précieux.

car nous n'avons aucun ravitaillement autre que l'ordinaire

Si vous pouviez m'envoyer un peu de cognac très ordinaire ; c'est très agréable ici ; cela réchauffe.

Seulement il faut une bouteille solide. Puis je crains que ce ne soit défendu !

Je vous embrasse tendrement ma mère chérie ainsi que Philippe et Tine

Votre fils qui vous aime
Claude


À sa mère. Réception de colis ; confirmation au Bataillon de sa citation pour le 24 septembre.

Ma mère chérie

Je reçois une de vos lettres, du 30 Sept de la fameuse ligne H (Hindenbourg) (manque de confort)

Je vous remercie de tous les colis que vous m'envoyez, ils me font grand plaisir.

Vous m'annoncez l'envoi des colis 3, 4 et 5. Je n'ai encore reçu que le 1. Je pense recevoir le 2 ce soir, les colis arrivant après les lettres.

La langue est un peu salée. et les boîtes de lait sont difficilement utilisables dans ce secteur où l'eau n'existe pas.

même pour boire il n'est pas question d'eau ; depuis que je suis remonté en réserve du bat. en ligne, je n'en ai pas vu la couleur.

Comme boisson nous avons du café : 1/2 l. et 1 lite. de vin par jour ; plus 1/2 de gniole à part cela, pas question de liquide.

Quand je suis en ligne, ne m'envoyez pas non plus de livres, car les cantines ne nous suivent pas ; et nous partons tout nous-même, aussi des livres c'est un véritable encombrement.

Je vous en demanderai dès que je serai au repos.

Mais vous pouvez m'envoyer beaucoup de fromage de toute sorte, dans presque chaque colis ; c'est ce qui me fait le plus de plaisir.

Le gruyère était exquis.

pas trop de sardines, nous en touchons souvent ; mais du thon, des rillettes, de la charcuterie, du chocolat.

Tout est toujours très bien reçu ; mais les aliments un peu salés, étant donnée la pénurie de liquide font vider trop rapidement le bidon.

Reçu une très gentille lettre de l'oncle Jules ci-jointe. Il m'a envoyé sac de couchage et culotte, j'espère la trouver en descendant de ligne.

Mais avec l'effort qu'on fait sur tout le front, les divisions restent longtemps en ligne.

Vous ai-je dit que j'allais probablement être cité pour l'attaque du 24 Sept.

J'ai eu confirmation que ma citation était, il y a 4 jours au Bataillon. Cela me donnera deux jours de permission en plus qui seront les bienvenus.

Le pauvre St Quentin est bombardé à mort ce soir par les Allemands.

Je vous embrasse tendrement ainsi que Aline et Philippe,

Votre fils qui vous aime

Claude


Carte-lettre à sa mère, à Pau.

Carte-Lettre

Madame Saint Léger, 23 Rue Bayard, Pau, Basses Pyrénées

Ma mère chérie,

Je suis toujours en bonne santé et à la même place ;

Votre fils qui vous aime et vous embrasse tendrement
Claude


Carte-lettre à sa mère, à Pau. En première ligne.

Carte-Lettre

Madame Saint Léger, 23 Rue Bayard, Pau, Basses Pyrénées

Ma mère chérie

Nous sommes fort occupés parceque en 1ère ligne.

Mais nous espérons être relevés ce soir ou demain soir.

Je n'ai toujours reçu que le colis n° 1.

Je me demande où les autres sont en panne.

Peut-être ne me les a-t-on pas monté en ligne, et les trouverai-je en descendant.

Vous pourriez donc ralentir les envoies : tous les 4 ou 5 jour par exemple. Veuillez joindre des bougies au prochain colis.

La guerre que je fais est très intéressante.

Je vous écrirai très longuement dès que je serai relevé et demain, si j'ai le temps

Je vous embrasse tendrement, ma mère chérie ainsi de Tine et Philippe

Votre fils qui vous aime

Claude


À sa mère, à Pau. Sur la rive ouest du canal de Saint-Quentin.

7 Octobre 1918

Ma mère chérie,

Je suis toujours en 1ère ligne ; à peu près au même endroit, cependant nous avons avancé quelque peu et je suis sur le bord Ouest d'un fameux canal (Canal de St Quentin) ; de l'autre côté : Fritz ; et un peu en avant et à gauche le village de M... qui est à nous.

Les Allemands ont fort élargi le canal en faisant sauter les écluses, si bien que ce canal déborde et est très difficile à passer.

Ce que je fais m'intéresse ; et je suis heureux de faire la guerre intelligemment.

J'ai tout le secteur "Fritz" qui se trouve devant nous à battre pendant que l'on attaque.

Devant moi j'ai tout sur la colline de l'autre côté du canal, toutes les tranchées allemandes qui serpentent et je puis tirer dessus à plaisir.

Je ne vois malheureusement pas les résultats.

Mais je prends certains boyaux d'enfilade, et j'espère leur faire beaucoup de tort, du moins je tire fort.

Je suis réellement très libre comme chef de peloton de mitrailleuses.

Plus libre que n'importe quel officier commandant une section d'infanterie

Enfin mon moral serait très bon, s'il n'y avait pas réellement longtemps que nous sommes en ligne.

Moi cela va encore.

Mais, mes hommes sont réellement fatigués et un peu démoralisés de voir que la relève n'arrive toujours pas.

Je crois qu'on ne se rend pas compte à l'arrière du très gros effort qu'on demande aux troupes pour soutenir cette vaste offensive qui réussit évidemment très bien.

Et puis c'est un peu trop toujours les mêmes divisions et régiments qui donnent ; les autres faisant aisément des difficultés.

Mon bataillon est réellement merveilleux.

Attaques et contre attaques nous en avons pris notre bonne part depuis un bon moment.

Et, si la mitraille (NDLR : la compagnie de mitrailleuses) a été plutôt épargnée, les compagnies de fusillers ont été fort touchées

Aussi, les hommes désespèrent de voir arriver la relève qu'on annonce tous les jours, et qui ne se décide pas à arriver.

Les gaz sont fréquents particulièrement l'Ypérite (NDLR : le gaz moutarde) et nous causent pas mal d'ennui.

J'ai reçu tous les colis ; ils m'ont fait grand plaisir, c'était parfait, tout ce que je désirais sauf, quelques bougies qui feraient mon affaire.

Vous me ferez plaisir en continuant les envois. Pas trop de boîtes de conserve, c'est-ce qu'il y a de moins bon, quoique ce soit excellent

Reçu tricot oncle Jules.

J'ai bien peur pour Lille. Enfin les Allemands n'oseront peut-être pas en faire ce qu'ils ont fait de Saint Quentin, Cambrai et Douai

Et cet armistice !

On est bien sceptique sur le résultat.

Cependant encore un hiver ; ce sera dur pour beaucoup.

Je vous embrasse tendrement ainsi que Philippe et je pense bien souvent à vous de ma souricière cagna bétonnée (plus d'un mètre de béton armé) de la ligne H

Tendrement à vous
Votre fils qui vous aime
Claude


Carte-lettre à sa mère, à Pau. Au-delà du canal, après l'assaut du matin.

Carte-Lettre

Mme A. Saint Léger

23 Rue Bayard, Pau, Basses Pyrénées

Le 8 Oct 1918

Ma mère chérie,

On nous a encore fait attaquer ce matin. Cela s'est très bien passé ; une série de hauteurs au delà du canal devant lequel nous étions.

Mon peloton était encore avec la vague d'assaut.

Aussi tous ont hâte d'être relevés.

Vos colis sont excellents

Cependant un peu plus souvent du fromage.

Le Jambonneau : exquis

Je vous embrasse tendrement ainsi que Tine et Phil

Votre fils qui vous aime Claude


À sa mère, à Pau. Au repos après la relève.

Ma mère chérie,

Nous sommes relevés (ce matin) ; le but étant atteint c'est à dire, la ligne H, franchie complètement.

Je pense que nous allons être tranquilles un moment car nous en avons tous un besoin considérable.

Le Bataillon a besoin d'être complètement reformé aussi j'espère près d'un mois de repos.

Je vous écrirai très longuement demain

Reçu les colis.

Langue fumée et Gruyère. C'est le meilleur que vous m'ayez envoyé.

Je préfère bien cela à toutes les boîtes de conserve.

Pourriez vous m'envoyer bougies et chaussettes.

Bien tendrement à vous, (J'ai une envie de dormir terrible et je pense qu'on nous laissera tranquille jusqu'à demain (départ pour le repos).

Je vous embrasse bien tendrement

Votre fils qui vous aime
Claude.


À sa mère, à Pau. Récit détaillé du franchissement du canal dans la nuit du 7 au 8 octobre.

Ma mère chérie,

J'ai reçu hier le colis n° 8 qui est très bien arrivé ; le chocolat était particulièrement bon, et si vous pouvez m'en envoyer encore, vous me ferez plaisir.

Nous sommes toujours au même endroit.

Une fois la percée faite, la dernière tranchée prise, les troupes qui étaient derrière nous sont passées devant, pour la poursuite.

Je crois que c'est un succès très important et qui va avoir de grosses conséquences. Saint Gobain (NDLR : massif de Saint-Gobain), ne pourra plus guère résister maintenant, étant complètement tourné à gauche.

Lille fait maintenant aussi une pointe assez forte dans les lignes allemandes.

Si le temps n'est pas par trop mauvais, nous y serons certainement avant l'hiver

Nous voyons beaucoup de troupes fraîches en excellent état et très reposées, nous passer devant.

Cela remonte le moral, car on avait demandé un effort si soutenu, que je me demandais si nous avions grand chose derrière

Les dernières 48 h. ont été particulièrement pénibles pour mes hommes.

Dans la nuit du 7 au 8, mon peloton est monté en renfort à M... de l'autre côté du canal.

Passage du canal et de tous les marais (150 à 200 m) sur une passerelle formée de 2 planches juxtaposées, sans fil de fer pour se tenir ; les planches, pas toujours à la même hauteur. Une nuit absolument noire, on ne voyant pas ses pieds ; il fallait faire de l'équilibre.

Aussi j'ai attendu mes hommes de l'autre côté du canal, étant passé d'abord ; et j'avais bien peur qu'avec leurs pièces et leurs trépieds il n'y en ait qui tombent à l'eau ;

Errant, pour trouver le passage, notre guide nous avait perdus. Enfin ; une nuit réellement pénible pour mes hommes qui étaient chargés.

Cependant quand nous avons été de l'autre côté, nous avons vu tous les chasseurs qui occupaient l'autre rive, une telle joie, d'avoir avec eux des mitrailleurs !

Il y avait eu en effet de violentes contre-attaques pendant la soirée du 7 qui avaient été bien près de nous vider de M... Et tant qu'ils n'ont pas de mitrailleuses, les fantassins ne sont jamais tranquilles. Ils ont en elles, une confiance extraordinaire.

Nous prenons position au petit jour dans une tranchée au S.E. de M... (le 8 au matin)

Nous y étions depuis 20 minutes quand l'ordre arrive d'attaquer, juste le temps de mettre son chargement et de partir.

L'assaut s'est parfaitement passé, sauf quelques batteries tirant un peu court.

Les Allemands avaient d'ailleurs évacué une bonne partie de la position.

Et nous avons pris pied sans encombre sur la côte 134.

Mais là nous avons passé la journée blottis dans des trous d'obus, dès que quelque chose remuait, il y avait des mitrailleuses Fritz qui nous tiraient dessus dans tous les sens.

En plus un bombardement par 88 (NDLR : canon allemand de 88 mm) à la faveur duquel, nous avons aperçu Fritz qui évacuait toute la région devant nous.

La nuit cela s'est calmé, et au petit jour, nous étions dépassé par des régiments qui commençaient la poursuite.

Les tranchées prises le 8 étaient les dernières de la fameuse ligne H.

La relève a été la bienvenue

Personne de gravement atteint à mon peloton pendant toute la période.

D'ailleurs jamais, pendant toute cette période nous n'avons vu des barrages d'artillerie allemande sérieux.

C'est à croire que maintenant qu'on attaque sur de grands fronts, leur artillerie disséminée partout, n'arrive pas à reboucher les trous faits par les canons pris ou détruits

Nous leur sommes nettement supérieur à ce point de vue.

Au point de vue moral, avant la contre attaque boche du 7, un lieutenant du Bataillon avec 13 hommes a fait une soixantaine de prisonniers.

Je crois qu'ils doivent être très démoralisés.

Il est vrai que nous avons aussi bien besoin de repos, mais le moral après une bonne nuit est absolument indemne.

Je voudrais que vous m'envoyez un porte cartes ; celui que j'ai acheté à Old England est absolument de la camelote, du carton.

Donc un porte cartes pas trop grand mais à 3 faces et en cuir.

Pourriez vous aussi m'envoyer un sachet à éponge. Tine en a peut être encore un à moi. En tout cas, elle sait ce que je désire. Si vous en achetez un, prenez le un peu grand. Ma trousse est trop encombrante pour en ligne. Surtout qu'elle est à peu près inutile puisqu'on trouve rarement de l'eau.

J'ai passé quelques heures hier à faire des citations pour presque tout mon peloton. C'est un véritable devoir de Français.

D'ailleurs je vous en reparlerai dans ma prochaine lettre. Je vous embrasse tendrement ainsi que Tine et Philippe

Votre fils qui vous aime
Claude


À sa mère, à Pau. En réserve dans un village repris aux Allemands.

Samedi 12 Oct. 1918

Ma mère chérie,

Nous sommes toujours en réserve assez près des lignes ; mais nous nous attendons à partir au repos d'un moment à l'autre.

Nous avons même avancé quelque peu, une dizaine de km ; les Boches ayant démarré en partie de la région.

Je me suis bien occupé de la question citations, croix de guerre etc. pour tous les types de mon peloton, qui méritent d'être cités pour cette dernière affaire.

C'est incroyable ce que c'est mal organisé.

On cite, parce que je cite des hommes, les uns au corps d'autres à la division, d'autres à la brigade, et d'autres au Bataillon

Attendu qu'en arrivant à la Division, si on trouve qu'il y a trop de citations, on barre tout simplement quelques noms, et puis, c'est fini, on n'en entend plus parler ; au lieu de descendre l'échelon en dessous, la citation est purement et simplement supprimée.

On considère et supprime le plus aux échelons les plus hauts ; un type qui s'est bien tenu risque beaucoup plus de ne pas avoir de citation, parce qu'il a été proposé très haut : à l'armée ou au corps d'armée ; que celui qui a une petite citation au Bataillon ou à la Brigade.

Or comme on à de toute façon que 2 jours de permission au plus, et que c'est ce qu'il y a de plus intéressant, ceux qui ont été les plus chics n'ont rien du tout ; tandis que les autres, avec une citation au bataillon, ont leur deux jours de permission.

Aussi, sans vouloir faire de réclame, je suis personnellement assez impressionné pour ma citation, mon lieutenant m'ayant dit hier qu'il m'a proposé au corps d'armée.

Les propositions au Corps d'armée sont particulièrement peu fécondes car ma Division est détachée à un autre corps (c'est le 9ème corps auquel nous sommes détachés depuis que je suis là) aussi ils sont moins commodes puis les paperasses se perdent etc.

C'est d'ailleurs je pense, une des raisons pour lesquels nous marchons souvent ; les corps d'armée préférant, je pense, faire marcher des divisions qui leur sont attachées pour un temps plutôt que leurs propres Divisions.

Enfin je pense tout de même que c'est le repos à bref délai. Nous ne remonterions certainement pas en ligne avant.

Plus d'encre dans mon stylo. J'ai même eu beaucoup de mal à écrire l'adresse.

Or la voiture où j'ai ma musette avec mon encre est restée en panne ce matin, je ne l'aurai que ce soir.

Le village de T... N... D... où nous sommes, repris il y a trois jours aux Boches est intact ou à peu près, et il reste même dans certaines maisons meubles pianos etc.

Les civils ont dû le quitter bien peu de temps avant notre arrivée ; les jardins sont encore soignés et cultivés et tout sent le civil. 24 heures avant on en reprenait peut être un bon nombre.

L'église est intacte, sauf les toitures qui ont été enlevées ; enfin, ils n'ont pas eu le temps.

Mais ils mettent toute leur volonté à détruire partout l'eau. et c'est une chose qui manque beaucoup. Se laver est un problème insoluble.

Figurez vous qu'ils ont été jusqu'à installer des W.C. sur les puits.

L'eau pure est cependant une chose dont tout le monde a du respect pour qui est instruit et formé ; et cette violation est une de celles qui a fait le plus d'effet sur les hommes.

J'ai mangé aujourd'hui la boîte de conserve faite par Tine.

Elles sont exquises.

Nous avons touché de l'alcool solidifié aussi c'est maintenant très commode.

Envoyez en moi encore ; Renvoyez en 1 fois sur 2 ou 3 ; mais si possible 2 boîtes à la fois, pour que je puisse en manger avec mes camarades.

Pas de lettre de vous aujourd'hui

Je vous embrasse très tendrement ainsi que Philippe, Tine. Votre fils qui vous aime Claude


À sa mère, à Pau. En marche vers les cantonnements de repos.

Ma mère chérie,

Nous faisons de longues étapes vers le lieu où se passera notre grand repos et nous sommes déjà bien loin des lignes.

Pouvez vous m'envoyer 100 frs

Je vous écrirai longuement dès que j'en aurai le temps ;

Mais nous marchons presque toute la journée.

Le moral est éminemment excellent ;

Je vous embrasse tendrement
Claude


À sa mère. Au repos ; réflexions sur les cimetières militaires et la tombe de Jacques.

Ma mère chérie,

Nous sommes au repos ; non loin du petit Bourg de Ch...... ; je ne pense d'ailleurs pas que nous y resterons ; j'espère que nous allons aller vers un arrière plus sérieux, où il y aura des civils ; mon Bataillon n'en a pas aperçu depuis deux mois.

Malheureusement il fait un temps épouvantable.

J'ai pu avoir le sac de couchage, et des draps qui sont parfaits.

Mais la culotte est un véritable sac. Beaucoup de ressemblance comme coupe avec ce que nous recevons du gouvernement.

Si nous allons dans des pays civilisés, je la ferai retailler.

Enfin j'ai un tampon épatant, qui gratte

avec énergie sur toutes mes affaires.

C'est un excellent type et j'en suis très content.

Et puis au grand repos, on ne se salit pas beaucoup ; aussi cela va avec une culotte noire.

Aujourd'hui, c'est le nettoyage en grand.

Tous en ont un besoin considérable.

Je dois avoir une peau très rébarbative car tous absolument reviennent avec des animaux dits "totos" et je crois être le seul à ne pas en avoir.

Le principal pour l'instant est de ne pas rester dans ce pays de sauvages qui manque d'intérêt.

Enfin nous ne sommes pas trop mal.

J'ai tout à l'heure examiné mon sac de couchage qui me semble parfait ; je vais ainsi pouvoir me déshabiller ce soir pour me coucher ; ce qui ne m'est pas arrivé depuis mon départ de Paris.

Je me suis promené aujourd'hui dans le village où nous cantonnons, et j'y ai visité le grand cimetière allemand, qui date de la Bataille de la Somme.

J'ai constaté une fois de plus, que comme dans les cimetières français et comme sur toutes les tombes isolées, les noms dates et régiments enfin tout ce qui est écrit s'efface. c'est une chose bien triste qui si on ne s'en occupe pas peut faire beaucoup de chagrin à beaucoup de gens qui sachant où sont enterrés leurs enfants, viendront dans ces grands cimetières, et ne trouveront que des croix sans nom.

Si nous étions des gens bien organisés cela se passerait autrement.

Cela m'a fait pensé aussi qu'il arrivait peut être la même chose à la tombe de Jacques, et il serait tout à fait urgent de s'en occuper.

Puisqu'il est maintenant complètement

dégagé, puisque c'est en dessous de Reims ; certainement personne ne s'occupe de cette tombe. Et c'est à nous de nous en occuper.

Le cimetière a peut-être bien été bouleversé par les obus, les Allemands s'en étant approchés assez près en Juillet.

Il faudrait connaître quelqu'un qui est dans cette région là ou qui est de Reims et qui passerait par là en revenant ou en y allant ?

Peut-être pourrait-on demander à l'oncle Jules s'il ne connaît personne qui pourrait s'en occuper, voir si la tombe est toujours en état et le nom gravé.

Vous savez où est le plan du cimetière : il y en a un, l'original qui est dans mes lettres que j'ai rangé à Rognac dans une enveloppe avec : Tombeau de Jacques ; l'autre, que j'ai décalqué, je l'ai emmené à Paris et il est avec les quelques papiers que j'avais à Paris.

En tout cas, n'envoyez pas l'original

Mais décalquez le si quelqu'un va là-bas et que vous voulez lui donner le plan du cimetière.

Vous savez que si Lille était reprise j'aurais droit à 3 jours de permission pour y aller ; dans ce cas, je tâcherai de passer par Paris, où vous serez probablement déjà partie, car il faudra toujours un temps pour que j'aie la permission. Et Paris, j'irai demander ce que vous avez fait, chez l'oncle Jules. ou vous laisserez vos instructions.

Pourriez vous m'envoyer de l'huile et du vinaigre. On en vend dans des boîtes de conserve, je crois.

Maintenant que je suis au repos vous pouvez m'expédier des conserves à faire chauffer.

Tant que nous sommes dans cette région désertique, je vous demande de continuer les colis. Si nous arrivons au pays civilisé, je vous préviendrai.

Si-je accuse réception du colis fromage thon. Plus besoin d'alcool solidifié ; si vous pouvez en avoir, gardez le pour en ligne

Si les permissions marchaient très vite, ce qui est possible puisque nous sommes au grand repos, je pourrais peut être y aller plus rapidement que je ne pensais : dans 3 ou 4 semaines !!! Je vous tiendrai au courant.

Pouvez vous m'envoyer 100 frs.

Je vous embrasse tendrement, ma mère chérie, ainsi que Philippe et Aline.

Votre fils qui vous aime

Claude.

P.S. Mangé le fromage et le thon qui tous les 2 étaient excellents.

Pouvez-vous me renvoyer du savon blanc pour le lavage - comme l'autre jours. Merci !


À sa mère, à Pau. Longue lettre au repos : Lille, Wilson, l'éducation de Philippe.

Ma mère chérie,

J'ai reçu deux lettres de vous hier, des 7 et 8 Octobre. Elles m'ont fait plaisir ; j'attends toujours le courrier avec impatience pour avoir de vos nouvelles.

J'ai peur que vous vous fassiez de la bile au sujet de papa, de Lille et de tout.

Vous avez bien tort de vous faire de la bile, d'abord, il n'y a pas de quoi s'en faire. Puis cela ne change absolument rien ; Il faut être fataliste, et surtout vous occuper beaucoup, sans cependant vous fatiguer.

Vous savez que nous avons tous besoin que vous ayez une bonne santé.

Je pense que vous ne regrettez pas d'avoir quitté Lille, en voyant combien vous êtes utile par ici à nous tous ; tandis que de l'autre côté vous auriez miné inutilement votre santé, sans arriver à aucun résultat.

Vous avez très bien fait de vous occuper d'un laissez passer pour Lille, car je compte que certainement nous y serons d'ici un mois

J'espère fort que nous retrouverons Lille à peu près debout.

J'espère que les Allemands laissant ainsi en état la plus grande ville qu'ils ont occupée, voudront prouver par là, que les autres destructions ne sont que le fait de la guerre.

Je compte sur leur : "Vous voyez que nous ne sommes pas des barbares".

J'espérais que Wilson dans sa note mettrait comme première condition (acceptée d'avance car cela n'aurait rien coûté aux Allemands) la cessation de toute destruction dans les pays envahis. Je trouve que c'est une faute.

Il dit : Commencez par nous rendre les pays envahis".

Il manque un adjectif : de leur état actuel, ou intact.

Belle avance si on rend des montagnes de cendres.

J'ai réellement tout de même le ferme espoir de retrouver Lille seulement endommagé.

Figurez vous que l'autre jour, à l'entrée du cimetière de Saint Quentin, il y avait une pancarte : "Défense aux soldats allemands de pénétrer dans le cimetière. Le lieu doit être respecté !" Signé, le major commandant la place : Comte von Bernstorff.

Vous vous souvenez qu'en quittant Lille, il partait pour Saint Quentin.

Il a probablement été gouverneur de la ville.

Je serais curieux de savoir l'impression qu'il a produit sur les habitants.

J'ai reçu le colis de l'oncle Jules avec le tricot. Je lui écris aujourd'hui ; ainsi que vos colis 9. 10. 11. et l'alcool, parfait.

Nous sommes toujours en réserve à T...N...D... Nous n'avons absolument rien à faire. Logés dans des baraquements boches, pas trop mal installés. Les lits en fils de fer avec beaucoup de paille sont très confortables ; aussi nous dormons admirablement, nous n'avions pas eu de paille depuis le 22 Septembre, (2 jours après mon arrivée).

Aussi je fais des nuits de 12 à 14 heures.

J'ai tout le temps de vous écrire, et j'en profite.

Je vais ouvrir tout à l'heure mon livre de Philo.

Annie se promène beaucoup d'après ce que vous me dites ; comme je lui écris tout à l'heure, je vais un peu la semoncer, car ce n'est pas une bonne chose qu'elle traîne tant que cela dans les trains.

Quand c'est pour l'œuvre, c'est parfait, mais à part cela, c'est réellement une mauvaise chose qu'elle traîne ainsi.

Il faut qu'elle ait votre autorisation pour quitter Lyon.

Je lui écris dans ce sens.

Je suis heureux de savoir que Philippe travaille bien. Est-il content de son professeur ? Il semblait n'en être pas très satisfait pendant les vacances.

Tout à l'heure, en feuilletant une vieille Illustration 1901, je voyais 3 grandes pages avec photographies etc. pour une ferme que les Anglais ont fait sauter pendant la guerre du Transvaal ; avec des phrases sur les horreurs de la guerre etc.

Je me rappelais aussi, ce matin, le chagrin que vous aviez eu, quand vous avez appris en Corrèze que Philippe s'était cassé une dent.

Et quand on songe à notre vie d'avant guerre, on voit que tout est à cette échelle.

Excellente école pour les gens trop sensitifs que la guerre.

Je crois même qu'elle fait passer d'un excès dans l'autre.

Tout ceci pour vous dire que je suis absolument de votre avis au sujet de Philippe.

Ce serait peut-être une bonne chose de le mettre en pension. Peut-être !

Je ne me rends pas bien compte de l'influence qu'a eu sur moi l'école des Roches. A) Au point de vue santé ; certainement un bon effet, surtout que si je n'avais pas été en pension, j'aurais été à Lille où le climat n'est pas fameux. Mais à ce point de vue, vous n'êtes pas dans la même situation vis à vis de Philippe, étant donné que vous êtes à Pau, dans un climat excellent, qu'il est nourri comme il faut (grosse question actuellement 1° parceque il a 14 ans, et 2° parceque avec la vie chère et toutes les difficultés de ravitaillement actuel, je ne sais pas comment, dans les pensions, on en sort au point de vue nourriture)

B) Au point de vue moral. Si il avait de bons camarades à Pau. cela vaudrait la pension. avec les dortoirs etc.

Vous pouvez, maintenant qu'il est au point pour ses études, lui faire faire beaucoup de sports, le suivre de près tout en étant peu avec lui. Enfin une éducation genre des Le Blan.

Il lit beaucoup, peut être même trop. C'est une chose que vous pouvez guider et surveiller ; tandis qu'aux Roches, il ne sera peut être pas suivi de très près ; puisque même quand j'y étais j'ai toujours lu, à peu près ce que je voulais.

Il me semble que c'est un des points les plus importants actuellement pour Philippe. Je crois me rendre compte que j'ai été pendant un temps dans un état de sensitivité particulièrement mauvais environ 1 an avant la guerre.

Et les mauvais livres sont non pas les livres sales ; ou beaucoup moins les livres sales, que les livres de sceptiques ou encore plus mauvais les genre Lamartine ; parfois Musset.

Jocelyn par ex. a eu sur moi un effet déplorable.

Au contraire les livres, mémoires d'hommes d'action, récits sont excellents ex. : les explorateurs genre Barratier etc. — Les romans à thèses genre Bourget.

En somme tous les livres qui ne sont pas ces histoires langoureuses et molles.

C) Au point de vue étude, vous savez que les Roches n'ont pas le même programme que les Lycées. aussi c'est ennuyeux Philippe travaillant bien à Pau de bouleverser toutes ses études.

En résumé si Philippe semble se dégourdir à Pau, ne pas traîner à la maison.

Je crois que sa formation peut être aussi bonne sinon meilleure à Pau qu'aux Roches ; à la condition qu'il ne soit pas dans vos jupes et dans celles de Tine toute la journée.

Voilà une bien longue lettre, ma mère chérie, mais en écrivant je me figure presque que je cause avec vous ; et je pense que vous ne serez pas mécontente que je vous donne franchement mon opinion.

Et cela me fait passer cette longue après midi.

Je perds parfois la mémoire de l'orthographe des mots.

Pouvez-vous me signaler ceux qui ont des fautes ?

Je vous embrasse tendrement ma mère chérie ainsi que Philippe et Tine

Votre fils qui vous aime
Claude.

P.S. Parlez moi un peu de vos occupations et des gens que vous voyez à Pau. Madame Diriart ?


À son oncle Jules. Permissions pour Lille et Paris refusées ; nouvelles de son père.

Le 19 Octobre 1918

Mon cher oncle,

Je pense que ma lettre écrite hier a dû arriver un peu tard, mère étant déjà partie pour Lille.

Nous sommes successivement sans courant des nouvelles ici. Et nous ne savons ce qui se passe que par les journaux de Paris du matin qui arrivent ici dans la soirée ; aussi n'ai-je su la reprise de Lille qu'hier soir ; quand elle datait déjà de deux jours.

On me refuse une permission :

1° pour Lille, sous prétexte que c'est dans une zone où les permissions ne peuvent autoriser à aller.

2° pour Paris, puisque je ne suis pas prouvé que j'y retrouverai ma famille libérée.

Il est vrai que voyant que je ne pourrais pas aller à Lille pour l'instant, je n'ai pas insisté du tout. pour

aller à Paris.

Dès que vous saurez quelque chose.

Ou ne vous savez, que ayant ma permission de 3 jours pour Paris, vous pourrez à mon arrivée à Paris me faire obtenir l'autorisation d'aller à Lille

Ou que je puis retrouver père ou mère à Paris ; veuillez me le faire savoir télégraphiquement.

Je suis très impatient de savoir si papa était encore à Lille, et ce qu'il reste, de la maison n'a pas été trop pillée.

J'écris à Lille à tout hasard, mais je suis presque certain que les lettres vont mettre très longtemps à y arriver.

Aussi veuillez faire parvenir de mes nouvelles à Lille si vous avez un moyen à votre disposition

et demandez à mère ce qu'elle veut que je fasse.

C'est toujours assez ennuyeux de retarder une permission ; car après on a parfois plus de mal à l'avoir.

Mais en la retardant, j'ai quelques chances que dans huit jours, les Allemands seraient loin de Lille, et qu'alors je puisse avoir ma permission pour là-bas.

Si vous pouviez aussi me renseigner sur le sort de mon oncle Lucien Bréfy, vous me feriez bien plaisir.

Je vous remercie, mon cher oncle, de vous occuper de moi.

Vous me feriez bien plaisir en m'écrivant dès que vous saurez quelque chose car je crains que les lettres de Lille ne soient longues à arriver.

Recevez ainsi que toute l'assurance de toute mon affection

Votre neveu
Claude


À sa mère. Sur une possible rencontre à Paris avec son père ; confirmation de sa citation.

Ma mère chérie,

Quelles bonnes nouvelles vous m'annoncez dans vos deux mots du 20.

Elles me font grand grand plaisir.

Je suis très impatient de revoir papa; et j'ai peur que si nous attendons les laissez passer pour Lille, ce soit encore bien long.

On ne pourra très probablement aller à Lille pour une permission de détente dans un mois au plus.

Donc si papa venait passer quelques jours à Paris, j'ai bien envie de tâcher de vous y rejoindre ainsi que lui.

Si c'est votre avis, télégraphiez moi dès que vous saurez quand papa sera à Paris.

Mais vous savez que les télégrammes mettent presque aussi longtemps que les lettres. Écrivez moi donc en même temps et je tâcherai de vous joindre à Paris le plus rapidement possible.

J'en ai plus grand temps avant le courrier mais je vous écrirai longuement demain soir.

Vous ne me donnez pas beaucoup de détail; aussi j'attends une longue lettre de vous. Mon oncle Lucien ? Monsieur J. Le Blan ?

J'ai eu de la chance pour ma citation qui est revenue: Je suis cité à la Division. Le motif est très chic, et vous fera plaisir. Mais je ne l'ai pas pris en note.

Je vais d'ailleurs l'avoir par écrit d'ici quelques jours; je vous l'enverrai.

Enfin voilà mes 2 jours assurés pour la fin de ma permission de détente.

Je vous embrasse tendrement. Si vous pouvez écrire à papa, embrassez le de ma part.

Toute mon affection pour mon oncle Jules et tante.

Bien tendrement à vous
Claude


À sa mère. Dans l'attente d'une permission de détente.

Ma mère chérie,

Je n'ai pas eu de lettres de vous aujourd'hui et j'attendais avec impatience d'avoir les quelques détails que vous avez sur Lille, papa, mon oncle Lucien et M. J. Le Blan.

J'espère que demain, je recevrai deux lettres de vous.

J'attends avec impatience que vous me disiez que papa va venir à Paris, et que je vais y aller vous retrouver ainsi que lui.

Du front, il ne faut pas trop tarder à prendre les permissions. Si nous tardons trop, je risquerai peut-être de remonter en ligne. C'est peu probable pour le moment mais on ne sait jamais.

J'écris d'ailleurs à papa, ayant un (suite) enfin, je me réjouis tous les jours d'avoir changé d'arme: il n'y a pas à dire, en furetant assez de tous côtés, cette pauvre cavalerie est vraiment lamentable. Toujours elle arrive trop tard, et cela ne l'empêche pas d'écoper fortement mais sans aucune utilité.

Je suis 40ème à partir et il part actuellement chaque jour 1 type ___ environ mais cela peut changer en bien ou en mal.

Je compte donc environ 4 semaines pour partir en permission de détente.

Je vous embrasse tendrement, ma petite mère chérie et je suis vraiment bien heureux que ___ en aussi bon état de l'occupation.

Toute mon affection pour l'oncle Jules et tante.

Votre fils qui vous aime
Claude.


À son père, André Saint-Léger, à Lille — première lettre depuis 1915.

Mon cher papa,

Je ne sais pas si vous recevrez cette lettre que j'essaie de nouveau de vous faire parvenir, ayant su que la poste est rétablie par autobus entre Lille et Paris.

J'ai eu bien peur que vous ne soyez emmenés par les Allemands au moment de leur départ, surtout que les journaux affirmaient et affirment encore que les Allemands ont emmené tous les hommes jusqu'à 60 ans.

Aussi j'ai été bien heureux quand j'ai reçu le mot de mère me disant que vous étiez à Lille en bonne santé et que tout était aussi intact que possible.

Mais je suis encore fort impatient de savoir si mon oncle Lucien et Monsieur Gaston De Bleser sont encore à Lille.

Je n'ai pas encore reçu une seule lettre avec quelques détails.

Je suis très impatient de vous revoir, et il doit être bien difficile d'avoir un laisser-passer pour Lille.

Aussi j'espère que vous allez pouvoir aller à Paris, passer quelques jours.

Aussitôt que je vous y saurai, je demanderai une permission de 3 jours pour Paris qui est à ma disposition dès que je la voudrai.

Mère me préviendra d'ailleurs aussitôt que vous arriverez à Paris.

Si jamais vous ne pouviez y venir de suite, écrivez-moi, et je tâcherai d'aller jusqu'à Lille.

Voici mon adresse :

Aspirant de Lavalette
1ère C. M., 26ème B.C.P., S.P. 210

J'ai bien pensé à vous pendant ces 4 années qui ont dû vous paraître si longues.

Mais enfin grâce à cela, mon cher papa, nous allons retrouver la maison ; et nous avons vraiment de la chance, auprès de tous les malheureux qui ne retrouvent rien.

Dites aussi à mon oncle Lucien et à tante Marthe ainsi qu'à bonne-maman, combien j'ai pensé à eux et que je suis très impatient de les revoir.

Certainement cela ne tardera pas.

Car dans environ 1 mois j'aurai droit à une permission de 12 jours, et j'espère qu'alors, je pourrai aller la passer à Lille.

Dites à tante Marthe, que j'ai le plan du cimetière de Puisieux, avec toutes les tombes, et celle de Jacques. D'ailleurs je vais lui ___

Mon oncle Jean est-il avec vous ?

J'espère qu'il n'a pas non plus été emmené.

Embrassez tendrement de ma part Luco et mes cousines ainsi que tous chez tante Marthe. Je vous embrasse tendrement, mon cher papa,

Votre fils qui vous aime, Claude


À sa mère. Écrite de la gare de Saint-Quentin, au retour de permission.

Ma chère petite mère,

Je n'ai pas encore à l'heure actuelle (midi) rejoint le Bataillon qui n'était plus au repos, ou du moins il l'est encore jusqu'à ce soir ; ___ Nous avons un, comme c'est l'habitude (mais un moins grand), 10 h de retard, pour arriver à Saint-Quentin où je suis depuis 8 h du matin, attendant le ravitaillement pour rejoindre le Bataillon qui se trouvera cette nuit un peu au Nord de G... où je le retrouverai.

Donnez-moi de vos nouvelles le plus souvent possible. Mais je crains que les lettres ne mettent bien longtemps.

Je vous écris de la gare de Saint-Quentin qui est fort peu confortable, aussi je n'écris pas encore aujourd'hui à bonne-maman et à Tante Marthe, mais dites-leur que je les embrasse tendrement ainsi que l'oncle Lucien et tous.

J'ai pu continuer à vous écrire très souvent.

Je reviens très satisfait de cette fort agréable permission un peu courte, mais qui va être suivie d'une autre heureusement plus longue.

Il pleut un peu aussi ma lettre va être fort tâchée.

J'espère que vous êtes bien arrivés à Lille, et surtout sans trop vous fatiguer. Vous m'avez promis de vous soigner et d'être raisonnable.

Vous savez que nous avons tous bien besoin de votre santé, et j'exige que vous n'allez pas vous lancer dans des œuvres qui vous donneraient beaucoup de bile et beaucoup de fatigue.

Je vous embrasse tendrement, et je suis très impatient ma mère chérie d'avoir une lettre avec beaucoup de détails.

Votre fils qui vous aime, Claude


À sa mère, à Lille. En réserve au nord de Guise.

Ma chère petite mère,

J'ai rejoint le Bat. hier soir.

Il n'est pas en ligne mais en réserve et il n'est pas question de monter pour le moment.

D'ailleurs, ma compagnie serait la dernière, car nous avons donné les derniers & avec les permissionnaires et tous les absents il ne reste plus à la compagnie que 3 pièces au lieu de 10.

Nous sommes dans un petit patelin pas trop démoli A... où il y avait encore une cinquantaine de civils qu'on a dû évacuer. Aussi il y a encore des meubles & de somptueux fauteuils.

J'attends avec impatience un mot de vous me donnant votre opinion sur Lille.

J'espère d'ailleurs que je ne tarderai pas trop à y aller moi-même.

J'ai attrapé un rhume dans le chemin de fer.

Il y faisait un froid terrible. Et rester la nuit toute entière sans bouger, carreaux qui ferment mal etc. c'est charmant.

Comment s'est passé votre voyage ?

Je vous embrasse tendrement ma mère chérie.

Tout le monde espère que les Allemands vont déménager de cette région Nord de Guise et je pense que nous sommes là pour courir après dans ce cas.

Votre fils qui vous aime, Claude


À sa mère, à Lille.

Ma mère chérie,

Toujours à la même place, mon rhume va mieux.

Les nouvelles d'Autriche et de Turquie sont vraiment excellentes, aussi on espère que ce sera bientôt terminé.

Je voudrais vous savoir à Lille. Et j'attends avec impatience un mot de vous me disant que vous y êtes arrivés en bonne santé.

Il est déjà fort tard, et je n'ai rien d'intéressant à vous dire aujourd'hui, puis il faut que j'écrive encore à tante Marthe.

Je vous embrasse bien tendrement, ma petite mère chérie, papa est-il revenu à Lille ; et Philippe à S. Q. ?

Votre fils qui vous aime, Claude


À sa mère, à Lille.

Ma mère chérie,

Je n'ai toujours pas de nouvelles de vous ; et je voudrais vous savoir en bonne santé à Lille.

Il n'est pas question pour nous de monter en ligne, pour le moment et nous sommes toujours à la même place.

Je ne pense d'ailleurs pas que ma compagnie fasse quelque chose de bien sérieux cette fois-ci, car il y a beaucoup de permissionnaires partis en ce moment, la compagnie étant très en retard pour les permissions et le tour devant être fini le 15 Décembre.

Enfin, j'espère que je ne tarderai pas trop à y aller.

Papa doit être revenu maintenant.

L'embrassez-le bien tendrement de ma part.

Je vous embrasse aussi de tout cœur.

Votre fils qui vous aime, Claude


À sa mère, à Lille. Au lendemain de la prise d'un village au nord de Guise.

Ma petite mère chérie,

Je n'ai toujours rien de vous.

J'espère que vous êtes en bonne santé.

Ma compagnie (la compagnie à laquelle je suis détaché avec ma section) a pris hier La Capelle, Saint Germain, village assez important au Nord de Guise. (Identification du village à vérifier.) J'ai assisté à des scènes fort émouvantes & j'ai eu le plaisir de faire moi-même 5 ou 6 prisonniers qui ne demandaient qu'à se rendre.

Ils étaient dans un état de terreur intense. D'ailleurs, rien que la compagnie à laquelle j'appartiens et qui est cependant assez peu nombreuse a fait près de 150 prisonniers.

J'ai causé pas mal avec certains d'entre eux, et ils sont dans un état de dépression intense. Quand ils se rendent, ils sont surtout dans un état d'affolement extraordinaire, tout leur corps est pris d'un tremblement convulsif, et ils cherchent à faire plaisir à tout le monde, offrent cigares à volonté, etc.

Enfin comme j'en ai pris une fois plusieurs (des allemands) allant seul d'une pièce à l'autre encore cependant très près de mes hommes ; j'ai dû prendre la canne de papa pour le bataillon d'infanterie, car quand on est seul, ils ont beaucoup plus de culot. Mais en réalité ils ont tous été doux comme des moutons.

L'un était terrifié d'avoir encore sur lui son revolver, il me l'a donné et je le ramènerai à la maison.

L'officier qui commandait la compagnie nous a maintenus dans la compagnie absolument isolée pendant plus de la moitié de la nuit et toute la soirée, sans liaison à droite, et en liaison à gauche à 6 à 800 m. en arrière.

Mais la démoralisation des hommes qui étaient devant nous permet tous les culots, d'ailleurs les Allemands s'étant presque tous repliés.

Je vous embrasse bien tendrement ma petite mère chérie ainsi que papa.

Je suis encore un peu grippé et hier c'était très ennuyeux. Enfin aujourd'hui, cela va réellement beaucoup mieux ! Puis je vais pouvoir me soigner mieux, car nous sommes en réserve depuis ce matin.

Je vous embrasse encore.

Votre fils qui vous aime, Claude.

Les bottes sont parfaites.


À sa mère, à Lille. En réserve, dans la poursuite.

Ma petite mère chérie,

Nous sommes toujours en réserve, et nous courrons après Fritz.

Mon rhume est à peu près terminé et ma gorge va beaucoup mieux. Le tout a été remplacé par une extinction de voix.

Je vous envoie deux papiers qui pourront vous intéresser.

Et je pense que vous aurez du plaisir à voir l'en tête du journal que je vous envoie, en allemand.

Puis une proclamation pour le 9ème emprunt (NDLR : le 9e emprunt de guerre allemand) qui n'est pas fière.

J'ai ramassé aussi 2 petits obus boches coupe-tendons puisque vous désirez des souvenirs.

Un carnet de route assez long que je vous enverrai, j'ai beaucoup de mal à le déchiffrer

Je n'ai pas trouvé de journaux allemands plus récents que celui-là.

Enfin je pense que nous sommes arrivés au coup définitif.

Nous ne sommes pas au courant de ce qui se passe, les journaux arrivent très très en retard et jour par jour quand on en a !

Je vous embrasse bien tendrement, ma petite mère,

Les permissions ne marchent pas vite, et je ne sais quand j'irai, j'espère tout de même y être de 15 jours.

Pas un colis de Tine depuis mon arrivée, je lui ai écrit à St Germain et à Pau.

Le ravitaillement est très faible, et a beaucoup de mal à suivre.

Il a plu sans arrêt toute la journée d'hier, aussi partout, boue intense.

Je vous embrasse tendrement, les bottes sont très utiles ; j'embrasse tendrement papa.

Votre fils qui vous aime

Claude


À sa mère, à Lille. Écrite de La Capelle, au lendemain du passage des plénipotentiaires allemands.

Ma petite mère chérie,

Je reçois enfin des lettres de vous, et je suis heureux de vous savoir arrivée à Lille en bonne santé ; et content de ce que vous avez retrouvé à la maison.

Je suis en très bonne santé et depuis hier, assez bien installé dans le petit bourg de La Capelle où nous avons été témoin en partie de ce qui peut-être nous amènera bientôt la paix ou au moins l'armistice. Aussi sommes-nous très anxieux de savoir le résultat.

Je suis heureux de savoir que Simone a retrouvé une aile de sa maison en à peu près bon état.

J'ai reçu deux colis de laine aujourd'hui de Saint Germain.

Les bottes me rendent un service considérable, car il y a une boue fantastique, hier avant hier nous avons fait 4 km en pleine nuit par grande pluie de la boue partout jusqu'au dessus de la cheville, plus, les trous où on enfonçait aisément jusqu'aux genoux.

D'ailleurs c'est partout un peu la même chose.

Grâce aux bottes j'enfonce jusqu'au mollet sans avoir le pied mouillé.

Avez vous reçu mes journaux allemands. La Capitulation de l'Autriche en grand titre a dû vous amuser.

Je voudrais savoir que vous recevez bien mes lettres ; car je n'ai pas encore reçu de réponses.

Je suis assez ennuyé pour ma permission car on ne donne plus qu'une destination. Aussi j'hésite entre demander Lille, où j'aurais beaucoup de mal à avoir toutes mes affaires propres, et où on me m'accordera peut-être pas l'autorisation d'aller terminer ma permission à Paris.

Vous pourriez peut-être vous renseigner à ce sujet. Il faudrait sans doute que je trouve une raison plausible.

2° ou demander Paris, mais là j'aurais pas mal de difficultés à aller à Lille, car il faudra qu'en arrivant à Paris, je fasse une demande de permission au G. Q. G. ce qui est parfois long, pour laquelle il faudra un prétexte plus facile à trouver par ex. : pourquoi vous n'avez pu venir à Paris.

Que pensez vous de tout cela.

Je ne pense pas partir avant une quinzaine de jours. Pourrez vous faire alors le voyage de Paris,

Je crois que papa pourra toujours le faire, mais vous, cela sera peut être plus difficile.

Par conséquent si vous pensez ne pas pouvoir aller à Paris, je n'hésite pas à prendre ma permission pour Lille. Dans ce cas, vous m'écrivez de suite, et vous faites venir de suite toutes mes affaires képi etc. à Lille.

Je vous embrasse, ma petite mère chérie, ainsi que papa ; on m'annonce à l'instant qu'il part ce soir 10 permissionnaires, je pourrais donc fort bien partir d'ici 10 en 12 jours. J'attends votre réponse

Votre fils qui vous aime

Claude


— première lettre

À sa mère, à Lille. Retrouvailles avec l'oncle Émile et la tante Louise, libérés l'avant-veille.

Ma petite mère chérie,

Nous sommes en réserve depuis quelques jours avec toute la Division, mais nous sommes très occupés étant tout le temps avec les civils libérés qui sont très nombreux, et se refusent à nous lâcher.

Dans le pays où je suis actuellement, on a pris plusieurs trains de ravitaillement allemand complets.

Aussi les civils et tous se sont livrés à un pillage en règle.

Il y a des bouteilles de Champagne, gâteaux (comme on n'en voit plus en France depuis longtemps)

Aussi c'est la grande fête.

Maintenant passons à une chose plus intéressante.

Je suis un peu au Nord de M... et j'ai eu le plaisir d'aller voir avant hier soir et hier matin mon oncle Emile.

Quand je l'ai vu la première fois, c'était avant hier soir, il avait été libéré dans la matinée.

Malheureusement René a été emmené, quoique dans ce pays-ci presque tous les jeunes gens soient restés.

Enfin ils n'ont pas l'air de se faire trop de bile pour lui, car il est parti avec de très bons camarades.

J'y suis retourné hier et j'ai rencontré Louis qui arrivait en automobile. André a paraît-il attrapé une sale pneumonie ; il va mieux

Toute la section que je commandais l'autre jour va probablement être citée.

J'ai trouvé Guy en pas trop mauvaise santé, et Tante Louise, absolument pas changée, mais l'oncle Emile est très vieilli ; plus physiquement que moralement

Je vous embrasse bien tendrement ma petite mère, j'attends avec impatience votre réponse, car je pense partir en permission d'ici 4 ou 5 jours. Embrassez papa

Votre fils qui vous aime
Claude


— seconde lettre

À sa mère, à Lille. Le jour de l'armistice.

Ma petite mère chérie,

Je pense que cette fois-ci la guerre est bien finie, et nous pouvons tous nous féliciter d'avoir eu la chance d'en sortir ainsi.

Il n'y a plus qu'une chose que j'attends avec impatience, c'est de quitter l'uniforme et de rentrer à la maison.

J'espère que cela ne tardera pas trop, car la vie militaire, déjà très désagréable en temps de guerre, devient odieuse en temps de paix.

Heureusement que mon vague galon m'exempte de la plupart des corvées ennuyeuses qui nous tombent sur la tête.

Et puis j'ai eu la chance en causant avec le lieutenant qui commande ma compagnie, d'apprendre qu'il est le mari de Thérèse Guérin, amie intime de Cricq et de toute la famille Croix

Il connaît très bien Tante Louise qu'il est allé voir avec moi à cheval, hier.

Aussi cela va, j'espère, me faciliter pas mal de petites choses.

Nous ne savons pas ce que nous allons faire : retourner à Vincennes, ou aller faire un peu d'occupation

Cela m'amuserait particulièrement d'aller me promener à Cologne ou à Kreuznach ou Bingen.

Nous rechercherions les adresses des gens que nous y avons connu et je leur ferais une visite très aimable, en faisant des gaffes qui leur serait très désagréables dans le genre de ce que ne manquait pas de faire un Allemand chez nous.

Un peu d'occupation serait amusant. Mais je ne tiens pas à ce que cela dure trop longtemps.

René n'était pas encore rentré hier, mais je pense qu'il ne tardera pas.

Les courriers marchent mal en ce moment, et je suis très impatient d'avoir votre réponse au sujet de ma permission, car je puis partir d'un moment à l'autre.

Je pense qu'on doit commencer à aller plus facilement à Lille maintenant.

Cette question : bons de ville, s'arrange-t-elle.

Si jamais je partais en permission sans avoir reçu de réponse de vous, j'irais à Paris.

Je vous embrasse tendrement, ma petite mère, ainsi que papa.

Votre fils qui vous aime
Claude


À sa mère, à Lille. Écrite d'Anor, au sud-est de Fourmies.

Ma petite mère chérie,

Les courriers marchent effroyablement mal et je ne reçois qu'aujourd'hui votre lettre du 8 Novembre.

Je suis content de vous savoir bien portante, et heureuse que la guerre soit enfin terminée et bien terminée

Nous serons probablement dispensés d'occupation d'après les derniers renseignements.

Je suis toujours à Anor, village au Sud Est de Fourmies ; nous n'avons pas bougé depuis la fin des hostilités.

Il était d'ailleurs temps que cela finisse, car nous devions monter en ligne le matin même de l'armistice.

Nous avons seulement vu ce matin les conditions de l'armistice. Elles sont vraiment formidables.

Je m'attends à partir très rapidement en permission.

Mais on ne donne malheureusement qu'une destination.

Je crois que si je vais à Paris, je ferais peut-être bien de m'acheter un veston quelconque. Car avec cette démobilisation formidable ; au bout de quelque temps, on ne trouvera plus rien.

Je me demande pour combien de temps j'en ai encore, sous l'uniforme. Pourvu que cela ne se prolonge pas trop.

Mais je crains d'avoir à patienter encore au moins 5 ou 6 mois. Qu'en pensez vous ?

J'ai reçu deux très gentilles lettres de Loulou et de Georgette.

Quelles sont vos occupations à Lille en ce moment ?

Avez vous de la lumière, et du charbon.

Le ravitaillement commence-t-il à arriver régulièrement, et trouvez vous à peu près ce qu'il vous faut comme nourriture.

La ligne Lille Amiens par Arras est-elle rétablie ?

Cela rendrait beaucoup plus facile le voyage de Paris.

Je vous embrasse tendrement ma petite mère chérie, ainsi que papa,

Votre fils qui vous aime
Claude


À sa mère. Départ en permission pour Lille annoncé.

Ma petite mère chérie,

Je pars en permission très probablement après-demain, pour Lille, car on me refuse deux destinations, et j'ai trop peur qu'en arrivant à Paris, je ne puisse aller vous voir à Lille et que vous même ne puissiez aller à Paris.

D'ailleurs, comme je tiens avant tout à aller à Lille, il n'y a pas d'hésitations à avoir. Papa doit être aussi de retour, j'ai écrit à Annie pour qu'elle vous envoie le plus rapidement possible mon Képi, mes bottes.

Du linge, je pense que vous avez déjà dû en faire venir.

De Lille, je tâcherai de me débrouiller pour pouvoir repasser 2 ou 3 jours à Paris. Je ne m'attendais pas à partir si tôt.

Je regrette de n'avoir pas eu de réponses aux lettres que je vous ai écrites pour vous demander si vous pouviez me retrouver à Paris.

Enfin les courriers marchent plus mal que jamais. Tant pis.

Je vous embrasse tendrement, ma petite mère.

Votre fils qui vous aime
Claude


À sa mère. Proposé pour une citation au corps d'armée après la prise de Lesquielles-Saint-Germain.

Ma petite mère chérie,

Je ne pense partir que après demain en permission.

J'espère que vous recevrez toute mes affaires d'ici mon arrivée.

Nous faisons actuellement des étapes vers l'arrière, dans direction de Saint Quentin. Nous rentrons demain soir en fer au sud de Guise.

J'ai appris aujourd'hui que j'étais proposé pour une citation au corps d'armée à la suite de la prise de Lesquielles Saint Germain et des ___ que j'ai pris prisonniers que j'ai fait.

J'espère qu'elle me restera très en forme et quelques échelons.

Je vous embrasse tous bien fort ma petite mère ainsi que papa.

J'espère arriver avant ma lettre.

Votre fils qui vous aime

Claude


À sa mère. En route pour rejoindre son Bataillon près de Gand, via Paris.

Ma mère chérie,

Voici plus de 48 h. que je suis en route; il est vrai que sur ces 48 h. j'en ai passé 36, environ à Paris avec Annie.

J'ai logé chez Simone; noce de Roger ___ etc.

Enfin je reprends ce soir le Train de Lille, mon Bataillon se trouvant actuellement dans la région de Gand.

Si bien que demain après 3 jours de voyage, je me trouverai à peu près à mon point de départ.

On doit me donner des précisions sur la marche à suivre, à Calais. Je pense suivre la voie Dunkerque Ostende Bruges Gand.

Si vous connaissez quelqu'un à Gand, envoyez moi l'adresse.

Il me semble que tout cela ressemble pas mal à la direction de Cologne.

Enfin tout sera mieux que les régions démolies.

Dites à papa que d'après tous les gens que j'ai vus à Paris, on semble s'occuper sérieusement de nous. D'ailleurs l'arrivée de Wilson sera pour nous une excellente chose.

Je vous écris de Creil où j'attends l'express de Lille.

Cela me prépare une nuit des plus agréables.

Vu René Ternynck pas en très bon état de santé.

Je vous embrasse tendrement ma petite mère chérie ainsi que papa et Philippe.

J'ai parlé au frère de l'école des Roches.

Une réputation épouvantable au point de vue nourriture.

Il faudrait se renseigner très sérieusement.

D'ailleurs tout le monde dit qu'actuellement c'est la même chose dans toutes les pensions.

Votre fils qui vous aime

Claude

P.S. Pouvez-vous m'envoyer 100 frs, au Bataillon, car Paris est absolument ruineux ! enfin j'ai été très heureux de faire mes courses


À sa mère, à Lille. Retour de permission ; cantonnement près de Vichte, en Flandre belge.

Ma chère petite mère,

J'ai rejoint le bataillon sans trop de difficultés, allant en train jusqu'à Roubaix puis rejoignant à pied.

La désorganisation au point de vue courrier est très considérable.

On ne reçoit des lettres que tous les 4 jours environ.

Les colis mettent très longtemps à parvenir ;

Et je n'ai trouvé que les quelques colis de Tine

Ceux de Tante Den ne sont pas encore arrivés.

Tout est hors de prix : Une barre de chocolat 20 sous etc et tout en proportion.

De plus beaucoup de mal à s'expliquer avec tous ces Flamands qui ne parle pas un mot de Français.

Nous sommes tout près de Vichte.

Demain, nous prendrons probablement la direction de Bruxelles.

Je pense au Tabac de papa ; mais il n'y a rien actuellement à la coopérative.

J'ai dîné avec le lieutenant Gyngembre avant hier soir à mon arrivée.

Il a été très aimable ; et je lui ai proposé, quand il partirait en permission, de vous demander l'hospitalité.

Je vous recommande de le soigner ; il apprécie les bons dîners ; et il est vraiment très gentil pour moi ;

J'ai vu au moment de mon départ que vous aviez reçu le prospectus et la réponse de Monsieur Berthier.

Qu'allez vous faire ?

Je trouve que Philippe peut difficilement rester à la maison actuellement.

Nous avons repos toute la journée, et j'ai commencé à travailler un peu le livre sur la filature que m'a prêté Louis Philippe.

Je vous embrasse tendrement ma petite mère chérie ainsi que papa et Philippe

Votre fils qui vous aime
Claude


À sa mère, à Lille. Au repos dans un faubourg de Sotteghem (Zottegem).

Ma petite mère chérie,

Ci-joint une lettre d'Hélène Demolin au sujet de l'école.

Nous sommes au repos dans un petit patelin qui est un faubourg de Sotteghem, petite ville sur la route de Audenarde à Bruxelles, on dit que nous y resterons environ un mois.

Nous sommes très bien logés.

Mais tandis qu'en France, on pouvait tout laisser traîner, ici au contraire, on nous pille autant qu'il est possible, depuis que nous sommes entrés dans l'"héroïque"! et pillarde Belgique !

Une trentaine de bicyclettes volées à la Division depuis 3 jours. 2 pour la nuit d'hier à aujourd'hui pour ma compagnie et etc.

Je vous embrasse tendrement ainsi que papa, Philippe
Claude


À sa mère, à Lille. À Sotteghem.

Ma chère petite mère,

Je reçois aujourd'hui votre première lettre datée du 12.

Nous sommes toujours à Sotteghem.

Fort inoccupé, à part ce matin une revue du Commandant.

J'ai écrit déjà plusieurs fois à Tante Madeleine, mais les lettres mettent un temps considérable.

Si vous en aviez l'occasion, pourrez vous m'envoyer quelques romans mis au rancart, de temps en temps.

Avez vous eu des nouvelles de papa de Paris ; et est-il content de son voyage ?

Tout est ici hors de prix.

La population ne parle à peu près que le Flammand, aussi on a du mal à se faire comprendre.

Je n'ai pas vu un journal français depuis mon départ de Lille.

Nous ne sommes absolument pas au courant de ce qui se passe.

Avez vous encore quelques permissionnaires à Lille.

Je vous embrasse tendrement ma petite mère chérie,

Votre fils qui vous aime
Claude


À sa mère, à Lille. Les filatures de lin de Sotteghem vidées de leur matériel.

Ma mère chérie,

Je vais peut-être aller à Bruxelles, auriez vous l'obligeance de m'envoyer l'adresse de Maurice Le Blan.

Je voudrais aussi celle d'Hélène Demolin qui était dans sa lettre.

Il y a ici à Sotteghem des filatures de lin dont les Allemands ont démonté et emmené tout le matériel en Allemagne ; il ne reste que les 4 murs.

J'ai été étonné de voir que cela s'était pratiqué en Belgique comme en France, au moins en certains endroits.

Je vous embrasse tendrement ainsi que Philippe ;

Votre fils qui vous aime
Claude


À sa mère, à Lille. À Sotteghem.

Ma mère chérie,

Je suis toujours à Sotteghem en très bonne santé.

Nous avons peu de choses à faire ; aussi je fais beaucoup de marches ; Lundi, nous commençons plus sérieusement l'exercice.

Puis un peu de foot-ball, mais le terrain est épouvantable ;

Je reçois les colis de Tante Dan très régulièrement, mais pas un mot d'elle ;

J'espère que papa va revenir satisfait de son séjour à Paris.

Vous me ferez plaisir en me disant à quelle heure et d'où partent les différents trains Lille Paris.

J'avais prévu que l'oncle Jean ne trouverait pas de système pour repasser le Gilette, et j'en ai acheté un en passant à Paris.

Vos lettres me font bien plaisir.

J'ai reçu un mot de Yvonne qui me dit qu'Annie a vu longuement papa à Paris.

Au sujet de Philippe, je crois qu'il serait en effet peut-être mieux à Normandie.

D'ailleurs papa va probablement vous ramener des renseignements de Paris.

Je vous embrasse tendrement ainsi que père et Philippe

Votre fils qui vous aime
Claude


— première lettre

À sa mère, à Lille. Départ pour Bruxelles ; le bataillon reçoit la fourragère.

Ma mère chérie

Brusque départ pour ___ faubourg de Bruxelles où nous devons rester dit-on très longtemps ; le Bataillon étant de garde dans plusieurs gares de Bruxelles (Bruxelles Nord etc)

Nous devons arriver à Bruxelles demain.

Pendant que j'étais en permission, la citation du Bataillon à l'armée pour la prise de Tramelly est revenue.

Il en est revenu une autre il y a 2 jours pour le passage de la Somme à Morcourt et la prise de Chipilly.

Ainsi nous sommes Bataillon fourragère. (Mieux vaut tard que jamais)

Je vous embrasse tendrement ainsi que père et Philippe.

Votre fils qui vous aime
Claude


— seconde lettre

À sa mère, à Lille. Cantonnement à 8 km de Bruxelles ; début de la démobilisation.

Ma petite mère chérie,

Nous cantonnons ce soir à 8 km de Bruxelles, que nous devons traverser demain pour atteindre nos cantonnements définitifs de l'autre côté de Bruxelles.

Nous avons la malchance d'être encore en route demain 25 Décembre.

Enfin nous allons peut-être passer quelques semaines assez agréables dans la région bruxelloise

Je compte aller rendre visite à Monsieur Maurice Le Blan après demain ou le jour suivant.

J'ai son adresse, contrairement à ce que je vous avais écrit.

La démobilisation commence aujourd'hui, et je suis de la dernière classe qui sera démobilisée : 1916 !

Je vous embrasse tendrement ainsi que père et Philippe

Votre fils qui vous aime
Claude


À sa mère, à Lille. Écrite de Bruxelles, chez Maurice Le Blan.

26 Décembre 1918

Ma mère chérie,

Je déjeune aujourd'hui chez Monsieur Maurice Le Blan. qui se charge de vous faire parvenir cette lettre.

Je suis à Bruxelles aujourd'hui, malheureusement nous n'y restons pas et je pars demain à destination de Court-Saint Étienne petit patelin à une trentaine de km de Bruxelles dans la direction de Charleroy.

Nous devons, dit-on y rester un mois ; et d'ailleurs il ne serait pas étonnant que nous y restions longtemps ; car on a disséminé un peu partout tout le Bataillon.

Plusieurs compagnies à Bruxelles même, d'autres à Alost et nous dans ce trou.

Enfin ayant comme tout supérieur le lieutenant Gynguembre, j'espère être fort tranquille et venir de temps à autre jusqu'à Bruxelles.

Avec ce grand désordre les lettres sont plus irrégulières que jamais.

Voici 4 jours qu'il n'est pas arrivé une seule lettre au Bataillon et les compagnies détachées ont des chances de continuer le même régime.

Aussi veuillez en même temps que vous m'écriez au Bataillon m'envoyer de temps à autre un mot chez Monsieur Maurice Le Blan.

Je suis d'ailleurs en excellente santé et n'ai besoin de rien.

Je vous embrasse tendrement ainsi que papa et Philippe

Votre fils qui vous aime
Claude


À sa mère, à Lille. À Court-Saint-Étienne : rembarquement du matériel d'artillerie récupéré.

Ma petite mère chérie,

Court Saint Étienne où nous sommes arrivés avant hier est un petit patelin de 8.000 habitants où nous sommes très bien reçus.

Tous les hommes couchent dans des lits, on se les arrache même.

Ma compagnie relève ici des territoriaux qui vont être libérés ; et notre occupation est de nettoyer et rembarquer des milliers d'obus français que les Allemands nous avaient pris à Fère-en-Tardenois, et qu'ils avaient ramené ici.

Tous ces obus se trouvent dans une immense usine où l'on fabriquait du matériel pour les mines de la région de Charleroy, où les Allemands avaient installé un grand centre de réparation de canons. (Passage reconstitué à partir d'une transcription interrompue : à revoir sur le manuscrit.)

Et ils y ont laissé de 250 à 300 canons de tout calibre.

Je pense aller passer le jour de l'an chez Monsieur Maurice Le Blan à Bruxelles.

Il y a près d'ici une importante filature (2.000 ouvriers) dont les Allemands ont enlevé tous les cuivres comme à la filature.

Les machines au contraire n'ont jamais servi.

Je vous embrasse tendrement ainsi que papa et Philippe

Votre fils qui vous aime
Claude


Sources

Autres années

1918 Lettres a Claude
1919 Lettres a Claude