Sauf-conduit pour Saint-Omer, 22 septembre 1915

Sauf-conduit pour Saint-Omer, 22 septembre 1915

1915-09-22 Sauf-conduit pour Saint-Omer

Pour situer cette pièce

Le 22 septembre 1915, un commissaire de police parisien délivre à Claude Adolphe Georges Saint-Léger (1897-1944), dix-huit ans, un sauf-conduit pour Calais et Saint-Omer. Il a quitté Lille occupée un mois plus tôt, le 23 août, avec son cousin Maxime Descamps, gagné la Hollande, puis l’Angleterre, puis Paris, où il loge avenue Kléber. La veille, la Mission militaire française attachée à l’armée britannique lui a écrit que l’état-major anglais souhaitait l’entendre, lui a fait tenir une autorisation de circuler en chemin de fer, et a précisé que celle-ci ne suffisait pas et qu’il devrait y ajouter un titre de l’autorité civile. Cette pièce est ce titre. C’est aussi la seule du fonds à porter son signalement.

Le contexte

La France de 1915 est coupée en deux régimes administratifs. La zone de l’intérieur relève de l’autorité civile ordinaire. La zone des armées, qui court du littoral de la Manche à la frontière suisse, relève de l’autorité militaire, qui y règle la circulation, le couvre-feu, la presse et le courrier. Le Pas-de-Calais en fait partie, et la moitié nord du département est tenue par l’armée britannique, dont le grand quartier général siège à Saint-Omer jusqu’en mars 1916.

Un civil qui veut s’y rendre a besoin de deux titres et non d’un seul. Le premier est administratif et se demande là où l’on habite : un sauf-conduit, délivré par le commissariat ou par la mairie, qui nomme le porteur, le décrit et fixe son itinéraire, dont il n’est pas permis de s’écarter. Le second est militaire et conditionne l’entrée effective dans la zone : c’est l’autorisation n° 6232 D.E.S. que la Mission a jointe à sa lettre du 21 septembre, et qui doit être présentée à l’officier adjoint à la commission de gare. Les deux titres se rejoignent à Calais, porte ferroviaire de la zone britannique, où le voyageur venu de l’intérieur descend du train et se présente au commissaire militaire.

Le détail n’est pas de pure forme. Quinze jours plus tôt, le passeport que l’agence consulaire de France à Flessingue avait délivré à Claude portait un cachet rouge : non valable pour la zone des armées. La pièce du 22 septembre ne lève pas cette restriction, elle la contourne par un titre d’une autre nature. Trois jours plus tard, le 25 septembre, la 1re Armée britannique attaque à Loos, à une trentaine de kilomètres de Lille. Ce qu’un garçon de dix-huit ans sorti de la ville occupée trois semaines plus tôt peut dire des cantonnements et des batteries allemandes vaut, en cette fin de septembre, d’être entendu vite.

Dates repères, septembre 1915


22 septembre 1915. Sauf-conduit du Gouvernement militaire de Paris

République française. Gouvernement militaire de Paris. Préfecture de police. Sauf-conduit.

Nom : M. Saint Léger. Prénoms : Claude. Nationalité : française. Profession : étudiant. Domicile : 19, av. Kléber.

Signalement : âge 18 ans ; cheveux bruns ; barbe rasée ; signes particuliers apparents : porte des lunettes.

Destination et itinéraire : « Calais, où M. Saint Léger se présentera au Commissaire militaire de la gare en vue d'être autorisé à se rendre à St-Omer, où il se rend pour la mission militaire française attachée à l'armée britannique. »

Délivré à Paris, le 22 septembre 1915. Le Commissaire de police, [signature].

Portrait photographique de Claude Saint-Léger à dix-huit ans, peu après son retour en France, septembre 1915
Claude Saint-Léger à son retour en France, septembre 1915. Première image de lui adulte conservée dans le fonds. Le sauf-conduit délivré le même jour le décrit cheveux bruns, barbe rasée, portant des lunettes.

Sources