Brouillons de lettres à Rheims, novembre 1944

Brouillons de lettres à Rheims, novembre 1944

1944-11-15 Brouillons a M Rheims

Pour situer ces brouillons

Trois brouillons de la main de Claude Saint-Léger (1897-1944), commandant, chef des officiers de liaison français auprès des Lines of Communication britanniques, en poste à Amiens depuis l’automne 1944. Les deux premiers sont adressés à Rheims, chef de la Section militaire de liaison auprès du Délégué aux relations interalliées, celui-là même qui avait signé le 14 octobre la note lui confiant ce commandement. Le troisième s’adresse à un commissaire qui n’est pas nommé. Un seul porte une date, le 15 novembre 1944. Tous les trois disent la même chose de trois façons : il demande à être relevé de son poste. Les passages biffés dans le manuscrit sont rendus ici en texte barré.

Le contexte

Les Lines of Communication sont l’arrière de l’armée britannique, la zone des dépôts, des transports et des voies de communication en arrière du front. Après la Normandie, Claude Saint-Léger quitte le 8e Corps blindé pour un poste statique et se voit confier, à la date du 15 octobre 1944, le commandement des officiers de liaison français auprès de cette organisation, pour une zone qui couvre le Nord, le Pas-de-Calais, la Somme et l’Oise. Il s’installe à Amiens et non à Lille.

Or Lille est la ville de ses affaires. Administrateur délégué des Établissements Agache de Pérenchies avant la guerre, il se trouve chargé, en uniforme, d’une zone où l’industrie linière et textile attend des décisions alliées. Il avait pris ses précautions : le 8 novembre 1944, il prescrit à Daniel Lienart le remboursement aux Établissements Agache de toutes les sommes perçues depuis 1943 et renonce, à partir du 1er octobre, à tout appointement fixe comme à toute part de gérance. La société arrête ces comptes le 15 novembre.

Ces brouillons montrent que la précaution ne lui a pas suffi. Deux voyages récents dans le Nord l’ont convaincu que la position restait fausse. Il demande donc un remplaçant, envisage de passer à l’organisation des prisonniers de guerre pour l’Allemagne, où il pense avoir une priorité comme ancien prisonnier de l’Oflag VIII-A, ou de rejoindre un bataillon de F.F.I. dans l’Est. Aucun de ces projets n’aboutira : il est tué le 14 décembre 1944 sur la route d’Arras à Doullens.

Dates repères, automne 1944


À Rheims. Brouillon signé, seule pièce datée du groupe.

Mon cher Rheims,

Je vous vous serais reconnaissant (NDLR : répétition du manuscrit) de me trouver un remplaçant à mon poste de chef des officiers de liaison des L. of C.

Vous saviez que je n'avais déjà pas voulu du poste de Lille. Les deux nouveaux voyages que je viens d'y faire m'ont convaincu que j'avais eu raison.

Et bien que aux L. of C. les problèmes du Nord soient beaucoup plus loin, et que d'autre part j'ai abandonné à partir du 1er Octobre toute rémunération aux Ets Agache, je ne veux pas mêler ma vie militaire à des questions même très vagues d'intérêts personnels.

Je voulais déjà, il y a huit jours, vous parler de mon désir de rejoindre une autre organisation, comme par ex : celle des prisonniers de guerre pour aller en Allemagne ; il me semble que comme ancien prisonnier je puis avoir une priorité, ou permuter avec un des officiers du Colonel de Rottenal

Ou encore rentrer dans un bataillon d'F.F.I. dans l'Est (si tant est que ce soit faisable)

Danon a d'ailleurs étudier la première de ces questions à la suite de notre conversation.

Je vous serais très reconnaissant de m'aider et vous assure de mon plus amical souvenir.

Claude Saint Léger

(NDLR : les deux lignes qui suivent sont portées après la signature)

Il y a 8 jours j'avais parlé à Danon de rejoindre l'organisation prisonnier, mise au point pour l'Allemagne.

A moins que je ne puisse permuter avec un officier du colonel de Rottenal,


Deuxième brouillon, sans date

À Rheims. Brouillon non daté, plus développé, sans signature.

Mon cher Rheims,

Comme vous le savez, j'ai insisté auprès du Colonel Lion et de vous même pour ne pas avoir le poste d'officier de liaison administrative des affaires civiles dans le Nord.

J'ai ensuite accepté le poste de chef des officiers de liaison des L of C britanniques parce que d'une part la question de Lille devenait beaucoup plus noyée dans l'ensemble et que j'était décidé à recouvrer toute indépendance vis à vis des affaires de ma famille en supprimant toute rétribution à valoir à partir du 1er Octobre et que d'autre part j'étais décidé à me rendre totalement indépendant de mes affaires en me faisant supprimer toute rétribution à valoir à partir du 1er Octobre 44 ; ce qui j'ai fut fait.

Il n'empêche que pratiquement, Il y a quelques problèmes importants dont il faudrait y s'occuper et qui concernent à la fois des industries, par ex : l'industrie linière.

et qui sont du ressort de M (NDLR : blanc laissé dans le manuscrit) pour lesquels, qui regardent M. Coulet et les relations franco-alliées. Les affaires de ma famille étant intéressées par les services de M. Coulet.

Je suis entré dans l'armée volontairement deux fois pendant cette guerre n'y ayant qu'dans l'armée et tellement je trouvais que il fallait avoir une situation nette pour un industriel et il n'y ayant que dans l'armée qu'on avait une situation nette.

Cela n'est pas pour retrouver en uniforme ce que j'ai voulu éviter en civil.

Aussi je vous serais reconnaissant comme suite d'ailleurs à la conversation que j'ai eu avec Danon et ...


Troisième brouillon, sans date

À un commissaire non nommé. Écrit sur du papier à en-tête de la Préfecture de la Somme.

PRÉFECTURE DE LA SOMME

SECRÉTARIAT GÉNÉRAL

ÉTAT FRANÇAIS

(NDLR : en-tête imprimé du papier employé. La mention ÉTAT FRANÇAIS est celle du régime de Vichy, sur du papier encore en usage à la préfecture d’Amiens plus de deux mois après la libération de la ville. Le réemploi du papier ne vaut pas adhésion.)

Monsieur le commissaire,

Je quitte sur ma demande le poste de chef des Officiers de Liaison des Lines of Communication britanniques, parce ayant été administrateur délégué avant la guerre des Ets Agache, je ne veux à aucun prix mêler ma vie militaire à des questions d'intérêt général, qui se trouvent nécessairement être en même temps des questions à avoir une influence dominante sur des intérêts particuliers (bien que j'ai abandonné à dater du 1er Octobre 1944 la rémunération de notre affaire).

Je me suis mêlé aux L. of C. le moins possible des questions textile ; mais je pense que ayant dans ma zone le Nord (NDLR : blanc laissé dans le manuscrit) ; la solution est tout de même mauvaise.

Je m'autorise la liberté que me donne le fait que j'ai demandé à être relevé de mon poste (NDLR : blanc laissé dans le manuscrit) rejoindre enfin mon poste aux armées.

pour vous faire un rapport sur la situation morale et matériel de l'Industrie textile dans le Nord.

Personnellement j'ai été l'un des 2 administrateurs délégués des Ets Agache (Perenchies) avant guerre.


Sources