Trois lettres du QG arrière de la IIe Armée britannique, août et septembre 1944

Trois lettres du QG arrière de la IIe Armée britannique, août et septembre 1944

1944-08-25 Lettres du QG arriere de la IIe Armee

Pour situer ces lettres

Trois lettres manuscrites reçues par Claude Saint-Léger (1897-1944) entre la fin du mois d’août et le début du mois de septembre 1944, alors qu’il sert en Normandie comme officier de liaison administrative français auprès des Affaires civiles du 8e Corps britannique. Elles portent en tête la mention HQ Rear II Army, puis HQ Second Army Rear, le quartier général arrière de la IIe Armée britannique, où siège la mission française de liaison dont il relève. Le signataire, dont le paraphe est resté illisible, est son supérieur direct : il répartit les officiers de liaison entre les corps d’armée, fait remonter leurs rapports et délivre les ordres de mission. Le ton est celui d’un chef qui écrit à un homme qu’il estime et qu’il ménage. Les deux premières lettres tiennent sur deux pages recto verso, la troisième sur trois pages.

Le contexte

Paris est libéré le 25 août 1944, le jour même où est écrite la première de ces lettres. Au nord, la IIe Armée britannique franchit la Seine. Ses trois corps d’armée ne sont pas traités de la même façon : le 30e Corps exploite la tête de pont prise par les Américains à Mantes-Gassicourt, le 12e Corps développe la sienne vers Louviers, et le 8e Corps, celui de Claude, est maintenu en réserve d’armée et immobilisé, ses moyens de transport servant à porter le reste de l’armée en avant. C’est exactement ce que dit le signataire des lettres lorsqu’il écrit avoir négligé le corps de Claude parce que les 30e et 12e corps absorbent toutes ses forces, et qu’il espère le voir réengagé bientôt.

Cette immobilisation explique la permission. L’ordre de mission de 48 heures joint à la lettre du 25 août est délivré au moment précis où le corps ne combat pas : la fenêtre est ouverte, elle peut se refermer. Claude en profite pour retrouver sa famille, réfugiée à Paris.

Sur le terrain que Claude quitte pour quelques jours, la relève est en cours. Depuis le 24 août, les autorités françaises ont accepté la charge du ravitaillement des populations de l’arrondissement de Vire, et le 223 Civil Affairs Detachment, installé à Carville, est passé sous le commandement des Lines of Communication. La lettre du 29 août renvoie à un rapport de Claude daté du 28 sur cette zone, transmis plus haut à un colonel dont le nom est lu Gussmann. C’est le fonctionnement ordinaire de la chaîne de liaison : l’officier au contact écrit, le chef de mission arbitre et transmet, et l’administration civile française reprend en mains ce que les militaires ne peuvent pas tenir durablement.

Une semaine plus tard, tout a changé. La poursuite, confiée au 30e Corps, a emporté le front vers le nord-est : Amiens est libérée le 31 août, Arras et Douai le 1er septembre, Lens le 2, Lille et Bruxelles le 3. Le 8e Corps, resté en arrière, n’y a pas pris part, et son chef de mission le regrette pour Claude en ouvrant la lettre du 5 septembre. Le mouvement va plus vite que les institutions : les corps d’armée courent vers la Belgique alors que les départements libérés, eux, ne bougent plus. Le chef de mission en tire deux conséquences le même jour. Il arrête ses officiers à la frontière, estimant que la mission française n’a plus de raison d’être hors du territoire national, et il les redistribue par territoires et non plus par grandes unités. Claude reçoit le département de la Somme et s’installe à Amiens. C’est la lettre qui ouvre sa période picarde, celle au cours de laquelle il mourra le 14 décembre 1944.

Dates repères, août et septembre 1944


Du quartier général arrière de la IIe Armée britannique, à Claude Saint-Léger, officier de liaison auprès du 8e Corps britannique. Signature illisible.

Mon cher ami

Voici votre ordre de mission - Il me semble que, sans risque de ne pas commettre d’imprudence, il y a intérêt à ce que vous y alliez le plus tôt possible - car je pense (& espère) que votre corps sera ré-engagé prochainement. -

J’ai mis la durée fatidique de 48h - mais, il est bien entendu que si vous n’arrivez pas à « étaler » en moins de 3 jours, l’oublierai de m’en apercevoir - (lecture incertaine : j’oublierai ?)

Naturellement vous passerez le commandement à Mequet - Qu’il garde le contact avec moi -

Pour Michel, pas question, hélas, de vous le rendre - je suis formellement à court pour 30 & 12 corps avec les avances actuelles - on verra quand votre corps sera engagé de nouveau -

Je vous remercie de me remettre la vôtre - à bientôt, et très amicalement

(Signature : Vumlion ou Vumtion)


Du quartier général arrière de la IIe Armée britannique, à Claude Saint-Léger, de retour de permission. Signature illisible, identique à celle du 25 août.

Mon cher ami

Merci de votre lettre du 28, et des journaux qu’elle contenait. - Je suis bien heureux que vous ayez retrouvé votre famille en excellente santé.

J’ai, moi-même, passé 24 heures à Paris, dimanche après-midi et lundi matin (le siège de la M.M.F.A. y est installé au Claridge) (sigle de lecture incertaine) - J’y ai, comme vous, trouvé l’atmosphère très belle. - Notre capitale n’est encore grandie dans cette semaine mémorable, cela peut avoir une grande importance pour l’avenir - par ce de bonnes nouvelles de mieux, toujours au M’Don. (passage de lecture incertaine)

J’ai, depuis quelque temps, un peu négligé votre corps. - C’est, vous l’avez compris presque, pour l’instant, le départ de l’Eure, où opéreraient les 30 & 12 corps, absorbait toutes mes forces. - Mais l’espoir et croyance fermement que le jour est prochain où j’aurai de nouveau à suivre d’autres Vos détachements, à l’avant. -

J’ai transmis au Colonel Gussmann votre rapport du 28/8 sur la zone du 223 CA Int. (lecture incertaine : 223 C.A. Det ?) - Je me suis d’ailleurs entretenu de cette situation avec nos autorités civiles qui doivent comprendre que leur tâche est de prendre en mains tous les problèmes que nous, officiers de liaison, ne pouvons que dépasser, avec l’action actuelle des opérations. -

Je pars demain pour une tournée de 2, ou 3 jours dans la région Évreux - Louviers - Vernon (et peut être sur la rive droite de la Seine) - à mon retour, j’espère bien pouvoir vous rencontrer

Bien amicalement à vous

(Signature : Vumlion ou Vumtion)

j’ai envoyé par une autre pli l’ordre de mission pour missions


Du quartier général arrière de la IIe Armée britannique, à Claude Saint-Léger. Trois pages manuscrites. Signature illisible, identique à celles des deux lettres d’août.

Cdt Saint-Léger

HQ Second Army Rear
5/9/44

Mon cher ami -

Je vous ai à nouveau négligé ces derniers temps - et m’en excuse - La mauvaise chance a voulu que votre Corps ne participe pas à la poursuite ; car celle-ci a été confiée au 30 corps, et, avec Rheims, j’ai fait, ces jours-ci, Beauvais, Amiens, Arras, Lens, Douai, Lille, Roubaix -

Vos officiers et vous auriez mérité de prendre leur part de ces belles heures - Tels sont les hasards de la guerre ! -

Devant le problème de l’entrée éventuelle de nos officiers en Belgique, j’ai pris la décision de stopper tout le monde à la frontière - Il m’apparaît en effet que notre mission n’a plus de raison d’être hors du territoire français - Je pars pour Paris pour me remettre à Boislambert ma décision -

Vous le présent (lecture incertaine), j’ai réparti territorialement nos officiers, sans plus tenir compte des répartitions entre Corps d’armée, qui n’ont plus de raison d’être - En ce qui concerne vous-même et ceux du 8 corps, les affectations sont les suivantes :

1/ Vous vous placerez à Beauvais Amiens (Beauvais est rayé dans le manuscrit), où vous vous occuperez de l’ensemble des questions du dépt de la Somme (sous réserve d’accord des Canadiens pour les parties Ouest du départementt) (je n’oublie pas que vous êtes Lillois ; mais, Rheims ayant démarré le Nord, il m’est difficile de l’en enlever. Et il est probable que je me placerai moi-même à Lille par la suite)

J’avais indiqué hier à Chauvigny qu’il devrait aller à Amiens pour s’occuper de Somme et Oise. Je change mon ordre, et lui demande de se placer à Beauvais, pour s’occuper de l’Oise seul -

Au cas où vous le verriez avant moi, je vous serais reconnaissant de l’en aviser, et lui remettre le mot ci-joint.

2/ Vous aurez avec vous, dans la Somme :
Olivier pour Amiens même et les environs
Jacques pour Doullens (où il y a des problèmes, par suite de bombardts récents)

Les autres localités importantes de la Somme sont hors de notre zone -

3/ Leroy se rendra à Lille, aux ordres de Danon qui m’y précédera demain -

Desmaisières ira à Gournay -

4/ Je compte passer à Amiens, à mon retour de Paris, Vendredi sauf imprévu. S’il vous était agréable de faire un saut à Lille d’ici là, d’accord -

Union et Vœux

(Signature : Vumlion ou Vumtion)

Baillet      St Pol (ces deux mots sont de la main de Claude Saint-Léger)


Sources