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Treize jours après la libération de Tinchebray, dans l'Orne, celui qui signe comme maire de la commune écrit à un officier qu'il appelle Mon Commandant pour le remercier du retour de ses habitants et du ravitaillement du canton. Le signataire est le révérend père Fernand Prével (1902-1972), prêtre de l'institution Sainte-Marie, qui avait accueilli les troupes alliées le 15 août comme adjoint au maire. Le destinataire est Claude Adolphe Georges Saint-Léger (1897-1944), officier de liaison administrative français auprès des Affaires civiles du 8e corps d'armée britannique, assimilé au grade de commandant depuis juin 1944. La lettre ne le nomme pas: les deux hommes s'étaient rencontrés neuf jours plus tôt, à la réception donnée à Tinchebray le 19 août.
Le contexte
Tinchebray est libérée le 15 août 1944 par les troupes américaines et britanniques qui enlèvent les ponts du Noireau, au moment où se referme la poche de Falaise. Les Alliés y trouvent un bourg vidé de ses habitants, partis sur les routes dès le début des opérations. C'est le père Prével, adjoint au maire, qui les accueille et obtient que le bourg soit épargné par l'artillerie. Huit jours plus tôt, trois juifs évadés qu'il avait cachés avec le père Lucien Leconte dans les bâtiments de l'institution avaient quitté Tinchebray sains et saufs, ce qui lui vaudra en 2016 d'être reconnu Juste parmi les Nations.
Le secteur relève alors des Affaires civiles du 8e corps britannique, dont les détachements travaillent depuis l'arrondissement de Vire, dans le Calvados, bien que Tinchebray et Chanu appartiennent à l'Orne. Le 17 août, le chef des Affaires civiles du corps découvre environ sept mille réfugiés à Chanu, à quelques kilomètres de Tinchebray, et y dépêche en urgence le détachement 218. La Mission militaire de liaison administrative arrive à Chanu le 18: Claude Saint-Léger y représente l'autorité militaire française auprès des unités alliées, avec son chauffeur. Le 19, une réception est donnée à Tinchebray, où se retrouvent les officiers des deux détachements britanniques de Civil Affairs, le capitaine Terence Young, le père Prével et le sous-préfet de Vire Max Maurin, venu pour les communes libérées de l'Orne. Le 20, vingt camions de trois tonnes sont affectés à la réinstallation des réfugiés, après contrôle des intéressés par la Field Security.
Le ravitaillement du secteur reste précaire: les autorités françaises n'en reprennent la charge que le 24 août, et le rapport de situation du sous-lieutenant Le Roy, daté du 29, décrit des communes livrées à elles-mêmes, des munitions abandonnées partout et des destructions qui interdisent certains retours. La lettre du 28 août tombe exactement dans cet intervalle. Elle dit du côté français ce que les journaux de marche britanniques disent du côté allié, le rapatriement rapide des populations et leur ravitaillement, et elle ajoute ce que ces journaux ne disent pas, la reconnaissance personnelle d'un homme qui avait invité l'officier français et l'avait vu venir.
Du père Fernand Prével, signant comme maire de Tinchebray (Orne), à Claude Saint-Léger. Lettre manuscrite, cachet de la mairie. Le destinataire n'est pas nommé dans la lettre.
Mon Commandant,
Un devoir devient un plaisir quand il s'agit de vous exprimer et ma respectueuse gratitude et mon admiration.
Car, en définitive, c'est bien à vous que ma population de Tinchebray et celle du Canton sont redevables de leur rapide rapatriement, de leur ravitaillement, et de mille autres avantages que tant d'autres nous envient.
A titre personnel, je garde le meilleur et reconnaissant souvenir de ce que, malgré votre tâche écrasante, vous avez bien voulu me faire l'honneur de répondre à mon invitation.
Puisse-je, un jour à venir, vous redire ma très respectueuse reconnaissance.
Vive les Armées Alliées.
Vive notre France éternelle.
F. Revel (lecture: F. Prével)
Maire de Tinchebray
(NDLR: cachet de la mairie de Tinchebray apposé au bas de la lettre.)