Lettre au lieutenant-colonel Lion, août 1944

Lettre au lieutenant-colonel Lion, août 1944

Pour situer ce document

Claude Saint-Léger (1897-1944), commandant, sert depuis le 1er juillet 1944 comme officier de liaison administrative français à l’état-major des Affaires civiles du 8e Corps britannique. Il rend compte ici au lieutenant-colonel Lion, chef de la mission française de liaison auprès de la IIe armée britannique. La pièce est un tapuscrit sans en-tête, daté du seul mois d’août 1944, conservé dans ses papiers. Ce n’est pas une lettre personnelle mais un compte rendu de service : Claude y résume les déclarations de deux officiers, le major Miles, qui commande le 224 Civil Affairs Detachment, et le capitaine Bucquet, au sujet d’un incident survenu à Burcy les 12 et 13 août. Un lieutenant français de la liaison tactique y a fait sortir des civils du no man’s land sans en référer au détachement compétent.

Le contexte

Depuis le 30 juillet 1944, le 8e Corps britannique attaque vers le sud dans le bocage, entre Caumont et Vire. La 11e division blindée entre au Bény-Bocage le 1er août, puis le front se fige sur la ligne Vire, Chênedollé, Estry, que les Allemands tiennent jusqu’au 13 août. Burcy et Viessoix sont au coeur de ce secteur. Le 11 août, une nouvelle attaque du corps part dans un brouillard épais, la 3e division d’infanterie contournant Vire et la division blindée des Guards descendant la crête du Perrier. Des hameaux entiers restent pris entre les lignes, avec leurs habitants.

Les Affaires civiles britanniques déploient dans ces secteurs des détachements numérotés, rattachés à une grande unité ou à une zone : le 218, le 223, le 224 auprès du quartier général principal des Guards. Un officier de liaison administrative français est adjoint à chacun d’eux. Claude, lui, opère depuis le 1er juillet à l’échelon du corps d’armée, où il coordonne ces officiers.

Une note de service du 18 juillet 1944 rappelait que la plupart d’entre eux étaient arrivés en France sous l’étiquette « liaison » ou « liaison tactique », ce qui avait entretenu un malentendu sur leur rôle, qu’il était urgent de dissiper. Le présent document en donne un exemple concret : un lieutenant de la liaison tactique fait ramener cinquante personnes du no man’s land par deux chars, les installe à Burcy, puis n’en avertit le détachement des Affaires civiles que le lendemain matin. La règle britannique est exactement inverse : faire ce qui est possible pour les réfugiés, mais ne pas provoquer leur départ, la décision d’une évacuation obligatoire appartenant à la seule unité en ligne.

Dates repères, août 1944


Du commandant Saint-Léger au lieutenant-colonel Lion. Tapuscrit sans en-tête, établi au quartier général du 8e Corps britannique.

HQ 8 CORPS.

Aout, 1944.

Cdt. Saint Leger

a Monsieur le Lieut-Colonel Lion.

Resume des declarations du Major Miles, Cdt le 224 CA det, et du Capitaine Bucquet au sujet des evenements dont il a ete question lors de la conversation entre le Brigadier Lewis et le Major Miles. -

Le 12 Aout, 1944, le lieutenant de Lapereyre (Liaison tactique) a fait chercher d'accord avec unite anglais, un homme, dans le no man's land, par 2 tanks. Les 2 tanks sont rentres avec 50 personnes: il les a installees a Burcy a 17 h. Il est venu l'annoncer au 224 CA det, le 13 Aout, a 10 h du matin, disant qu'il n'avait pas trouve le CA det la veille. (Le 224 CA det est dans Main HQ Guard Division) (NDLR : la division blindée des Guards, alors engagée dans le 8e Corps.)

Parlant au Major Miles, le lieutenant de Laperdyre (NDLR : le tapuscrit porte de Lapereyre au paragraphe précédent.) a egalement declare qu'il etait alle ce meme jour pour chercher des refugies originaires de Vissoix (lecture probable : Viessoix, canton de Vire.): ces refugies se trouvaient dans le no-man's land de la troisieme division. Le groupe aurait ete mis par lui dans des fermes de Burcy. Il n'a pas ete possible au 224 det d'en retrouver trace.

Dans la conversation qui a eu lieu entre le capitaine Bucquet et le Lieutenant de Lapereyre, celui-ci a laisse entendre que le Commandant Gauthier desirait qu'il ramene les civils de la zone dangereuse.

Le Major Miles a declare qu'il semblait que l'action de cet officier risquait de creer un probleme de refugies. Les instructions sont de faire ce qui est en notre pouvoir pour les refugies, mais dans la situation presente de ne pas provoquer leur depart: l'unite au ligne entant seule juge de decider l'evacuation obligatoire. (NDLR : passage fautif dans le tapuscrit, à lire vraisemblablement « l’unité en ligne étant seule juge ».)


Sources