Circulaire n° 2 de l’Amicale des anciens prisonniers des Oflag VIII, feuillet dactylographié. Datée de juin 1945, elle mentionne une arrivée du 9 juin et annonce une réunion le 17.
AMICALE DES ANCIENS PRISONNIERS DES OFLAG VIII
(VIII A - VIII F - VIII G - VIII H - VIII Hz)
Siège Social : 68, rue de la Chaussée-d'Antin — Paris (9ᵉ)
Adresser la correspondance au Président :
M. CHARRON, 74, rue du Rocher, PARIS (8ᵉ)
N° 2. CIRCULAIRE JUIN 1945.
A ceux qui reviennent
Ces heures tant attendues sont enfin arrivées !
Vous que depuis des années nous attendions, vous que nous évoquions, les larmes aux yeux, dans nos réunions, vous êtes enfin au milieu de nous ! Vos épouses, vos parents, vos enfants, vos frères et sœurs vous ont enfin retrouvés ! Vos camarades, ceux qui vous ont laissés il y a des années, des mois ou quelques semaines, vous disent leur joie profonde de vous revoir.
Que de fois, nous vous avons évoqués au milieu de nous, que de fois avec vos familles nous avons parlé de vous tous, les chers absents ; dont nous étions avides de connaître la vie et la pensée. A chacune de nos réunions, c'était de vous toujours qu'il était question ; et durant ces derniers mois nous avons tout tenté pour vous faire parvenir des vivres ; l'angoisse nous étreignait à la pensée de la faim que vous enduriez, du froid dont vous ne pouviez vous défendre, et tout fut mis en œuvre pour vous secourir ; mais hélas ! nous nous heurtions à d'immenses difficultés que nous ne pouvions pas surmonter.
Enfin, vous êtes maintenant rentrés dans vos foyers et vous reprenez contact avec la liberté, la vie ! Vos anciens vous saluent avec joie, avec bonheur. L'Amicale des Oflag VIII a été constituée pour vous, nous avons réuni ces cinq anciens Oflag parce que nous avons pensé que vous aviez créé de nouvelles amitiés entre les anciens des Oflag VIII A - F - G - H - Hz et que vous seriez heureux de vous retrouver tous ensemble quelquefois pour parler du passé douloureux.
Notre Amicale est et doit rester votre grande famille car malgré les nombreux camps où vous avez passé, vous êtes restés toujours entre anciens des Oflag VIII.
A vous, il appartiendra de donner à cette Amicale la vie et l'élan que vous désirez ; l'instrument existe, à vous de le perfectionner et de l'animer, car le Conseil d'Administration actuel n'est qu'un conseil provisoire qui, dès que tous nos prisonniers seront de retour, donnera sa démission pour faire place à ceux qui reviennent et à qui incombera la tâche de diriger notre amicale.
Nous serons heureux aussi de connaître la date du retour et l'état de santé de chacun d'entre vous ; nous nous sommes préoccupés de vous pendant quatre ans, nous voudrions maintenant être avisés de votre rentrée dans vos familles ; envoyez-nous un mot nous rassurant sur votre sort.
PROCHAINE REUNION
Dimanche 17 Juin 1945, réunion d'information, 7, rue de la Bienfaisance, Paris (8ᵉ).
10 h. : Messe.
10 h. 45 : Réunion.
13 h. : Déjeuner en commun au restaurant Le Régent, 100, rue Saint-Lazare.
Nous vous espérons nombreux à cette réunion où nous aurons parmi nous des camarades venant de rentrer.
Retenez votre place :
soit au Président M. CHARRON, 74, rue du Rocher, Lab. 75-37,
soit au Secrétaire général, M. LACQUET, 11 bis, rue Théodore-de-Banville, Car. 81-54.
Libération du camp de Colditz
Le camp de Colditz a reçu le 26 des officiers provenant de l'Oflag IV D.
Les officiers français sont partis à pied de l'Oflag IV D le 19 avril, étapes de 20 à 25 kilomètres par jour. Voyage pénible avec des sentinelles hongroises, quelques incidents.
Le château de Colditz est situé en dehors de la ville, sur une hauteur.
Alertes fréquentes, les officiers suivent les nouvelles par radio.
La bataille se dessine, on entend le canon, aviation alliée nombreuse. Le dimanche 15 avril, vers 15 heures, les officiers voient à l'horizon des chars... ces chars se mettent en bataille... ce sont des Américains.
Un obus, le premier, touche la tourelle du château. Le commandant allemand demande aux officiers français de hisser sur le château un drapeau français... ce qui est fait aussitôt. Le tir sur le château s'arrête.
Les chars s'avancent, deux batteries allemandes tirent.
Les Américains répondent par artillerie. En quelques secondes plusieurs maisons de la ville brûlent.
Le combat dure toute la journée. Les prisonniers sont dans les caves du château. Le soir, les chars se retirent. Toute la nuit on se bat.
Le matin, les Américains sont dans la ville qui est cernée.
A huit heures du matin, le 16, les Américains se présentent au château. Sous les acclamations des prisonniers, Français, Anglais, Américains, Russes, le commandant allemand remet son revolver aux Américains qui le jettent par terre. Fouille des Allemands. Pillage de la Kommandantur et de la ville.
Les Officiers Français sont emmenés en camion à Weimar.
Des avions viennent les chercher le 20 avril vers 11 heures du matin et vers 15 heures nos camarades sont au Bourget.
(D'après le récit du Lieutenant COTE.)
Notre organisation d'accueil
Depuis le 7 mai, nous avons organisé au quai d'Orsay, pour accueillir nos camarades rentrants, une permanence pour l'ensemble des Oflag VIII assurée à tour de rôle par chacun des Oflag VIII.
Nos camarades rentrants peuvent y trouver les adresses des anciens camarades de leur camp avec lesquels ils peuvent se mettre en rapport et, pour ceux de province seuls à Paris, de nombreux camarades pouvant les héberger ou les nourrir, auxquels nous pouvons les adresser sur simple avis téléphonique.
Nos camarades de permanence sont en outre à leur entière disposition pour tous les renseignements qu'ils désirent avoir, les aider dans les formalités qu'ils ont à faire.
Il est constamment question de transformations profondes de l'organisation actuelle et le centre d'accueil serait transféré. Nous suivons de près cette question pour prendre notre place en cas de changement, espérant qu'alors nous pourrons mieux recevoir nos camarades rentrant.
Jusqu'alors, malheureusement, nous n'avons pu joindre qu'un nombre relativement faible de ceux-ci et espérons que sous peu une nouvelle organisation des centres d'accueil nous permettra de pouvoir mieux les accueillir.
Nous sommes tout prêts à augmenter l'importance de notre permanence dès que le besoin s'en fera sentir.
Nouvelles diverses des camps
A — MORT POUR LA FRANCE :
Nous avons appris avec regret la mort de notre camarade, le Commandant Claude SAINT-LEGER. Notre camarade, alors lieutenant, avait été libéré comme père de cinq enfants.
En 1942, il partit en Algérie, puis en Angleterre, rejoindre le général de Gaulle. Il prit part au débarquement et à toute la campagne de France et trouva la mort au cours d'une mission en décembre 1942.
Nous adressons à sa veuve et à ses enfants l'expression de nos très sincères condoléances.
Nous avons appris avec regret la mort de la femme du camarade DARDENNE.
Nous avons appris avec regret que nos camarades les Lieutenants LALIZE et PRUGNEAUX avaient été tués le 4 février 1945 lors du bombardement de l'Oflag X B.
Nous adressons à leurs familles l'expression de nos très sincères condoléances.
F — MORT POUR LA FRANCE :
Nous avons appris avec regret la mort héroïque du Capitaine SELVEZ, qui avait repris du service en organisant un maquis et combattait avec les Forces Françaises de l'Ouest.
Le Lieutenant BERROD, évadé du II B, libéré par les Russes le 16 février, fait partie du service de rapatriement des prisonniers français à Lublin.
Liste des camarades identifiés à leur passage au Centre d'Orsay
Général DEVERRE, Grenoble, venant du VI A, Soest.
Commandant de MINVIELLE, Saumur, venant du IV D, Colditz, le 20 avril.
Capitaine MONFLIER, Fontenay-sous-Bois, venant du IV D, Colditz, le 20 avril.
Lieutenant CHAMBON, Gros-Chassang, venant du IV D, Colditz, le 20 avril.
Lieutenant DEDIEU, Agde (Hérault), venant du IV D, Colditz, le 20 avril.
Lieutenant VERGNE, Nancelle (Aveyron), venant du IV D, Colditz, le 20 avril.
Lieutenant MARTINEL, Mazamet, venant du IV D, Colditz, le 20 avril.
Lieutenant ALBAGNAC, Frontignan, venant du IV D, Colditz, le 20 avril.
Capitaine JOURDAN, Marseille, venant du IV D, Colditz, le 20 avril.
Lieutenant DENIS-LABRE, Abbeville, venant du IV D, Colditz, le 20 avril.
Lieutenant FROGIER, Saint-Yrieix, venant du IV D, Colditz, le 20 avril.
Commandant de FENOYL, Paris, venant du X B, Nienburg, le 22 avril.
Lieutenant-colonel BUROT de l'ISLE, Tours, venant du IV D, Konigstein, le 13 mai.
Commandant HARMAND, Clermont-Ferrand, venant du IV D, Konigstein, le 13 mai.
Commandant PICHERAL, St-Laurent-d'Aigouze, venant du IV D, Konigstein, le 13 mai.
Lieutenant-colonel FRANCHEBOIS, Montpellier, venant du IV D, Konigstein, le 13 mai.
Commandant LEGUILLARD, Penhars (Finist.), venant du IV D, Konigstein, le 13 mai.
Lieutenant-colonel SALAUN, Lambezellec, venant du IV D, Konigstein, le 13 mai.
Lieutenant-colonel AUGERE, Limoges, venant du IV D, Konigstein, le 13 mai.
Commandant PEDRAZZI, St-Cyr-s.-Dourdan, venant du IV D, Konigstein, le 13 mai.
Commandant GROBERT, Faye-l'Abbesse, venant du IV D, Konigstein, le 13 mai.
Lieutenant-colonel GROLARD, venant du IV D, Konigstein, le 13 mai.
Lieutenant-colonel COCHET, Rodez, venant du IV D, Konigstein, le 13 mai.
Lieutenant-colonel CAPELLE, Nantes, venant du IV D, Konigstein, le 13 mai.
Commandant PONT, Bordeaux, venant du IV D, Konigstein, le 13 mai.
Lieutenant LAMOUR.
Lieutenant CHEVANT, Brioude, venant du II B, Arnswalde.
Soldat POULAIN, Aniche, venant du IV D, ordonnance, le 9 juin.
Nos camarades ne seront pas étonnés d'apprendre le rôle joué au XVII A par les Lieutenants BLIN, DELPECH et LAPORTE, dans l'organisation des services clandestins de renseignements. C'est ainsi que le Lieutenant BLIN, qui prenait contact avec les autorités américaines, a pu faire rechercher par des camions américains les 700 officiers restés à Edelbach, en zone russe, pour les faire rapatrier en avion.
G — MORT POUR LA FRANCE :
Nous avons appris avec regret la mort de notre camarade, le Lieutenant André ETCHEGARAY, décédé à Mamers en avril dernier.
Combattant des deux guerres, notre camarade a été enlevé à l'affection des siens après une courte maladie contractée à la suite des fatigues de la captivité.
L'inhumation a eu lieu à Paris. Une délégation de notre Amicale, jointe à ses camarades de régiment, a adressé à Mme ETCHEGARAY l'expression de nos sincères condoléances.
MORT POUR LA FRANCE :
Nous avons appris le regret d'annoncer la mort de notre camarade, l'aspirant LELONG, mort pour la France en avril 1945.
Affecté aux Forces Françaises de l'Atlantique, notre camarade a trouvé une mort glorieuse au cours d'une mission à bord d'un avion militaire.
Une délégation de notre Amicale a assisté à ses obsèques, qui ont eu lieu à Paris le 1er mai 1945, et a transmis à ses parents nos sincères condoléances.
Nous avons été heureux d'apprendre le mariage de notre camarade Paul de LACROIX, de Perpignan, avec Mademoiselle Eliette SIMON-CASIMIR, qui a eu lieu le 27 avril 1945 à Perpignan.
Nous leur adressons tous nos vœux de bonheur.
Camarades accueillis à leur arrivée à Paris par la permanence de l'Amicale :
Lieutenant BONNEVAL, Lieutenant BARLIER, Lieutenant LECOQ, Lieutenant SOLERE.
Tous quatre en bonne santé.
Camarades décédés depuis leur rapatriement :
Lieutenant DESPREZ, dentiste, tué, paraît-il, lors des combats de la libération. GRUNEISSON (rapatrié en 1941).
Camarades mobilisés :
Lieutenant MOLOGNI — Capitaine PHILIPPOTEAUX — Lieutenant AVELINE — Capitaine MAIRE — Lieutenant LAMY — Sous-Lieutenant LAHAYE — Lieutenant REMOND — Capitaine DOUCET — Commandant LUDGER.
Notre camarade JOUENNE, à Thorigny-s.-Vire, a été sinistré total lors de la bataille de Normandie.
Communiqué des Commissions
COMMISSION D'INITIATIVE ET DE PROPAGANDE :
La Commission a envisagé l'organisation de fêtes, concerts, spectacles, sauteries, bals, avec reconstitution des troupes théâtrales, orchestres symphoniques et jazz des camps.
L'une de ces fêtes coïnciderait avec l'Assemblée générale, qui serait suivie d'un banquet et d'un bal, où se retrouveraient les camarades de Paris et de la province, ainsi que leurs familles.
Création d'un insigne de membre de l'Amicale : le motif devra comprendre la mention O. F. VIII et comporter un détail de couleur différente pour chacun des camps de l'Amicale.
Création d'un fanion, en vue de la participation de l'Amicale aux cérémonies officielles, en attendant qu'il soit possible de se procurer un drapeau.
Les projets, dessins coloriés, pour l'insigne et le fanion, devront être adressés au Président de l'Amicale.
COMMISSION JURIDIQUE :
Les membres de la Commission ont répondu aux diverses consultations qui leur avaient été demandées par les membres de l'Amicale ou leur famille.
RUBRIQUE JURIDIQUE :
Parmi les différentes ordonnances intervenues et intéressant tout particulièrement les prisonniers, signalons tout d'abord l'ordonnance du 5 avril 1945 attribuant une allocation dite d'accueil aux prisonniers rapatriés d'Allemagne. Cette allocation d'un montant de 1.000 francs doit être versée au prisonnier à son entrée sur le territoire français ou dans les centres déterminés par le ministre des Prisonniers, sur justification de son identité. Une seconde ordonnance du 24 avril 1945 institue un contrôle médical comportant deux examens, le premier dès le rapatriement, le second entre le quatrième et le septième mois, suivant le premier examen. Ces constatations réservent le libre choix du médecin traitant dans le cadre de la législation en vigueur. Enfin, une ordonnance en date du 1er mai fixe les conditions de réintégration dans son précédent emploi, ainsi que la réadaptation, le cas échéant, du prisonnier rapatrié et les rémunérations auxquelles il a droit de la part de ses employeurs ou de l'Etat.
Le Président de la Commission : André VOIRIN, avocat à la Cour.
L'Amicale des OFLAG VIII
L'Amicale a été créée le 18 février pour grouper l'ensemble des anciens officiers des Oflag VIII A - F - G - H et HZ, représentés chacun par un certain nombre de membres ayant à leur tête :
VIII A — Commandant LAFOREST.
VIII F — Colonel SOUHARD.
VIII G — Commandant CHARRON.
VIII H — Colonel PETIT.
VIII HZ — Capitaine JUMEAU.
Son but est de maintenir la liaison entre cette grande famille que plusieurs années de souffrance ont pour jamais formée, de venir en aide aux camarades qui en ont besoin.
Ce moment est venu.
Heureusement enfin, après cinq années d'absence, ils rentrent. Ils sont rentrés et ils vont avoir besoin de nous. Aide matérielle, aide morale, que de changements en cinq années, que de vides !
Des situations à refaire, un foyer à reconstruire.
Ils vont avoir besoin de nous, ils ont besoin de nous, nous devons tous être là pour les aider, nous avons besoin de vous tous. Chacun peut faire quelque chose.
Et d'abord, faites de suite partie de l'Amicale. Pour ceux qui, par négligence ou manque de temps, ne l'ont pas encore fait, adressez de suite votre adhésion et votre cotisation au trésorier :
M. Paul GAULLIER, 19, rue de Provence, Paris (9ᵉ).
compte chèques postaux Paris 4440-98.
Nous vous rappelons que pour être membre, il faut :
1° — Verser un droit d'inscription de 10 francs.
2° — Régler sa cotisation annuelle :
Membre bienfaiteur : 500 francs minimum.
Membre actif : 100 francs.
Mais ce n'est pas tout, ce n'est pas assez.
Venez à notre prochaine réunion du 17 juin pour resserrer les liens, voir les anciens camarades rentrés avec vous et surtout ceux qui viennent de rentrer.
Faites-nous savoir ce que vous pouvez faire.
Vous pouvez quelque chose pour eux, pour les aider à repartir dans la vie dans laquelle ils rentrent après cinq années d'absence.
Moralement — pécuniairement dans vos relations, dans vos affaires, faites tout ce que vous pouvez. Aidez-nous.