Lettres de condoléances à Agnès Wattinne, 1944-1945

Lettres de condoléances à Agnès Wattinne, 1944-1945

1944 Lettres de condoleances a Agnes

Pour situer ces lettres

Claude Saint-Léger (1897-1944), officier de liaison administrative assimilé commandant, dirige depuis l’automne 1944 les officiers de liaison français auprès des Lines of Communication britanniques. Le 14 décembre 1944, sa voiture percute un camion britannique dans le brouillard, sur le territoire de Basseux (Pas-de-Calais) ; il est tué sur le coup. Sa veuve, Agnès Wattinne (1904-1993), vit à Lille, 228 rue Nationale, avec leurs cinq enfants. Les trente et une pièces réunies ici sont celles qu’elle a reçues et conservées : lettres de la famille et des amis lillois, des ouvriers de Pérenchies, de deux préfets, d’officiers français et britanniques, de camarades de captivité. Elles vont du 15 décembre 1944 à septembre 1945, au rythme où la nouvelle se répand.

Le contexte

En décembre 1944, le Nord est libéré depuis trois mois, mais la guerre continue. Les correspondants disent les difficultés du moment : routes dangereuses en hiver, communications lentes entre Lille et l’Oise, courrier irrégulier, colis limités à 500 grammes. Plusieurs apprennent la mort avec retard et s’excusent de n’avoir pu venir aux obsèques.

Les lettres dessinent les cercles successifs d’une vie. La famille d’abord, les Durand, qui écrivent de Baron dans l’Oise. Puis les amis de la bourgeoisie lilloise, Crespel, Scalbert, Joire, Le Blan. Pérenchies ensuite, où Claude était avant la guerre administrateur délégué des Établissements Agache : la section des anciens combattants, dont il était président d’honneur, et le syndicat libre écrivent au nom des ouvriers. Viennent les autorités de la Libération avec lesquelles il travaillait depuis Amiens, le préfet de la Somme et celui de l’Oise, puis les officiers de la mission de liaison et de l’état-major britannique.

Un dernier cercle se manifeste au printemps 1945 : les anciens prisonniers de l’Oflag VIII-A de Kreuzburg, en Haute-Silésie, où Claude fut interné de l’été 1940 à sa libération en octobre 1941. Leur retour d’Allemagne, d’avril à juin 1945, explique que certains n’apprennent sa mort que six ou neuf mois plus tard. Leurs lettres sont les seuls témoignages de camarades sur sa vie au camp. Plusieurs correspondants se trompent sur ce qu’il faisait en 1944 ou sur la date de sa mort ; les repères signalent ces erreurs.

Dates repères, 1944-1945


De Jules et Marie-Thérèse Joire, à Agnès Wattinne. Lettre manuscrite. L’année, absente de l’original, se déduit du contenu.

Ma chère Annie.

Ma femme et moi apprenons à l'instant la terrible nouvelle de l'accident dans lequel votre mari vient de trouver la mort et nous voulons vous dire tous deux notre très profonde et douloureuse sympathie.

Votre mari et vous même aviez été trop mêlés à nos angoisses et notre chagrin quand nous avons eu la douleur d'apprendre la mort de nos deux fils et vous avez tous deux été si affectueux et compréhensifs pour qu'aujourd'hui nos cœurs ne soient pas très près du vôtre dans ce deuil si cruel.

Votre mari, seul parmi ceux de son âge et de notre région avait saisi l'occasion de servir la France dans un moment où beaucoup hésitaient sur la voie à suivre comme nos fils il avait confiance dans la victoire et foi dans le Général de Gaulle et il avait mis au service du pays toute son intelligence sa puissance de travail et s'était efforcé de rendre le maximum de services à l'armée où son mérite avait été reconnu par sa nomination au grade de chef de bataillon.

Beaucoup d'autres dans sa situation seraient restés tranquillement civils en attendant le retour au pays.

Un malheureux accident le fait disparaître aujourd'hui avant la victoire totale dont il aurait été si heureux et à laquelle il a contribué.

Soyez fière de lui il avait l'âme haute et sa conduite a été belle.

Marie Thérèse et moi vous assurons de nos meilleures prières pour le repos de son âme.

Nous demandons aussi à Dieu qu'il vous donne la force d'accepter généreusement la dure épreuve qu'il lui a plu de vous envoyer, nous avons tant de mal à accepter la nôtre.

Nous restons en union de pensée avec vous dans ces heures douloureuses et vous adressons nos très amicales et profondes condoléances.

Marie-Thérèse Joire

Jules Joire


Du secrétaire du Syndicat libre de Pérenchies, au nom des ouvriers et ouvrières de l’usine, à Agnès Wattinne. Lettre manuscrite.

Madame

Je me permet de vous faire connaître par la présente la part que nous prenons dans la douloureuse épreuve que vous traversez.

Monsieur Claude Saint Léger était pour ses ouvriers un modèle au point de vue patriotisme, nous l'aimions déjà beaucoup avant la guerre mais depuis nous l'admirions pour l'exemple qu'il avait donné à beaucoup, Aussi soyez assurée que tous les ouvriers et ouvrières de Pérenchies dont je me fais l'interprète partage avec vous cette grande épreuve.

Je vous permet personnellement de faire prier toute ma petite famille pour que le bon Dieu vous donne ainsi qu'à vos chers enfants la force de supporter cette perte cruelle.

Recevez Madame l'assurance de mes sentiments respectueux et de mes chrétiennes condoléances

M'r De Grate Levin
Secrétaire du Syndicat Libre de Pérenchies


De la section de Pérenchies des Anciens combattants et mutilés, présidée par Pierre Baque, à Agnès Wattinne, 228 rue Nationale à Lille. Lettre manuscrite signée par le secrétaire.

ANCIENS COMBATTANTS ET MUTILÉS

SECTION DE PÉRENCHIES

Siège : RUE CARNOT

Pérenchies le 17 Décembre 1944

Pierre Baque Président des A. C.
rue Carnot à Pérenchies

Madame Claude Saint Léger
228 rue Nationale à Lille

Madame

Au nom de tous les anciens Combattants de Pérenchies, ainsi qu'en mon nom personnel, je tiens à vous présenter ainsi qu'aux vôtres, avec notre respectueuse sympathie, l'assurance de nos sincères condoléances pour le décès de monsieur Claude.

Tous les anciens combattants sont profondément consternés de la disparition si brutale de leur Président d'Honneur.

Il incarnait pour nous dans toute l'étendue patriotique d'abord l'ancien combattant de 1914-18, volontaire de la grande guerre ; puis de nouveau ancien combattant 1939-40 et volontaire pour la libération de notre patrie, alors que tant de jeunes gens cherchent à se dérober à leur devoir militaire.

Par son attitude si vigoureuse et si patriotique il était en mesure de présider n'importe quel groupement, de conduire et de diriger les anciens combattants et les ouvriers qui ne demandaient qu'à le suivre.

Je puis vous assurer que sa grande valeur et son souvenir resteront vivaces en nos cœurs, car il était pour nous plus qu'un patron, il était un collègue aimé et apprécié.

Notre désolation est immense et je ne puis vous décrire l'étendue de nos regrets car Monsieur Claude était pour nous une valeur dont nous ne rencontrerons pas l'équivalent.

Une délégation avec le drapeau accompagnera son Président d'honneur à sa dernière demeure.

Veuillez agréer Madame avec nos condoléances attristées l'assurance de notre profond respect.

P/le Président
Le Secrétaire
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D’un correspondant d’Amiens qui ne signe pas, à Agnès Wattinne. Lettre manuscrite.

Amiens 17.12.44.

Madame.

c'est avec une véritable stupeur que j'ai appris en rentrant de Paris l'effroyable nouvelle, depuis plusieurs mois qu'il était à Amiens j'avais pu apprécier votre mari et c'est de tout cœur que je m'associe à votre douleur.

Je prie Dieu de vous donner le courage de supporter cette terrible épreuve et veuillez croire Madame à mes très sincères condoléances et à ma respectueuse sympathie.

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De H. Scalbert, amie d’Agnès Wattinne. Lettre manuscrite.

Ce 17 décembre

Quelle affreuse nouvelle j'apprends, ma pauvre Annie, votre Claude si brave, si fièrement soldat, tué dans un stupide accident d'auto -

Je suis bouleversée et ne peux croire à cette horrible réalité -

Ma pauvre amie, ma grande affection pour vous souffre de votre immense chagrin et ressent profondément votre peine dans cette douloureuse épreuve.

Vous étiez tout à la joie d'avoir retrouvé Claude dans le rôle magnifique qu'il avait assumé volontairement. Il avait foi en la France, en l'avenir et communiquait cette confiance autour de lui, il savait que les paroles ne suffisent pas, il agissait - Le destin est bien cruel de vous l'avoir enlevé si vite et c'est un vide immense qu'il laisse - Seule l'affection que vos enfants ne manqueront pas de vous entourer pourra adoucir votre chagrin.

Croyez bien que je suis près de vous par la pensée dans ces heures terribles, et je joins mes prières aux vôtres -

Ma chère Annie je vous embrasse avec ma grande amitié et une grande tristesse -

H Scalbert


De Marguerite Vau de Treghe, 119 rue de la Faisanderie à Paris, à Agnès Wattinne. Lettre manuscrite.

Ma pauvre amie,

Depuis que je sais la mort infiniment triste de votre cher Claude, ma pensée ne vous quitte pas : et c'est avec consternation que je compatis à votre grande douleur et à celle de tes enfants, m'imaginant bien tout ce que vous devez souffrir !

Croyez vous bien, chère amie à mes pensées émues, à mes prières pour votre bon et brave Claude ; vous souhaitant de rester courageuse, pour supporter une telle épreuve ! et vous priant de trouver ici, toute l'expression de ma profonde et douloureuse sympathie.

Marguerite Vau de Treghe

119 rue Faisanderie
Paris


Du capitaine Blanchenay, officier de liaison, 51 rue Jeanne-d’Arc à Rouen, à Agnès Wattinne. Lettre manuscrite.

Madame,

C'est avec une profonde émotion que j'ai appris le décès du Commandant Saint Léger.

Les contacts de service que j'avais eus avec lui m'ont révélé son ardent patriotisme et le tact infini qu'il apportait à toutes ses actions. Placé sous ses ordres j'avais été très flatté de l'amicale confiance qu'il me portait.

Je comprends avec quelle douleur vous avez dû recevoir ce coup de la fatalité qui vous ravissait un être cher si peu de temps après que d'heureux événements vous eussent permis de le retrouver.

Je vous prie, Madame, d'agréer l'expression très sincère de ma sympathie avec mes très respectueuses condoléances.

Cap. BLANCHENAY
Off. de liaison
51 rue Jeanne d'Arc - Rouen


De Thérèse J. Desjardin, à Agnès Wattinne. Lettre manuscrite datée seulement « Lundi ». Elle évoque les funérailles de « ce matin » : elle est donc écrite le lundi 18 décembre, jour des obsèques.

Ma pauvre Annie,

C'est avec la plus profonde émotion que nous avons appris l'affreux malheur qui vous frappait, combien nous pensons à vous et pleurons avec vous cet ami charmant que nous aimions beaucoup. et qui ne laisse autour de lui que d'unanimes regrets et de si doux souvenirs. J'aurais tant voulu lui rendre ce matin une dernière marque de sympathie, je n'ai pas pu quitter Jean encore tout à fait immobilisé au lit, mais j'ai uni mes prières aux votres, demandant au Ciel de vous donner le courage et la résignation pour supporter une si terrible épreuve.

Croyez, ma pauvre petite Annie, à toutes nos condoléances les plus émues et à notre affection bien attristée.

Thérèse J. Desjardin


D’Hubert Crespel, 36 boulevard Carnot à Lille, à Agnès Wattinne, qu’il tutoie. Lettre manuscrite sur papier à en-tête.

HUBERT CRESPEL

36, BOULEVARD CARNOT

LILLE

19 Déc

Ma chère Annie

Je suis rentré de Paris hier après midi, trop tard pour assister à l'enterrement de ce pauvre Claude.

Mais je veux que tu saches combien j'ai été ému en apprenant l'affreuse nouvelle.

Je connais toute la tristesse, toutes les angoisses des moments que tu traverses, et je te plains de tout mon cœur. Je sais aussi que, si forte que soit la peine, la pensée affectueuse des amis peut y apporter quelque soulagement ; c'est pourquoi je t'envoie ce mot, en te souhaitant tout le courage dont tu as besoin pour supporter cette épreuve.

Hubert


De Pierre Le Blan, 1 rue Lavoisier au Chesnay, à Agnès Wattinne. Lettre manuscrite à la troisième personne, sur papier à en-tête.

1 rue Lavoisier

Le Chesnay. Versailles

Pierre Le Blan prend une part bien sincère au deuil si dur qui frappe Madame Claude Saint-Léger, ses enfants et Madame Régine Wattinne; il les prie d'en croire à sa très cordiale sympathie.

Il ressent très vivement la mort en service commandé du C't Saint-Léger dont il conservera pieusement le souvenir, celui d'un homme de haute valeur qui, par ses magnifiques qualités d'intelligence et de cœur laisse à tous ceux qui l'aimaient un grand exemple.

Il a bien regret de ne pouvoir assister aux funérailles de son ami.


D’Agathe, nièce de Claude, à Agnès Wattinne, depuis Baron (Oise). Lettre manuscrite.

Baron le 20-12-44

Ma chère tante Amy (lecture probable : Anny ?),

Vous ne pouvez savoir tout l'immense chagrin que j'ai eu en apprenant la terrible chose qui vous frappe.

J'aurais tant voulu pouvoir venir vous embrasser aussi et vous dire combien je partage avec vous votre immense douleur, malheureusement, je n'ai pu le faire, aussi je vous écris ce mot pour que vous sachiez que je pense à vous tous en ce moment de tout mon cœur.

Maman me charge de vous dire qu'elle vous attend quand vous voudrez.

J'espère que vous viendrez nous voir très souvent et que les communications nous permettront de voyager bientôt plus facilement de Lille à Baron.

Tout le monde ici a eu beaucoup de chagrin et notre brave Augustine et Henriette me chargent de bien des choses de leur part pour vous. Augustine qui aimait tant mon oncle Claude va faire dire une messe pour lui samedi.

Ici tout le monde va bien, les petits enfants de Christiane sont très mignons, j'espère que Brice fera bientôt la connaissance de ses petits cousins qu'il ne connaît pas encore.

Enfin ma chère tante Amy, je vous dis à très bientôt, j'espère que vous viendrez vous reposer dans ce vieux Baron qui vous accueillera toujours à bras ouverts.

Je vous embrasse de tout cœur ainsi que les cousines et Denis.

Agathe


De Jim Mackie, de la fonderie Albert Foundry à Belfast, à Agnès Wattinne. Télégramme en anglais.

Télégramme

ANNY SAINTLEGER

228 RUE NATIONALE LILLE

SHOCKED TO HAVE BAD NEWS AFTER ALL THE TRIALS YOU BOTH HAD. STOP MARCIA AND I AND ALL HIS FRIENDS HERE SEND YOU OUR SINCERE SYMPATHY = JIM MACKIE


De Christiane, nièce de Claude, à Agnès Wattinne, depuis Baron (Oise). Lettre manuscrite datée seulement « Jeudi ». Le 21 ou le 28 décembre 1944 sont également possibles.

Baron, Oise

Ma chère tante Anny,

Étienne se joint à moi pour vous envoyer, dans le triste malheur qui nous frappe, notre plus grande affection.

Sachez ma chère tante Anny que nous participons de tout notre cœur à votre grand chagrin.

Nous avons bien regretté de ne pas pouvoir aller à Lille, car mon oncle Claude était aimé de tous et je suis sûre qu'il laissera un souvenir ineffaçable parmi tous ceux qui l'auront connu.

Vous savez ma chère tante Anny que nous vous attendons ici avec impatience, maman m'a dit que vous pensiez venir en février.

Je ne puis terminer cette lettre sans vous remercier du joli cadeau que vous m'avez envoyé pour Gaëlle, c'est tellement gentil de votre part.

Chère tante Anny, je vous quitte, recevez, de nous tous, nos meilleurs baisers et notre plus grande affection à partager avec les cousines et le petit Denis.

Christiane

Papa vient de téléphoner que vous aviez envoyé un plaid pour Gaëlle, je vous en remercie infiniment, ma chère tante Deny (lecture probable : Anny ?), vraiment vous gâtez trop notre petite Gaëlle.


De Gilbert Durand, beau-frère de Claude, à Agnès Wattinne. Lettre manuscrite.

Le 22.12.44

Ma chère Anny,

Retour de Lyon, j'apprends l'affreux malheur qui vous frappe tous dans votre affection et surtout vous et vos enfants. Quand je pense à votre patience de 4 années, cela me navre profondément - et je ne trouve pas de mots pour vous dire tout ce que je ressens.

Je vous embrasse très affectueusement, ma petite Anny ainsi que mes nièces et Denis.

Gilbert - Durand.


De A. Poigneur, à Agnès Wattinne. Lettre manuscrite.

Bien chère Madame,

J'apprends combien vous êtes éprouvée, et viens vous exprimer la très vive part que je prends à votre grande douleur. Votre mari est mort en héros, mais quel vide vous cause sa disparition, quel profond chagrin pour vous, pour vos enfants ! C'est de tout cœur que je prends part à votre douleur, chère Madame, et que j'unis mes prières aux vôtres pour votre cher défunt.

Croyez, je vous prie, à ma très sincère affection.

A. Poigneur


De M. Ropartz, à Agnès Wattinne. Lettre manuscrite.

chère Madame,

Permettez-moi de venir vous dire toute ma triste sympathie. Je vous connais très peu, mais nous avons, depuis deux ans, partagé, les mêmes infortunes, les mêmes manques de nouvelles, et nous avons aussi, presque au même moment, connu les joies du retour. Il me semble que je partage mieux aussi votre douleur, car je me rends compte de ce que peut représenter la mort d'un être aimé après la joie d'un retour.

Je prie Dieu pour qu'Il vous aide à supporter ce choc affreux. Comme c'est terrible de rester seule avec tous vos enfants !

Je vous renouvelle encore, chère Madame, mes condoléances émues et je vous prie de croire, à mes sentiments distingués.

M. Ropartz


D’Andrée de la Mettrie, Le Prieuré à Dinard (Ille-et-Vilaine), à Agnès Wattinne. Lettre manuscrite sur papier à en-tête.

LE PRIEURÉ

DINARD T° 95

ILLE & VILAINE

Chère Annie, c'est avec émotion que nous avons appris votre grand malheur, je viens vous dire toute la part que nous prenons à votre deuil. Votre mari était un vrai Français, vous en étiez fière et à juste titre.

Pour son fils sa magnifique conduite sera plus tard un grand exemple. Je sais ma chère Annie combien vous étiez unis, rien ne peut jamais combler le vide laissé par le compagnon de votre vie; soyez sûre que je n'oublierai pas dans mes prières celui que vous pleurez et surtout qu'Il vous donne le courage de supporter une pareille épreuve. Mon mari se joint aussi pour vous envoyer notre sincère et douloureuse sympathie.

Andrée de la Mettrie


Du préfet de la Somme, à Agnès Wattinne. Lettre manuscrite sur papier à en-tête, dont la signature n’a pas été transcrite.

Le Préfet de la Somme

Amiens, le 28-12-44.

Chère Amie,

Au milieu de l'extrême agitation de ma vie j'ai constamment près de moi l'image de Claude qui, ces derniers mois, a partagé avec moi tant de difficultés que nous avons résolues ensemble... Je ne puis m'habituer à l'idée de sa disparition et dans la journée il m'arrive toujours de le voir entrer dans mon bureau, de l'entendre parler d'une affaire urgente, de poser de claires propositions sur des idées un peu éteintes... Je pleure avec vous un ami, chère amie, qui devez encore vous trouver sous le coup de la stupeur du malheur brutal qui vous a frappée... Songez bien que je n'oublierai jamais l'ami que Claude était pour moi et que je veux toujours garder avec vous le contact de l'étroite amitié fraternelle qui s'était établie entre nous.

Pendant mon voyage à Lille j'ai pensé à vous et nous avons encore parlé de lui, comme il n'avait fait que de récentes...

Dites à vos enfants et particulièrement à Thérèse toutes mes amitiés et croyez, chère Amie, à mon fidèle attachement.

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De J. Michel, officier placé sous les ordres de Claude, à Agnès Wattinne. Lettre manuscrite non datée, postérieure aux obsèques.

Chère Madame.

Je viens seulement d'apprendre le drame qui vient de bouleverser votre existence -

Je l'ai su trop tard, hélas, pour pouvoir venir à Lille partager votre douleur - Car j'aurais voulu vous dire, de vive voix, toute la peine que m'a causée votre deuil -

Toutes les paroles de sympathie que je pourrais vous écrire ne serviraient de rien - Mais je tiens cependant à vous faire part de mon émotion - Je ne puis songer que je ne reverrai plus celui qui n'avait pas été pour moi un chef mais un véritable ami - Les quelques mois que j'ai passés en sa compagnie resteront, dans mes souvenirs, toujours empreints de l'exemple qu'il nous donnait à tous ses cadres, de son dynamisme et de son patriotisme. Et toujours je pensais au bien qu'il pourrait faire au Pays en servant, dans les mois et années à venir, de guide et de conseil à ses concitoyens -

Chère Madame, je comprends trop votre immense douleur pour rien ajouter.

Transmettez à Thérèse & Nicole mes sentiments d'amitié émue et croyez moi bien votre respectueusement.

J. Michel


Du colonel L. Gurney et des officiers du Civil Affairs Staff du quartier général des Lines of Communication britanniques. Carte de condoléances en anglais, non datée.

Carte-Lettre

WITH DEEPEST SYMPATHY

FROM

COLONEL L. GURNEY

AND OFFICERS

OF

CIVIL AFFAIRS STAFF

HQ L OF C


D’une amie d’Agnès Wattinne séjournant à Cannes, à l’hôtel Victoria. Lettre manuscrite incomplète : la fin et la signature manquent.

Cannes - Hôtel Victoria - 10 janvier

Ma chère Annie -

Je n'ai pas été vous écrire plus vite n'étant pas certaine de l'affreuse nouvelle qui circulait parmi les amis du Nord à Cannes et dont je n'ai eu que hier la cruelle confirmation par Madame Galland - Je suis effondrée et bouleversée ma pauvre Annie et pleure avec vous cet ami très cher dont nous avions toujours apprécié la grande intelligence et les qualités morales qui faisaient de lui un homme extraordinairement sympathique - Je m'associe de tout cœur à votre grande et profonde douleur et vous assure de ma très fidèle affection devant le drame si atroce qui vous sépare à tout jamais de votre "compagnon de vie"

Après tant de mois d'éloignement, de sacrifice réciproque.


D’Yves Pérony, préfet de l’Oise, à Agnès Wattinne, 228 rue Nationale à Lille. Lettre dactylographiée.

LE PRÉFET DE L'OISE

Beauvais, le 18 Janvier 1945

Bien chère Madame,

Je reçois à l'instant votre aimable lettre du 15 Janvier. J'ai vivement regretté de ne pouvoir aller jusqu'à vous mercredi dernier, mais, comme vous l'avez fort bien compris, il eut été dangereux de vouloir me rendre à Lille par ce temps détestable. Et je me suis contenté d'assister à ma conférence bi-mensuelle à Saint-Quentin.

Je veux espérer que les éléments seront moins défavorables le 30 Janvier prochain, et qu'il me sera possible de vous rendre visite en fin d'après-midi, après ma réunion chez le Commissaire de la République.

Je vous fais parvenir ci-joint copie de la lettre que j'adresse à M. le Recteur de l'Université de Lille pour lui recommander votre fille Francine. Je suis convaincu d'ailleurs qu'elle n'aura pas besoin de cette recommandation pour réussir brillamment à son examen !

Je vous prie d'agréer, Chère Madame, mes respectueux hommages.

Yves Perony

Madame SAINT-LEGER
228, rue Nationale
LILLE


D’Yves Pérony, préfet de l’Oise, au recteur de l’Université de Lille. Copie jointe à la lettre précédente.

LE PREFET de l'OISE

Beauvais, le 18 Janvier 1945

Monsieur le Recteur,

J'apprends que Melle Francine SAINT-LEGER, née le 1er Juillet 1927, doit se présenter à son examen de baccalauréat, 1ère partie - série moderne, le 20 Janvier prochain à Lille.

Melle SAINT-LEGER est la fille du Commandant SAINT-LEGER, officier de liaison près de l'armée britannique, qui vient de disparaître tragiquement dans un accident d'automobile en décembre dernier.

En souvenir d'un homme qui fut une des plus belle figure de la Résistance française dans le Nord, je vous serais reconnaissant de bien vouloir faire preuve de la plus grande bienveillance à l'égard de sa fille, si cruellement éprouvée.

Veuillez agréer, Monsieur le Recteur, l'assurance de ma considération la plus distinguée.

Yves PERONY -

Monsieur le Recteur
de l'Université de LILLE -


De Mme Jamar, correspondante qui expédie des colis de ravitaillement à la famille, à Agnès Wattinne. Lettre manuscrite.

chère Madame

Je suis atterrée d'apprendre l'irréparable malheur qui vous frappe. Je pense beaucoup à vous et à ce que doit être votre désespoir et celui de vos enfants, vous tous qui aviez tant attendu de la Libération. Il n'y a pas de consolation possible à de si cruelles épreuves si ce n'est de savoir que Mr St Léger était un grand soldat, un héros. Je pense souvent à votre légitime fierté mais aussi à vos inquiétudes d'avoir retrouvé votre mari - commandant d'un char dans la division Leclerc - Sans les connaître tous ces soldats avaient droit à toute notre respectueuse admiration. Vous aussi, Madame, si courageuse pendant ces années de séparation. Il semble que de tels sacrifices sont au-dessus des forces humaines - et cependant il faut vivre pour ceux qui restent et qui ont encore besoin de tout votre dévouement de toute votre affection.

Je partage votre douleur et ne puis y penser sans une grande émotion - Je souhaitais que la santé de votre jeune fille s'améliore chaque jour, ainsi que celle de vos autres enfants - Le Ravitaillement est très difficile même dans notre région favorisée. S'il n'y avait pas Mr Desgranges ce serait impossible ne trouvant pour moi-même que très juste aux tickets. En outre nous sommes limités à 500 grammes comme colis et souvent tout envoi interdit pendant plusieurs jours faute de transport.

Je vous ai fait parvenir depuis la reprise du courrier :
1 lb. frais 6. 35,50 } pour mon compte
1 e St Desgranges 6
2 e " 12
3 e " 18
2 e " 12
----------------
89,50

Il me restait au moment du débarquement 257 f. Si je puis mercredi je vous ferai parvenir un petit colis de charentaises d'anciens m. Sancerre, car Mr Desgranges ne pourra rien mettre cette semaine.

Veuillez recevoir, Madame, mes meilleurs souvenirs.

Jamar


De G. Chevalier, administrateur général des Missions militaires françaises de liaison administrative, à Agnès Wattinne. Lettre dactylographiée.

RÉPUBLIQUE FRANÇAISE

Liberté - Égalité - Fraternité

GOUVERNEMENT PROVISOIRE DE LA RÉPUBLIQUE
ÉTAT-MAJOR GÉNÉRAL DE LA DÉFENSE NATIONALE
MISSIONS MILITAIRES FRANÇAISES DE LIAISON ADMINISTRATIVE
L'ADMINISTRATEUR GÉNÉRAL

PARIS, 12 Place Vendôme (1er Arr.)
Tél. Opéra 07.92 - 09.60

Madame,

Rentré à Paris, je m'empresse de venir vous renouveler l'expression de ma gratitude pour l'accueil si aimable que vous avez bien voulu nous réserver en nous recevant à dîner, le Sous-Lieutenant Leduc et moi.

Dès mon retour, aussi, j'ai repris les démarches officielles dont je vous avais parlé, en vue de l'attribution, si méritée, de la Croix d'Officier de la Légion d'Honneur au vaillant qu'était le Commandant de Saint-Léger. Il me serait particulièrement agréable de pouvoir vous en annoncer l'aboutissement le plus tôt qu'il se pourra et, avec mes très sincères remerciements renouvelés, je vous prie d'agréer, Madame, l'hommage de mon respect.

G. Chevalier

Madame de Saint-Léger.


Enveloppe en franchise militaire des Missions militaires françaises de liaison administrative, adressée à Agnès Wattinne.

F.M. Postes aux Armées

Madame de SAINT-LÉGER

228, Rue Nationale, LILLE (Nord)

Missions Militaires Françaises de Liaison Administrative - Le Chef de Mission


De J. Laforet, vice-président de l’Amicale des Oflag VIII pour l’Oflag VIII A, à Agnès Wattinne. Lettre manuscrite.

Madame,

Venant de prendre connaissance de votre lettre du 22 avril au Président de l'Association amicale des Oflag VIII, je me permets de venir vous présenter mes condoléances émues pour la perte que vous venez de subir en la personne du commandant de Saint Léger qui fut mon camarade en captivité à Kreuzburg.

À notre prochaine réunion, je ne manquerai pas de faire part à tous ceux qui l'ont connu de la mort héroïque de ce compagnon, dont tous avaient pu apprécier le dévouement et l'esprit si élevé. Et c'est tant en leur nom qu'en mon nom personnel que je viens vous dire toute la peine que nous éprouvons devant la disparition de l'un de ceux qui nous avaient le mieux aidés à supporter les sombres heures de la captivité.

Nous concevons certes, Madame, combien doit être immense votre chagrin, mais aussi nous sommes persuadés que vous trouverez dans le magnifique exemple que votre mari laisse à vos enfants, une atténuation à votre douleur.

Que Dieu vous soutienne, Madame, dans cette affreuse épreuve.

Je vous prie de bien vouloir accepter, Madame, mes très respectueux hommages.

J. Laforet
ancien chef d'esc. d'artillerie
vice-président de l'Amicale des Oflag VIII (VIII A)
51 rue Condorcet
Paris 9e


De Louis d’Allonville, pour l’Association des anciens élèves de l’École des Roches, à Agnès Wattinne. Lettre manuscrite sur papier à en-tête.

Louis d'Allonville

ASSOCIATION DES ANCIENS ÉLÈVES DE L'ÉCOLE DES ROCHES

SECRÉTARIAT : 22, RUE PASQUIER - ANJOU 40-80 - TRINITÉ 06-54

Madame,

Je suis l'interprète de tous ces Anciens des Roches pour vous prier de bien vouloir accepter nos très sincères condoléances pour la mort que vous nous annoncez du Commandant Saint Leger.

Une disparition de plus à ajouter sur la liste, déjà si longue hélas, des Anciens des Roches morts pour la France depuis 1940.

Le Commandant Saint Leger sera pour tous, Anciens et Élèves des Roches un magnifique exemple de patriotisme puisqu'il a tout sacrifié — affaires, famille pour se consacrer à la France.

Un tel sacrifice ne peut être pour votre pays qu'un gage de redressement final. Pour vous, Madame, votre douleur sera peut-être atténuée par la fierté causée par la magnifique citation que vous avez eu la bonté de me communiquer.

Nous avons l'intention, dès que les circonstances le permettront, d'éditer un Livre d'Or pour que ne soient pas perdus pour les jeunes générations des exemples pareils.

Veuillez agréer, Madame, l'expression de mes respectueux hommages.

d'Allonville


Circulaire n° 2 de l’Amicale des anciens prisonniers des Oflag VIII, feuillet dactylographié. Datée de juin 1945, elle mentionne une arrivée du 9 juin et annonce une réunion le 17.

AMICALE DES ANCIENS PRISONNIERS DES OFLAG VIII

(VIII A - VIII F - VIII G - VIII H - VIII Hz)

Siège Social : 68, rue de la Chaussée-d'Antin — Paris (9ᵉ)

Adresser la correspondance au Président :

M. CHARRON, 74, rue du Rocher, PARIS (8ᵉ)

N° 2. CIRCULAIRE JUIN 1945.

A ceux qui reviennent

Ces heures tant attendues sont enfin arrivées !

Vous que depuis des années nous attendions, vous que nous évoquions, les larmes aux yeux, dans nos réunions, vous êtes enfin au milieu de nous ! Vos épouses, vos parents, vos enfants, vos frères et sœurs vous ont enfin retrouvés ! Vos camarades, ceux qui vous ont laissés il y a des années, des mois ou quelques semaines, vous disent leur joie profonde de vous revoir.

Que de fois, nous vous avons évoqués au milieu de nous, que de fois avec vos familles nous avons parlé de vous tous, les chers absents ; dont nous étions avides de connaître la vie et la pensée. A chacune de nos réunions, c'était de vous toujours qu'il était question ; et durant ces derniers mois nous avons tout tenté pour vous faire parvenir des vivres ; l'angoisse nous étreignait à la pensée de la faim que vous enduriez, du froid dont vous ne pouviez vous défendre, et tout fut mis en œuvre pour vous secourir ; mais hélas ! nous nous heurtions à d'immenses difficultés que nous ne pouvions pas surmonter.

Enfin, vous êtes maintenant rentrés dans vos foyers et vous reprenez contact avec la liberté, la vie ! Vos anciens vous saluent avec joie, avec bonheur. L'Amicale des Oflag VIII a été constituée pour vous, nous avons réuni ces cinq anciens Oflag parce que nous avons pensé que vous aviez créé de nouvelles amitiés entre les anciens des Oflag VIII A - F - G - H - Hz et que vous seriez heureux de vous retrouver tous ensemble quelquefois pour parler du passé douloureux.

Notre Amicale est et doit rester votre grande famille car malgré les nombreux camps où vous avez passé, vous êtes restés toujours entre anciens des Oflag VIII.

A vous, il appartiendra de donner à cette Amicale la vie et l'élan que vous désirez ; l'instrument existe, à vous de le perfectionner et de l'animer, car le Conseil d'Administration actuel n'est qu'un conseil provisoire qui, dès que tous nos prisonniers seront de retour, donnera sa démission pour faire place à ceux qui reviennent et à qui incombera la tâche de diriger notre amicale.

Nous serons heureux aussi de connaître la date du retour et l'état de santé de chacun d'entre vous ; nous nous sommes préoccupés de vous pendant quatre ans, nous voudrions maintenant être avisés de votre rentrée dans vos familles ; envoyez-nous un mot nous rassurant sur votre sort.

PROCHAINE REUNION

Dimanche 17 Juin 1945, réunion d'information, 7, rue de la Bienfaisance, Paris (8ᵉ).

10 h. : Messe.

10 h. 45 : Réunion.

13 h. : Déjeuner en commun au restaurant Le Régent, 100, rue Saint-Lazare.

Nous vous espérons nombreux à cette réunion où nous aurons parmi nous des camarades venant de rentrer.

Retenez votre place :

soit au Président M. CHARRON, 74, rue du Rocher, Lab. 75-37,

soit au Secrétaire général, M. LACQUET, 11 bis, rue Théodore-de-Banville, Car. 81-54.

Libération du camp de Colditz

Le camp de Colditz a reçu le 26 des officiers provenant de l'Oflag IV D.

Les officiers français sont partis à pied de l'Oflag IV D le 19 avril, étapes de 20 à 25 kilomètres par jour. Voyage pénible avec des sentinelles hongroises, quelques incidents.

Le château de Colditz est situé en dehors de la ville, sur une hauteur.

Alertes fréquentes, les officiers suivent les nouvelles par radio.

La bataille se dessine, on entend le canon, aviation alliée nombreuse. Le dimanche 15 avril, vers 15 heures, les officiers voient à l'horizon des chars... ces chars se mettent en bataille... ce sont des Américains.

Un obus, le premier, touche la tourelle du château. Le commandant allemand demande aux officiers français de hisser sur le château un drapeau français... ce qui est fait aussitôt. Le tir sur le château s'arrête.

Les chars s'avancent, deux batteries allemandes tirent.

Les Américains répondent par artillerie. En quelques secondes plusieurs maisons de la ville brûlent.

Le combat dure toute la journée. Les prisonniers sont dans les caves du château. Le soir, les chars se retirent. Toute la nuit on se bat.

Le matin, les Américains sont dans la ville qui est cernée.

A huit heures du matin, le 16, les Américains se présentent au château. Sous les acclamations des prisonniers, Français, Anglais, Américains, Russes, le commandant allemand remet son revolver aux Américains qui le jettent par terre. Fouille des Allemands. Pillage de la Kommandantur et de la ville.

Les Officiers Français sont emmenés en camion à Weimar.

Des avions viennent les chercher le 20 avril vers 11 heures du matin et vers 15 heures nos camarades sont au Bourget.

(D'après le récit du Lieutenant COTE.)

Notre organisation d'accueil

Depuis le 7 mai, nous avons organisé au quai d'Orsay, pour accueillir nos camarades rentrants, une permanence pour l'ensemble des Oflag VIII assurée à tour de rôle par chacun des Oflag VIII.

Nos camarades rentrants peuvent y trouver les adresses des anciens camarades de leur camp avec lesquels ils peuvent se mettre en rapport et, pour ceux de province seuls à Paris, de nombreux camarades pouvant les héberger ou les nourrir, auxquels nous pouvons les adresser sur simple avis téléphonique.

Nos camarades de permanence sont en outre à leur entière disposition pour tous les renseignements qu'ils désirent avoir, les aider dans les formalités qu'ils ont à faire.

Il est constamment question de transformations profondes de l'organisation actuelle et le centre d'accueil serait transféré. Nous suivons de près cette question pour prendre notre place en cas de changement, espérant qu'alors nous pourrons mieux recevoir nos camarades rentrant.

Jusqu'alors, malheureusement, nous n'avons pu joindre qu'un nombre relativement faible de ceux-ci et espérons que sous peu une nouvelle organisation des centres d'accueil nous permettra de pouvoir mieux les accueillir.

Nous sommes tout prêts à augmenter l'importance de notre permanence dès que le besoin s'en fera sentir.

Nouvelles diverses des camps

A — MORT POUR LA FRANCE :

Nous avons appris avec regret la mort de notre camarade, le Commandant Claude SAINT-LEGER. Notre camarade, alors lieutenant, avait été libéré comme père de cinq enfants.

En 1942, il partit en Algérie, puis en Angleterre, rejoindre le général de Gaulle. Il prit part au débarquement et à toute la campagne de France et trouva la mort au cours d'une mission en décembre 1942.

Nous adressons à sa veuve et à ses enfants l'expression de nos très sincères condoléances.

Nous avons appris avec regret la mort de la femme du camarade DARDENNE.

Nous avons appris avec regret que nos camarades les Lieutenants LALIZE et PRUGNEAUX avaient été tués le 4 février 1945 lors du bombardement de l'Oflag X B.

Nous adressons à leurs familles l'expression de nos très sincères condoléances.

F — MORT POUR LA FRANCE :

Nous avons appris avec regret la mort héroïque du Capitaine SELVEZ, qui avait repris du service en organisant un maquis et combattait avec les Forces Françaises de l'Ouest.

Le Lieutenant BERROD, évadé du II B, libéré par les Russes le 16 février, fait partie du service de rapatriement des prisonniers français à Lublin.

Liste des camarades identifiés à leur passage au Centre d'Orsay

Général DEVERRE, Grenoble, venant du VI A, Soest.

Commandant de MINVIELLE, Saumur, venant du IV D, Colditz, le 20 avril.

Capitaine MONFLIER, Fontenay-sous-Bois, venant du IV D, Colditz, le 20 avril.

Lieutenant CHAMBON, Gros-Chassang, venant du IV D, Colditz, le 20 avril.

Lieutenant DEDIEU, Agde (Hérault), venant du IV D, Colditz, le 20 avril.

Lieutenant VERGNE, Nancelle (Aveyron), venant du IV D, Colditz, le 20 avril.

Lieutenant MARTINEL, Mazamet, venant du IV D, Colditz, le 20 avril.

Lieutenant ALBAGNAC, Frontignan, venant du IV D, Colditz, le 20 avril.

Capitaine JOURDAN, Marseille, venant du IV D, Colditz, le 20 avril.

Lieutenant DENIS-LABRE, Abbeville, venant du IV D, Colditz, le 20 avril.

Lieutenant FROGIER, Saint-Yrieix, venant du IV D, Colditz, le 20 avril.

Commandant de FENOYL, Paris, venant du X B, Nienburg, le 22 avril.

Lieutenant-colonel BUROT de l'ISLE, Tours, venant du IV D, Konigstein, le 13 mai.

Commandant HARMAND, Clermont-Ferrand, venant du IV D, Konigstein, le 13 mai.

Commandant PICHERAL, St-Laurent-d'Aigouze, venant du IV D, Konigstein, le 13 mai.

Lieutenant-colonel FRANCHEBOIS, Montpellier, venant du IV D, Konigstein, le 13 mai.

Commandant LEGUILLARD, Penhars (Finist.), venant du IV D, Konigstein, le 13 mai.

Lieutenant-colonel SALAUN, Lambezellec, venant du IV D, Konigstein, le 13 mai.

Lieutenant-colonel AUGERE, Limoges, venant du IV D, Konigstein, le 13 mai.

Commandant PEDRAZZI, St-Cyr-s.-Dourdan, venant du IV D, Konigstein, le 13 mai.

Commandant GROBERT, Faye-l'Abbesse, venant du IV D, Konigstein, le 13 mai.

Lieutenant-colonel GROLARD, venant du IV D, Konigstein, le 13 mai.

Lieutenant-colonel COCHET, Rodez, venant du IV D, Konigstein, le 13 mai.

Lieutenant-colonel CAPELLE, Nantes, venant du IV D, Konigstein, le 13 mai.

Commandant PONT, Bordeaux, venant du IV D, Konigstein, le 13 mai.

Lieutenant LAMOUR.

Lieutenant CHEVANT, Brioude, venant du II B, Arnswalde.

Soldat POULAIN, Aniche, venant du IV D, ordonnance, le 9 juin.

Nos camarades ne seront pas étonnés d'apprendre le rôle joué au XVII A par les Lieutenants BLIN, DELPECH et LAPORTE, dans l'organisation des services clandestins de renseignements. C'est ainsi que le Lieutenant BLIN, qui prenait contact avec les autorités américaines, a pu faire rechercher par des camions américains les 700 officiers restés à Edelbach, en zone russe, pour les faire rapatrier en avion.

G — MORT POUR LA FRANCE :

Nous avons appris avec regret la mort de notre camarade, le Lieutenant André ETCHEGARAY, décédé à Mamers en avril dernier.

Combattant des deux guerres, notre camarade a été enlevé à l'affection des siens après une courte maladie contractée à la suite des fatigues de la captivité.

L'inhumation a eu lieu à Paris. Une délégation de notre Amicale, jointe à ses camarades de régiment, a adressé à Mme ETCHEGARAY l'expression de nos sincères condoléances.

MORT POUR LA FRANCE :

Nous avons appris le regret d'annoncer la mort de notre camarade, l'aspirant LELONG, mort pour la France en avril 1945.

Affecté aux Forces Françaises de l'Atlantique, notre camarade a trouvé une mort glorieuse au cours d'une mission à bord d'un avion militaire.

Une délégation de notre Amicale a assisté à ses obsèques, qui ont eu lieu à Paris le 1er mai 1945, et a transmis à ses parents nos sincères condoléances.

Nous avons été heureux d'apprendre le mariage de notre camarade Paul de LACROIX, de Perpignan, avec Mademoiselle Eliette SIMON-CASIMIR, qui a eu lieu le 27 avril 1945 à Perpignan.

Nous leur adressons tous nos vœux de bonheur.

Camarades accueillis à leur arrivée à Paris par la permanence de l'Amicale :

Lieutenant BONNEVAL, Lieutenant BARLIER, Lieutenant LECOQ, Lieutenant SOLERE.

Tous quatre en bonne santé.

Camarades décédés depuis leur rapatriement :

Lieutenant DESPREZ, dentiste, tué, paraît-il, lors des combats de la libération. GRUNEISSON (rapatrié en 1941).

Camarades mobilisés :

Lieutenant MOLOGNI — Capitaine PHILIPPOTEAUX — Lieutenant AVELINE — Capitaine MAIRE — Lieutenant LAMY — Sous-Lieutenant LAHAYE — Lieutenant REMOND — Capitaine DOUCET — Commandant LUDGER.

Notre camarade JOUENNE, à Thorigny-s.-Vire, a été sinistré total lors de la bataille de Normandie.

Communiqué des Commissions

COMMISSION D'INITIATIVE ET DE PROPAGANDE :

La Commission a envisagé l'organisation de fêtes, concerts, spectacles, sauteries, bals, avec reconstitution des troupes théâtrales, orchestres symphoniques et jazz des camps.

L'une de ces fêtes coïnciderait avec l'Assemblée générale, qui serait suivie d'un banquet et d'un bal, où se retrouveraient les camarades de Paris et de la province, ainsi que leurs familles.

Création d'un insigne de membre de l'Amicale : le motif devra comprendre la mention O. F. VIII et comporter un détail de couleur différente pour chacun des camps de l'Amicale.

Création d'un fanion, en vue de la participation de l'Amicale aux cérémonies officielles, en attendant qu'il soit possible de se procurer un drapeau.

Les projets, dessins coloriés, pour l'insigne et le fanion, devront être adressés au Président de l'Amicale.

COMMISSION JURIDIQUE :

Les membres de la Commission ont répondu aux diverses consultations qui leur avaient été demandées par les membres de l'Amicale ou leur famille.

RUBRIQUE JURIDIQUE :

Parmi les différentes ordonnances intervenues et intéressant tout particulièrement les prisonniers, signalons tout d'abord l'ordonnance du 5 avril 1945 attribuant une allocation dite d'accueil aux prisonniers rapatriés d'Allemagne. Cette allocation d'un montant de 1.000 francs doit être versée au prisonnier à son entrée sur le territoire français ou dans les centres déterminés par le ministre des Prisonniers, sur justification de son identité. Une seconde ordonnance du 24 avril 1945 institue un contrôle médical comportant deux examens, le premier dès le rapatriement, le second entre le quatrième et le septième mois, suivant le premier examen. Ces constatations réservent le libre choix du médecin traitant dans le cadre de la législation en vigueur. Enfin, une ordonnance en date du 1er mai fixe les conditions de réintégration dans son précédent emploi, ainsi que la réadaptation, le cas échéant, du prisonnier rapatrié et les rémunérations auxquelles il a droit de la part de ses employeurs ou de l'Etat.

Le Président de la Commission : André VOIRIN, avocat à la Cour.

L'Amicale des OFLAG VIII

L'Amicale a été créée le 18 février pour grouper l'ensemble des anciens officiers des Oflag VIII A - F - G - H et HZ, représentés chacun par un certain nombre de membres ayant à leur tête :

VIII A — Commandant LAFOREST.

VIII F — Colonel SOUHARD.

VIII G — Commandant CHARRON.

VIII H — Colonel PETIT.

VIII HZ — Capitaine JUMEAU.

Son but est de maintenir la liaison entre cette grande famille que plusieurs années de souffrance ont pour jamais formée, de venir en aide aux camarades qui en ont besoin.

Ce moment est venu.

Heureusement enfin, après cinq années d'absence, ils rentrent. Ils sont rentrés et ils vont avoir besoin de nous. Aide matérielle, aide morale, que de changements en cinq années, que de vides !

Des situations à refaire, un foyer à reconstruire.

Ils vont avoir besoin de nous, ils ont besoin de nous, nous devons tous être là pour les aider, nous avons besoin de vous tous. Chacun peut faire quelque chose.

Et d'abord, faites de suite partie de l'Amicale. Pour ceux qui, par négligence ou manque de temps, ne l'ont pas encore fait, adressez de suite votre adhésion et votre cotisation au trésorier :

M. Paul GAULLIER, 19, rue de Provence, Paris (9ᵉ).

compte chèques postaux Paris 4440-98.

Nous vous rappelons que pour être membre, il faut :

1° — Verser un droit d'inscription de 10 francs.

2° — Régler sa cotisation annuelle :

Membre bienfaiteur : 500 francs minimum.

Membre actif : 100 francs.

Mais ce n'est pas tout, ce n'est pas assez.

Venez à notre prochaine réunion du 17 juin pour resserrer les liens, voir les anciens camarades rentrés avec vous et surtout ceux qui viennent de rentrer.

Faites-nous savoir ce que vous pouvez faire.

Vous pouvez quelque chose pour eux, pour les aider à repartir dans la vie dans laquelle ils rentrent après cinq années d'absence.

Moralement — pécuniairement dans vos relations, dans vos affaires, faites tout ce que vous pouvez. Aidez-nous.


De l’abbé A. André, ancien aumônier de l’Oflag VIII A, à Agnès Wattinne. Lettre manuscrite.

Madame,

Camarade de captivité en Allemagne, de votre mari, aumônier de l'Oflag VIII A à Kreuzburg, j'avais pour le lieutenant Saint-Léger la plus vive sympathie. J'admirais en particulier son sens social et sa volonté de servir. Sa vie, au retour d'Allemagne, en est la preuve la plus manifeste.

Je me souviens en particulier de l'assiduité qu'il manifestait pour certains cercles d'études où nous cherchions à étudier les répercussions religieuses du régime économique d'avant-guerre.

Une petite circulaire de l'Amicale des anciens prisonniers des Oflags VIII m'apprend seulement maintenant sa mort au début de l'année.

Je vous prie de croire, Madame, que je prends une part très vive à votre douleur, demandant à Dieu de veiller sur ce foyer si riche d'enfants, surtout maintenant que leur Père n'est plus là pour les préparer à la vie.

En vous renouvelant toutes mes condoléances, je vous prie d'agréer, madame, mes respectueux et religieux hommages.

A. André


Du capitaine Régis Marfaing, à Rueil (Seine-et-Oise), à Agnès Wattinne. Lettre manuscrite sur deux feuillets. L’année, absente de l’original, se déduit du retour de captivité de l’auteur.

Cne Régis Marchand (NDLR : la signature porte Marfaing ; lecture à vérifier sur l’original.)
COI 122 1ère Cnie
Rueil S. et O.

Rueil le 13 Septembre

Madame

Rentré de captivité depuis quelques semaines j'ai eu la très grande douleur d'apprendre que votre mari était mort pour la France en service commandé.

Je m'autorise de la vive amitié qui nous liait pour vous dire la très grande part que je prends au malheur qui vous a frappée.

Pendant le début de la guerre où nous étions tous les deux mobilisés à la défense contre avions de Lille nous avions vivement sympathisé, mais ce fut l'année de captivité qui nous unit fortement.

Les évocations de souvenirs communs mais surtout le charme et la force du caractère de votre mari m'ont bien souvent aidé à vivre plus courageusement les longues et dures journées de la captivité.

Son extrême sensibilité et la confiance mutuelle qui régnait entre nous nous ont bien souvent amenés à nous parler plus ouvertement que ne le font en général les hommes entre eux. C'est ainsi que j'ai connu le très grand amour qui le liait à toute sa famille et que rien ne me plaisait davantage que de l'entendre parler de vos filles et de votre fils.

De son côté il m'écoutait toujours avec beaucoup de compréhension et de sympathie. Jamais je n'ai autant regretté que maintenant où je le sais disparu de n'avoir pu lui écrire depuis son retour en France pour le remercier de tout ce qu'il a fait pour mon petit Philippe et pour sa maman.

(NDLR : la lettre se poursuit sur un second feuillet, transcrit à part dans le fichier d’origine et rattaché ici.)

Vous même Madame, avez droit à toute ma gratitude car vous fûtes comme Claude un très grand réconfort pour la maman de Philippe. Dans les pénibles circonstances où elle vivait vos visites lui ont toujours apporté ce dont elle avait le plus besoin la chaleur d'une réelle sympathie.

Je voudrai vous dire aussi quelle admiration j'ai ressentie pour votre mari lorsque j'ai su ce qu'il avait fait après le débarquement, le texte de sa citation m'étant tombé sous les yeux m'en a appris à ce sujet plus que de longs discours.

Dans le monde où nous vivions, et c'est peut être ce que j'aimais le plus en lui, il était vraiment le champion d'un idéal, mais un champion si souriant et si bon qu'il donnait envie de penser comme lui. J'aimerai pouvoir vous dire quelle heureuse influence il a exercée dans le milieu où nous avons vécu les premiers mois de la captivité mais ce serait trop long car sur les quelques centaines de Français réunis par le hasard en Haute Silésie il n'en est pas qu'il n'ait aidé au moins une fois d'un mot réconfortant.

Au nom de notre amitié je vous assure de mon plus profond dévouement, s'il est quelque ce soit que je puisse faire pour vous disposez de moi j'en serai trop heureux.

Recevez Madame l'expression de mes respectueux hommages.

Régis Marfaing


Sources

Autres années

1944 Lettres a Claude d Alphonse Motte