Correspondance de Claude en 1919

Correspondance de Claude en 1919

1919 Lettres

Pour situer ces lettres

Vingt-neuf lettres de 1919, écrites dans les deux sens mais jamais au même moment. En janvier et février, Claude Adolphe Georges Saint-Léger (1897-1944), aspirant à la 1re compagnie de mitrailleuses du 26e bataillon de chasseurs à pied, écrit de Belgique dix-sept lettres, seize à sa mère, Marguerite Delemer (1876-1953), une à son père, André Saint-Léger (1870-1952), tous deux à Lille. Elles s’arrêtent en mars, quand un sursis d’appel le ramène à Lille. D’avril à septembre, la correspondance change de côté : douze lettres reçues, de cinq anciens chasseurs du bataillon, Achille Carlier, Raymond Denizet, Malarin, Edmond Rolland et Landais, de Marie Simon, qui l’a reçu à Court-Saint-Étienne, et de Simonne Barrois, amie de la famille, à Marquillies. Les réponses de Claude sont perdues ; il en reste les dates, qu’il a notées en tête de presque chaque lettre.

Le contexte

L’armistice du 11 novembre 1918 ne rend pas les hommes à la vie civile. La démobilisation libère les classes une à une, les plus anciennes d’abord, et la libération des dernières ne s’achève qu’en juin 1920 ; les plus jeunes tiennent en attendant la rive gauche du Rhin, où la France occupe le Palatinat et la tête de pont de Mayence. Le 26e bataillon cantonne depuis la fin de décembre 1918 à Court-Saint-Étienne, en Brabant wallon, gagne Audenarde le 23 février pour y armer un centre de démobilisation, puis passe, avec la dissolution de la 166e division, à la 28e division d’infanterie, à Forbach au printemps, à Metz ensuite.

Pour Claude, de la classe 1917, la seule issue rapide est le sursis d’appel accordé aux hommes nécessaires à la reconstitution industrielle. La demande exige un état civil complet, alors qu’il est inscrit partout sous le nom de Lavalette, que portent ses papiers militaires depuis septembre 1916 : il l’envoie le 20 janvier, avec une filiation, un lieu de naissance et un bureau de recrutement qui ne sont pas les siens. Le sursis vient le 19 mars, au titre de directeur de la Société anonyme de Pérenchies à La Madeleine, et il est prolongé jusqu’au 15 octobre. Claude vit dès lors à Lille, en civil, mais il reste militaire : le congé illimité est porté au 13 septembre, alors qu’un reçu du 6 novembre le dit encore aspirant en sursis.

Les lettres reçues montrent l’autre face de cette sortie de guerre. Ses anciens mitrailleurs sont dispersés au printemps, les classes 1916 et 1917 vers les unités qui occupent le Palatinat, les autres à Metz, où ils voient le bataillon fondre au rythme des libérations et des majorations, jusqu’à n’y laisser, en septembre, que les classes 1918 et 1919. Claude leur répond et leur envoie chocolats et colis. En Belgique, Court-Saint-Étienne reprend le travail ; à Marquillies, la cheminée d’usine fume de nouveau au début de septembre.

Dates repères, 1919


À son père, André Saint-Léger, à Lille. Depuis les cantonnements de Belgique.

Mon cher papa,

Je vous souhaite une bonne année 1919 et une bonne santé.

Je suis plein de confiance dans cette année où au lieu de voir démolir, nous allons voir remonter peu à peu tout ce qui a été détruit.

Évidemment, cela va être lent, mais il n'est pas étonnant, qu'il faille du temps à se remonter d'un choc pareil.

D'ailleurs quand on voit le terrible nombre de morts qu'il y a eu pendant la guerre, et qu'on en sort avec sa tête et ses 4 membres bien d'aplomb, on peut être sûr en travaillant de se tirer toujours d'affaire.

Il y a des jours où mère et vous, vous regrettez de ne pas avoir été en France libre.

Eh bien ! non. Si vous aviez été en France libre : 1° Vous n'auriez pas été à votre place. 2° Vous auriez gagné beaucoup d'argent.

Par conséquent, vous auriez été comme beaucoup de gens que nous connaissons, un profiteur de la guerre. Il vaut mieux sortir de la guerre comme nous en sortons, que sortir avec cette triste épithète : avoir gagné de l'argent sur la mort d'un million et demi d'individus.

D'ailleurs nous ne savons ce que l'avenir nous réserve à tous.

Et tous les soldats sont bien montés contre cette catégorie de gens.

Enfin, mon cher papa ne vous faites pas de bile de la lenteur de tout.

Il vaut mieux que d'usine marche 3 ou 6 mois plus tard et que vous conserviez votre bonne santé.

Je vous embrasse tendrement

Votre fils qui vous aime
Claude

P. S. Ne pourriez-vous envoyer mère quelques jours à Bruxelles, cela lui ferait le plus grand bien moralement et physiquement, car rester si longtemps à Lille sans bouger est fort débilitant, surtout quand vous êtes à Paris.


À sa mère, Marguerite Delemer, à Lille. Écrite à Bruxelles, chez Maurice Le Blan.

Ma mère chérie,

J'attendais une occasion sûre pour vous souhaiter une bonne et heureuse année ainsi qu'à papa ; et une bonne santé pendant toute l'année 1919.

J'espère que vous vous soignez et que vous ne vous faites pas de bile ; mais Lille quand on y reste si longtemps est réellement très débilitant.

Vous devriez vous distraire en venant passer quelques jours à Bruxelles, on y mène une vie très tranquille.

Monsieur Le Blan chez lequel je passe 48 heures me dit qu'il vous a trouvé mauvaise mine à son passage à Lille, et qu'il serait très heureux de vous avoir pendant quelques jours à Bruxelles.

Je viendrais passer tous les Dimanches avec vous ; et je pourrais même venir passer quelques journées dans le courant de la semaine.

Cela vous enlèverait tous ces petits tracas domestiques, qui ne valent pas qu'on s'en fasse de la bile.

Je serai heureuse de vous revoir, et de vous voir changer un peu d'air.

Vous pourriez venir si cela vous ennuie de laisser père, pendant son prochain voyage à Paris.

Mais plus vite vous viendrez et plus vous aurez de chance de me retrouver ; quoique on dise que nous sommes encore ici pour un mois.

Soumettez ma lettre à papa, qui j'en suis persuadé, sera tout à fait de mon avis.

Monsieur et Madame Maurice Le Blan sont très gentils pour moi, et ils ont pour vous beaucoup d'affection.

Quand conduisez-vous Philippe à l'école de Normandie ?

Je vous embrasse tendrement ma petite mère chérie, ainsi que papa,

Votre fils qui vs aime
Claude

P.S. Pouvez-vous m'envoyer à Bruxelles quelques lames gillette (une douzaine).


À sa mère, à Lille. Écrite à Bruxelles, chez Maurice Le Blan, avant de repartir le soir même.

Lundi 6 Janvier 1919

Ma chère petite mère,

Je suis venu passer le Dimanche chez Monsieur Maurice Le Blan, et je repars ce soir.

J'ai reçu des mains de mon oncle Lucien Crépy la lettre que vous lui aviez remise pour moi.

Je regrette que Philippe soit tombé malade ; mais j'espère que ce n'est rien de grave, et que vous allez tout de même pouvoir l'envoyer à l'école de Normandie.

On dit que ma division qui est un peu disséminée par toute la Belgique, doit se rassembler dans les environs de Tirlemont entre 15 et 20 Janvier pour prendre la direction de l'Allemagne, ce n'est pas officiel, car officiellement on ne sait jamais rien ; mais cela semble sérieux.

Surtout que le moment est venu que les troupes qui sont en Allemagne soit remplacées par d'autres.

Le secteur de notre armée est environ autour de la ligne Aix-la-Chapelle – Düsseldorf.

J'ai besoin, (ce n'est pas très pressé, mais les courriers marchent si mal qu'il faut s'y prendre d'avance) (NDLR : la phrase reste inachevée dans l’original, le complément manque)

Monsieur Le Blan, auquel je dis que je vais lui faire envoyer par vous 100 frs, me dit que vous êtes en compte avec lui, et qu'il est inutile que vous les lui envoyez ; il les inscrit sur votre compte et me les avance.

Je préfère avoir un peu d'argent d'avance, si nous nous lançons de nouveau sur les grandes routes.

Madame Le Blan est excessivement gentille pour moi, elle me donne tout ce dont j'ai besoin.

Je vous embrasse tendrement, ma petite mère chérie ainsi que papa et Philippe.

Votre fils qui vous aime
Claude

P.S. Je ne pensais pas avoir besoin d'argent, car je comptais sur quelques étrennes, mais malgré les souhaits de bonne année que j'y ai envoyé à tous mes oncles et tantes, je me sers une large ceinture.

Bon à savoir pour l'année prochaine !


À sa mère, à Lille. De retour de Bruxelles, à Court-Saint-Étienne.

Ma mère chérie,

Voici quelques jours que je suis sans nouvelles de vous ; cependant les courriers marchent actuellement beaucoup mieux.

Je suis arrivé ici hier soir de Bruxelles où j'avais passé 24 h.

Je n'ai pas encore reçu de vos nouvelles.

Je suis fort impatient d'avoir des nouvelles de Philippe.

Vous savez qu'il ne sert à rien de se faire de la bile et tout finit par s'arranger.

(NDLR : passage obscur, lecture à vérifier sur l’original) Toutes ce que vous ferez pour moi au sujet de l'école de commerce importante, peut-être un bon point. Surtout que je suis inscrit par les registres comme étudiant.

Vous m'envoyez toutes les indications précises sur ce que vous avez fait pour moi.

Je pense retourner à Bruxelles Dimanche prochain.

Car ici où nous sommes dans un vrai trou.

Il est toujours question de départ vers le 15 ou 20 direction l'Allemagne, dit-on.

Je vous embrasse tendrement ainsi que papa et Philippe !

Votre fils qui vous aime
Claude

P. S. Comment avez-vous trouvé Bob ?


À sa mère, à Lille. Écrite à Bruxelles, la veille du retour à Court-Saint-Étienne.

Ma mère chérie,

Je suis très heureux que vous veniez jusqu'à Bruxelles.

Nous devons d'après des derniers tuyaux quitter la région bruxelloise vers le 20 ; mais cela n'a rien de certain, je pense donc que je vous verrai avant ce départ qui d'ailleurs n'a rien de certain.

Je passe encore ce Dimanche chez Monsieur Le Blan.

Je retourne demain à Court-Saint-Étienne.

Si vous pouviez arriver le Jeudi ce serait parfait en tout cas je m'arrangerai pour venir à Bruxelles soit le Jeudi, soit le Vendredi.

Je suis très libre et quand vous serez là j'espère venir à peu près tous les jours.

Pouvez-vous m'apporter une douzaine de une gilette et ma paire de botte.

J'espère que vous avez de bonnes nouvelles de Philippe.

S'habitue-t-il bien ?

Je pense avoir du tabac à vous donner pour papa, car j'en ai commandé et il doit arriver aujourd'hui.

Je vous embrasse tendrement ainsi que papa et je vous attends, très impatient de vous revoir.

Votre fils qui vous aime

Claude


À sa mère, à Lille. Accompagnée des indications d’état civil demandées pour la demande de sursis.

Le 20-1-19

Ma petite mère chérie

Ci-joint les indications que vous me demandez. J'espère qu'elles me porteront chance.

Je vous embrasse tendrement ainsi que papa

Votre fils qui vous aime
Claude

P.S. Puis-je indiquer ; qu'étant de la classe 1917 je marche comme engagé avec la classe 1915

de Lavalette Claude Adolphe
Né le 24 Mars 1897 à Saint Félicien (Ardèche)
Résidant à Versailles (S et O)
Profession étudiant
Fils de Joseph de Lavalette et de Hélène Delemer
Domicilié à Saint Omer (Pas de Calais)
Engagé volontaire durée guerre le 20 Octobre 1915 à Versailles (S et O)
Numéros Matricule du Recrutement : St Omer 2871.
Engagé pour la durée de la guerre

Le 20 Octobre 1915 au 32ème Rgt de Dragons (Versailles)

Passé le 8 Avril 1918 au 26ème Bat. de Chasseurs (Vincennes)

Adresse
Aspirant de Lavalette
1ère C.M.
26ème B.C.P.
S.P. 210


À sa mère, à Lille. De Court-Saint-Étienne, après le séjour de sa mère à Bruxelles.

Ma mère chérie,

Je n'ai encore rien de vous depuis que je vous ai vue à Bruxelles.

La femme de chambre de Le Blan a dû mettre par erreur une cravate blanche sale à moi dans vos bagages, vous me rendriez service en me l'envoyant.

Je compte partir passer mon Dimanche à Bruxelles mais il est vaguement question de départ ; on ne sait pas pour où ; on parle de la région de Lille ou de Merle (?) ou de l'Allemagne.

Enfin nous ne resterons très probablement plus long temps ici.

Si nous partions du côté de Lille ce serait parfait.

Avez-vous de bonnes nouvelles de Philippe ?

Aimée (NDLR : lire Annie, sa sœur) doit être arrivée à Lille maintenant ?

La vie reprend-elle un peu !

Ici, on travaille assez fort, pour tâcher de vider tous les munitions avant notre départ.

J'ai pu visiter la filature de coton qu'il y a à Court-Saint-Étienne, elle est en très bon état, et pourrait fonctionner d'un jour à l'autre.

Ils attendent du coton et pensent en recevoir un peu d'ici 2 mois.

Je vous embrasse ainsi que papa.

Votre fils qui vs aime

Claude


À sa mère, à Lille. De Court-Saint-Étienne. La pièce porte 27 janvier 1918 ; son contenu la place en 1919.

Ma mère chérie,

Je n'ai toujours rien de vous, depuis que je vous ai vu à Bruxelles.

Nous sommes toujours à Cours Saint Etienne, mais je ne pense pas que cela puisse durer longtemps encore car l'usine se vide et bientôt nous n'aurons plus de raison d'être ici.

Les trains marchent très mal aussi je ne suis pas allé à Bruxelles Dimanche dernier, mais je compte y passer 24 h. dans le courant de cette semaine.

Notre division, la 166, est, parait il dissoute et on dit que nous allons former une division de chasseurs.

Je vous embrasse tendrement ainsi que papa et Annie, envoyez moi des nouvelles de Philippe et son adresse exacte.

Votre fils qui vous aime

Claude


À sa mère, à Lille. Écrite chez Madame Le Blan.

Ma mère chérie,

Je n'ai toujours rien de vous depuis que vous avez quitté Bruxelles. J'espère que vous avez atteint Lille sans trop de difficultés.

Philippe est-il content en pension, et recevez-vous souvent de ses nouvelles ?

Aimée doit être arrivée maintenant à Lille. A quoi s'occupe-t-elle.

Chimay compte, paraît-il, s'installer bientôt à Marquillies.

Madame Le Blan me charge de vous faire toutes ses amitiés.

Je suis chez elle au d'hui.

Georges part au 4ème régiment d'Infanterie de Ligne le 3 Février ; c'est un peu loin : près de Limoges.

D'après tous les tuyaux, on va être fort long à démobiliser les classes de la réserve de l'armée active, et je crains d'être dans l'armée d'observation dont parle la conférence de la paix.

M'avez-vous envoyé des mouchoirs et la cravate blanche que la femme de chambre de Madame Le Blan a mis par mégarde dans votre sac de voyage.

Je pense partir en permission d'ici environ 1 mois.

Les Belges ont l'air tous très montés contre leur gouvernement et je crois que si les troupes alliées quittent la Belgique, il va y avoir du grabuge. C'est d'ailleurs l'opinion générale.

A Bruxelles, il n'y a plus de tramways et comme c'était le seul mode de locomotion, c'est réellement fort gênant.

Je vous embrasse tendrement, ma petite mère chérie, ainsi que papa et Aimée.

Votre fils qui vous aime

Claude

P.S. N'avez-vous pas m'abonner au "Temps" ?


À sa mère, à Lille. De Court-Saint-Étienne.

Ma mère chérie,

Je suis sans aucune nouvelle de vous depuis 13 jours.

Vous me feriez plaisir en m'envoyant de temps à autre de vos nouvelles ; les courriers marchent très mal, mais la moyenne des lettres met en général 5 jours pour parvenir ici.

Nous sommes toujours encore à Court-Saint-Étienne et il n'est pas question de départ avant une dizaine de jours.

Je serais curieux d'avoir quelques nouvelles de Philippe, et de sa façon de prendre la vie de pension.

Je vous embrasse tendrement ainsi que papa et Aimée.

Votre fils qui vs aime

Claude


À sa mère, à Lille. De Court-Saint-Étienne.

Ma mère chérie,

J'ai enfin reçu de vos nouvelles, datées du 28 Janvier ; je pense que les lettres que vous m'avez écrites du 18 au 28 Janvier ont dû se perdre.

Je n'ai pas entendu parler de grève des cheminots anglais ; j'espère qu'elle n'a eu lieu.

Je suis très content que vous alliez à Pérenchies tous les jours, car cela doit vous occuper d'une manière très intéressante. Ne vous fatiguez cependant pas trop.

Soignez bien cet Américain, je serai enchanté d'aller passer 5 ou 6 mois en Amérique.

Après la guerre nos rapports avec les Américains vont certainement s'accentuer au détriment des Anglais.

Et rien ne dit qu'on n'aura pas tout intérêt à faire venir beaucoup de métiers d'Amérique plutôt que d'Angleterre.

Je préférerais d'ailleurs de beaucoup partir 6 mois dans une filature américaine plutôt que dans une filature anglaise.

Je crois qu'à tout point de vue l'alliance américaine est la seule chose qui peut nous tirer d'affaire.

Les Anglais, excessivement égoïstes, ne pensent qu'à nous rouler, tandis que l'Amérique a tout avantage à monter aux portes de l'Angleterre une concurrence aussi énergique que possible.

Je n'ai pas reçu encore de "Temps".

Mais je vous remercie de m'y avoir abonné ; Quelle triste affaire que celle de Briey.

Je compte partir en permission vers le début de Mars. Les journées seront déjà plus longues ; et tout beaucoup plus près de la mise en route, aussi je ne suis pas pressé de partir.

On évacue peu à peu la Belgique. Et nous allons nous diriger probablement bientôt (10 js.) vers des pays dévastés, pour la reconstruction ; peut être la région d'Armentières !!!

Je vous embrasse tendrement ainsi que papa et Aimée. Votre fils qui vous aime. Claude.


À sa mère, à Lille. De Court-Saint-Étienne, au lendemain de la séance donnée par la compagnie.

Ma chère petite mère,

J'ai reçu votre mot; je compte aller à Bruxelles après-demain et je vous ferais envoyer de suite les papiers avec les indications voulues.

J'ai été très occupé cette semaine-ci par une séance qu'a donné la compagnie ici et dont toute l'organisation et toutes les répétitions me sont tombées sur le dos.

Le résultat a d'ailleurs été excellent. Salle archi-comble. Tous les chanteurs ont eu un succès fou; les braves Belges n'ayant rien vu depuis 5 ans.

La recette permettra à toute la compagnie de faire des extras.

Les places étaient d'un franc et ils en ont eu pour leur argent : 3 heures de séance (concert) de 6 à 9, et Bal de 9 h à 1 h. Puis dîner des artistes; Total : coucher à 4 h 1/2 ce matin.

Je vais aller patiner cette après-midi. Nous sommes réellement très bien dans ce patelin, et les voyages à Bruxelles ne m'enthousiasment plus du tout.

J'en n'y ai pas mis les pieds depuis 15 jours !

Je vous embrasse tendrement ainsi que papa et Annie.

Votre fils qui vous aime

Claude


À sa mère, à Lille. De Court-Saint-Étienne, la veille d’un départ pour Bruxelles.

P.S. Pourriez vous m'envoyer ma paire de gants en cuir jaune.

Ma mère chérie,

Je pars demain à Bruxelles d'où je vous renverrai les 3 feuilles de demandes de sursis. Je ne puis me faire inscrire comme ouvrier mécanicien, étant inscrit partout comme étudiant (f. livret matricule) etc.

J'en ai parlé à des types au courant, et il est impossible de se faire inscrire pour une profession différente de celle qui est inscrite; aussi j'ajouterai à la mention d'étudiant -celle d'étudiant industriel, titre, qui est celui de tous les élèves qui travaillent dans les grandes écoles industrielles de Paris.

Je reçois le "Temps" très régulièrement et je vous en remercie vivement car cela m'est très agréable.

Je pensais partir vers le 4 Mars, mais si vous devez être à Paris à cette époque, je ferai peut-être bien de retarder ma permission de qqs. jours.

Vous avez dû voir dans les journaux que les aspirants d'Infanterie devaient être au bout de 6 mois ou proposés pour le grade de Sous-Lieutenant ou si ils étaient refusés remis au grade de sergent.

Ma proposition est partie ces jours derniers. Mes notes sont aussi bonnes que possible aussi je pense que quoique j'ai affirmé mon intention de ne pas rester dans l'armée, je vais passer sous lieutenant; de ce métier militaire il ne faut s'étonner de rien; aussi j'attends pour savoir quel sera mon sort.

Il faut que cela aille jusqu'au ministère de la guerre, aussi ce sera sans doute assez long. (1 mois)

Voici la note de mon comd.t de C.nie qui est la seule que j'ai vue :

« Excellent grade à tous les points de vue, apte à faire un très bon officier de peloton. »

Enfin ns allons voir !

Ma nomination aurait beaucoup d'avantages et beaucoup d'inconvénients futurs.

Je vous embrasse tous deux bien tendrement ainsi que papa et Annie.

Votre fils qui vous aime

Claude


À sa mère, à Lille. Accompagnée des trois demandes de sursis remplies et signées.

Ma mère chérie,

Je vous envoie ci-joint les 3 demandes de sursis remplies et signées.

Je me suis inscrit comme étudiant industriel : car je suis inscrit partout comme étudiant et il faut que cela corresponde avec mes livrets.

D'ailleurs, c'est, paraît-il le titre qu'on donne aux élèves des grandes écoles industrielles de Paris.

Je reçois toujours un nombre fort restreint de nouvelles de vous.

Nous ne pensons plus rester très longtemps à Court-Saint-Etienne; cependant il est peu probable que nous quitterons pour le moment la région bruxelloise.

Je reçois un mot de l'oncle Jules, qui voudrait avoir mes citations.

Or je ne les possède pas; pouver-vous les lui envoyer.

Madame Le Blan est assez gravement malade. Toujours de la grippe. Le doit être infectieux.

Quelques nouvelles de Georges qui ne semble pas trop malheureux. Il semble même satisfait de son sort.

J'ai patiné pendant le début de cette semaine mais aujourd'hui le dégel commence.

Je retarderai si possible ma permission jusqu'au 8, comme vous me le demandez.

Je vous embrasse tendrement ma petite mère ainsi que papa et Annie.

Votre fils qui vous aime

M. Le Blan se charge de vous renvoyer ma paire de bottes que vous serez bien gentille de me faire ressemeler à Paris.


À sa mère, à Lille, en réponse à une lettre reçue de Paris.

Ma mère chérie,

Je reçois vos nouvelles beaucoup plus régulièrement.

J'ai eu une lettre de vous de Paris. Vous me paraissez bien pessimiste. Est-ce l'influence de mon oncle Léon? Évidemment on ne semble pas retirer de cette heureuse fin de guerre, ce qu'on pouvait en attendre.

Il est bien évident, que tous ces gens qui ont gagné des fortunes formidables sur le dos de ceux qui se battaient, sont des gens infectes, qui étalent leur nouvelle fortune et font beaucoup de mécontents, à juste titre.

Mais tout cela n'a pas grande importance pour nous. Et nous sommes sortis de la guerre dans des conditions fort acceptables; et du moment que l'esprit et le corps sont intacts on est sûr de se tirer d'affaire d'une façon ou d'une autre, ici ou ailleurs.

Je pense partir en permission vers le début de Mars.

J'écris à Patrick.

Quand pensez-vous que ma demande de sursis aura peut-être un résultat?

Je vous embrasse tendrement ainsi que papa et Annie.

Votre fils qui vous aime

Claude


À sa mère, à Lille. La veille du départ pour Audenarde.

Ma mère chérie,

Je vous remercie de vos bonnes nouvelles qui me font toujours le plus grand plaisir.

Je suis toujours en très bonne santé.

Nous quittons Looz Saint Etienne (lecture incertaine : Court-Saint-Étienne ?) demain pour Audenarde où nous serons chargés de la démobilisation. Malheureusement nous y serons en caserne même les officiers. Aussi, ce séjour ne sera peut être pas très agréable. En tout cas je crains que nous ne nous trouvions jamais dans un petit patelin aussi agréable que celui-ci.

D'Audenarde j'aurai peut être quelques facilités pour aller à Lille.

Avez-vous des nouvelles de ma demande de sursis?

Je vous embrasse tendrement ainsi que père et Annie.

Votre fils qui vous aime

Claude


À sa mère, à Lille. D’Audenarde, au centre de démobilisation.

Ma mère chérie,

Ce que vous m'écrivez au sujet de mon sursis, me fait le plus grand plaisir. J'espère que ce dernier bureau sera favorable à ma demande.

Nous sommes à Audenarde dans un centre de démobilisation et nous avons beaucoup de travail; l'organisation est particulièrement difficile mais une fois que c'est organisé cela marche à peu près seul.

Je compte partir vers le 6.

Cependant, il est officieux, qu'à la date du 6, nous partons pour Metz car nous sommes dissous (la division) et nous passons à la 28ème Division d'Infanterie.

Je vous embrasse tendrement ainsi que papa et Annie.

Votre fils qui vous aime

Claude


D’Achille Carlier (lecture du nom incertaine), ancien chasseur du bataillon, à Claude. De Château-Thierry, pendant une permission.

[En haut à gauche, d'une autre main : « Rép. 8-5-19 »]

Lundi le 14 Avril 1919.

Cher Amie

Je fai réponse a votre bonne petite lettre que ma fait plaisir d'avoir de vos bonne Nouvelle, quant à moi je suis de même je suis toujours en perme, cela n'a été Gai qu'a Court St Etienne [?], cela est bien triste pour un permissionnaire je repars le 24 ou 25 de Château-Thierry enfin mon cher Amie toute et bien triste je spère [?] à que vous vous amusez [?] très bien a Lille cher Amie. lon ne vous oublira jamais Comme très bon [mot barré] Officier [?] pour nous, restant plutôt camarade

[mots barrés] demandez ma photographie mais cher Amie avec bon plaisir pour vous comme vous avez fait pour nous, tout les remerciements de mes cher Parents de Château. des bon service que vous mavez donnez étant à l'hopital

Je termine cher Amie ma petite lettre en espérant se revoir un jour [mot barré] civile bien de compliments à vos chère Parents

un Amie qui pense toujours à ces camarade de combat

Achille

Carlier [?]

Chez Monsieur Duval [?] Briquault [?]

rue des Filoirs

N° 51 Château Thierry

Aisne


De Raymond Denizet, ancien mitrailleur de Claude passé au 12e bataillon de chasseurs alpins, à Claude. De Frankweiler, lu Frankswaller, dans le Palatinat, près de Landau.

[En haut à gauche, d'une autre main : « Rep. 6-5-19 »]

Frankswaller le 1er Mai 1919

Mon Aspirant,

Je vient vous parler des nouvelles depuis que vous nous avait quitter. Peu être que vous avait eu des nouvelles que la Classe dix sept devait quitter le Battaillon. L'heure est parvenut. Et j'ai quitter les copains avec regret surtout pour rentrer dans une autre Battaillon, Enfin j'espère que nous auront bientôt la libération. Nous sommes diviser dans quatres Battaillons différents. C'est à dire au 12em 11em 30em et 14em. Allors c'est quelques Choses surtout quand on est Alpins !!!

J'espère que de votre coté c'est encore le meilleure filon, j'ai abandonner le Caporal Charrier, je suis [mot barré] le seul de la section qui est partit, Enfin oublions tout cela.

L'heure est parvenut ou nous rentrerons toussent dans nos foyers !!! Nous sommes tout près de Landau dans des petits villages. Et pas trops malheureux. Nous sommes toussent coucher dans des lits. C'est une affaire pour nous !!!

J'espère que ma lettre vous ferat plaisir,

Recevez de la part d'un de vos Chasseurs une amicale poignée de main

Denizet Raymond

au 12em Chasseurs Alpins

2em Compagnie de Mitrailleuses

Secteur (192)


De Malarin, camarade de la 1re compagnie de mitrailleuses du 26e bataillon, à Claude. De Forbach, en Moselle, au retour d’une permission.

[En travers de l'en-tête, d'une autre main : « Rep. 23-6-19 » (ou 29-6-19)]

Forbach. le 1er Mai 1919

Mon cher Claude

Je te remercie de ta lettre que j'ai trouvé à ma rentrée à la Compagnie.

Hélas moins heureux que toi j'ai été obliger de revenir, pour quelque temps encore. Tu peut croire que c'est le cœur bien gros que j'ai repris le train.

En arrivant j'ai trouvé Bogard tout seul car Pellis [?] était parti en permission depuis 4 jours. La compagnie est complètement démontée car les classes 16 et 17 sont partis en renfort dans des Divisions d'occupation et le Bataillon va sous peu rejoindre l'intérieur.

Tu me demande si mes affaires vont reprendre mais je dois te dire que j'ai vendu ma maison car je n'avait pas de capitaux pour pouvoit continuer.

Je verrai par la suite pour me refaire une situation, car avec le travail ont arrive toujours.

Le Lieutt Thouvignon [?] est rentré de perm. hier.

A ce que tu me dis tu dois avoir plus de travail en ce moment que tu n'en avait avec nous. mais tu dois le faire avec plus de courage car tu sais que c'est pour un idéal

Tous les camarades me prie de te transmettre leurs amitiés.

Dans l'attente de tes nouvelles, je termine en t'envoyant mes meilleurs amitiés

Malarin


De Raymond Denizet à Claude. De Germersheim, sur le Rhin, avec le 12e bataillon de chasseurs alpins.

[En haut à gauche, d'une autre main : « Rep. 7-6-19 »]

Germersheim le 21 Mai 1919

Mon Aspirant

Comme j'ai le remerciement à vous faire de votre bon cœur que vous avez gardez envert vos petits Chasseurs !? J'ai reçu votre petit paquet de chocolats qui ma fait bien plaisir, Allors il me resta donc à vous remercier !

De ce moment nous sommes sur le bord du Rhin. Et pas trops malheureux, La garde est assez Sérieux, c'est le plus dur de notre travail !

Me voilat habituer, avec mes nouveaux camarades. La discipline est beaucoups plus sévère que celle du 26em. Et c'est plus élégant, j'ai reçu des nouvels du caporal Charrier ! Allors il me raconte les bonnes aventure des copains ! Le copain Landay [= Landais, voir ses lettres des 20 août et 26 septembre] est Héritier d'un petit garçon où d'une petite fille, J'espère que après la libération nous-nous retrouverons toussent enssembles.

Recevez mon aspirant d'un ami qui ne vous oubliera jamais ! Care je n'ai jamais estimer que vous à la première Compagnie de Mitrailleuses, sur les sous officiers,

Une Sincère reconnaissance,

Et poignée de main

Denizet Raymond

12em Alpins 2em Compagnie de Mitrailleuses

Secteur (192)


De Marie Simon, à Court-Saint-Étienne, en Belgique, à Claude. Papier de deuil.

[En haut à gauche, d'une autre main : « Rep. 7-6-19 »]

[Papier de deuil, bordé de noir]

Court St Étienne, le 25 mai 1919.

Cher Monsieur,

Voilà bien longtemps que n[ou]s n'avons eu le plaisir de recevoir de vos bonnes nouvelles. N[ou]s ne savons ce que vous devenez ! Êtes-vous démobilisé ou êtes vous toujours avec vos petits chasseurs.

Cependant un petit mot de vous nous ferait grand plaisir, car nous suivons de loin, avec intérêt tous les braves alliés qui sont passés chez nous.

Maintenant, Court Saint Étienne, est rentré dans le calme complet, les dernières troupes canadiennes nous ont quittées il y a 1 mois.

A quand votre visite, il ferait bien bon revenir ici en ce moment, je crois même, que vous ne vous y reconnaîtriez plus, tant le village a changé d'aspect et qu'il fait agréable ici en cette saison.

La vie industrielle reprend petit à petit, les Usines Henricot occupent déjà une grande partie de son personnel, les ingénieurs ayant pu récupérer une assez grande partie de leurs machines emmenées en Allemagne.

Les filatures de Mousty et de Bousval sont également en marche, seulement on parle de fermer déjà tellement les ouvriers demandent de forts salaires.

Maintenant une nouvelle ; ma fille aînée se marie le 10 juin avec le Monsieur dont je vous ai parlé et qui a beaucoup regretté ne pas avoir fait votre connaissance. Ils partent pour 15 jours pour le Midi de la France, ensuite ils rentrent à Bruxelles où ils s'installent en ménage 22, rue Maes.

Nous attendons toujours la photo promise.

Ma petite famille se joint à moi pour vous envoyer notre meilleur souvenir et l'expression de nos sentiments les meilleurs.

Marie Simon

Rue du Village.


D’Edmond Rolland, ancien de la 1re compagnie passé à la 6e compagnie du 26e bataillon, à Claude. Vraisemblablement de Metz. Le jour est en partie masqué par l’annotation : le 17 ou le 27 juin.

[En haut à gauche, d'une autre main : « Rep. 13-7-19 »]

le [2]7 juin 19 [premier chiffre masqué par l'annotation]

Cher amis

Je m'empresse vraimant a vous faire reponse a votre Gentille lettre qui ma fait bin plaisir de vous savoir en trais bonne santé mes mon cher ami comme je suis plus a la premier Compagnie je suis passez a la 6 Compagnie et je suis ordonnance de chevalle [?] du Capitaine et nous somme a quatre Kilom du Batallions

et j'avais perdu votre adresse mes pour ma chère petite Elise elle vas toujours trais bin et si vous avez l'occasion de passez a Court donnez lui bin le bonjour de ma pard ici ou vous etait chez le percepteurs ___ ___ Demoiselle mes jai apris qui en avais une qui etait Marie ces jours mes tout vas trais bin pour le Moment nous somme a Mezt [Metz ?] et pas de trop malheurez mes je vois que votre Sursi commence a se tirez je suis entrain de me demande si vous allez avoir une prolongastions ou si vous allez rentre au Bataillons

vous me dite que vous regrete de pas etre avec nous sur la photo mes moi aussi j'aurais etait trais heureux que vous soillez avec nous

Mes je termine Car j'ai beaucoup de travaille

je vous envoie mes plus Grande amitier mes Meilleurs souvenir une Cordiale poigne de main de trais loing

votre amis qui ne vous oublias plus Edmond Rolland

voici mon adresse

monsieur Edmond Rolland

26 Bataillon de Chasseurs à Pied - 6 Compagnie

S P 115

bin des chose a vos parents de ma part P O P [?]


De Raymond Denizet à Claude. De Landau, dans le Palatinat. Carte postale allemande.

[Carte postale allemande : « Kriegsbilder aus den Vogesen. Kavallerie-Patrouille. » – Feldpostkarte, éd. Emil Hartmann, Strassburg i. E.]

[En travers de l'en-tête, d'une autre main : « Rep. 13-7-19 »]

Denizet Raymond 12em Alpins 2em Compagnie de Mitrailleuses Secteur (192)

Landau le 7 Juillet 1919

Mon aspirant

Je vous remercie bien de votre petit coli que j'ai reçu voilat déja un certain moment ?? Mais malleureusement j'était partit pour une bien triste permittion ! J'ai était frappez d'une bien triste nouvel. J'ai perdu mon père le 1er Juin. Et le sachant du tout malade cela ma bien surpris. Enfin sur la terre nous sommes biens petits. La mort vous frappe à chaque instant.

Nous sommes a Landau petite ville assez coquette et vibrante [?] ! J'espère que bientôt nous prochainement ente liberter [?]. Quels Joie ce Joure.

Voila un moment que j'ai reçu des nouvels des copains du 26em, Je vous quitte pour aujourdhui

Recevez d'un de vos anciens une simpathie poignée de main.


De Malarin à Claude. De Metz, la veille de sa démobilisation.

[En haut à gauche, d'une autre main : « Rep. 12-Oct-19 »]

Le 26 Juillet 1919

Mon cher Claude

Tu m'excusera de ne pas t'avoir écrit plus tôt, mais ce n'est de l'oubli. Je dois te dire que c'est demain l'heureux jour que je quitte le Bataillon pour toujours, avec moi Lamboley qui a bénéficier de nouvelles majorations et qui est démobilisé avec moi.

A la 6e Compagnie il y en a déjà pas mal de partis Ajout, Mersanne, Joannie [?], ect... Le Bataillon est toujours à Metz qui doit être sa garnison définitive.

Pour le 14 il y a eut de folies fêtes et nous ne nous sommes pas ennuyer.

Tous les camarades t'envoie le bonjour. Quand tu me répondra écrit à Lyon

Dans l'attente de tes nouvelles je termine en te serrant cordialement la main.

Bien à toi

Malarin

28 Rue Bossuet Lyon


De Marie Simon à Claude, à Lille. De Court-Saint-Étienne. Carte postale non datée, placée au début d’août d’après sa première phrase.

[Carte postale : « Court-Saint-Etienne – Panorama » (éd. Nels). Une croix tracée à la main sur un toit, au centre de la vue.]

[En travers de l'en-tête, d'une autre main : « Rep. 24-8-19 »]

[Timbre belge 10 c., « Roi casqué »]

Mr C. Saint Léger

107, Rue Royale, 107

Lille

Nord

Cher Monsieur,

Voici le mois d'Août arrivé je viens vous rappeler la promesse que vous nous aviez faite de venir nous rendre visite vers cette époque.

Nous attendons l'annonce de votre arrivée.

Reconnaissez-vous sur la vue, l'étang de Monsieur Ceulemans, où vous avez patiné [?].

Recevez nos meilleures amitiés. A bientôt [?]

Marie Simon


De Landais, ancien mitrailleur de la 1re compagnie, à Claude. De Metz.

[En haut à gauche, d'une autre main : « Rep. 15 Sept 19 »]

Metz. 20 août 1919

Mon cher Aspirant

Vraiment que devez-vous penser de moi, de ce trop long silence dû, j'en conviens, à ma négligence ! Dois-je espérer être excusé ?

Je reçois à l'instant votre charmante lettre et vous remercie bien sincèrement de l'intérêt que vous me portez et croyez je vous prie à toute ma reconnaissance.

Je suis en effet papa d'un joli petit garçon depuis le 11 mai. Il s'appelle Henri et se porte ainsi que sa maman aussi bien qu'on peut le désirer. Je m'étais pourtant bien promis de vous faire savoir cet événement, mais comme je vous le disais tout à l'heure [mot barré] grâce à ma négligence et à force de remettre au lendemain, j'ai trouvé le moyen de vous le laisser apprendre par d'autres.

J'avais à cette occasion obtenu une permission de trois jours. En rentrant on m'expédie comme secrétaire à la Sous/Intendance de la 28e D.I. [?] Je croyais presque y rester jusqu'à la fin de mon service, mais malheureusement ce n'était que provisoirement et j'y suis resté vingt jours seulement. En rentrant je repars en permission de détente et je me trouve chez moi avec mon frère alors encore mobilisé et en congé comme moi. Or pendant ces déplacements continuels, tous les jours je disais il faut que j'écrive à l'Aspirant et tous les jours je remettais au lendemain. Aussi je vous demande pardon de tout mon cœur.

Quant à ma nomination, ce qui est beaucoup moins important, elle date du 6 de ce mois. Le plus intéressant, c'est que je continue à travailler au bureau de la Compagnie sous les ordres de notre ami Bogard, maintenant Sergent-fourrier faisant fonction de Sergent Major. Enfin c'est un léger avantage qui me permettra peut-être de finir le temps qui me reste à faire. plus agréablement.

Comme vous le savez je suis de la classe 1918 et n'aperçois que de très loin encore le moment heureux où je serai enfin libre.

Comme nouvelles pas beaucoup qui puissent vous intéresser. Les effectifs diminuent rapidement et d'ici un mois le Bataillon ne sera plus qu'un fantôme. Aussi ceux que vous avez connus ici sont-ils très rares maintenant. Ce qui est plus grave c'est que le régime du temps de paix se fait de plus en plus sentir et sous toutes ses formes. Pour nous qui sommes au bureau, ce qui nous touche le plus, c'est la nourriture qui va plutôt en diminuant. Nous ne touchons plus qu'un quart de vin par jour.

Enfin, mon Aspirant, je vous remercie bien des fois au nom de ma femme et de mon cher petit pour votre générosité.

Bogard et les camarades qui vous ont connu me chargent de vous transmettre leur bon souvenir ; avec le mien, recevez, mon cher Aspirant, l'assurance de mon amitié bien respectueuse.

Un de vos anciens mitrailleurs bien reconnaissant

Landais

Voici mon adresse civile.

Landais à Bû (Eure-et-Loir)

Je ne sais qui avait fait courir le bruit il y a plusieurs jours que vous reviendriez [?] nous voir à Metz. Aurons-nous ce grand plaisir ????


De Simonne Barrois à Claude. De Marquillies, dans le Nord. Papier de deuil.

[Papier de deuil, bordé de noir. Pas d'annotation de réponse.]

Marquillies le 8 Septembre 1919

Excuse moi mon cher Claude si je ne t'ai pas dit plus tôt combien j'avais été sensible à la sympathie que tu m'as témoignée au moment de la mort de mon pauvre Beau Père. Tu savais l'affection et l'intimité qui nous unissaient. Cette mort s'ajoutant à tant de chagrins déjà laisse un vide immense ! que veux tu que je te dise de plus, tout disparaît devant ce nouvel effondrement. Les nouvelles charges qui nous incombent sont bien lourdes pourvu que nous puissions les remplir. Heureusement que nous avons nos bons amis Beghin sans eux que serions nous devenus ?! Ma Belle-mère va bien tu devines si elle a de la besogne ce qui malgré tout est une excellente diversion. Et puis, tu sais on a du courage. Si sa vie et la mienne sont terminées nous avons celle de Max pour mère celles de mes filles pour moi à préparer je veux qu'elles soient heureuses. Et quand je me sens découragée je me tourne vers elles et.. j'oublie ! J'accepte toutes mes peines si elles peuvent payer le bonheur de ceux que j'aime : si ce vœu se réalise sois assuré que tu seras parmi les heureux. La vie n'est pas toujours triste et quand elle est belle je t'assure qu'elle est bonne à vivre : tu as payé ton tribut aux ennemis l'avenir s'ouvre devant toi et je souhaite de tout mon cœur qu'il soit pour toi aussi doux qu'ont été pour moi les quelques années de mon mariage mais qu'il soit pour toi aussi long qu'il a pour moi été court !

Mes petiotes vont bien tu les as gâtées elles sont toujours aussi gourmandes et tes chocolats ont été accueillis avec des cris enthousiastes. Elles ont passé de bonnes vacances avec les cousins Wallaert. Leur institutrice les refait travailler depuis hier ce dont elles se passeraient volontiers.

Ta sœur est chez moi. Il est près de midi je crois qu'elle dort encore profondément. Elle s'arrondit sérieusement : vois-tu qu'elle t'amène deux neveux au lieu d'un. Gilbert est reparti à Paris hier avec Max et de Bonville [?] ces derniers allaient chercher la Delage de l'oncle Jean, la T. Ford [?] étant définitivement en panne il nous fallait une voiture pour la remplacer.

L'usine se monte on espère qu'elle tournera dans 5 ou 6 semaines. La cheminée fume depuis huit jours. Mon pauvre Beau Père n'a même pas eu la joie de voir cela.

Dimanche il y a eu une petite ouverture à La Vallée on a tué 70 perdreaux pour ne pas en perdre l'habitude. Je suis rentrée bredouille au désespoir de mes filles qui y mettent beaucoup plus d'amour propre que moi.

Mais je ne te demande pas de tes nouvelles. Comment te sens-tu. La souplesse revient-elle un peu ? Peux tu te promener ? Tu sais que si tu as besoin de te remettre au vert avant la mauvaise saison ta chambre t'attend toujours ici. Je souhaite que le temps soit meilleur alors nous avons eu un été déplorable.

Allons je te laisse. Je n'ose entreprendre une troisième feuille. Envoie moi encore de tes nouvelles et crois à ma fidèle affection

Simonne Barrois


De Landais à Claude. De Metz.

[En travers de l'en-tête, d'une autre main : « Rep. 12 Oct 19 »]

Metz 26 septembre 1919

Mon cher Aspirant

Je vous prie de m'excuser si j'ai tardé à répondre à votre charmante lettre du 15 septembre. Encore une fois je vous remercie bien sincèrement de votre générosité et ne sait vraiment comment vous exprimer ma reconnaissance.

Votre lettre m'a trouvé en aussi bonne santé que possible et j'ose espérer qu'il en est de même pour vous.

Malgré que je me porte bien, je suis pris d'un léger cafard, qui s'explique assez facilement par le départ de tous les anciens ou à peu près, puisque forcément il ne reste plus ici que les classes 18 et 19.

En plus de cela vous savez ce que c'est qu'une ville comme Metz : quand on en a fait une ou deux fois le tour, on la connaît entièrement et ne sachant plus quoi faire le cafard commence à vous prendre.

Heureusement que la permission approche : j'attendais justement pour vous écrire d'être fixé le plus exactement possible sur la date de mon départ. Malheureusement je ne suis guère plus avancé. Étant resté seul au bureau pendant quelques jours pour attendre l'arrivée de Bogard qui lui était en permission je n'ai pu partir tout à fait quand j'aurais voulu. Et je ne sais comment j'ai fait, j'ai laissé partir un type qui m'a bourré le crâne, de sorte que maintenant il y a dehors un permissionnaire de plus qu'il ne faudrait. Régulièrement je devrais partir le 2. mais le Lieutenant Serpat [?] qui commande actuellement la Compagnie n'a pas l'air d'être disposé à cela : enfin j'espère qu'il se décidera quand même.

J'ai reçu aujourd'hui une lettre de Gibier. Il me dit qu'il vous attend dans le courant d'octobre : pourrons-nous trouver ensemble ? Vous devez penser que cela me ferait le plus grand plaisir. Seulement je dois aller avec ma femme passer quelques jours chez mon frère qui habite les Andelys et ce à une date que nous ne fixerons sans doute que quand je serai arrivé chez moi. Enfin soyez certain que je ferai tout mon possible pour être là quand vous viendrez chez Gibier

Bogard, Courtin et tous vos anciens me chargent de vous transmettre leur bon souvenir et recevez mon cher Aspirant l'assurance de mon amitié bien respectueuse et de ma vive reconnaissance

Votre dévoué

Landais


Sources

Autres années

1918 Lettres
1920 Lettre a Claude